CLIMATS
clans tel ou tel milieu, présentant un certain ensemble de conditions physiques, constitue leur station; le fait de leur existence clans tel ou tel pays constitue leur habitation. Quand on dit qu'une plante croît dans les marais, sur le sable du rivage de la mer, sur les rochers des montagnes , au bord des glaciers , on indique sa station. Quand on dit qu’elle croit en Europe, en France, en Auvergne, autour de Paris , on indique son habitation dans des limites de plus en plus précises. Ces notions peuvent s’appliquer à des unités d’un ordre plus élevé que les espèces ; on peut rechercher la distribution de genres entiers , ou même de tribus ou de familles , et souvent ces associations plus ou moins considérables d’espèces, entre lesquelles il est permis de préjuger alors une grande uniformité d’organisation, en offrent une remarquable dans leurs stations, ou leurs habitations, ou dans les deux à la fois.
§ 611. Il convient d’abord de se livrer à quelques considérations générales sur la manière dont se distribuent à la surface de la terre ces agents extérieurs que nous avons vus jouer un rôle si important dans la végétation , principalement la chaleur et l'humidité, qui dans chaque lieu se combinent en un certain rapport pour former le climat.
La chaleur va en décroissant de l’équateur vers les pôles et assez régulièrement, si Ion considère à part un seul et même méridien , mais si I on considère ce décroissement sur plusieurs méridiens à la (ois on est frappé des différences qu'ils présentent sous ce rapport. Chaque lieu , dans le cours d’une année , reçoit une certaine quantité de chaleur, et si Ion compare ces quantités pendant une longue suite d années, on en déduit la température moyenne du l,eu. La ligne qui passerait par une suite do lieux ayant la même température moyenne est dite isotherme ( Uo- , égal ; th-ppo; , chaleur En comparant entre elles les lignes isothermes telles qu'on a pu les constater par l'observation directe, on s’aperçoit tout de suite qu elles forment, au lieu de circonférences parallèles à l'équateur ou seulement entre elles, dos courbes inégalement éloignées do lui et l'une de l'autre dans les divers points de leur trajet. Dans l'hémisphère boréal, en les suivant d'occident en orient, on les voit s'abaisser vers le sud dans l’intérieur des deux grands continents et surtout fie I Amérique , se relever vers le nord dans les grandes mers qui lui sont interposées et surtout dans l'océan Atlantique. La température de l’ancien continent est donc généralement plus élevée qui* celle fin nouveau , celle des continents moins à l inlériour que sur les bords fie la inor, et beaucoup plus sur le rivage occidental que sur l’oriental.
S 612. De ce que plusieurs lieux sont situés sur la même ligne
isotherme, do ce c|ii’ils ont, dans lo cours de toute uno année, reçu la même somme de chaleur, il ne s'ensuit pas cjue leur climat soit identique. En effet, cette somme peut se distribuer de différentes manières entre les différents mois, ot par suite entre les saisons ; ou avec une certaine égalité, de manière que l'hiver et l'été soient tous fieux fort tempérés; ou, au contraire, très inégalement, de manière que 1 été soit très chaud et l'hiver très froid. Ces différences de températures extrêmes ont beaucoup plus d’inlluenco sur la végétation <pie la température moyenne. On appelle isochimène ( ^î’pcov, hiver) la ligne qui passerait par tous les lieux où l’hiver (année moyenne) descend au même point; et isothère ( 9î’poç, été ) celle qui passerait par les lieux où l’été s’élève au même degré de chaleur. Ces nouvelles lignes , s’éloignant à leur tour des isothermes, ne comprennent pas la même série de lieux.
§ G I 3. La masse des eaux tend bien plus que la terre à une certaine constance de température, telle que sur mer, dans un moment donné, sa différence entre deux points de latitude différente soit moindre , et que , dans un lieu donné, la différence entre l’hiver et 1 été le soit aussi. Les terres adjacentes participent à celte uniformité ; et de là la distinction des climats en marins et en continentaux : les premiers, ceux des rivages et des îles, plus tempérés, et d'autant plus que les îles sont plus petites, plus écartées au sein de la mer ; les seconds, où la différence do la chaleur estivale au froid hibernal est d’autant plus marquée qu’on se place plus vers la ligne médiane du continent.
L’humidité de l’atmosphère exerce sur la végétation une grande influence, soit que l’eau à l'état de vapeur entoure les parties aériennes des plantes , soit qu’elle retombe en pluie et pénètre le sol Elle est nécessairement favorisée par le voisinage de grands réservoirs. C.elui de la mer, combiné avec la direction dominante des vents, qui détermine celle des vapeurs formées à sa surface, est une source plus ou moins abondante d humidité, plus constante nécessairement dans les îles. L’humidité est donc une condition (pii accompagne très fréquemment collo.de laquelle nous avons vurésuller l'uniformité do température. La présence de moindres réservoirs, lacs, marais , cours d’eau grands et petits, agit d une manière analogue, mais dans des limites proportionnelles.
$ G 14. Examinons maintenant les modifications générales que la végétation présente , en rapport avec celle des climats (pie nous venons do signaler.
Pour pou qu'on s’occupe de la recherche des plantes, on s aperçoit tout de suite avec ({nulle inégalité leurs différentes espèces se trouvent distribuées Les unes se rencontrent localisées dans un „
iNi'LUÈNCE DES LATITUDES. Ï,2Ï
espace Irès borné , d’autros , au contraire , dispersées sur un grand nombre de points à la fois. Cette différence, que nos herborisations nous montrent sur une petite échelle, se fait également sentir lorsqu'on compare les résultats de celles qui nous ont appris à connaître la végétation de pays nombreux et vastes ; certaines plantes sont particulières à certains pays, d’autres communes à plusieurs. Ces limites , dans lesquelles se resserre ou s'étend l'habitation de chaque espèce , constituent ce qu’on a nommé son aire ( area ). Celles dont faire est très circonscrite peuvent donc être considérées comme caractérisant la végétation de cet espace, quelles ne franchissent pas : mais on conçoit qu’ü n’en doit pas être question ici , ou nous ne devons traiter que les points les plus généraux. Celles dont faire est très étendue , ne peuvent, par le fait même de cette diffusion , servir à caractériser une région particulière , et nous devons également les laisser de côté, nous arrêtant à d’autres qui se retrouvent abondantes et répandues sur plusieurs parties distantes du globe, mais pas hors d’une certaine zone plus ou moins étroite dont elles forment ainsi un des traits distinctifs. Plus on pourra grossir la liste de ces végétaux caractéristiques , plus le signalement sera exact. Mais celte multiplicité de détails tic peut appartenir qu’à un traité complet, et, dans une exposition abrégée, il faut se borner à un petit nombre de végétaux qu’on choisit parmi ceux qui , par leur taille , ou leur physionomio remarquable , ou leurs usages , sont, plus propres à fixer l’attention , et qui , par cette raison, n’ont pas échappé à celle des voyageurs, même étrangers à la botanique. Les arbres offrent, en général, un grand avantage sous ce rapport , d’autant plus qu’ils peuvent être considérés comme étant avec le climat, aux vicissitudes duquel ils sont exposés pendant le cours de l’année entière, dans une liaison bien plus intime que les végétaux herbacés , qui peuvent se soustraire en partie à soh action pendant une portion de l’année, et surtout que les plantes annuelles , qui no vivent qu’une saison. On caractérise aussi certaines régions par la présence do groupes d’un ordre plus élevé, les genres, les familles ou leurs tribus, toutes les fois que leur aire se trouve ainsi circonscrite , et l’on conçoit combien le signalement gagne alors en portant sur un plus grand nombre de traits. D’ailleurs, il n’est pas nécessaire que la totalité des espèces du groupe en question se renferme exclusivement dans la région qu’on veut peindre ; il suffit que leur plus grand nombre s’y trouve concentré. Sans la méthode naturelle, la géographie botanique se perdrait nécessairement dans des détails sans fin, et l’on peut dire qu’elle s’est établie par l’établissement dos familles, commo elle se perfectionnera par leur perfectionnement.
§ (j I 5. .lelons maintenant un coup d'œil sur les principales régions caractérisées ainsi , soit par l'existence de certains végétaux particuliers et remarquables , soit par la présence exclusive ou par la grande abondance de ceux de certaines familles. Nous les examinerons en marchant de l’équateur aux pôles ; et, pour plus de clarté, nous diviserons la terre en un certain nombre de zones d’après les latitudes, sans avoir pour le moment égard aux modifications qu’apporteraient dans leur circonscription les inflexions des lignes isothères et isochimènes.
§ (i I 6. La zone qui est, limitée sur les deux hémisphères par les tropiques , et que depuis l’antiquité on désigne sous le nom de torride. présente une végétation bien distincte de celle au milieu de laquelle nous vivons , par sa vigueur, par sa variété , par les formes et les caractères particuliers d’un grand nombre des plantes qui la composent. La proportion des végétaux ligneux s’v montre considérable; et si l'humidité et la richesse du sol viennent s’ajouter à la chaleur do la température, ce sont de grands arbres réunis en vastes forêts d’un aspect tout différent des nôtres ; car au lieu de la répétition uniforme d'un nombre très borné d’espèces , elles offrent une diversité infinie , soit qu'on les examine rapprochées sur un môme point , soit qu’on les compare sur deux points séparés ; et d'ailleurs ces espèces, pour la plupart, appartiennent à d'autres genres, à d'autres familles que les arbres des zones tempérées. Dans de vastes contrées peu habitées , où les besoins de 1 homme ne les ont pas encore soumises a 1 exploitation et où leur existence n a d autres limites <[ue celles que leur assigne la nature , ces forcis vierges ( sgi vu? primœvw) ont acquis leur plus magnifique développement : et ce n’est pas seulement par ces tiges d une épaisseur et d une élévation si remarquables que se manifeste la force de la végétation, c’est par la production d’autres plantes plus humbles, les unes ligneuses, les autres herbacées , qui, sous l'abri des hautes cimes, pullulent au milieu de cette atmosphère chaude et humide; parcelle des plantes parasites, qui couvrent et cachent en partie ces troncs; surtout par celle îles lianes , qui courent de l'un à l'autre, montent jusqu’il leurs sommets pour retomber et remonter encore, les onhicont en s’enroulant, alentour, et les lient entre eux comme les a ors des inAls d’un navire. Un des traits distinctifs de cette végétation tropicale dépend do ce qu’elle se trouve soumise à des influences à peine variables pendant le cours entier de I année. Dans des climats plus tempérés, ou les saisons sont nettement tranchées, |UIH, amène la floraison, l'autre la maturation régulière; de telle sorte qu on voit la plupart des arbres , après un repos pendant lequel ils sont restés plus ou moins dénudés
se couvrir ensemble
INFLUENCE DES LATITUDES. r.20
de feuilles, de Heurs à une môme époque, de fruits à une époque ultérieure. Sous l’équateur, toutes ces phases se confondent, et comme d'ailleurs cette extrême activité pousse à la production des feuilles, qui ne tombent pas annuellement, on est frappé de la production beaucoup moindre de tleurs , et par conséquent de fruits , dans un moment donné, quoiqu'on en trouve en tout temps.
§ 617. Les Palmiers et autres Monocotylëclonées arborescentes ( Pandanées , Braconniers , etc.), ainsi que les Fougères en arbre , contribuent notablement à imprimera la végétation tropicale sa physionomie particulière. Une autre forme également caractéristique est celle qu’on est convenu d’appeler des Fci laminées , en comprenant sous ce nom, non seulement les plantes de cette famille, mais celles des Musacées et des Cannacées. Le Bananier (qui acquiert tout son développement dans les serres d’Europe) peut en donner une idée. Ajoutons ici 1 énumération des familles qu’on peut nommer tropicales, soit parce qu’elles ne se montrent pas au delà des tropiques, soit parce qu’elles offrent entre eux le maximum de leurs espèces. Telles sont les Broméliacées , Aroïdées, Dioscorëacëes, Pipéracëes, Laurinées , Myrislicêes, Anonacëes, Bombacées, Slerculiacëes, Byttnërincées, Tcrnslrœmiacées , Gwtlifères , Marcgraviacëcs , Méliacécs, Ochnacées, Connnracèes , Anacardiacées, Cliuilletiacées, Voclujsiacées, Mélaslomacëes, Myrlacées , Turnéracëes , Cactées, Myrsinëes , Sapotécs, Ebénacées , Jasminëes, Verbénacëes, Cyrlandracées , Acantliacées, Gessnëriacèés. Plusieurs grandes familles qui, dans nos climats, comptent un nombre d’espèces plus ou moins considérable, se trouvent entre les tropiques représentées par d’autres plus nombreuses encore (comme les Euyhorbiacées, Convolvulacées , etc., etc.) ; mais quelques unes de formes différentes, comme par exemple les Bambous, ou autres Graminées arborescentes , les Orchidées épiphyles ; d autres distinguées par des caractères particuliers propres à constituer des tribus tout entières (par exemple, des Mimosëes cl. les Cœsalpiniëes dans les Légumineuses, les Cordiacêes dans les Borraginées , les Balancées non étoilées). Liions en lin plusieurs familles caractéristiques, parce que, parmi leurs espèces, sont ces parasites d’une végétation si curieuse (les Loranlluicëes, Bafflcsiacées, Balanophorées) ; et surtout plusieurs de ces Lianes dont nous avons plus d'une fois fait mention ( les Malpigliiacëes , Sapindacées , Ménispermëes , Biijnoniacëes, Apocynées, Asclépiadées) .
§ (ils. Jusqu ici nous avons parlé de la zone intcrtropicale comme jouissant , sur toute son étendue, d'un climat identique. Maison conçoit qu'il n’en peut être tout a fait ainsi. La marche do la terre autour du soleil , qui pour nous amène les extrêmes do l'hiver et de. I été, ramèno au contraire , pour les régions situées immédiate-
ment sous l’équateur , dos conditions exactement semblables , et tonte différence tend à s‘y effacer de plus en plus dans le passage du soleil d'un tropique à l’autre. Il n'y existe donc pas de distinction de saisons : la température moyenne se trouve être en même temps celle de toute l’année ; c’est aussi la température du sol à une certaine profondeur, celle où se passe ies phénomènes de la vie dans les parties souterraines des végétaux. La durée constamment égale des jours et des nuits tend à compléter cette uniformité constantedans les conditions auxquelles ils se trouvent soumis. Quelques degrés de latitude changent à peine ces conditions; mais à mesure qu'on s'en éloigne, la distinction des saisons doit se laisser de plus en plus apercevoir. Cette différence , il est vrai, si l’on se contente d’une apparence générale et qu'on excepte certains points où des influences locales déterminent d’assez notables variations, est toujours assez faible, et les lignes isothermes, tout en s’abaissant de quelques degrés de chaleur, s’éloignent peu des isochirnènes et des isothères, toutes conservant un certain parallélisme avec l'équateur, et l'intérieur du sol maintenant à une certaine profondeur une température constante qui n’est autre que la moyenne. Quoi qu’il en soit, il en résulte dans la végétation des différences appréciables; et l’on peut sous ce rapport subdiviser cette grande zone en équatoriale, comprenant à peu près I 5 degrés des doux côtés de 1 équateur, et tropicale , étendue du 113e au 24e. Pour nous contenter de quelques traits principaux choisis parmi ceux que nous avons réunis plus haut, la première se caractérise par la présence plus exclusive des Palmiers et. des Sci laminées ; la seconde, par celle des Foagèn s en arbre , des Mélastomacées, des Pipéracées. Il est clair qu'il ne peut y avoir de limite tranchée entre l'une et l’autre, soit par la température, soit par les productions naturelles, et que les différences no se font bien sentir que si l’on se place à dos points suffisamment éloignés en latitude ou en hauteur.
§ 619. Les grandes zones qu’on nomme vulgairement tempérées , et. qui des tropiques s'étendent jusqu’aux cercles polaires, présentent nécessairement, d'une de ces limites à l'autre, des différences de climat et de végétation tout autrement tranchées que celles qui oht été signalées jusqu'ici. On doit donc dans l'examen qui nous occupe les subdiviser en plusieurs dont les bornes se l rou\ en t déterminées moins par les latitudes que par les lignes isothermes qui, ainsi que nous l’avons annoncé, en deviennent de plus en plus indépendantes.
§ 620. Une première zone, étendue des tropiques jusque vers le 3 ou 36° degré , qui serait mieux définie comme parcourue vers son milieu par l’isolhormo de 20 degrés, et qu’on pourrait nommer