TIGES DES VÉGÉTAUX ACOTYLÉDONÉS
§ 84. Nous avons vu (§ 2G) que l’embryon pu spore d'un végétal acotylédoné ne présente aucune distinction de parties destinées à se développer en racine, tiges et feuilles; que c’est ordinairement un simple utricule rempli par une matière granuleuse. S'il se trouve dans des conditions favorables à sa germination , la portion appliquée sur la terre ou sur toute autre surface suffisamment humide se prolonge en un tube qui joue le rôle de racine ; l'autre extrémité s'élargit, par la production de cellules nouvelles juxtaposées à la cellule primitive, en une expansion ou lame ordinairement horizontale, et plusieurs de ces cellules émettent à leur tour des tubes radicellaires semblables au premier. La végétation d’un grand nombre de ces plantes ne va pas au delà; il ne se produit pas de tiges. Dans plusieurs de celles qui vivent au milieu de l’eau, les Charas, par exemple, en même temps que les racines s’enfoncent dans la vase, s’élève en sens inverse un cylindre qu'on peut appeler tige ou branche : ce n’est qu’une suite de tubes ou cellules allongées accolées bout à bout. D’autres ont une sorte de tige déjà beaucoup plus compliquée, puisqu’elle résulte d’une réunion de cellules: les plus extérieures, conservant la forme primitive arrondie ou polyédrique, constituent l’enveloppe d’un axe composé de cellules de forme différente, allongées, ou même de véritables fibres : c est ce qu’on observe, par exemple, dans les Mousses et les Hépatiques. Mais tous ces végétaux sont entièrement cellulaires; nous n y voyons pas encore apparaître do vaisseaux.
§ 8i). Ils se montrent dans les Marsiléacécs et dans les Lycopodes, dont la tige, sous une enveloppe cellulaire, présente Un axo cellulovasculaire. Celui-ci consiste en un faisceau unique ou en plusieurs faisceaux liés ensemble par un parenchyme délicat. Ces faisceaux, en général, au lieu de la forme plus ou moins cylindrique que nousavons observée dans ceux des végétaux cotylédonés, sont aplatis; ils forment des sortes de rubans diversement pliés ou courbés dansleur longueur. Si l’on détermine, à l’aide du microscope, la nature
TIGE DKS*.U:OTYLÉDQNEES.
des vaisseaux ainsi rapprochés en faisceaux aplatis, on ne trouve que des vaisseaux annulaires, ou le plus souvent de ceux que nous avons désignés par le nom do, scalariformes; ce sont môme do longues fibres plutôt indépendantes que soudées bout à bout en un tube continu. Toutes ces plantes, telles que nous les trouvons maintenant sur lo globe, sont herbacées; mais il parait, d'après les restes fossiles d’autres plantes qu’on ne rencontre plus vivantes, qu’à une époque très antérieure , des tiges qu’on peut rapporter aux mêmes familles de végétaux offraient des dimensions beaucoup plus considérables et une consistance ligneuse.
§ 8G. Il existe encore une grande famille de plantes acotvlédonées très répandue sur la terre, celle des Fougères, qui peut avec une structure analogue nous donner quelque idée de ce qu’étaient ces grands végétaux antédiluviens. Dans nos climats tempérés, il est vrai, les Fougères ne se montrent qu’à l'état herbacé; ou, si leurs tiges vivent plus d'une année, elles rampent et se cachent sous la terre.
Comme les Lycopodes, elles offrent à leur centre un faisceau unique ou un petit nombre de faisceaux également composés de vaisseaux la plupart scalariformes. On peut voir (fit/. 46) la figure de quelques fragments do ces vaisseaux tirée d’uno des 103.
Fougères les [tins grandes de notre pays, FOsmonde royale.
103. Fougère on arbre ( Maophila perroleliaua) des Indes orientales. — La lige i lindrique présente à sa base, en rn , un épaississement conique résultant d'un amas rarinos adventives qui en parlent et la rouvrent dans celle partie.
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■S liOTANIQlF.
§ 87. Sous les tropiques et dans les climats chauds qui les avoisinent, les Fougères prennent souvent un tout autre développement. Elles deviennent de grands arbres qu’on voit s’élever jusqu a une hauteur de \ 0 ou \ 5 mètres : ce n’est que parmi celles-ci que nous pourrons trouver des termes de comparaison avec les arbres dicot.ylédonés ou monocotylédonés qui ont fait précédemment le sujet de notre examen. Extérieurement, c’est aux monocotylédonés qu elles paraissent le plus ressembler : ce sont des troncs élancés, simples, d’une épaisseur à peu près égale de la base au sommet, et couronnés de môme à leur extrémité par une touffe de grandes feuilles, tandis qu elles en sont entièrement dépourvues sur tout le reste de leur surface (/h/. I 03).
§ 88. On a cru longtemps que leur structure intérieure était celle des Monocotylédonées. Mais, si l’on coupe un de ces troncs (fig. 1 04] et qu’on en examine les éléments , on constate une différence notable: car, au lieu de petits faisceaux ligneux disposés au milieu du
parenchyme dans toute l’épaisseur du tronc, on en remarque tout de suite de très gros ( zl ) disposés en un cercle unique vers sa périphérie. Ces faisceaux tantôt sont séparés les uns des autres par du parenchyme, tantôt sont réunis ensemble par leurs bords de manière à constituer un anneau continu. Ils circonscrivent ainsi un très grand • cylindre cent ral cellulaire qui, par sa position et par sa nature, pourra en conséquence recevoir le nom de moelle (>»). En dehors de l’anneau est une autre zone cellulaire (p) recouverte par l’épiderme dans le premier âge du végétal, et plus tard par une enveloppo dure ( e ) que forment les bases longtemps persistantes des feuilles qui sont tombées à mesure que le tronc s’est élevé et qu’elles ont cessé d’en faire le couronnement.
104. Coupe horizontale d’une lige de Fougère en arbre ( Cyatliea ). — m Moelle omipant tout le milieu. — zl Zono ligneuse formée de gros faisceaux disposés comme ici eu cercle interrompu (ou dans d’aulres en anneau continu). — f Amas de fibres prosenrhymateuses noires formant la bordure de chacun des faisceaux, —v Amas de vaisseaux scalariformes occupant le milieu de chacun des faisceaux et figurant ainsi une bande blanchâtre diversement pliée qu’encadre la bordure noire. — ?> Zone parenchymateuse extérieure, communiquant directement ou hon avec, la moelle. — c Enveloppe dure tenant lien d'écorce.