FLORAISON
§ 277. Dans quel ordre se développent les fleurs d’une inflorescence? C'est une question à laquelle les notions précédemment exposées rendent la réponse facile. Nous avons poursuivi dans ses différents détails la comparaison des branches chargées de feuilles et des branches chargées de fleurs; nous avons vu que leur ramification suit les mêmes lois, et que tout pédoncule terminé par une fleur peut être assimilé à un rameau. Or, tout rameau se développe nécessairement avant ceux qui naissent de lui : son évolution est déjà plus ou moins avancée quand celle de ses bourgeons latéraux commence. Il en sera de même des axes florifères: chacun d’eux devra se développer avant tous les axes secondaires relativement à lui : les (leurs terminant îles axes différents s'épanouiront. donc dans tordre de succession des axes i/ui les portent.
Au lieu d une branche plusieurs fois ramifiée, considérons-en une bornée à ses bourgeons latéraux, ou , en d'autres fermes, un axe primaire avec un certain nombre d'axes secondaires seulement Nous savons que cette branche croît par le haut, de manière que
ses parties sont formées d’autant plus tôt qu’on les observe plus bas. Ses bourgeons suivent ce mouvement d évolution de bas en haut, et se développent d’autant plus tôt qu’ils sont plus inférieurs. Le même ordre doit avoir lieu pour une suite d’axes florifères naissant immédiatement sur un môme pédoncule; l’évolution des fleurs qui les terminent doit commencer par celle de l’axe située le plus bas, et se poursuivre ensuite de proche en proche et de bas en haut. Nous avons donc cette seconde loi, que des [leurs terminant des axes de même ordre situés sur un même axe commun s'épanouissent de bas en haut.
L’établissement de ces deux lois résulte de l’observation comme de la théorie. Elles président à l’évolution de toutes les inflorescences, moins quelques cas d’irrégularité sous l’influence de causes intérieures ou extérieures qui demandent à être déterminées à part. Ces lois connues enseignent à distinguer facilement entre eux des modes différents d’inflorescence dont la détermination, sans celte aide, serait difficile et obscure.
§ 278. On sait déjà que, quand toutes les fleurs d’une même inflorescence sont portées à la même hauteur ou à peu près par l’allongement de certains axes ou le raccourcissement de certains autres, les inférieures se trouvent naturellement en dehors, les supérieures en dedans. On peut alors dire indifféremment extérieur pour inférieur, et intérieur pour supérieur, de dehors en dedans pour de bas en haut, de dedans en dehors pour de haut en bas. Si nous considérons donc une ombelle ou un capitule, nous verrons l’épanouissement des fleurs marcher du pourtour vers le centre de l'inflorescence, comme nous l’aurions vu marcher de la base vers le sommet dans une grappe. De là le nom d’évolution centripète qu’on a donné à celle des fleurs de ces sortes d’inflorescences, et par suite à celle de toutes les inflorescences indéfinies.
Prenons, au contraire, une cime composée d’un axe primaire et de deux ou plusieurs axes secondaires. La fleur qui termine lo premier, et occupe nécessairement la partie centrale de l'inflorescence, s’épanouira d'abord : puis viendront celles qui terminent les seconds et qui occupent la circonférence. Dans ce cas, l'évolution suit une marche inverse de la précédente ; elle va du centre a la circonférence; elle est dite centrifuge, terme quon a par suite appliqué à celle de toutes les inflorescences définies. On comprend cependant qu’il est loin d'être juste dans tous les cas, puisquen supposant une suite de dichotomies florifères, entro la fleur centrale et colles qui terminent les axes secondaires viendront s'en interposer do tertiaires qui fleuriront plus tard que les secondes, quoique plus intérieures. Il convient donc, en adoptant ce mot, dose
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souvenir qu'il ne doit pas être pris dans son acception rigoureuse.
§ 279. Tout cela posé, il est facile de prévoir combien, à la première inspection d’un ensemble de fleurs, nous serons aidés pour la détermination de son mode d’inflorescence par les rapports de position des fleurs développées à différents degrés. Si nous apercevons au centre ou en haut une fleur plus développée que celles qui sont autour ou au-dessous d’elle, nous savons tout de suite que nous avons affaire à une inflorescence définie ; si le haut ou le centre nous offre au contraire des fleurs moins développées que le bas ou la périphérie, nous savons que l’inflorescence est indéfinie. Les degrés de floraison auxquels les diverses fleurs sont arrivées les unes par rapport aux autres nous indiquent d’avance les degrés des axes qui les portent, ou leur position relative sur un pédoncule commun.
§ 280. Nous avons, pour plus do clarté, supposé les cas les plus simples, ceux où l’inflorescence est peu ramifiée. Si elle l’est un grand nombre de fois , l’examen se complique par la dispersion d’axes du môme degré dans un grand nombre de points de l’inflorescence. Nous l’avions déjà indiqué pour les cimes ; mais on en peut dire autant pour une inflorescence indéfinie, par exemple, pour une particule, où des axes secondaires situés à différentes hauteurs portant médiatement chacun des fleurs de plusieurs degrés différents, on peut vers le bas trouver des fleurs moins avancées que d’autres qui leur sont supérieures, ce qui semble contraire à l’évolution centripète.
On doit remarquer que, dans ce cas, l’ensemble de l’inflorescence n’est que la répétition d’un certain nombre de groupes de fleurs à peu près semblables disposés sur un axe commun ; par exemple, qu’uno panicule n’est, en général, qu’une réunion de grappes sur un môme pédoncule. On est porté ainsi à admettre des ■inflorescence* composées, ou dans Y inflorescence générale (que seulo nous avons considérée jusqu’ici) on peut en distinguer plusieurs partielles, dont chacune dans sa floraison manifestera les lois que nous avons exposées. En comparant ensuite la floraison des unes à celle des autres, nous verrons que chacun do ces groupes do l’inflorescence composée peut ôtro assimilé à une fleur d'une inflorescence simple; (pie, s’ils sont tous latéraux par rapport à l’axe, ils seront d’autant moins avancés qu’on les examinera plus haut, qu’ils se développeront de bas en haut ; que si l’un termine ce môme axe, il se développera avant les autres (fig. 188), et môme alors souvent la floraison de ces autres marchera de haut en bas : elle deviendra centrifuge. Nous sommes ainsi conduits à l’énoncé do cotto troisième loi' Dans une inflorescence composée , les inflores *■
(■'fi icc s partielles suivent, pour leur évolution relative , les mêmes lois que les (leurs dans une inflorescence simple.
On conçoit que la ramification d’une inflorescence peut se compliquer assez pour qu’elle soit plusieurs fois décomposable : par exemple, une panicule générale en panicules partielles, chacune de celles-ci en grappes, etc., etc.