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BRACTÉES

§ 281. Nous avons dit que les bractées sont des feuilles modifiées à l’aisselle desquelles naissent les axes chargés de fleurs. Quelquefois la modification n’est pas complète, et les bractées conservent, surtout vers le bas de l'inflorescence, la couleur verte et toute l’apparence de feuilles, quoique amoindries et raccourcies, de manière qu’on hésite sur le nom qu’on peut alors leur donner : ce ne sont plus les feuilles du bas de la plante, ce ne sont pas encore des bractées. On indique cet état de transition en ajoutant à l'inflorescence l’épithète de feuillées ( foliosa ). C’est ainsi qu’on décrit des panicules, des grappes, etc., feuillées.

D’autres fois, tout au contraire, l'avortement des feuilles accompagnant les fleurs est complet; on n’en trouve pas la moindre trace, soit à l’origine des inflorescences générales ou partielles, soit à celle de chaque fleur en particulier. On indique ce défaut de bractées en notant les inflorescences ou fleurs qui s'en trouvent dépourvues ( flores ebracleali ). C est ce qu on observe, par exemple, dans celles de la famille des Crucifères.

§ 282. Entre ces deux étals extrêmes, le développement foliacé ou "l’absence complète de bractées, on trouve tous les intermédiaires, et alors la réduction de la feuille peut présenter les modifications diverses que nous avons signalées à 1 occasion des enveloppes du bourgeon (§ 143).

Dans le plus grand nombre des cas, la métamorphose de la feuille bractée est d'autant plus complète qu on 1 observe sur un axe d un degré plus élevé dans l’inflorescence; et dans la môme on peut quelquefois signaler, depuis sa base jusqu a son sommet, toutes les transitions que nous venons d’énumérer. Cette diversité peut compliquer la description, qui doit en tenir compte en l’indiquant d'une manière générale.

La bractée, lorsque c'est le limbe qui persiste, peut conserver, avec une forme plus élargie rappelant plus ou moins celle de la feuille, sa structure et sa couleur verte, et on la dit alors foliacée. D’autres fois, elle se raccourcit et s’épaissit en écaille, ou bien s’amincit en membrane colorée ou transparente, et est alors, en

l'LKUU K N GÉNÉRAL. RRACTÉliS.

général, formée par la partie vaginale. Lorsqu'elle est réduite à un faisceau grêle, elle prend la forme d'un fil; ou bien très courte, celle d une arête, ou seulement d'une petite pointe ordinairement roide et noirâtre.

Souvent elle commence à passer à la couleur de la fleur, et les nuances plus ou moins vives qu’on voit dans celle-ci se retrouvent, ou affaiblies, ou tout aussi foncées, dans les bractées, qui alors sont ordinairement assez dilatées : les bractées écarlates de la Sauge éclatante, celles de quelques Mélampijres, en fournissent un exemple facile à se procurer.

Par suite de la réduction du limbe dans la bractée, son contour est le plus souvent entier; quelquefois cependant il est découpé en dents ou en segments plus ou moins profonds (par exemple, dans ces mêmes Mélampvres) .

§ 283. Les bractées peuvent persister longtemps ou même indéfiniment à la base du pédoncule; mais plus souvent elles sont articulées, et tombent dp bonne heure : c’est ce dont il faut être bien averti pour ne pas décrire comme manquant de bractées dos inflorescences qui en sont pourvues, et c’est par conséquent lorsqu'elles sont encore très peu avancées qu’il convient de s’en assurer.

§ 284. Les bractées, hors les cas exceptionnels des inflorescences extra-axillaires (§ 275), doivent conserver entre elles les rapports de position des pédoncules florifères: lorsque ceux-ci, par la réduction de leur axe commun, partent de la même hauteur ou de points très voisins, comme dans les ombelles et les capitules, les bractées se trouvent donc elles-mêmes à la même hauteur, et forment autour de l’axe une sorte de vcrticille ou de rosette qu’on nomme généralement involucre ( invotucrum ), et dans lequel elles prennent chacune le nom de folioles, ou quelquefois, d'après leur consist ance, d’ écailles. Si 1 inflorescence est composée, outre un involucre à la base de 1 inflorescence générale, on peut en trouver aussi à la base de chacune des partielles. On distingue ces dernières par le diminutif d ’involacelles (invoUicellum). Ainsi, dans les Ombellifères, les ombelhdes sont souvent involucsllëes [fUg. 4 89/"), l'ombelle générale in col lierre ( fig . 189 ?’). Le nom français assez significatif do collereiie s applique fréquemment aussi à ces vcrticilles de bractées: elle est générale ou partielle.

Les folioles de l'involucre peuvent être rangées en un seul cercle {unisér iules), comme c'est le cas le plus habituel dans ces mêmes Ombellifères; ou bien elles peuvent être étagées sur plusieurs rangs (plurisériales) , comme on l’observe souvent dans les fleurs dites composées. Dans ce dernier cas, serrées les unes contre les autres, les extérieures couvrent le bas des intérieures à la manière des

tuiles (I un toit: on les dit imbriquées ( fig . 191, 1 b). Si elles sont alors nombreuses, on distingue facilement leur arrangement général en spirale en voyant se dessiner plus ou moins nettement les spirales secondaires: les bractées de l'Artichaut, ce cju’on appelle ses feuilles, en fournissent un exemple familier à chacun. Mais quelquefois cette disposition ne se manifeste pas: c’est lorsque* les bractées sont peu nombreuses, et notamment sur deux rangs, où celles de 1 extérieur, plus petites, ne sont pas semblables à celles de 1 intérieur. Quelques uns désignent cette dernière disposition sous le nom d 'involucre caliculé.

§ 285. Tantôt toutes les folioles de l’involucre sont libres, tantôt elles se soudent entre elles ou par leur base ou complètement : on dit 1 involucre polyphglle ou monophylle, suivant l’un ou l'autre de ces deux cas. Dans le dernier, si les folioles sont sur un seul rang, elles forment une collerette, ou entière, ou découpée dans son contour (par exemple, dans les Buplevrum ) ; si elles sont sur plusieurs rangs, elles forment une sorte de coupe toute * hérissée à l’extérieur d 'écailles ou de pointes qui sont les extrémités libres de ces folioles soudées et confondues entre elles dans tout le reste de leur corps. Telle est l'origine de la cupule ( cupula ) du gland [fig. 202 c). L'enveloppe épineuse de la châtaigne en a une analogue : c’est un involucre, et sa peau coriace et brunâtre est un involucelle renfermant plusieurs fleurs , comme l’indique la pluralité des fruits qu'on trouve souvent dans son intérieur. On voit combien toute ressemblance avec la feuillo s’est effacée ici complètement, par suite de ces métamorphoses et de cos soudures qui viennent si souvent se placer entre nos sens et l’intelligence claire et facile des faits.

§ 280. 11 est clair que, dans ce cas où les bractées se soudent ainsi sur plusieurs rangs, il ne peut se développer de fleurs à l’aisselle que de celles qui sont tout à fait supérieures; mais la mémo chose arrive fréquemment, même dans le cas où elles sont libres, et le plus souvent l’imbrication entraîne la stérilité aux aisselles de toutes les folioles extérieures d'un capitule. Souvent alors elles se développent d’autant plus, et celles qui portent des fleurs à leur aisselle sont fort différentes et moindres. Citons encore ici l’exemple de l’Artichaut, dont le réceptacle, la partie charnue qu’on mange, bordé de ces folioles stériles, longues, épaisses et vertes, porte sur

202. Un gland do Chêne. — c Cupule formée par la soudure d’un grand nombre do bractées dont on voit encore les pointes libres et disposées en spirale.

toute sa surface supérieure, entremêlées avec ses fleurs, d’autres bractées courtes, membraneuses et blanchâtres.

Il y a plusieurs plantes où, au-dessous d’une fleur unique, on trouve plusieurs de ces bractées stériles disposées en un involucre monophylle ou polyphylle, qu’on a nommé alors caliculc ou ccilicc extérieur : les Hibiscus, les Malope, les Mauves et beaucoup d autres Malvacées offrent ce caractère (/ îy . 248).

§ 287. Quelquefois c’est une bractée unique qui enveloppe l'inflorescence en partie ou tout entière. Nous avons déjà (§ 263) nommé la sp allie (. spatha ), qu’on rencontre dans un assez grand nombre de Monocotylédonées, autour d’un épi de nature particulière, simple dans le spadice, composé dans le régime des Palmiers. C’est une sorte de feuille engainante à la base, souvent roulée en cornet, quelquefois prolongée au sommet en une languette latérale, tantôt verte (comme dans le Pied-de-veau ou Arum valgure [/icj. 1 87 à]), tantôt colorée (comme dans le Calla œthiopica). Ses bords, qui viennent se raccourcir inférieurement en se soudant ensemble quelquefois, finissent souvent par se fendre ou se séparer, lorsque l’inflorescence ou le fruit, en grossissant, repousse les parois d’une cavité devenue trop étroite. D’autres fois, on voit alors la spathe se diviser en deux pièces ou valves, parce qu’elle était composée de deux bractées distinctes ou soudées, mais toujours, nécessairement, l’une extérieure à l’autre, d’après la loi rie l’alternance constante des feuilles dans les Monocotylédonées. Sur d’autres points plus élevés du spadice se trouvent quelquefois, à la base de fleurs séparées ou de petits groupes do fleurs, des bractées plus petites qu’on nomme alors spathelles. La spathe parait destinée à protéger l'inflorescence dans sa première jeunesse; car, à cette époque, oilo l’enveloppe toujours, quoique dans beaucoup de plantes (comme dans los Tijplia , les Pathos) elle ne se développe plus ensuite dans la même proportion, reste déjetéo sur le côté à la base de l’épi, ou même se détache d’assez bonne heure. Au reste, une disposition assez semblable s’observe dans plusieurs Dicolylédonées, ou cette enveloppe, qu’on nomme alors quelquefois spathe, par analogie, et qui serait mieux nommée involucre spalhiforme, résulte généralement de l’union ou du rapprochement de doux grandes bractées opposées,

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