ANATOHIE DB LA FEUILLE. SS
réduit, le parenchyme prend un grand développement, tandis quel'épiderme épaissi, dé pour vu de stomates ou h stomates protégés par de nombreux poils, s'oppose à une trop grande déperdition d'eau.
Durée des teaillea. — La plupart des plantes vivaces de notre région perdent leurs feuilles à l'automne: ces Teuilles sont dites caduques; dans le chêne, etc., il en est qui restent attachées à l'arbre jusqu'au printemps: on les appelle marcescenles.
Les feuilles du houx {Ilex), du buis {Buxus]-des Conifères, sauf celles du mélèze [Larix), sont dites persis- /anf«s, elles durent plusieurs années et sont remplacées à mesure qu'elles disparaissent. La proportion des espèces à feuilles persistantes augmente à mesure qu'on s'approche de l'équaLeur : dans le midi de la France, il en existe déjà un assez grand nombre, ex. : le chêne-liège [Quercus suber), le chêne kermès {Quercus coccifera), l'olivier (0/ra), etc.
De l'ensemble de ces faits il paraît bien résulter que la chute des feuilles est une adaptation des plantes au climat. Dans le pays où l'hiver est assez rigoureux pour produire de fortes gelées, les plantes ne pourraient garder leurs feuilles sans inconvénients. Nous verrons en effet que ce sont les feuilles qui, par suite de leur transpiration, règlent la quantité d'eau absorbée par les racines. Si ces plantes gardaient leurs feuilles en hiver, elles seraient remplies d'eau comme en été, et une forte geléei en congelant cette eau, les ferailéclater.
au minimum pendant l'hiver la transpiration et par suite l'absorption de l'eau.
Sous les tropiques, où l'on ne compte que deux saisons, celle des pluies et celle des chaleurs, les feuilles, chez quelques espèces, tombent pendant celte dernière période. Sur te point de se détacher, les feuilles perdent leur couleur verte et prenneut une teinte jaune plus ou moins pâle. Dans la vigne, la coloration de la feuille est en rapport avec celle du fruit. A l'époque de la vendange, on distingue fort bien, à une certaine dislance, les ceps à fruits jaunes des ceps à fruits rouges : les feuilles des premiers sont d'un jaune clair, tandis que celles des seconds sont plus ou moins rougeâtres.
Mécanisme de la cHule des feuilles. — Les feuilles de presque tous nos arbres se détachent comme si elles étaient articulées : les cicatrices qu'elles laissent sur les rameaux se trouvent au sommet d'un petit renllement qu'on désigne sous te nom de coussinet (fig. 168). Voici par quel mécanisme elles se détachent: ù l'approche de l'hiver, un tissu spécial se forme à la base de la feuille, et donne naissance à une lame transversale de liège. Les cellules vivantes de la feuille, isolées peu à peu du reste de la plante par un tissu inerte, meurent lentement; celles qui adhèrent à la couche de liège s'en détachent, les faisceaux se rompent mécaniquement et la feuille tombe. Dans une feuille morte du marronnier d'Inde [jEsculus kippocaslanum), on dislingue très bien les faisceaux, figurant des clous plantés dans un sabot de cheval que représente la base du pétiole. A l'automne, lorsqu'il gèle pendant la nuit, les feuilles des arbres tombent en très grand nombre au lever du soleil ; il s'est formé à la base du pétiole un petit glaçon qui a rompu les faisceaux et détruit toute adhérence avec le rameau qui le supporte.
Dans les palmiers, les feuilles restent sur la tige tant qu'elles ne sont pas détruites par les agenls extérieurs.
La feuille qui tombe normalement cède auparavant à ta plante tous ses principes utilisables; elle ne ren-
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ferme plus ni amidon, ni matière albuminoïcle, ni phosphate de chaux. Lorsque, au contraire, lu chute est provoquée par une action morbide, la feuille desséchée entraîne tous ces principes : de là une perte si^rieuse pour tout l'organisme végétal.
pHYsroLooe de la feuille
On a vu déjà que la racine jouait le râle principal dans l'absorption des liquides et des éléments minéraux dissous nécessaires à la plante.
Les échanges gazeux, si importants dans la physiologie générale des plantes, se font surtout dans les feuilles. Les feuilles ne sont d'ailleurs pas les seuls organes oit s'accomplissent les échanges gazeux. Tous les organes de la plante sont le siège de semblables phénomènes, mais c'est dans la feuille qu'ils sont le plus accusés. C'est pourquoi nous les étudierons ici.
Les échanges gazeux constituent trois fonctions principales :
1" La respiration, qui se manifeste extérieurement par l'absorption d'oxygène et le rejet d'acide carbonique.
2° h' assimilation chlorophyllienne par l'absorption d'acide carbonique et le rejet d'oxygène sous l'iniluence combinée de la chlorophylle et de la lumière.
3° La transpiration enfin, qui se caractérise par le rejet de vapeur d'eau. Ces trois fonctions, qui ne sont que le résultat tangible de phénomènes beaucoup plus compliqués et mal connus encore dans leur détail, qui se passent à l'intérieur même des cellules de la plante, s'exercent en Inême temps et ont entre elles des rapports complexes et multiples qui proviennent du jeu même de la vie des cellules.
ReapiraUon des plantea. — Les plantes, comme les animaux, respirent, c'est-à-dire absorbent de l'oxygène et rejettent de l'acide carbonique. C'est là un phénomène général chez les êtres vivants. Toutefois il a été contesté longtemps pour les plantes, car ici les choses
2i)t FEUILLE.
se compliquent du phénomène inverse de l'assimilation chlorophyllienne qui 'consiste en un rejet d'oxygène et une absorption d'acide carbonique. Ce dernier phénomène ne se produit, comme nous le verrons, qu'en présence de la lumière. Aussi on a d'abord admis avec de Saussure que les plantes respiraient la nuit à la façon des animaux et que dans le jour le phénomène changeait de sens. De là les noms de respiration diurne et de respiration nocturne.
Mais on a bientôt appris h séparer los deux fonctions et l'on a vu alors que les plantes respirent toujours de la même façon, aussi bien le jour que la nuit, mais que pendant le Jour l'effet de la respiration pouvait être masqué par celui de l'assimilation chlorophyllienne. Il suffit en elTel de mettre une plante dans une atmosphère privée d'acide carbonique et d'absorber celui que la plante rejette au moyen de la baryte pour empêcher l'assimilalion chlorophyllienne de s'exercer. On constate alors que, même pendant le jour, une plante absorbe de l'oxygène et rejette de l'acide carbonique. Comme l'assimilation chlorophyllienne n'a lieu qu'en présence de la chlorophylle, on peut encore opérer sur des plantes qui en sont dépourvues comme les champignons o» quii ont été étiolées et privées de chlorophylle par un long: séjour à l'obscurité.
Dans ces conditions, on a pu constater que l'azote n'intervient pas dans ces échanges. L'azole que contiennent les plantes n'est donc pas puisé directement à l'état gazeux dans l'atmosphère. On a déjà vu qu'il provient o» des nitrates du sol ou qu'il est pris d'abord directement à l'air par des microorganismes qui le fournissent ensuite à la plante sous forme assimilable. On a en outremesuré en quelque sorte le phénomène en évaluant les. quanlilés de gaz absorbées ou rejelées. Ces études ont montré que le rapporldes volumes d'oxygène et d'acide carbonique ainsi mis en jeu était toujours le même pour une même plante placée dans les mêmes conditions. Mais les quanlilés absolues des gaz échangés varient
avec les coDdilioQa extérieures ; en ud mot, l'inteDsilé delà respiration peut changer.
On a TU ainsi qu'une même plante respire d'autant plus que la température est plus élevée, et cela tant que la plante n'est pas altérée dans sa constitution. En revanche, la respiration diminue d'intensité quand Téclairement augmente, si bien qu'une plante respire moinsactivement le jour que la nuit, en plein soleil qu'ù l'ombre.
En résumé donc, le phénomène de la respiration de» plantes rentre dans la loi générale qui régit les êtres vivants. Les plantes comme les animaux respirent, c'esl^ à-dire absorbent de l'oxygène et rejettent de l'acide carbonique. Cet échange gazeux, plus ou moins masqué pendant le jour pour les plantes vertes par l'assimilation chlorophyllienne, n'en est pas moins continu, et s'il varie quand les conditions extérieures changent, ce ne sont que des variations d'intensité et non pas de nature qui se produisent.
Assimilation chlorophyllienne. — Le phénomène inverse de l'assimilation chlorophyllienne est, au contraire, un phénomène discontinu. Il ne se produit qu'au contact de la chlorophylle et sous l'intluence de la lumière solaire. Dans ces conditions, les plantes vertes^ sans cesser touterois de respirer, rejettent de l'oxygène et absorbent de l'acide carbonique. Rien n'est plus facile à mettre en évidence. Si dans une éprouvette remplie d'eau de Seltz et renversée sur la cuve à mercure on met une-plante verle et qu'on expose le tout à la lumière, on ne tarde pas à voir perler à la surface des feuilles des bulles gazeuses qui se rassemblent à la partie supérieure. A l'analyse, le gaz ainsi recueilli se montre formé en grande partie d'oxygène. La plante rejette donc de l'oxygène. Elle a d'ailleurs absorbé une partie de l'acide carbonique de l'eau de Seltz.
Comme pour la respiration, on a pu constater que le râpporl du volume des gaz échangés était constant pour uneplante donnée dans des conditions bien déterminées.
L'inlensilé du phénomène varie d'ailleurs aussi avec les conditions extérieures. Ainsi, au pointde vue de la température, la plante rejette d'autant plus d'oxygène qu'elle est plus voisine de 25°. En deçà et au delà, l'intensité est moindre. Il y a, comme on dil, une température optima pour l'assimilation. L'éclairement a également son importance. Pour les plantes de grande culture en particulier (blé, mais), l'assimilation croît avec l'éclairement jusqu'à l'éclairemenL solaire le plus intense. Pour les intensités lumineuses supérieures à celle du soleil qu'on a pu réaliser expérimentalemenl, l'assimilation se mainlient constante.
Quel est le mécanisme ne cette action complexe qui consiste pour la plante à (ixer l'acide carbonique et à rejeter l'oxygène '? En gros on peut considérer que la plante décompose l'acide carbonique absorbé et en rejette l'oxygène. Le carbone reste dans la plante et c'est lui, comme on sait, qui forme la majeure partie de ses tissus. Nous voyons donc que par suite de l'assimilation chlorophyllienne, à part la faible proportion de carbone absorbée par les racines à l'état de carbonates, tout le carbone des plantes provient de l'atmosphère.
11 nous reste à voir comment la plante peut ainsi décomposer l'acide carbonique et en fixer le carbone. Si l'on s'efforce, par les moyens expérimentaux que nous avons à notre disposition, d'accomplir le même travail, on n'y arrive que très difficilement, en dépensant beaucoup d'énergie et en faisant intervenir soit des températures très élevées, soit des réactifs chimiques puissants. Le carbone et l'oxygène sont étroitement combinés dans l'acide carbonique. Où la plante se procure -t-elle l'énergie nécessaire pour rompre celte union si intime? C'est l'énei^e solaire qui est ici mise en œuvre. Nous avons vu que l'assimilation chlorophyllienne ne s'exerce qu'en présence de la lumière et de la chlorophylle. Cette dernière substance, dont nous connaissons déjà quelques propriétés, sert en quelque sorte d'écran et arrête certaines radiations solaires. C'est cette énergie étrangère
que la plante accapare à son profit, qui produilla décomposition dont nous avons parlé.
En réalité, les choses se passent d'une façon encore plus complexe que nous ne l'avons exposé. Lacide carbonique qui pénètre dans la plante n'est pas simplement dédoublé. Il entre certainement, en même temps que l'eau et les sels minéraux absorbés par la racine (sève ascendante), en combinaison avec le protoplasme de la cellule. Grâce à l'énei^ie solaire emmagasinée par la chlorophylle, il se fait dans la feuille des synthèses de composés organiques complexes dont les intermédiaires sont encore mal connus. D'une façon générale, le résultat de ces réactions variées qui se font à l'intérieur des cellules vivantes du parenchyme foliaire, au contact et sous linfluencedu protoplasme, est la production d'amidon et de sucres, en particulier le sucre simple qu'on appelle le ^/ucose. Le tout est accompagné d'un rejet d'oxygène qui fait dire souvent que le phénomène chlorophyllien est un phénomène de réduction', alors que la respiration serait un phénomène d'oxydation. L'amidon ainsi formé ou bien reste en place dans les cellules(il est facile de constater sa présence au microscope dans les feuilles qui ont séjourné au soleil), ou bien se transforme en produits solubles dans l'eau [glucose) qui vont se distribuer dans toute la plante pour nourrir ses cellules ou pour s'accumuler dans les organes de réserve sous forme de sucres, d'amidon ou de substances grasses. Le liquide ainsi chargé de substances organiques nutritives qui part des feuilles pour se répandre dans toute la plante a reçu le nom de sève élaborée. Nous savons que c'est surtout par les vaisseaux du liber qu'il est transporté.
Lesconsidérationsqui précèdent nous rendent compte en gros des phénomènes si curieux qui aboutissent à la synthèse de la matière organique à partir des éléments simples; elles nous permettent de juger le r61e capital que jouent les plantes vertes dans cette synthèse, mais comme elles n'ont pas une grande importance au point
de vue pratique, nous n'insisterons pas davantage sur ce sujet.
La température, comme nous l'avons vu, n'est pas sans influence sur l'assimilation, mais la lumière joue dans ce phénomène le rôle le plus imporLànt. Sur la lisière des bois, dans les allées des parcs, les branchés dirigées vers la lumière se distinguent toujours des autres par de plus grandes dimensions. L'éclairemenl exigé par les diverses plantes varie de l'une à l'autre : certaines mousses et fougères ne poussent que dans les anfracluosités de rochers peu éclairées ; le lierre, lorsqu'il forme un épais rideau, contre les vieux murs, ne reçoit que peu de lumière; cependant il reste vigoui^ux, tanlis que beaucoup de plantes languissent dans nos appartements, faute d'un éclairement suffisant. ,
On peutdire,d'unemanièregénérale, que la valeur des récoltes fournies par les plantes agricolesest proportionnelle à la somme dt: lumière déversée par le soleil pendant leur végétation; dansles stations agronomiques bien organisées, les mesures actinométriques, c'est-à-dire les mesures de l 'éclairement, sont l'objet de soins tout particuhers.
Les feuilles sont à pttu près les seuls organes assimilaleurs de la plante ; nous avons vu que la tige possède delà chlorophylle dans l'écorce primaire ou enveloppe herbacée ; mais cette quantité est presque insignifiante, si on la compare à celle qui se trouve dans les feuilles.
TranspirBUon. — L'ean provenant des racines, quia charrié les matières nutritives delà plante, est exhalée & la surface des feuilles sous forme de vapeur d'eau. C'est le phénomène de IranspiraUon. Pour s'en convaincre, il suffit de recouvrir d'une cloche une plante vivante. L'eau ne tarde pas à ruisseler sur les parois. C'est surtout par les stomates que se fait cette émission de vapeur d'eau (de même que c'est par les stomates que se font aussi les échanges gazeux) ; il résulte de là que la face inférieure des feuilles transpire plus activement que la face supérieure ; ce fait se vérifie
aisément, à l'aide du papier hyg^romélrique (il s'obtient en faisant tremperdu papier ordinaire dans une dissolution de chlorure de palladium et de fer), employé aujourd'hui à la fabrication de ces (leurs et de ce& Hguresqui, se colorant plus ou moins suivant le degré d'humidité de l'atmosphère, servent à la prévision du temps; celui qu'on applique sur la face inférieure bleuit bien plus que celui de la face supérieure.
11 y a lieu de distinguer deux sortes de transpiratiou dans les feuilles vertes : la transpiration chlorophyllienne et la transpiration proprement dite.
La première, de beaucoup la plus importante, est en relation directe avec l'action chlorophyllienne. On constate en effet qu'une plante verte brusquement éclairée transpire subitementd'une façon beaucoup plus intense que lorsqu'elle était à l'obscurité. En même temps on constate par des mesures précises, en dosant l'oxygène rejeté, que son activité assimilatrice diminue d'autant. Une partie de l'énergie accumulée par la chlorophylle se reporte donc sur le phénomène de transpiration pour en augmenter l'intensité.
An contraire la transpiration proprement dite est une simple évaporation soumise aux mêmes lois physique» que celte dernière; comme elle, elle est indépendante de la présence de ta chlorophylle et de la lumière; elle dépend uniquement de la température de l'air, de son étal hygrométrique, de son degré d'agitation et de la pression atmosphérique.
Bésislance dfs plantes à la sécheresse. — Si nous considérons au point de vue pratique l'ensemble de la transpiration, nous voyons que son activité varie sensiblement dans les plantes de nature différente, grâce sut tout à des dispositions analomiques diverses, comme par exemple l'épaisseur de la cuticule, l'abondance plus ou moins grande des stomates, leur protection plus ou moins efticace par des revêtements cireux ou des poils glanduleux.
Les plantes aquatiques, telles que Icspolamogétons,
i3i FEUILLE.
lesoénuphars, se ilélrissenl après une courle exposition à l'air; au contraire, les plantes grasses de notre région, lessedutns (Serfum), les joubarbes (Semperriuum), vivent longtemps après qu'on les a arrachées et abandonnée» à la surface du sol; la pomme de terre, grâce au liège qui la recouvre, conserverait presque complètement son volume initia), si elle n'émettait à l'obscurilé de longues pousses qui l'épuisent. Dana les pays chauds, les cactées, pourvues comme nos plantes grasses d'une cuticule épaisse, résistent fort bien à la sécheresse; afin de supporter les plus grandes chaleurs, les feuilles d'orchidées épiphytes de ces mêmes régions présentent une structure fort curieuse 'qui mérite d'être mentionnée. A leur face supérieure, on trouve, au-dessous de l'épiderme, une couche épaisse de cellules incolores, turgescentes, formant ce qu'on appelle un hypoderme. Cette couche cellulaire gorgée d'eau joue à la fois le rôle d'écran et de magasin ; c'est un écran, car elle retarde la Iranspiralion; c'est un réservoir, car elle s'épuise pour alimenter la partie verte à mesure que celle-ci se dessèche.
Rapport entre l'absorption par les racines et la transpiration par les feuilles. — Influence des brusques varialions de température sur ces deux phénomènes. — Généralement, il y a égalité enlre la quantité d'eau exhalée par la plante et celle qui est absorbée par les racines; dans ces conditions, les cellules restent turgescentes, peuvent s'agrandir et se multiplier ; mais il arrive parfois que cet équilibre est troublé par suite d'une différence survenue brusquement entre la température de la tige et celle de la racine ou par suite d'une variation brusque de l'intensité de la transpiration provoquée par une variation d'éclairement. Au lever du soleil, par exemple, ou pendant une éclaircie, la partie aérienne, frappée subitement par les rayons salaires, transpire plus qu'elle ne reçoit des racines et alors elle se flétrit. Lorsqu'on Ira verse un champ de betteraves, pendant une chaude journée d'été, il n'est pas rare de voir les feuilles pen-
dantes et presque flétries à cause d'une transpiration excessive à laquelle les racines ne peuvent faire face. Le contraire arrive également : après une chaude journée, [es racines continuent à absorber beaucoup d'eau, tandis que la transpiration est presque arrêtée à la surface des feuilles refroidies; cette eau qui arrive en excès s'échappe parfois à l'état liquide et vient perier à l'ex- Irémilé des nervures : c'est le phénomène de la sudation ; les gouttelettes liquides, qu'on observe fréquemment dans les champs de céréales en herhe, après le coucher du soleil, n'ont pas d'autre origine, et ne doivent pas être confondues avec la rosée ordinaire. A Madagascar, il existe un arbre où ce ne sont plus de rares gouttelettes qui s'échappent des feuilles refroidies pendant la nuit, mais une véritable pluie.
Influence des arrosages effectués allernativement avec des solutions de composition variable. — On peut se demander si les engrais, changeant la composition de la solution saline puisée par les racines, exercent une influence sur l'absorption et la transpiration. C'est là une question intéressante au premier chef, puisque ces deux phénomènes sont étroitement liés au phénomène d'assimilation; on comprend que plus il circulera de matières nutritives dans la plante, plus rapide sera son développement. L'action de chaque engrais en particulier n'a pas été étudiée, mais on sait qu'en arrosant les plantes avec des solutions de composition variable, tantôt avec de l'eau de pluie par exemple, tantôt avec du purin dilué, la transpiration et l'assimilation sont plus énergiques que si l'on employait exclusivement l'une ou l'aulre d'entre elles. Il semble donc que la variété dans l'alimentation soit aussi proUtable aux plantes qu'aux animaux. M. Vesque, auquel on doit la découveite de ces faits intéressants, a obtenu, par des arrosages pratiqués comme nous venons de le dire, des feuilles de chou d'une épaisseur de 0'°,0012 environ; celles des feuilles normales ne dépasse pas 0°',0004.
Conséquences pratiques. — Nous connaissons le rôle
physiologique des feuilles, il nous reste à discuter cer^ tains faits prâtiquesd'une réelle importance. La plupart des plantes cultivées sont soumises à des binages plusou moins répétés ; le soin avec lequel on évite de recouvrir de terre leuraorganes foliacés, se trouve suffisamment justifié, quand on se rappelle qu'une feuille à J'abri de la lumière ne saurait créer delà matière organisée.
Dans les petites exploitations, où l'on cultive des betteraves, on a généralement l'habitude d'en couper les feuilles inférieures pendant l'été, pour les donner aux bestiaux. Celte pratique ne saurait 6tre trop combattue: la racine, qu'elle soit sucrière ou fourragère, privée d'une partie de ses organes dcnulrition, ne prendra qu'un développement limité; il faut bien se persuader que ces feuilles, qui ne constituent d'ailleurs qu'un fourrage aqueux et peu nourrissant, ont une valeur comme aliment bien inférieure à celle des matièresazotées, sucrées cl autres qu'elles sont chargées d'oi^aniser. Il arrive une époque, il est vrai, oh les feuilles inférieures cessent d'assimiler, el alors on peut les supprimer sans inconvénient; malheureusement -cette époque ne saurait être indiquée d'une manière exacte, car des expériences précises, dirigées dans ce sens, font entièrement défaut.
La suppression des feuilles, connue sous le oom d'effeuïtlement ou d'épamprement, se pratique particulièrement sur la vigne, pendant les années humides, au moment oîi les raisins ont atteint leur volume définitif; les grappes ne recevant plus autant de matières élaborées mûrissent plus vile. Cette opération se fait en deux ou trois fois ; ii Thomery, on ne la néglige jamais ; c'est elle qui contribue à donner au chasselas cette belle couleur fauve si estiitiée.
L'effeuillage est également pratiqué dans le vignoble, pour augmenter ta richesse en sucre des grains de raisin et pour avancer la maturité de quelques jours. Si l'on effeuille tropt6t,ilen résulte des inconvénients; par
«xemple, si les fruits sont petits et verts, on arrôte leur croissance, on diminue leur richesse en sucre et l'on augmente leur acidité.
L'eiTeuiltement doit être fait seulement huit k dix Jours avant la récolte, lorsque les grains ont atteint tout leur développement.
Époque des plantations. — Les plantes perdant beaucoup d'eau par la transpiration des feuilles, on ne saurait impunément les déplanter pendant la période active de la végétation.
C'est pourquoi l'automne, l'hiver, le débul du printemps, alors que les arbres sont dépouillés de leurs feuilles, sont les époques auxquelles il convient d'opérer la transplantation. La meilleure époque est l'automne, aussitôt après la chute des feuilles, à partir du mois de novembre. Au cours de l'hiver, les arbres prennent possession du sol et ils sont prêts à végéter à la première sève du printemps.
Pendant les journées douces d'hiver, lorsque le sol n'esl pas gelé, on plante égalemeot avec succès.
Les plantalions dites de printemps eifectuées pendant les mois de février, marsel avril, sont recommanda ble s pour les terrains argileux, froids et humides.
Cependant les Conifères et autres végétaux à feuillage persistant ont une meilleure reprise lorsqu'ils sont transplanlésétant unpeu en sève. Les meilleures époques pour les planter sont avril, mai et septembre.
Mouvements des feuilles. — Les mouvements des feuilles se divisent en deux catégories : a, les mouvements <le veille et de sommeil; 6, les mouvements provoqués par une cause extérieure, un choc, une brûlure, etc.
Les feuilles du robinier faux acacia fournissent un exemple bien connu des premiers : pendant le jour, les folioles s'étendent horizontalement; pendant la ouït, les folioles opposées s'appliquent l'une conire l'autre par leur face supérieure- Dans la plante appelée gobe-mouches (Dionœa musc^-
pula [fig. 170) les feuilles sont couvertes à leur face supérieure de poib plus ou moins allongés, terminés en têle; ils sécrètent un liquide visqueux. Celte sorte de glu, en adhérant aux insectes, les retient prisonniers, puis les digère, de la môme manière que la pepsine sécrétée par les glandes de notre estomac digère les matières albuminoïdes.
Ces poils ou tentacules englués ne suffisent pas touiours pour capturerl'insecte : c'est alors que les feuilles
jouent le rôle de pièges perfectionnés; quand l'insecte louche les poils sensibles de la plante, les deux moitiés de la feuille se replient autour de leur nervure médiane qui joue le rôle d'une charnière et, pendant ce mouvement rapide, l'insecte est pris par les piquanis que porte la feuille : lorsqu'il est digéré, les deux valves de cette dernière reprennent leur position normale en attendant une nouvelle proie.
Tous ces mouvements qui paraissent mystérieux sont dus à des causes purement mécaniques.
Nous expliquerons brièvement ce qui se'passe'chez la sensitive, dont les mouvements sont de connaissance
l,iertb,G00^k'
vulgaire. Chacun a pu remarquer, à la base de son pétiole priDcipal ou rachis {fig. 177), un renflemenl long de O-'.OOS à 0",006 el d'une épaisseur de 0-,002 àO-,003
environ. 11 est constitué par un faisceau Kbéro-ligneux central, entouréd'uo tissu enlièrementparenchyroaleux, dont les cellules arrondies laissent entre elles des méats intercellulaires très grands el remplis d'air au voisinage du faisceau, plus petits et remplis d'eau dans la couche extérieure ; l'épiderme n'a que peu d'épaisseur. Touche-t-on le , rendement dont nous venons de parler, le pétiole principal s'abaisse el les folioles viennent graduellement s'appliquer l'une c face supérieure {fig. 178).
Le renflement moteur devient flasque lorsqu'il est abaissé ; en se redressant, il reprend sa turgescence ; ses
Fig. it8.
mire l'autre parleur
deux moitiés n'inlervienoent pas également dans le mécanisme du mouvement : ainsi, en supprimant sa moitié supérieure, la feuille peut encore se mouvoir, mais elle perd de sa sensibilité; lorsqu'on coupe au contraire sa moitié inférieure, le pétiole se renverse pour ne plus se relever. Quand on excite la plante, les cellules de la moitié inférieure du renflement abandonnent une partie tle leur eau, qui passe dans les méats environnants, puis dans ceux de la partie supérieure et dans les vaisseaux du faisceau libéro-ljgneux : peu à peu la zone inférieure redevient turgescente et la feuille inclinée se redresse progressivement. Ce qui prouve bien qu'il y a déplacement du liquide contenu dans le renflement moteur, lorsque la feuille s'abaisse, c'est la diminution de volume de la moitié inférieure, correspondant à une augmentation de celui de la moitié supérieure ; en même temps le tissu de cette dernière prend une couleur plus foncée; or ce fait s'observe dans une plante verte, seulement lorsque de l'air se trouve remplacé par de l'eau.
Valeur économique des feuilles. — Les feuilles, qui absorbent dans l'almosplière une quantité notable d'éléments nutrilifs, rendent parfois au sol plus qu'elles ne lui ont emprunté, de sorle que ce dernier va toujours en s'enrichissant: on s'explique alors celle prodigieuse fécondité des terres défrichées couvertes antérieurement de prairies ou d'anciennes forêts.
Si l'on excepte les fleurs, les feuilles sont dans la plantes les organes les plus riches en matières nutritives: aussi les cultivateurs obéissent-ils à «ne sage inspiration, lorsqu'en manipulant les herbes des prairies, et surtout celles des prairies artificielles, trèfle et luzerne, ils s'efforcent de prévenir la chute des feuifles sèches par un fanage modéré ; la valeur alimentaire de ces dernières varie considérablement aux différentes époques de leur existence : maxima, pendant la durée de leur accroissement, elle diminue ensuite progressivement jusqu'au moment où elles tombent. Durant cette
période d'ëpuisement, les inalièrcs albuminoïdes, l'amidon, le pliosphale de chaux émigreal dans les fleurs et surtout dans les fruits, c'est pourquoi la récolte des fourrages doit toujours précéder la maturation des graines ; les lapins mangent volontiers les jeunes feuilles de robinier, ils les refusent absolument après la floraison.
Les feuilles de mûrier, qui servent à la nourriture des vers à soie, renferment, quand elles sont desséchées, jusqu'à 17 p. 100 de matières azotées, tandis que le foin des prairies naturelles n'en contient en moyenne que 8,5 p. 100 et celui de luzerne 14,4 p. 100. Les feuilles vertes des autres arbres de nos climats en renferment 4 à 7 p. 10<t, celles des betteraves, seulement 2 p. 100. Dans beaucoup d'endroits, ou coupe, à la fin de septembre, les Jeunes rameaux de peuplier, d'orme, de charme, de frêne, on les lie en bottillons après que les feuilles sont desséchées, et l'on obtient ainsi, pour servir à la nourrilure des moutons, pendant l'hiver, un fourrage désigné sous le nom de feuillard. Les fromages bien connus du Mont-d'Or sont fabriqués avec le lait de chèvres nourries de feuilles de vigne qu'on laisse fermenter dans de vieux tonneaux, après tes y avoir entassées et pressées suffisamment.
Arrosages. — Nous savons que les plantes ne ' peuvent s'accroître si leurs cellules ne sont pas turgescenles; on conçoit alors toute l'importance des irrigations, des arrosages, dans tous les sols un peu secs et couverts d'une puissante végétation.
Les arrosages multiples sont particulièrement favorables au développement des légumes herbacés, choux, salades, épinards, etc., qu'ils rendent plus tendres et plus succulents. Une trop grande humidité est au contraire préjudiciable aux plantes cultivées pour leurs fruits, lesquelles tendent à ne produire que des feuilles.
La température de l'eau, le moment de la journée où il faul l'employer ont trop d'imporlauce pour que nous ne nous arrêtions pas un instant à ce sujet.
Influence de (a lempémlure sur la valeur des eaux ScHHiBAUX et Nasot. — Botan. agric. 14
darrosage. — L'eau froide, en dimiDuanl la température des racines, amoindrit leur faculté d'absorption, et la tige, transpirant plus qu'elle ne reçoit, souffre nécessairement; que la tige soit plus froide que les racines, l'inconvénient n'est plus le même, puisque l'eau partant de ces dernières rétablit bien vite l'équilibre de température entre les deux parties de IWe : les prés fameux des environs de Milan connus sous le nom de marcites, doivent leur valeur à la température élevée des eaux qui servent à l'irrigation et prolongent la durée de la végéUtion.
Nous ne condamnons pas les eaux froides d'une manière absolue ; ce serait au contraire une faute de ne pas les utiliser; seulement, avant d'être employées, il est bon de les forcer à se déverser dans un bassin où elles puissent s'échauFTer au cooLact de l'air.
Moments propices à la pratique des arrosages. — 11 est reconnu que les meilleurs arrosages sont ceux qu'on pratique à partir du moment où la température va décroissant, c'est-à-dire depuis trois heures du soir environ. Latigeserefroidità peu près aussi vite que l'air environnant (1), tandis que la racine échauffée par la chaleur du jour et recouverte de terre rayonne difficilement; l'eau d'arrosage, généralement plus froide qu'elle, tend à la ramener à une température voisine de celle de la tige; la plante tout entière va se refroidissant, les gaz qu'elle contient se contractent, et le vide intérieur favorise l'iiilroduction de l'eau. Pendant toute la nuit, la plante conserve sa turgescence, en même temps qu'une faible quantité d'eau est enlevée par l'évaporation à la surface du sol et des feuilles.
Pendant la journée, lorsque le soleil est ardent, les arrosages sont préjudiciables, car ils refroidissent la racine et diminuent sa faculté d'absorption; d'un autre
(1) Ce que nous disons là ne s'applique nullement au« planUs dont les tiges acquièrent de grandes dimensions ; chez ces dernières la température ambiante se propage toujours avec plus ou moins de difGcult^.
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