AMÉLIORATION DES ESPÈCES CULTIVÉES L'INDIVIDU ET LA VARIATION
Le cultivateur n'a pas, comme l'ingénieur, la ressource d'agir direclement sur les organes et sur le foncUonnemenl des machines vivantes qui font l'objet de son induslrie. Mais il est une force toujours active qu'il peut diriger en vue de leur amélioration : nous voulons parler de la variation.
Nous avons été élevés dans l'idée que les plantes sont essentiellement stables, et que l'apparition d'un caractère nouveau appelle nécessairement une explication.
Celte nolion fausse de la stabilité des formes vivantes, vient de notre habitude d'envisager en bloc les individus qui composent ce qu'on appelle l'espèce.
«Les anciens naturalistes concevaient l'espèce comme l'unité dans la nature, etnous n'avons pas encore dominé l'habitude d'esprit qui élaif née de cette erreur. La nature ne connaît rien de l'espèce, elle a affaire à Vindividu, l'unité ultime. Cet individu, elle le pétrit et l'accommode aux accidents du milieu (1). «
Pour serrer de près le problème de l'amélioration des espèces végétales, et arriver sûrement et rapidement à une solution satisfaisante, il faudrait imiter les procédés de la nature, débuter par une analyse attentive et raisonnée des caractères de l'individu. Le sélectionneur s'affranchit ordinairement de celte étude préalable ; aussi sa marche en avant esl-elle très lente et très incertaine,
348 AMÉLIORATION DES ESPÈCtS CULTIVÉLS.
Pourquoi la zoologie est-elle née avant la botanique, et le perlée lionnement des races animales a-t-il précédé celui des races végétales? Parce que l'élude individuelle de l'animal s'impose à l'homme, tandis que pour la plante, un effort devient nécessaire aTin de l'isoler de la foule dans laquelle elle se perd et en découvrir les particularités intéressantes. Les céréales, les plus répandues de nos plantes cultivées, et vraisemblablement aussi les plus anciennes, les plantes fourragères, toutes celles enfin qui, dans nos champs, s'enchevêtrent et se confondent, ne sont pas arrivées au degré de perfeclioD des plantes de nos jardins, de nos vergers et de nos vignobles, qu'il est facile d'observer individuellement.
Quand on examine attentivement les unités qui composent un groupe naturel d'êtres vivants, on leur trouve les plus grandes ressemblances, mais la similitude ue va jamais Jusqu'à l'identité. Il n'existe pas deux êtres entièrement semblables. Nous constatons des diflérences, on dit des variations, lesquelles constituent leur individualité et nous permettent toujours de les distinguer l'un de l'autre.
Si la variation est assez accentuée, la plante chez laquelle on la remarque peut devenir la souche d'une nouvelle variété.
Une plante est une collectiuilé el non pas une individualité. — Nous savons que la plante se morcelle et donne naissance, par la multiplication artificielle, à autant de pieds semblables au pied mère qu'elle est susceptible de produire de bourgeons. Les opérations de taille notamment, nous apprennent que dans un arbre, les rameaux insérés les uns sur les autres luttent pour l'existence et s'affament réciproquement, exactement comme des plantes indépendantes.
Une plante doit donc être envisagée comme une collectivité où chaque individu est représenté par un bourgeon. Par conséquent, dans la recherche des variations, nos observations ne doivent pas seulement porter sur l'ensemble d'une plante ; elles doivent être
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poussées plus loin et s'exercer successivement sur les axes de différents ordres et même sur ctiaque bourgeon (I).
La variation une foJs produite, il s'agit de la conserver et de ia rendre héréditaire ; elle est acquise immédialement et intégralement, quand il est possible delà multiplier par le greffage el les autres modes de multiplication
(1) Quand nous plantons un forain de blé, nous savons qu'il en sort un nombre variable de talles; une pomme de terre fournit autant de Ijgesquede bourgcona vigoureux. La touiTede blé, comme ta loufle de pomme de terre, se composent d'autant d'individus qu'elles possèdent d'axes partant du sol . On peut assimiler ceux-ci à de véritables boutures qui ont d'abord vécu en commun aux dépens de ta semence \ dans la suite, ces aies luttent entre eux pour l'existence, â peu près comme s'ils étaient entièrement indépendants. Dan* le* e**af* comparalifi, soit de variétés, soit de semences de grossears différentes, gnines ou labercales, on ne lient pas compte de ce fait capital; sur une surface donnée, on emploie, ou bien le même nombre de semences, ou bien le même poids, el l'on juge de leurs mérites relatifs, par l'importance et la qualité de la récolte. Rien de moins justifié. En y regardant de plus près, on constate que dans ces conditions, tel blé, l'Epi carré par exemple, a livré SOOép^s seulement au mètre carré, où leGoldendrop,qui talle t>eaucoup plus, en a fourni 400 ; il j a de grandes chances pour que celui-ci foui'nisse les meilleurs rendements et soit classé au premier rang; vraisemblablement, les ressources alimentaires disponibles dans le sol, auraient pu nourrir un plus grand nombre de tallea de le variété Épi carré; it eût suffi par conséquent d'augmenter la dose de semences pour changer complètement le sens des résultats.
Dans des essais comparatifs, afin d'obtenir, sur une surface donnée, le nombre d'individus qui tirera le meilleur parti des éléments rertilisanls du sol, il faut, suivant les variétés, suivant la grosseur des graines ou tubercules, employer des doses variables de
C'est par l'expérience directe, en semant à des quantités croissantes, que l'on arrive à déterminer la dose la plus favorable, on dit la doieoplimunt,- dans chaque série, c'est la meilleure récolte, correspondant à la dose optimum, qui donne la mesure de la valeur des variétés ou des semences employées.
C'esl faute d'opérer comme nous venons de l'indiquer, qu'en dépit d'expériences sans nombre, nous possédons sur les mérites relatifs des variétés de grande culture et sur la valeur respective des semBoces de dilTérentg poids, des notions si incomplète* et si souvent contradictoires.
ScHHUAUZ et Nakot. — Botan. agric.
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asexuée. Ainsi s'exptiquela profusion de variétés d'arbres fruitiers, de pommes de terre, de tulipes, etc., au milieu desquelles il devient chaque jour plus difficile de se reconnaître.
AucoQtraire, la descendance d'une graine est rarement « fidèle au type ». Parfois, dès la première génération, le caractère acquis disparaît sans laisser de trace. Les ajoncs sans épines découverts en Bretagne, que MM. de Vilmorin et Trochu espéraient substituer pour la production fourragère à la variété épineuse, dont les inconvénients sont si nombreux, ont immédiatement perdu te caractèrequi les rendait intéressants. Plus ordinairement, la propriété nouvelle se fixe progressivement; elle ne devient héréditaire qu'après plusieurs générations, au cours desquelles on a le soin d'écarter de la reproduction, les individus chez lesquels elle se perd. Le retour d'un certain nombre d'individus à la race originelle est désigné sous le nom A'alavisme.
Les diverses sortes de varialions. — Les varia tionsétant la source des nouvelles formes végétales, nous allons essayer de déterminera quelles causes il fautenrapporlerTorigine. Nous distinguerons les variations produites par la nature {variations naturelles) de celles qui sont provoquées par l'intervention de l'homme [variations arli/lcielles).
Il y a très peu de temps que l'horame travaille méthodiquement à la création de nouvelles variétés ; celles qui proviennent de variations naturelles sont encore de beaucoup les plus nombreuses et les plus importantes.
Variations naturelles. — Elles comprennent :
1° Les variations accidentelles;
2° Les varialions provoquées par le milieu ;
3° Les variations provoquées par des croisements naturels.
1' Varialions accidentelles. — Nous désignons du nom de variations accidentelles, celles dont les causes nous échappent : on les appelle encore variations brusques ou discontinues. Dans le plus grand nombre de cas, la
variation surgit sans que rien ait été changé dans les conditions ambiantes. Sans cause appareate, un individu difTéreuL apparaît au milieu de ses compagnons ou de ses frères engendrés au même moment et entourés de conditions identiques. Un double caractère rend ces modtficalionsspontanécs particulièrement intéressantes: d'abord, elles sont héréditaires, constituent d'emblée des formes nouvelles ; de plus, ces modifications ne sont pas les plus légères, ce sont au contraire les plus accentuées.
Pour les variétés sorties de ces variations, le vieil adage, natura non facil sallus, la nature ne fait pas de bonds, se trouve en défaut.
Beaucoup de variétés agricoles sortent de variations spontanées : citons d'abord deux excellents blés blancs d'origine anglaise, le Chîddam et le Hanter.
Un nouveau blé, le Japhel, qui se répand aujourd'hui avec une rapidité qui en atteste les mérites, est une variation spontanée du Noé.
Sur un pècherordinaireproduisanldesfruits duveteux, on a trouvé un rameau produisant des pêches lisses ou brugnons ; dans une touffe de pommes de terre, il n'est pas rare de rencontrer des tubercules de couleurs diffé-^ rentes.
Au jardin botanique de Munich, il existe un hêtre à feuilles laciniées portant un seul rameau garni de feuilles entières. Ces variations de rameaux ont été le point de départ d'un grand nombre de variétés horticoles.
Il faut bien connaître les variétés existantes pour découvrir les modificalions spontanées; autrement, on s'expose à considérer comme nouveautés des variétés anciennes dont les semences ont été introduites par une machine, un sac mal nettoyé ou par toute autre cause accidentelle.
2° Variations provoquées par le milieu. — Les plantes cultivées de temps immémorial, qui poussent sous les latitudes les plus différentes et dans les sols les plus variés, telles que le blé, la vigne, vont nous fournir les matériaux les plus précieux, pour apprécier l'influence du
milieu. Chaque région où l'on s'en lient encore aux anciennes variétés locales, possède des blés dilTérentâ, et dans chacune de ces régions, les blés des bonnes terres ne sont pas les mêmes que ceux des terres pauvres. Nous allons voir que cette multiplicité de variétés n'est pas le fait du hasard, mais relève de lois que nous commençons à pénétrer.
Pour se maintenir, les variétés ont besoin, avant tout, de résister au milieu non vivant (température, humidité, lumière) : c'est Vadaplation ; il faut en outre qu'elles résistent au milieu vivant (animaux, plantes) : c'est ce qu'on a appelé la lutte pour la vie.
L'homme est intervenu plus ou moins dans ta lutte, en vue de favoriser les variations les plus utiles ou les plus agréables, mais, au moins pour la très grande majorité des plantes de grande culture, il a joué un rôle très effacé dans la création des variétés. Nous sommes surtout redevables de celles-ci à la sélection naturelle dont l'adaptation et la lutte pour la vie sont les agents.
Les caractères du milieu s'inscrivenl pour ainsi dire dans la structure de la plante, dans sa composition, et dans ses propriétés physiologiques.
La feuille et toutes les parties superficielles étant les plus exposées à l'action du milieu, se modifient avant les parties profondes; la variation atteint les organes accessoires avant les organes essentiels ; la graine dépositaire des caractères de l'espèce est beaucoup moins malléable que la lige, la racine, la feuille ou la fleur, de sorte qu'elle fournit rarement des caractères suffisants pour la distinction des variétés.
Les plantes se sont pliées si fidèlement au mifieu, que les caractères de l'un étant connus, on déduit sans peine les propriétés des autres et réciproquement.
Pour fixer les idées, considérons par exemple les nouveaux blés qui se sont substitués dans le nord de la France, partout où l'on fait de la culture intensive, aux blés de pays qui n'étaient ni assez productifs, ni assez
''istanls à la verse.
Tous ces blés se font remarquer par leurs rendeihenls élevés ; ils sortent tous de terres fertiles. Ceux des régions septentrionales [Poiilard d'Australie, Dékat, Blé à- épi carré, Goldendrop, Chiddam, Victoria, Teoerson, Standup, Boseau, etc.), favorisés en outre par un climat régulier qui leur permet de retarder leur maturité, sans qu'il en résulte aucun accident, se placent au premier rang comme productivité.
Plus tardifs que les blés du Midi, travaillant plus longtemps par conséquent, on comprend qu'ils produisent davantage.
Ces mêmes blés du Nord vivent dans une atmosphère humide éminemment propice aux champignons ; ils sont devenus k peu près réfractaîres à ces parasites, alors que ceux du Midi (Noé, Bordeaux, etc.), adaptés à une atmosphère sèche, souffrent grandement des attaques de la rouille et du charbon lorsqu'on les transporte dans la région septentrionale. Le blé de Riéli, d'origine italienne, est une remarquable exception ; c'est que la vallée où il a pris naissance n'est pas seulement chaude, elle est humide en mSme temps, circonstance également exceptionnelle dans les pays méridionaux. Parmi les blés à grands rendements, le blé d'Alsace se dislingue en ce qu'il supporte les froids rigoureux ; il est le seul aussi qui soit originaire d'une région où les hivers sont rude;.
En Amérique, le phylloxéra exerce ses ravages depuis des siècles : c'est en Amérique que nous sommes allés chercher des cépages résistants pour la reconstitution de nos vignobles; c'est dans les terres calcaires de l'Amérique, également que nous avons trouvé des portegreffes résistant à la chlorose et au phylloxéra. En résumé, tel milieu, telle variété.
Les caractères acquis sous l'inlluence du milieu présentent ceci de particulier, qu'ils ne deviennent héréditaires qu'après un très grand nombre de générations; on est loin de s'entendre sur la fa^on dont se Gxent les caractères acquis; il est vraisemblable d'admettre que
les différences dans le sens de la fixité, insaisissables d'une généralion à l'autre, vont en s'accenluant, et que la race marciie d'un mouvement lent et continu jusqu'à ce qu'elle ait atteint un état d'équilibre définitif correspondant aux conditions ambiantes.
Ce mouvement parait tellement lent, que le séleclionoeur ne doit guère compter sur les caractères acquis, et notamment sur l'iniluence d'une alimentation abondante pour améliorer les variétés.
Trop souvent, le cultivateur se laisse abuser par ces caractères. Dans un champ de blé, il choisit les plus beaux épis, sans se douter que leur supériorité est due ordinairement à ce qu'ils ont été plus copieusement nourris que leurs voisins. Poiir la reproduction, ces épis engraissés ne sont pas plus avantageux que ceux d'apparence plus modeste.
Jl n'est guère d'exposition agricole où l'on ne trouve quelques lots de plantes ayantalleint un développemeul extraordinaire, des betteraves principalement ou d'autres racines lesquelles lolèrent des fumures très intensives. La production de ces plantes monstrueuses est un innocent passe-temps qu'il faut laisser à ceux qui n'ont rien de mieux à faire ; il est cependant permis de regretter qu'il se trouve encore des jurys assez ignorants ou assez faibles pour leur accorder des récompenses.
3" Variations provoquées par des croisements naturels. — Il n'est pas rare de rencontrer des variations qui doivent leur origine à des croisements naturels; dans un champ de collection, réunissant environ 62 variétés de blé, M. Rimpau a pu observer, en quinze ans, 17 métis bien authentiques; dans un épi de Hunier nous avons trouvé récemment un grain issu également d'un métissage naturel. Ces métis se distinguent des plantes sorties des variations spontanées par une instabilité extrême, caractère sur lequel nous reviendrons dans un instant.
Les faits que nous venons de rapporter, relatifs au blé, sont d'aulantplusremarquables,que, dans cette céréale, la fécondation directe est considérée comme la r^le.
Variations artificielles, — Au lieu d'altendre de la nature des variations nouvelles, nous pouvons en provoquer l'apparitioD par des croisements (Voy. p. 299).
La technique des croisements comporte les opérations suivantes :
1° Suppression des étamincs sur la fleur femelle avant leur maturité ;
2" Protection, à l'aide d'un sac de gaze très fine, de la fleur femelle unefoiscasLrée, contre l'apport de pollen étranger, soit par le vent, soit par les insectes;
3° Pollinisation, c'est-à-dire transport du pollen mûr de la fleur mâle sur le pistil de la fleur femelle;
4° Protection, toujours à l'aide de gaze, de la fleur fécondée artiflciellement contre l'apport de pollen étranger.
Ces opérations exigent simplement une certaine dextérité manuelle ; toute la difficulté réside :
1° Avant le croisement, dans le choix de reproducteurs répondant bien au but que l'on se propose d'atteindre;
2° Après le croisement, dans le choix des croisés à conserver et à fixer.
Caractères des plantes issaes de croisements. ~~ En croisant deux individus, on se propose de Tondre dans le produit les caractères des ascendants ; dans le produit de première génération, on observe ordinairement des caractères représentant assez bien la moyenne de ceux des ascendants. II semble que le but ait été immédiatement atteint. Mais le tableau change à la deuxième génération.
Les produits de croisement forment alors une mosaïque bizarre, un habit d'Arlequin où les caractères des ascendants immédiats et des ascendants éloignés se fondent ou se juxtaposent. Parmi les produits obtenus, les uns retournent au père ou à la mère ; les autres participent des deux à la fois, mais à des degrés divers ; parfois même, il s'en trouve, au moins par quelques caractères, qui ne ressemblent ni au père ni à la mère; on dit que la variation est désordonnée. En
répétant plusieurs fois la même expérience de croisement, on arrive à des résultais très dilTérents.
Impossible jusqu'à présent de prédire les caractères qui apparaitronl dans un hybride ou dans un métis; cette incertitude a fait dire a Lindiey : « L'hybridation est un jeu de hasard joué entre l'homme et les plantes. »
Dans un avenir qui n'est peul-étre pas éloigné — les expériences récentes de Mendel, Tschermak, de Vries, Correns autorisent cette espérance — nous connaîtrons sans doute les lois générales qui régissent les phénomènes dont nous nous occupons, et où notre ignorance ne voit actuellement que désordre et confusion.
En face des variaLions disparates issues de croisements, le sélectionneur se trouve, dèsie principe, amené à en éliminer le plus grand nombre, et à ne conserver que celles qui lui paraissent les plus méritantes; desaonées sont nécessaires ensuite pour arriver à les fixer.
Le blé Dattel, dont nous parlerons bientôt, était fixé au bout de six ans; au bout d'une douzaine d'années de sélection, d'autres blés issus de métissage manquaient encore de slabililé.
A l'aide de croisements raisonnes, les horliculleurs ont réalisé des merveilles ; la viticulture est aussi très riche en hybrides qui ont joué un rôle considérable dans la reconstitution de nos vignobles. La grande culture, obligée presque toujours de recourir k la muttipUcaiion sexuée, est nécessairement beaucoup moins bien partagée.
Comme hybride aulhentique de grande culture, nous signalerons celui du ray-grass anglais et de la fétuque des prés: il est fertile; celui du blé et du seigle: il est stérile et ne présente qu'un intérêt de curiosité.
La plupart des nouvelles pommes de terre à grands rendements, parmi lesquelles nous citerons la Richter's Jmperalor, proviennent de croisements méthodiques; nous possédons également quelques bons blés issus de croisements. Nous signalerons seulement ceux qui ont déjà fait leurs preuves : le Dallel, le Bordier, le blé
Galellier, le b]é précoce de Rimpau. Le Dattel est un blé fabriqué pour ainsi dire sur commande. Les cuIUvateurs de la Brie, très satisfaits de la production en g^rain dii Chiddam à paille rouge, lui reprochaient de produire trop peu de paille, défaut sérieux aux environs de Paris, où la paille se vend très cher. M. Henry de Vilmorin eut l'idée de le croiser avecle Prince Albert, variété anglaise à paille longue, saine et bien régulière ; Le Dattel, issu de ce croisement, possède les qualités essentielles de ses ascendants ; son grain blanc est magnifique, pauvre cependant en gluten.
Les minotiers font la guerre aux blés à grands rendements, qu'ils accusent de ne pas contenir assezde gluten ; mais comme ils paient le grain, qu'il soit riche ou pauvre, sensiblement au même prix, les cultivateurs ont tout intérêt aujourd'hui à s'adresser aux variétés qui donnent les plus grosse's récoltes.
M, Gatellier, à la fois minotier et agriculteur, s'est proposé de créer, par métissage, un blé à la fois prolifique et riche en gluten. Il a croisé l'un des meilleurs blés anglais, le Goldendrop, blé de quantité, avec un blé de qualité, le Crépy, variété autrefois tr^s répandue et très réputée aux environs de Paris, mais qui a dû être abandonnée à cause de ses faibles rendements.
Le blé Galellier issu de ce croisement, semble avoir hérité des avantages du Goldendrop et du Crépy, c'est une nouveauté qui mérite d'être essayée.
Le Shirriff's square head (blé à épi carré) est incontestablement le blé tendre le plus productif ; mais il est tardif el exposé à l'échaudage ; aussi, en France, nous ne le cultivons que sur de petites surfaces. Rimpau l'a croisé avec un blé américain très hùlif; c'est ainsi qu'il a obtenu V hybride précoce de Rimpau.
Quelques-uns de nos blés à grands rendements sont les uns {Bordeaux, Noé, Japhel) sensibles à la rouille ; ùa.\xî\e- blé d'Alsace, ils ne supportent pas les hivers rigoureux; enfin on leur reproche encore, avons-nous dit, d'être pauvres en gluten.
358 AHÉLIOHATION DES ESPÈCES CULTIVEES.
Afin de remédier à ces divers défauts, il faillirait, à noire avis, les croiser avec le Jiiéti, riche en gluten et résistant à la rouille, et avec le blé d'Alsace, assez productif et remarquablement réfractaire au froid.
Des croisements de nos excellentes avoines noires de Brie, de Beauce, avec les avoines blanches à grands rendements de Beseler, de Ligowo, sont égaleraent indiqués.
Un autre caractère des métis, suivant Darwin (1), serait leur supériorité sur les ascendants directs.
En croisant deux variétés A et B, la descendance du produit AxB l'emporte sur celle de A et de B, Les métis se montrent plus robustes, supportent mieux les effets préjudiciables du froid, de la sécheresse ; ils se distinguent en outre par leur taille comme par leur fécondité ; bref, ils seraient plus rustiques et plus productifs.
De plus, tous ces avantages se conserveraient pendant plusieurs générations. On ne s'explique guère que les observations de Darwin, qui ouvrent des perspectives si encourageantes, soient passées inaperçues des agriculteurs.
Elles autorisent à penser que la pratique raisonnée des croisements pourrait devenir une source de profits. Nous avons en vue, en ce moment, la production des plantes de grande culture, car on sait qu'en horticulture comme en viticulture, les opérations de croisement sont courantes et ont conduit h d'excellents résultats.
L'exposé qui précède montre que, par des voies différentes, on arrive aisément à créer des formes végétales nouvelles. En horticulture, une nouveauté est presque toujours accueillie avec faveur. A ce point de vue encore, l'horticulture possède un avantage considérable sur la grande culture. Celle-ci doit s'arrêter seulement aux nouveautés qui marquent un progrès sur les variétés existantes et constituent une réelle amélioration. Des
(1) Darwin, Des effets de fécondation croisée.
expériences comparatives prolongées s'imposent, atin d'obtenir une mesare du perfectionnement réalisé. C'est là que réside toute la difficulté.
Les plantes en observation doivent être placées dans des milieux parfaitement comparables, protégées contre les multiples accidents qui les menacent; il faut en outre les dénombrer, les peser, les mesurer, les analyser et enfin savoir interpréter les résultats de rexpérience.
La sélection méthodique des espèces cultivées est si délicate, elle présente tantde difficultés, qu'elle ne peut être menée à bien que par des spécialistes.
Quand une maison sérieuse offre une nouveauté, le cultivateur doit attendre qu'elle soit tombée à des prix raisonnables, la mettre en concurrence avec celles qui ont fait leurs preuves dans son exploitation ; il opérera sur des surfaces très petites, strictement nécessaires pour juger de la résistance aux conditions ambiantes, de la productivité, de la qualité de la nouvelle variété ; c'est seulement après plusieurs années d'essais satisfaisants, qu'il faudra l'admettre définitivement en grande culture.
Table Alpbabâtiqub.
TABLE ALPHABETIQUE