MODIFICATIONS DE LA RACINE
ou autres objets voisins. Mises au contact du sol, elles s’y développent en racines ordinaires, comme on le voit quand on emploie le Lierre à faire des bordures.
Fig. 67. — Portion d’une tige de Batate ( Convolvulus batalas avec ses racines tuberculeuses.
Suçoirs. Ce sont des racines que développent certaines plantes quand elles se trouvent au contact de certains autres végétaux. Elles enfoncent leurs racines dans les tissus mêmes de leur hôte et en pompent les sucs nutritifs. La Cuscute se comporte ainsi envers le Trèfle, la Luzerne ; le Gui agit à peu près de même. (Voy. Chap. xm, Parasitisme.)
Tubercules. Certaines racines s’arrêtent dans leur croissance et se gorgent de fécule, en prenant une forme arrondie. C’est une réserve nutritive qui sera employée dans la période de végétation suivante; le Dahlia, déjà cité, nous en offre un exemple. La figure 67 montre les racines, renflées en tubercules, de la Batate comestible. Les Orchis en offrent un autre cas bien remarquable : leur racine se compose de deux tubercules, dont l’un, déjà flétri, a épuisé sa réserve nutritive au profit de la tige qui a produit les feuilles et les fleurs de l’année ; l’autre est plein de fécule et sera bientôt
RACINE
Coiffe
ou Pilorhize
uiilisé par la plante; or ce tubercule n’est autre chose qu’une réunion de plusieurs racines coalescentes, c’est-àdire, fondues en quelque sorte en une masse unique.
STRUCTURE DE LA RACINE
Étude du sommet de la racine. Croissance de la racine en longueur. — Pour bien se rendre compte de la disposition des tissus de la racine, il faut considérer celle-ci dans ses parties les plus jeunes, c’est-à-dire près de son extrémité. Cette région est toujours, en effet, la plus récemment formée, car la racine ne s’allonge pas indifféremment par tous ses points, mais par cette seule extrémité, laquelle
renferme ce qu’on appelle le point végétatif. C’est donc là que l’on doit porter son attention pour étudier la structure de la racine à son étal de plus grande simplicité.
Avant, de pénétrer dans l’épaisseur des tissus, au moyen d’un instrument tranchant, si l’on examine l’extrémité bien intacte d’une racinefcet examen est surtout facile sur certaines plantes aquatiques dont la racine est flottante , les Lemnas ou Lentilles d'eau, fig. 68, par exemple), on voit que sa fine pointe est enveloppée d’une sorte de petite coiffe ou pilo rhize , (tuXoç, chapeau, p£a, racine), formée de cellules assez résistantes, qui servent à
Fig. 68. — Lcmnas avec leurs racines flottantes dont l’extrémité offre une coiffe ou pilorhize (a, b).
STRUCTURE DE LA RACINE
protéger la partie sous-jacente, laquelle constitue le point végétatif. Cette petite coiffe, formée de quelques rangs de
cellules superposées, est un produit de l’extrémité de la racine ; elle s’exfolie et se désagrège par l’extérieur, à mesure que de nouvelles couches sont produites à sa partie interne.
Le point végétatif de la racine (fig. 70, J, t), recouvert par la pilorhizc, se compose uniquement de cellules à parois très minces, gonflées de protoplasma et douées, par conséquent, d’une grande activité; elles se multiplient continuellement par segmentation, pour produire de nouveaux tissus, d’où résulte l’allongement de la racine, laquelle ne s’accroît que par son extrémité môme, comme on peut s’en assurer par une expérience bien simple, qui consiste à marquer une jeune racine de Haricot, par exemple, de lignes de couleur, distantes les unes des autres d’un centimètre, à partir de la pointe. On arrive ainsi à constater facilement que l’allongement ne se fait qu’au niveau du premier centimètre ainsi délimité.
Fig. 69. — Plante en voie de développement (Érable); I, ensemble de la plante (grandeur naturelle); II, extrémité de la racine (grossie 6 fois) ; — ab, tige ; b e, racine garnie de poils; f e, lieu de l'allongement de la racine ; c,c, feuilles coly lédonaircs ; d, bourgeon ou gemmule; n, poils radicaux; o o, surface du sot.
Point végétatif et allongement de la racine.
Étude de la racine a un niveau un peu plus élevé.— Un peu plus haut, les choses changent: on voit les cellules, naguère toutes semblables, se différencier en éléments de
RACINE
Épiderme.
Poils radicaux.
Écorce.
Bois.
formes diverses. Une coupe transversale pratiquée dans cette région va nous les faire connaître.
On trouve d’abord, en allant de dehors en dedans un épiderme, qui se détruit promptement et ne se reconnaît plus sur les parties quelque peu âgées (1). Cet épiderme offre assez souvent une cuticule , comme celui de la tige ; mais il présente surtout des organes d’une grande importance, à savoir, des poils, groupés surtout vers l’extrémité de la racine, au-dessus de la pilorhize et que l’on a appelés suçoirs , en raison du rôle qu’ils doivent jouer dans la nutrition de la plante, car ce sont eux qui pompent dans le sol humide les liquides nourriciers. Ils sont ordinairement simples et unicellulaires, quelquefois ramifiés et pluricellulaires. Leur existence est éphémère; mais à mesure que les premiers formés tombent, il s’en développe d’autres vers l’extrémité de la racine qui continue à s’allonger.
Les autres parties de l’écorce, à part le liber, se trouvent disposées comme celles de la tige ; on y trouve donc, plus ou moins développés, une couche subéreuse et un parenchyme cortical ou couche herbacée ; seulement la chlorophylle manque d’ordinaire dans la racine ; cependant il en existe dans un certain nombre de plantes. Quant au liber , il est disposé de telle façon qu’il paraît appartenir bien plus au bois qu’à l’écorce.
En effet, on voit en dedans des parties précédentes (fig. 70,111), répartis sur deux cercles concentriques, des faisceaux de fibres libériennes (b) et de vaisseaux ligneux [g), de façon que l’un des premiers se trouve toujours compris entre deux des seconds, au lieu d’ôtre placés sur leur côté extérieur, comme cela se voit dans la tige. Les faisceaux vasculaires se développent à la partie
(1) Dans la plupart des cas, les cellules 6pidcrrniqucs ne forment qu'une assise; mais dans les remarquables racines adventives des Orchidées on compte plusieurs assises superposées, dont les plus intérieures offrent les caractères ordinaires des cellules épidermiques, tandis que les racines extérieures sont remplies de gaz, qui leur donnent une teinte blanche, souvent brillante. Cet épiderme compliqué a reçu le nom de voile.
STRUCTURE DE LA RACINE
interne d’une zone génératrice (s) qui laisse en dehors d’elle les faisceaux libériens. (La lettre s de la fig. 70, 1/7, devrait être placée en face des groupes de vaisseaux.)
Fig. 70. — Structure de la racine de Fève; I, coupe longitudinale de l’extrémité de la racine (voy. note 1); II, coupe passant par l’axe d’une racine secondaire en voie de formation sur la racine principale : ses tissus propres (/, p) refoulent devant eux les tissus de la racine principale, qu’ils finiront par traverser; III, coupe transversale d’une portion de jeune racine d’un Liseron ( Ipomœa ), montrant déjà les tissus définitifs. — c, épiderme; r, parenchyme cortical; s, péricambium ou zone génératrice; b, faisceaux fibreux alternant avec les faisceaux vasculaires {(j)\ vu, moelle.
Le nombre des faisceaux, toujours peu considérable,
(1) Dans la partie de la racine en voie de formation, par conséquent à son extrémité, Tes tissus n’ont pas encore leur forme définitive et sont désignés par des noms spéciaux qui vont être indiqués ; voyez à ce sujet la fig. 70, I : c, assises de cellules formant la coiffe ou pilorhize {h', h*), et produites par la zone Rappelée pour cela dermatogène f qui produit aussi l’épiderme et les poils radicaux; r, parenchyme cortical; s, procambium, jouant le rôle du cambium déjà étudié dans la racine ; pl, plérome ou cône central, qui se transformera en moelle, bois et liber ; i, sommet végétatif, point de départ de tous les tissus, par division successive de ses cellules.
RACINE
Moelle.
Accroissement de la racine en épaisseur.
répond à celui des séries de radicelles, lesquelles naissent sur la racine, constamment en face des vaisseaux, du moins chez les Phanérogames (voy. p. 84); si les radicelles sont disposées sur deux séries verticales, on ne compte que deux faisceaux vasculaires, lesquels répondent chacun à une série; si les radicelles sont disposées sur 3, 4, 5 séries verticales, les faisceaux sont au nombre de 3, 4 ou 3.
Les libres de ces faisceaux ont leur paroi épaisse mais peu résistante, comme d’ailleurs celles de l’écorce de la tige. Quant aux vaisseaux, les uns sont ponctués, d’autres rayés, etc.; il en est aussi de spiralés, mais la spiricule n’est pas déroulable. Un fait important doit être noté, c’est que les vaisseaux se forment, en allant de dehors en dedans, de sorte que les plus récents sont les plus près du centre de la racine, disposition manifestement opposée à celle que la tige nous a présentée.
Enfin, au centre de la racine se voit un tissu parenchymateux gorgé de sucs, qui représente la moelle; parfois, les faisceaux se joignant au centre, la moelle n’existe pas.
Différences dans la structure de la racine des Dicotylédones, des Monocotylédones et des'Acotylédones. — La structure qui vient d’être indiquée est exactement la môme dans les trois embranchements du règne végétal, si l’on n’envisage la racine qu’à l’état jeune. Un peu plus tard apparaissent quelques différences.
Tandis que les choses restent en cet état chez un certain nombre de Dicotylédones, mais surtout chez les Monocolylédones et les Acotylédones (1), de sorte que leurs racines ne s’épaississent pour ainsi dire pas, et qu’à ce point de vue il n’y a entre ces deux derniers embranchements que des différences fort secondaires, il n’en est pas de même dans la plupart des Dicotylédones. Chez ces dernières, en effet, dans l’intervalle des faisceaux vasculaires primaires, il se
(1) Il ne s’agit, bien entendu, que des Cryptogames vasculaires, car seuls ils ont des vaisseaux, les Cryptogames cellulaires en étant totalement dépourvus.