CHAPITRE X
Pollinisation dans les fleurs hermaphrodites.
Fécondation des Végétaux.
Pollinisation; procédés divers au moyen desquels cette opération s’accomplit. Germination du pollen et Fécondation proprement dite. Évolution de l’ovule après sa fécondation. — Fécondation et développement de l’Embryon chez les Gymnospermes. — Hybrides et Métis.
Pollinisation ; Procédés mis en œuvre pour son accomplissement. — Au moment où se produit la déhiscence des anthères, les grains de pollen s’échappent au dehors en nombre immense. Si beaucoup sont perdus, dispersés par le vent ou la pluie, un certain nombre d’entre eux tombent sur le stigmate, où ils sont retenus par la sécrétion visqueuse de cet organe, d’où ils iront bientôt féconder les ovules.
La 'pollinisation , c’est-à-dire le contact du pollen avec le stigmate, étant une opération très importante, voyons par quels moyens son succès est assuré dans la nature.
Dans un grand nombre de plantes les étamines et le pistil sont réunis sur la même fleur (fleurs hermaphrodites), de sorte que le'pollen n’a pas grand chemin à faire pour aller trouver le stigmate et que, dans beaucoup de cas, Y auto fécondation, c’est-à-dire la fécondation de la fleur par elle-même, ne présente pas de difficulté. Bien plus, dans certaines de ces fleurs, celles de la Rue, du Berbéris, on voit les étamines s’incliner d’elles-mêmes ou sous l’influence de la moindre irritation vers le pistil pour y déposer leur pollen ; d’autres fois, le pistil en s’allongeant frotte nécessairement contre les anthères disposées
POLLINISATION 189
en un tube étroit qui l’embrasse, comme dans le Haricot, et retient avec lui une certaine quantité de pollen.
Mais il faut se hâter de reconnaître que de semblables dispositions sont loin d’être le résultat d’une règle absolue, à ce point que, même dans ces fleurs hermaphrodites, l’autofécondation est souvent très difficile.
Ainsi, il arrive assez souvent que les étamines et le pistil ne se trouvent pas, au même moment, dans les conditions favorables à la fécondation, les unes arrivant à leur maturité avant l’autre ou inversement, particularité qui a été désignée sous le nom de dichogamie. En pareil cas, la pollinisation ne peut être qu 'indirecte, c’est-à-dire, ne peut se produire qu’entre deux fleurs voisines, dont le pistil de l’une et les étamines de l’autre se trouvent dans un état de maturité convenable.
D’autres fois, dans une fleur dressée , par exemple, le pistil, très long, dépasse beaucoup les étamines, de sorte que leur pollen ne saurait l’atteindre; ou bien, dans une fleur renversée, la disposition contraire a lieu, les étamines dépassant notablement le stigmate. Dans tous ces cas et dans bien d’autres la pollinisation directe est très difficile.
Un très grand nombre de plantes sont monoïques , c’està-dire que, sur une même plante, certaines fleurs ne portent que des étamines et d’autres que des pistils. Dans ces cas, on le comprend, la pollinisation ne peut être qu’indirecte.
A plus forte raison en est-il de même pour les espèces dioïques, c’est-à-dire, celles dont les fleurs mâles et les fleurs femelles sont portées par des individus différents.
Dans de semblables circonstances la pollinisation ne peut être accomplie que par l’intermédiaire d’agents étrangers. Le vent joue un rôle considérable dans la dissémination de la poussière fécondante, qu’il transporte même à de grandes distances. Pour n’en citer qu’un exemple, il suffira de mentionner l’Aucuba du Japon, arbuste ornemental à feuillage d’un beau vert, répandu dans nos jardins depuis un petit nombre d’années. Cette espèce est dioïque et les individus mâles sont beaucoup moins répandus que les individus femelles, ce qui n’empêche pas ceux-ci d’être
Pollinisation dans les Heurs monoïques.
Agents
étrangers à la Heur qui favorisent la pollinisation.
FÉCONDATION DES VÉGÉTAUX
fécondés et de mûrir leurs jolis fruits rouges comme des cerises. Parfois, le vent entraîne à des distances plus ou
moins considérables des masses de pollen enlevées aux arbres des forêts et les répand dans les campagnes, où on les désigne vulgairement sous le nom de pluies de soufre.
Certaines dispositions particulières favorisent la pollinisation
dïoïques. Ainsi dans le Maïs, les Carexet d'autres, lesfleursfemelles sont placées au-dessous des fleurs mâles sur un même rameau, et le pollen, en tombant des premières sur les secondes, vient les féconder.
La Yallisnérie spirale, plante aquatique, mérite entre toutes une mention spéciale ; elle est dioïque, et ses fleurs sont toutes submergées. A un moment donné, les fleurs mâles rompent leurs pé doncules, et, devenues libres, remontent à la surface de l’eau ;
milieu des précédentes, qui les
dans les plantes monoïques ou
fécondent alors. Lorsque la pollinisation est accomplie, les pédoncules des fleurs femelles se contractent en lormc de spirale, ce qui oblige celles-ci à revenir au fond de 1 eau, où elles mûrissent leurs fruits.
Mais les agents les plus actifs peut-être de la pollinisation, ce sont les Insectes, qui, en passant vingt lois dans une minute d’une fleur h l’autre, pour sucer le liquide
Rôle
des Insectes.
POLLINISATION
sucré produit dans les nectaires (fig. 123), transportent avec eux le pollen qui s’attache à leur corps. Leur rôle paraît
Fig. 193. — Nectaires de diverses fleurs; I,*dc Renoncule (Ranunculus acer ) (gros. 3) ; II, le même, en coupe longitudinale (gros. 8) ; III, de Rhinanthe (Bhinanthus major ) (gros. 3); IV, d’Anthrisque ( Anthriscus sylvestris) (gros. 6); V, d’Aconit ( Aconilum napellus j (grand, nat.) ; — n, nectaire ; b, pétale; /, liquide sucré ; /'(de la fig. III) et k, ovaire ; f (de la fig. IV), étamine ; si, pédoncule.
incontestable dans la fécondation des plantes dioïques, monoïques, et dans beaucoup d’espèces même hermaphrodites, comme celles qui présentent la dichogamie, dont il a été question plus haut, ou bien une disposition telle que le pollen ne peut se répandre facilement sur le pistil, comme la Sauge des prés (fig. 124) en offre un exemple remarquable.
Fig. 124. — Fécondation de la Sauge des prés par l’intervention d’un Bourdon ; I, fleur de Sauge, dont on voit le style très proéminent (g), tandis que les étamines (.<?) sont bien plus courtes et cachées dans la fleur ; II, le Bourdon s’introduit dans la fleur pour en sucer le nectar, et fait basculer les étamines, dont les anthères viennent frotter sur le dos de l’insecte et y déposer le pollen qui, lorsque celui-là pénétrera dans une autre fleur semblable, sera facilement mis au contact du stigmate.
La fécondation artificielle des Figues , telle qu’on la pratique en Kabylie, où ces fruits constituent une partie importante de l’alimentâtion, est un exemple de fécondation par l’intermédiaire des insectes, bien que, pendant longtemps, on
Pollinisation
artificielle.
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n’ait pas su expliquer ce qui se passait dans cette méthode. Les fleurs du Figuier sont, comme on le sait, réunies en grand nombre sur un réceptacle commun, concave, à l’orifice duquel se trouvent les fleurs mâles, tandis que la cavité est occupée par les fleurs femelles. Or, les habitants du pays s’imaginent qu’en suspendant aux branches de leurs Figuiers des figues sauvages, dont la maturité est beaucoup plus précoce, ils obtiennent des fruits plus gros et plus succulents. Cette croyance n’est pas sans fondement, et voici à quoi est -dû un semblable résultat. Les figues sauvages servent de retraite à une quantité de petits Hyménoptères du genre Cynips , qui pénètrent bientôt dans les inflorescences du Figuier cultivé, et par leurs mouvements assurent mieux le contact du pollen avec les stigmates des fleurs femelles ; d’où il suit que la fécondation a lieu pour un plus grand nombre des fleurs de cette inflorescence, ce qui amène un développement plus considérable du fruit.
Dans les pays chauds les Oiseaux-mouches, les Colibris au long bec, jouent un rôle analogue à celui des Insectes dans nos climats.
Parfois, enfin, la pollinisation est assurée par les soins mêmes de l’homme. C’est ainsi que depuis un temps immémorial, puisqu’il faut remonter au delà d’Hérodote, les habitants du Sahara, pour assurer la complète récolte des dattiers, coupent les fleurs mâles de ces arbres et en introduisent la poussière fécondante dans la spathe qui enveloppe les fleurs femelles, portées par d’autres individus.
Une opération analogue se pratique à la Réunion, pour la fécondation des fleurs de la Vanille.
Enfin, lesjardiniers pratiquèrent afesez souvent la fécondation artificielle, pour certaines plantes, les Orchidées, par exemple, qui ne seraient que difficilement fécondées par elles-mêmes, ou bien quand ils veulent maintenir certaines races dans toute leur intégrité primitive, ou au contraire obtenir des variétés, des hybrides, etc.
Germination du pollen et Fécondation ‘proprement dite. -7- Lorsque les grains de pollen se trouvent mis en rapport