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CHAPITRE XIII

Reproduction et Formes alternantes des Cryptogames . Parasitisme.

Modes de reproduction des Cryptogames.Reproduction asexuée par Spores et par Rajeunissement cellulaire. Reproduction sexuée : Conjugation; Fécondation. — Formes alternantes chez les Mousses, les Prêles, les Fougères, les Lycopodiacées, les Rhizocarpées et les Champignons. — Alternance de générations chez les Phanérogames. — Parasitisme. Exemples pris chez les Phanérogames et les Cryptogames ; Cryptogames épiphytes et Cryptogames épizoïques.

Différents modes de reproduction chez les Cryptogames.— Les Cryptogames, qui occupent les degrés inférieurs du règne végétal, pour être la plupart de faible taille, souvent même microscopiques, n’en ont pas moins un rôle considérable à jouer dans la nature, leur nombre immense venant compenser l’exiguïté de leurs dimensions.

Tantôt leur structure est tellement simple que les seuls éléments que Ton y rencontre sont des cellules ; tantôt leur organisation, un peu plus compliquée, montre une différenciation des éléments anatomiques, dont un certain nombre affectent la forme de vaisseaux, d’où la distinction des Cryptogames cellulaires et des Cryptogames vasculaires. Les premiers comprennent les Algues, les Champignons, les Lichens et les Mousses ; les seconds, les Prêles, les Fougères, les Lycopodiacées et quelques autres groupes.

Un des caractères les plus remarquables des Cryptogames, c’est l’absence apparente des fleurs. Rien, chez eux, en effet, qui rappelle ces riches couleurs, ce parfum des organes floraux que nous offrent les Phanérogames. Aussi,

REPRODUCTION ASEXUÉE

pendant longtemps a-t*on cru qu’ils en étaient dépourvus, et leur mode de reproduction restait un mystère, d’où leur nom même de Cryptogames (xpuTtxoç, caché, yauo^ union). Du reste, aujourd’hui encore, pour un certain nombre d’entre eux, on ne sait que d’une façon incomplète comment s’opère la reproduction.

Les organes essentiels des fleurs y existent néanmoins, mais petits, peu apparents, comme cachés ; malgré ces conditions, en apparence défavorables, leur reproduction est assurée par des moyens beaucoup plus variés que celle des plantes phanérogames ; en outre, le cycle du développement d’un très grand nombre d’entre eux est bien plus compliqué.

Les différents procédés que l’on rencontre dans la multiplication naturelle de ces végétaux se réfèrent à l’un ou l’autre de ces deux grands modes : la reproduction asexuée et la reproduction sexuée. Dans cette dernière, une plante donne naissance à une autre, à condition qu’il y ait préalablement union intime d’éléments de nature différente, formés par des organes spéciaux portés soit par deux individus distincts, soit par le même sujet. Dans le premier cas, au contraire, la naissance delà nouvelle plante n’est précédée, comme nous allons le voir d’abord, par rien de semblable.

Reproduction asexuée. — Les procédés employés en pareil cas par la nature sont très variés. Les Mousses, par exemple, peuvent se multiplier par stolons , c’est-à-dire au moyen de rameaux partis de la base de la tige et s’enracinant au contact du sol humide, comme nous le voyons dans certaines plantes phanérogames, notamment le Fraisier; par bourgeons , qui se détachent de la tige et peuvent se fixer au sol en produisant des racines et une tige, ou bien rester flottants dans certains liquides qui leur conviennent, comme font un certain nombre de ferments, entre autres celui de la levure de bière ou Saccharomyces cerevisiæ (fig. 137), yarpropagules, petits corps arrondis ou fusiformes portés par la tige ou les feuilles, et susceptibles de végéter par eux-mêmes ; par bulbilles , sortes de bourgeons adven-

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tifs qui se développent sur les poils radicaux de ces petites plantes.

Mais deux modes particuliers de reproduction asexuée

méritent plus spécialement d’attirer l’attention ; ce sont la formation des spores et le rajeunissement cellulaire .

r Formation asexuée des spores. — Les Champignons vont nous servir de type pour l’étude de la formation des spores ou semences par voie asexuée.

On doit savoir d’abord que ce qu’on appelle le Champignon, dans le langage vulgaire, n’est, en réalité, qu’une partie du végétal, à savoir, l’ensemble de la fructification; tandis que la plante proprement dite, la partie végétante, en un mot, est sous forme de filaments très tenus, rampants sous le sol, et dont l’ensemble porte le nom de mycélium.

Dans les Agarics, tels que Champignon de couche ou Champignon rose, par exemple, et dans bien d’autres genres, de la partie inférieure de l’espèce de chapeau, si variable dans sa forme, que tout le monde connaît, pendent des lamelles, des pointes ou des tubes serrés les uns contre les autres et dont l’ensemble constitue Y hyménium (ô pjv, membrane). Chacun de ces prolongements ou lamelles porte perpendiculairement à sa surface de microscopiques colonnettes ou basides (fig. 138), dont un grand nombre sont terminées par de petits renflements, qui ne sont autres que des spores. Celles-ci, sont en quantité prodigieuse, et peuvent donner naissance à autant d’individus nouveaux, c’est-à-dire de

Fig. 137. — Levure de bière ( Saccharo myces cerevisiœ ) ; I, II, cellules isolées ou réunies ; III, cellules en voie de bourgeonnement (a) ; IV, cellule portant deux bourgeons, a, b; V, levure ou ferment du vinaigre ( Saccharomyces mycoderma).

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mycéliums, qui, à un moment donné, fructifieront à leur tour et produiront de nouvelles spores.

Les dispositions secondaires présentées par les organes

Fig. 138. — Une baside (b), avec quatre spores (.<?) portées par autant de pédicelles ou stérigmates (s).

Fig. 139. — Formation des spores dans des cavités closes, en forme de tubes, d’un Champignon du groupe des Discomycètes {Pcziza aurantinm). Petite portion de l’hyménium très grossie ; 1, 2, 3, cavités allongées ou asques contenant les spores ; a, leur partie inférieure dépourvue de spores ; f, le, sorte de poils ou paraphyses qui les séparent ; sp, tissu sous-hyménial.

qui portent les spores sont loin d’être toujours les mômes. La fig. 139 montre comment les choses se passent chez les Discomycètes, auxquels appartient la Morille. Chez les Gastéromycètes, ils sont renfermés dans une sorte de sac volumineux divisé en un grand nombre de chambres par des cloisons portant une énorme quantité de spores. Quand celles-ci sont mûres, le sac s’ouvre à sa partie supérieure et la moindre pression les fait sortir sous forme d’une lé-

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gère fumée, comme ont le voit dans la vulgaire Vesse-deloup [Lycoperdon bovista).

Le mode de reproduction qui vient d’être exposé est très général dans la classe des Champignons.

Les Truffes elles-mêmes, dont la nature a été pendant longtemps méconnue, se multiplient également parle moyen de spores renfermées au milieu de leur tissu dans de petites cavités ou asques (àaxo?, outre).

Cependant, quelques groupes, parmi les Champignons les plus inférieurs, présentent des faits de génération sexuée. De plus, on verra bientôt les phases compliquées par lesquelles passent certaines espèces pour arriver à former leurs spores reproductrices.

Dans les Lichens, qui encroûtent le tronc des arbres, ou qui s’étalent à la surface des pierres, des rochers, sur les vieux murs, sur nos toits ou sur le sol, les phénomènes de la reproduction sont identiques, dans leurs traits fondamentaux, à ceux des Champignons. Cela ne surprendra pas, quand on saura que ces êtres ne sont pas autre chose que des Champignons parasites d’Algues, ou, si l’on veut, que le Lichen résulte de l’association intime d’un Champignon avec une Algue, et qu’il est possible de reconnaître tant ce qui appartient à l’un, que ce qui fait partie de l’autre.

2° Rajeunissement cellulaire. — Voici en quoi consiste l’autre mode de reproduction asexuée, que l’on désigne sous le nom de rajeunissement cellulaire. Dans une cellule d’Algue filamenteuse, une Vauchérie, par exemple, le contenu protoplasmique se divise sous forme de deux petites masses, l’une plus condensée à la partie supérieure de la cavité cellulaire, l’autre un peu moins, à la partie inférieure. Entre les deux se trouve un espace plus clair rempli de suc cellulaire. Bientôt la petite masse protoplasmique supérieure traverse la paroi même de la cellule en se rétrécissant pour passer à travers une étroite déchirure, puis, une fois sortie, prend la forme d’un petit corps ovoïde, pourvu d’une partie plus aiguë ou rostre; il présente, en outre, des cils vibratiles et se meut dans l’eau avec agilité, ce qui lui a valu le nom de zoospore (Çwov animal,

REPRODUCTION SEXUÉE

(nropa, graine). Bientôt, cette zoospore se fixe et devient le point de départ d’un nouvel individu semblable à celui qui lui a donné naissance.

Reproduction sexuée. — Ici, encore, nous trouvons deux modes principaux de multiplication, dont l’un porte le nom de conjuration et l’autre celui de fécondation.

1° Conjugation. — Une Algue va encore nous servir

d’exemple pour la reproduction par conjugation.

Les Spirogyres sont des Algues de nos fossés, formées de cellules mises bout à bout, dans lesquelles une partie du protoplasma,colorée en vert par de la chlorophylle, est disposée en rubans spiralés.

Deux cellules juxtaposées appartenant à deux filaments voisins présentent chacune, à un moment donné, un renflement vers leur milieu. Les deux petites saillies, remplies par le protoplasma, s’accusant de plus en plus arrivent à se toucher ; puis les deux parois cellulaires, qui se sontd’abord soudéesl’une à l’autre, se résorbent; il en résulte un orifice de communication, par lepasse dans la cavité de

Eig. 140. • — Reproduction d’une Algue, par] conjugation ( Spirogyra ) ; J, deux tilaments placés vis-'a-vis l’un de l’autre et montrant les progrès de la conjugation en a,b,c ; II, formation de la zygospore, en allant de haut en bas (o).

quel le contenu d’une cellule l’autre (fig. 140, I).

La petite masse protoplasmique qui résulte de la fusion des deux corps cellulaires devient une spore ou plutôt, comme on dit, pour marquer son mode de formation, une zyros-

FORMES ALTERNANTES

poréfi uyoç, union, et cTropà, spore), qui germeraau printemps suivant, après avoir passé l’hiver dans le repos le plus complet (fig. 140, II).

La conjugation s’observe également chez un certain nombre de Champignons les plus inférieurs.

2° Fécondation. — La reproduction des Cryptogames par fécondation-se rapproche du mode ordinaire observé chez les Phanérogames. Seulement, les organes reproducteurs ont une forme différente et portent d’autres noms.

Nous allons en indiquer les principaux traits, en prenant d’abord les Algues pour type.

Soit une espèce des plus simples et des plus communes, une Vauchérie(fig.l41), qui nous a déjà servi pour la description de la reproduction par rajeunissement. A la surface des cellules d’une de ces Algues filamenteuses on voit se développer une petite saillie recourbée en forme de crochet, la cornicule ; c’est l’organe fécondateur ou anthéridie , dont le

Fig. 141. — Marche des phénomènes de la fécondation dans une Algue verte filamenteuse, uniecllulairc quoique ramifiée (Vauchérie) ; I, portion de l’Algue ramifiée (c, d, e), portant des organes reproducteurs mâle ou cornicule (çf), et femelle ou sporange (Ç), entièrement développés; II, début de la formation de ces organes; III, la cornicule ou anthéridie entièrement formée et isolée, vers son milieu, du reste du filament par une membrane transversale ; IV, les anthérozoïdes (f), auxquels elle a donné naissance ; V, le sporange entièrement développé, dont la pointe ou bec (a) ' s’ouvrira bientôt; VI, le même, dont le bec déchiré laisse passer les anthérozoïdes (f), qui vont féconder son contenu; VII, le sporange fécondé, renfermant de nombreux grains de chlorophylle.

nom rappelle, comme on voit, son analogie avec l’anthère des

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Phanérogames, qui contient le pollen. A côté, sur une autre cellule, apparaît une saillie de forme différente, ovalaire, le sporange , qui est l’analogue de l’ovaire des Phanérogames. Ces deux productions s’isolent bientôt du reste du filament par suite de la formation, à leur base, d’une cloison de cellulose. Puis, l’extrémité du sporange amincie en forme de bec se ramollit et s’ouvre; il en sort une gouttelette qui laisse un espace vide, dans lequel viennent se précipiter de petits corpuscules très mobiles qui se sont formés dans la cornicule et qu’on appelle des anthérozoïdes (anthère, Çwov, animal, eïSoç, forme). Dès qu’ils ont pénétré dans le sporange, l’orifice de celui-ci se ferme d’une membrane de cellulose. Peu après, la spore qui résulte de ces opérations épaissit sa membrane, puis s’isole, et dès lors est susceptible de germer pour devenir une Algue nouvelle.

Fig. 142. — Marche delà fécondation dans une Conferve ( OEdogonium ) ; a , une portion d’ Algue, de laquelle sortent des spores motiles qui deviendront des androsporcs (+) ; b, autre portion portant deux gros sporanges, sur lesquels se sont fixés deux androspores (+), qui vont devenir des anthéridies et fermés par un couvercle qui se lève à un moment donné, comme on le voit sur cette figure et mieux sur la fig. c, plus grossie, qui montre en outre un anthérozoïde pénétrant dans le sporange ; d, la spore fécondée qui s’est aussitôt entourée d’une membrane ; e, la même, déjà partagée par plusieurs cloisons pour former un nouveau filament d’ Algue ; f, anthérozoïdes.

La fig. 142 nous fait assister à la marche singulièrement

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compliquée des phénomènes de la reproduction dans une autre espèce d’Àlgue filamenteuse, commune dans nos fossés, Y OEdogonium ciliatum.

Voici un autre cas : tandis que l’Algue (Vauchérie) dont on vient d’étudier la reproduction est monoïque, les deux sortes d’organes étant portés par le même individu, en voici une autre qui est dioïque, à savoir, le Fucus vesiculosus, qui abonde sur les côtes de l'Océan, où il est vulgairement connu sous le nom de Varech (fig. 143).

Sur certains individus on rencontre de petites cavités, les conceptacles (fig. 144), dans lesquelles sont renfermés, au milieu d'un grand nombre de poils ou paraphyses, un certain nombre d'ant/i (iridiés. Sur d’autres individus on rencontre également des conceptacles, mais qui ne renferment que des sporanges (fig. 145).

Chaque sporange développe dans son intérieur huit

Fig. 143. — Fragment de Fucus vesiculosus , portant des vésicules pleines d’air, et au sommet des frondes des organes reproducteurs.

petites masses ou oosphères , qui, par rupture de leur enveloppe commune, se trouvent mises à nu à un moment donné.

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D’autre part, dans les anthéridies se sont formés des anthérozoïdes qui, au contact de l’eau sont animés de vifs mou-

Fig. 144. — Organes fécondateurs du Fucus vesiculosus ; A, coupe verticale d’un conceptacle renfermant de longs poils portant des anthéridies; B, un de ces poils rameux avec nombreuses anthéridies ; C, une anthéridie, d’où sortent des anthérozoïdes ; D, anthérozoïdes fécondant une spore mûre.

vements, viennent tourbillonner dans le voisinage des premières et les fécondent. Chaque oosphère devient alors une

Fig. 145. — Organes femelles du Fucus vesiculosus; A, conceptacle renfermant des sporanges portés par de longs poils ; B, poils portant un sporange ; C , les huit spores d’un sporange sorti déjà de son enveloppe externe, mais encore renfermé dans son enveloppe interne.

oospore , c’est-à-dire une sorte d’œuf ou de graine, capable de germer et de devenir un individu nouveau.

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