‹ Bouche, pharynx, œsophage, larynx, trachée, corps thyroide, cou, poitrineChapitre 13 sur 194 · ACCIDENTS SECONDAIRES · texte numérisé non relu

ACCIDENTS SECONDAIRES

dans ces conditions pensent que ces syphilides buccales se rencontrent avec une fréquence plus grande chez l’homme, ce qui ne les empêche pas d’être très communes chez la femme. Dans le sexe masculin interviennent en elïet certaines causes déterminantes qui en favorisent le développement, ainsi l’habitude de fumer et de chiquer, et une plus grande négligence des soins de la propreté. De fait, il n’est guère de syphilis au cours de laquelle on ne puisse constater pendant la période secondaire des plaques muqueuses buccales.

Celles-ci peuvent s’observer sur tous les points de la cavité buccopharyngienne, mais il en est où elles n’apparaissent que très exceptionnellement : ainsi le pharynx proprement dit, la voûte palatine, les gencives, les amygdales pharyngée et préépiglottique (1). Par contre, elles pullulent avec la plus extraordinaire facilité à la surface des amygdales, dans la petite excavation sus-amygdalienne, sur les piliers du voile du palais et la luette. On les rencontre avec une fréquence moindre, mais néanmoins considérable encore, sur les lèvres et la surface de la langue, ce qu’on peut résumer en disant que les syphilides buccales ont trois localisations principales, trois foyers, l’amygdale, les lèvres, la langue.

D’ailleurs, il est habituel que les syphilides se montrent simultanément en ces trois points. 11 est ordinaire aussi qu’elles coïncident avec d’autres manifestations analogues, développées à la vulve, à l’anus, et avec des éruptions de syphilides papuleuses à la surface du corps. Néanmoins les syphilides buccales s’observent souvent à l’exclusion de toute autre manifestation actuelle de la syphilis : ce sont chez l’homme de beaucoup les plus communes des syphilides. D’ailleurs l’éruption buccale peut être abondante ou discrète. Les parois de la cavité buccale peuvent être littéralement tapissées de plaques muqueuses, et d’autre part il peut n’exister qu’une ou deux de ces syphilides. Ce qui faisait dire à Lasègue que le tempérament du malade est un des éléments essentiels qui appellent ou qui annulent leur développement. Elles se présentent presque toujours sous forme de papules arrondies ou ovalaires, d’une teinte opaline, ayant en moyenne les dimensions de l’ongle du petit doigt.

Très rapidement l’épithélium tombe à la surface de cette papule, qui présente ainsi un aspect érosif.

D’autres éléments ne font pas de saillie appréciable et se présentent simplement sous l’aspect d’une petite érosion arrondie ou ovalaire.

Sur la face dorsale de la langue, on voit parfois des plaques d’un aspect spécial qui a été bien décrit par le professeur Fournier. Ce sont des plaques lisses, non érosives. On peut s’en assurer en promenant à leur surface un pinceau chargé d’une solution de nitrate d’argent. On ne constate pas la teinte blanchâtre, qui ne manque

(1) Moure et Raulin, Revue laryng., 1891. — Labit, Revue laryng., 1891.

jamais de se produire quand le nitrate d'argent est mis en contact avec une surface dépouillée d’épithélium. Ces plaques, par leur état lisse, contrastent avec les parties voisines dont les papilles ont conservé l’apparence normale. Elles semblent dépapillées, comme si, à ce niveau, les papilles avaient été « fauchées », « rasées».

Au niveau des commissures labiales, les plaques muqueuses prennent aussi un aspect spécial ; elles sont, comme l’on dit, en feuillets de livre, partie sur la lèvre inférieure, partie sur la supérieure, se réunissant à l’angle commissural, comme deux pages voisines d’un livre entr’ouvert, se continuent à leur point d’attache. Les deux moitiés s’appliquent l’une à l’autre quand la bouche est fermée ; à leur point d’union est un profond sillon, qui est le siège d’une exulcération fissuraire. Celle-ci, sans cesse tiraillée dans les mouvements des lèvres, devient la source de douleurs parfois fort pénibles.

Enfin, quand les plaques n’ont été l’objet d’aucune surveillance et d’aucun traitement, elles prennent un aspect végétant en chou-fleur et augmentent considérablement de volume. Elles gagnent en étendue et en hauteur, et forment de véritables condylomes. Ces .plaques sont alors dites hypertrophiques. Elles se voient principalement sur la langue et les amygdales.

Quand elles sont confluentes, elles peuvent déformer ces organes ■et au premier abord en imposer pour de ATndtables tumeurs. Toutefois riiésilation ne saurait être de longue durée. La présence de pareilles lésions dans la cavité buccale n’est pas sans déterminer un peu de gène. Celle-ci peut être très modérée, mais les substances irritantes, les aliments épicés déterminent généralement une sensadion de cuisson fort pénible. Enfin les mouvements de la déglutition sont souvent rendus douloureux par la présence des syphilides papulo-ulcéreuses des amygdales. Mais il y a nombre de cas où les (malades en sont si peu incommodés qu’ils ignorent absolument l’existence de leurs plaques muqueuses buccales.

D’après Lasègue, la gêne occasionnée par les plaques gutturales subirait une recrudescence pendant la nuit, à ce point que la répétition nocturne des douleurs pourrait fournir un précieux élément de diagnostic, car on ne l’observe aussi positive et à un tel degré dans aucune autre espèce d’angine.

Les plaques muqueuses buccales guérissent très facilement, mais elles récidivent avec une facilité plus grande encore, si bien que pendant des mois certains syphilitiques en ont toujours plus ou moins dans la bouche.

Le diagnostic de ces lésions est presque toujours évident; quand elles sont isolées ou en petit nombre, on peut quelquefois hésiter ou se fourvoyer, songer à un chancre, à une ulcération dentaire, à un herpès, à un aphte. Pour ce qui est du chancre, c’est généralement l’erreur inverse qu’on est plutôt porté à commettre ; quand il s'agit

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