‹ Bouche, pharynx, œsophage, larynx, trachée, corps thyroide, cou, poitrineChapitre 15 sur 194 · VI · texte numérisé non relu

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ronnantes. Sa consisiance, d'abord ferme, se modifie graduellement et finalement la tumeur devient molle et Iluctuante. Abandonnée à ellemême, elle s’ouvre spontanément. Cette ouverture est d'abord un petit pertuis, mais rapidement elle s’agrandit et il en résidte finalement un large ulcère. Ce dernier reproduit avec de plus grandes proportions l’aspect que nous avons décrit aux gommes superficielles, ulcère arrondi, creux, bourbillonneux, à bords découpés à pic. Deux

gommes voisines peuvent se confondre, et il en résulte une ulcération en forme de gouttière (fig. 9).

Les gommes profondes ont en général le volum.e d’une noisette, d’une petite amande. Mais on en voit qui atteignent les proportions d’une noix, d’un œuf de pigeon , d’un œuf de poule. Il se peut même que la langue soit le siège de plusieurs productions de cette nature. On conçoit alors que le volume de cet organe soit augmenté au point qu’il ne puisse plus se loger dans la cavité buccale, qu’il fasse saillie hors des arcades dentaires, et descende jusqu’audevant et au-dessous du menton. Ces cas sont d’ailleursinfiniment rares.

Les signes' fonctionnels dans l’une et l’autre espèce de glossite tertiaire tiennent dans la symptomatologie une place très etïacée. Ils se réduisent en somme à peu de chose. Dans les glossites scléreuses, le malade n’éprouve rien qu’un peu de gêne, quelques sensations de sécheresse, de picotements, tant qu’il n’existe point d’ulcérations. Celles-ci peuvent devenir la source de vives douleurs, exac erbées par les frottements de la langue contre les dents, par les mouvements de la mastication, par le contact des substances acides,, irritantes, des boissons alcooliques.

Pour ce qui est des gommes, elles gardent ici leur indolence habituelle jusqu’au moment où elles sont ulcérées, et où elles peuvent devenirl’occasion de phénomènes douloureux. En outre, emplissant la

(1) Musée de l’hôpital Saint-Louis. Iconographie des maladies cutanées syphilitiques, 9e fascicule. Paris, Ruefl'.

Fig. 9. — Gomme musculaire. — A, bords coupés à pic ; — B, fond raviné ; — G, escarres bourbillonneuses (1).

GLOSSITES TERTIAIRES.

bouche, elles apportent une certaine gêne mécanique à la mastication et à réloculion.

De meme dans le cas de sclérose, la rigidité de l’organe peut contrarier singulièrement ces deux fonctions.

Ces deux ordres de lésions ont une évolution bien différente, et comme corollaire un pronostic fort dissemblable.

En elfet, tandis que les gommes guérissent et se réparent avec une merveilleuse rapidité sous l’influence du traitementioduré, ne laissant parfois que d’insignifiantes cicatrices, les glossites scléreuses ont, au contraire, peu de tendance à rétrocéder. Si, prises au début de leur évolution, alors que le tissu de sclérose n’est pas encore définitivement organisé, elles peuvent à la rigueur s’arrêter dans leur marche, ou même s’atténuer, s’améliorer, et peut-être guérir dans certains cas, il n’en est pas de même quand la lésion est constituée. Celle-ci est désormais à l’abri de tout traitement, le mercure ni l’iodure ne changeront plus rien à des lésions devenues définitives et incurables.

Le diagnostic des glossites tertiaires embarrassait singulièrement les chirurgiens, il y a encore peu d’années. Maintenant qu’on a mis un peu d’ordre dans ce sujet obscur, les confusions sont moins faciles, et l’on peut dire même que ce diagnostic, dans nombre de cas, est d’une grande simplicité. A ce propos je ne saurais trop engager mes jeunes confrères à aller jeter les yeux sur les moulages merveilleux de l’hôpital Saint-Louis. Mieux, bien mieux qu’aucune description, la vue de ces pièces grave dans la mémoire, d’une façon indélébile, les principaux aspects de ces lésions. La glossite scléreuse profonde, étendue et invétérée, donne à la langue une physionomie si caractéristique qu’il n'est guère d’affection qui puisse être confondue avec elle. La glossite scléreuse limitée aux couches superficielles de la langue, pourrait, dans certaines circonstances, être confondue avec la glossite chronique des fumeurs et le psoriasis buccal. Ces deux aftections sont considérées comme distinctes par Fournier dans ses Leçons sur les glossites ; Debove et la plupart des auteurs les confondent dans une même description. Parfois dans le psoriasis buccal, la face dorsale de la langue présente des inégalités, des sillons, des mamelons, qui rappellent un peu' les déformations qu’on observe dans la glossite scléreuse superficielle. Une des figures annexées au Mémoire de Debove, représentant un cas qu’il donne pour type de la maladie, présente à un haut degré cette disposition. L’analogie est encore plus grande dans certains cas où la muqueuse linguale, sclérosée par l’évolution du syphilome, présente une teinte blanchâtre.

L’examen de la cavité buccale donnera en pareil cas les plus précieux renseignements, en faisant constater sur les joues et les lèvres d’autres altérations leucoplasiques. On trouvera en particulier à la face interne des joues des lésions dont la présence manque rarement. Ce

sont tout d’abord des plaques triangulaires situées immédiatement en arrière des commissures, puis des plaques linéaires étendues d'avant en arrière depuis ces plaques commissurales (plaques des fumeurs) jusqu’au fond du vestibule buccal, en suivant la ligne de jonction des arcades dentaires. D’autre part l’aspect des lésions linguales est le plus souvent caractéristique, les plaques leucoplasiques ont une teinte d’un blanc éclatant, rappelant le précipité de chlorure d’argent, les bourgeons charnus sur lesquels on vient de promener le nitrate d'argent, le lait caillé. Au contraire, la teinte que prennent les lésions de glossite scléreuse superficielle sont d’un blanc pâle, grisâtre, terne. Enfin les déformations de la muqueuse sont bien plus étendues et plus marquées. Parfois, en outre, on est éclairé par les antécédents. A cet égard toutefois il faut signaler une source d’erreur et d’embarras. Un nombre considérable de malades sont à la fois tabagiques et syphilitiques, et bien souvent c’est le tabac qui a servi de cause déterminante quand il s’agit de syphilis. Tabac et syphilis additionnent leurs effets délétères. Fournier croit donc que beaucoup de cas ne relèvent pas exclusivement soit de la syphilis, soit de l’usage du tabac, qu’il s’agit alors de glossites métisses, tabaco-syphilitiques.

Pour les gommes de la langue, quand elles sont superficielles, multiples et ouvertes à l’extérieur, il suffit du plus simple examen de la langue pour les reconnaître. Dans d’autres circonstances ce diagnostic est moins simple. Il peut exister une gomme profonde, unique, plus ou moins volumineuse, ouverte dans la cavité buccale, et formant un large ulcère à fond grisâtre. En pareil cas, on peut songer au chancre, au cancer, à la tuberculose, à la glossite dentaire. Pour ces deux dernières affections, l’hésitation ne saurait être de bien longue durée, mais pour le chancre et le cancer, on est quelquefois embarrassé. L’accident primitif peut en effet se creuser, son fond prendre un aspect grisâtre. Cependant deux signes permettent toujours d’en afhrmer la véritable nature, l’induration et l’adénopathie.

L’épithélioma et la gomme ulcérée ont été souvent confondus autrefois. Bien qu’il y ait en effet des cas très difficiles où l’hésitation soit permise, on peut dire qu’en général il n’en est pas ainsi ; les caractères des deux affections sont en effet fort dissemblables : d’un côté des ulcères arrondis, à bords nets, taillés à pic, à fond bourbillonneux, jaunâtre, sans ganglions, sans altérations de l’état général, de l’autre des tumeurs végétantes, ou des « ulcérations reposant sur des tumeurs », ulcérations à bords irréguliers, à fond saignant, couvert de détritus grisâtres, s’accompagnant d’engorgements ganglionnaires, de douleurs vives et en particulier de douleurs irradiées dans l’oreille, de cachexie.

Quand la gomme n'est pas ulcérée et forme simplement tumeur, elle peut donner heu à diverses erreurs. A la période où elle est solide, elle peut être prise pour une quelconque des tumeurs bénignes de la

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