CONTUSIONS ET RUPTURES DU CŒUR ET DU PÉRICARDE
plus nombreux; ainsi, sur les 76 faits relevés par Fischer, il y avait 44 fois des fractures.
Anatomie pathologique. — Le péricarde peut être déchiré en même temps que le cœur ou rester intact. La déchirure varie comme étendue de quelques millimètres à l’ouverture de tout le sac péricardique. Ainsi, dans une observation de M. Reynier, le péricarde, ouvert dans toute sa longueur, communiquait avec la cavité pleurale droite, le cœur était intact.
La rupture du cœur peut être complète ou incomplète.
Rupture complète. — De beaucoup les plus fréquentes, les ruptures complètes siègent, d’après Dezeimeris, plus souvent à droite qu’à gauche. Tantôt une oreillette, un ventricule sont rompus isolément, tantôt la solution de continuité intéresse à la fois l’oreillette et le ventricule. Dans des cas assez rares, elle peut siéger sur la cloison interauriculaire ou interventriculaire.
La longueur de la déchirure est variable. Parfois très petite, elle s’étend, d’autres fois, sur toute la hauteur d’un ventricule ou d’une oreillette ; de plus, le cœur peut être rompu en plusieurs points. Ainsi Ludwig rapporte l’observation d’un jeune homme atteint d’un coup de pied de cheval dans la poitrine, à l’autopsie duquel il trouva, à la partie antérieure de l’oreillette droite, une rupture d’un demipouce d’étendue, une rupture incomplète du pourtour de l’orifice auriculo-ventriculaire du même côté, et une fissure sur la cloison interauriculaire. D’ordinaire, les bords de la déchirure sont déchiquetés, mais parfois ils sont nets et affectent la forme d’une simple fissure.
Le péricarde est rempli de sang, qui, dans le cas de déchirure de cette séreuse, fuse dans le médiastin, ou dans la cavité pleurale si celle-ci est ouverte.
Les gros vaisseaux, aorte, veines caves, ont été aussi trouvés rompus.
Ainsi, dans un cas de Xobel, le péricarde était rempli de sang, l’oreillette droite rompue et la veine cave déchirée près de son insertion au cœur.
Déchirures incomplètes. — Elles ont été étudiées surtout par Barié. Elles peuvent siéger sur les valvules ou les piliers. Les cordages ou colonnes charnues plus ou moins rompus flottent dans le ventricule. La valvule est par suite insuffisante.
Les valvules sigmoïdes sont, tantôt simplement échancrées près du bord libre, tantôt plus ou moins déchirées, ou détachées de leurs insertions.
Mécanisme. — Un choc violent venant agir sur le cœur en diastole pour les uns, en systole pour les autres, augmente brusquement la pression intracardiaque. Le sang, refoulé avec violence contre les parois du cœur, le fait éclater à la manière d’une vessie remplie d’eau.
CH. SOULIGOUX. — AFFECTIONS DE LA POITRINE
Les lésions de myocardite ancienne favorisentd’ailleurs celle rupture. Cliaussier professait une autre théorie, qu’il a cherché à prouver expérimentalement. Dans le cas où l’aorte est comprimée, le sang ne pouvant s’écouler, l’oreillette est engorgée, et, les contractions du cœur augmentant, déterminent la rupture à l'endroit le plus faible. Ainsi, sur un chien, si on serre le tronc de l’aorte, le ventricule et l’oreillette gauches se déchirent. Si on exerce cette même pression sur l'artère pulmonaire, le ventricule et l'oreillette droits se distendent, les contractions du cœur redoublent, mais il ne se produit pas de rupture.
Quant aux ruptures incomplètes, elles ne peuvent se produire, d'après M. Barié, que si le cœur au moment du choc est en diastole. Sous l’inlluence de la pression, le sang tend à s’échapper et fait effort sur les valvules tricuspide et mitrale pour les refouler vers les oreillettes. Les cordages tendineux et les colonnes charnues, tiraillés, allongés, finissent par se rompre. De même, une pression exercée sur l’aorte fait refluer le sang vers le cœur, où il ne peut pénétrer qu’après avoir rompu les valvules sigmoïdes.
Symptômes. — Pronostic. — Diagnostic. — Dans le cas de déchirure complète, il est bien rare qu’on ait pu examiner les blessés. La mort survient, presque foudroyante; ainsi, un homme ayant reçu un coup de pied de cheval se releva, enfonça son chapeau sur sa tête, fit quelques pas vers l’écurie, et tomba mort. Cependant un enfant de six mois, observé par Rust, survécut quatorze heures à une rupture de l’oreillette droite. On cite encore quelques exemples peu démonstratifs de survie plus longue,
Morel-Lavallée (1800), en décrivant le bruit de moulin (bruit qui ressemble à celui produit par le clapotement de l’eau avec une palette), en fit le symptôme caractéristique de la déchirure du péricarde. Pour M. Reynier, il est simplement symptomatique d’un épanchement aéroliquide (1). Le siège de cet épanchement peut être intrapéricardique ou extrapéricardique. Dans le premier cas, il paraît être plus fort, plus long, moins sujet à se modifier suivant la position, et s’accompagne de troubles du côté de la circulation, tandis que, s’il est extrapéricardique, il est fugace et ne dépasse généralement pas trois ou quatre jours.
Si le péricarde est largement ouvert, le liquide pouvant passer librement de sa cavité dans le médiastin, on entendra à l’auscultation un bruit dont les caractères seront analogues à celui que produit un épanchement d’air et de liquide dans la cavité pneumo-péricardique, c’est-à-dire qu’il ne se perçoit que dans la position couchée, ou, tout au moins, se modifie d’une façon notable lorsqu’on fait asseoir le malade.
Lorsque la déchirure du cœur est petite, et le péricarde pariétal intact, l'épanchement sanguin dans la cavité péricardique se traduit
(1) Reynier, Recherches sur le bruit de moulin, symptômes d'épanchement intra et extrapéricardique dans les traumatismes de la poitrine, 1880.
FRACTURES DES COTES
par les signes des hémorragies internes, une augmentation de la matité précordiale et une diminution des bruits et du choc précordial.
Les ruptures incomplètes ne présentent rien de précis au moment même de l’accident. Ce sont les mêmes signes de contusion violente que nous avons déjà signalés. Ce n’est qu’au bout de quelques jours, commeleditM. Ch. Nélaton,que la marche des accidents peut mettre sur la voie. Peu à peu, on constate tous les signes d’une lésion d’orifice ; la mort par asystolie est la terminaison la plus fréquente.
Traitement. — Nous sommes désarmés en présence de la plupart des déchirures complètes du cœur; dans les cas où la mort ne survient pas immédiatement, le traitement sera celui des plaies du cœur.
Le repos absolu, l’emploi de ventouses, de glace sur la région précordiale, seront ordonnés au malade dans les cas, bien rares, où l’on aura pu constater immédiatement une déchirure partielle.