FRACTURES DES CARTILAGES COSTAUX
Le cartilage delà 8" côte est le plus souvent atteint, puis viennent ceux des 7®, 9®, 10®. Dans la pièce de Liouville les 2®, 3®, 4® côtes droites et 3® côte gauche étaient rompues ainsi que le sternum. Gurlt rapporte l’observation d’un enfant de sept à huit ans qui, serré entre une voiture et un mur, eut tous les cartilages du côté droit brisés .
D’après Puel, ce qu’ont confirmé des expériences personnelles, le trait de fracture est plus rapproché de l’articulation chondro-costale que de l’articulation chondro-sternale et souvent meme se trouve presque au point précis de l’union de la côte avec le cartilage.
Le trait de fracture peut être double sur le même cartilage. Gavasse, Duguet en ont montré des exemples.
Le caractère essentiel de cette fracture, c’est d’être constamment nette et perpendiculaire, jamais oblique et inégale (Malgaigne). Elle peut être incomplète (cas de Duguet).
Il existe, d’une façon générale, un déplacement marqué qui se produit non dans le sens de la longueur, mais dans le sens de l’épaisseur. Ce chevauchement peut atteindre deux à trois centimètres.
Magendie, ayant constaté dans toutes ses observations que le fragment sternal faisait saillie en avant, expliquait ce fait par l’action du muscle triangulaire du sternum, dont les insertions externes tendaient à déprimer le fragment costal.
Mais comme il existait des cas où le déplacement des fragments se faisait en sens inverse, Delpech formula la loi suivante :
Si la fracture a lieu près du sternum, le fragment interne se porte en avant et croise l’externe ; le contraire a lieu si la fracture est près de la côte.
Les faits ne tardèrent pas à infirmer cette loi, et Malgaigne a été amené à conclure que le déplacement est dû surtout à l’élasticité des côtes et des cartilages, et que ses variétés tiennent à la position du sujet.
Mais il ne formule pas, comme le lui fait dire Paulet, une loi unique,^ et il admet comme incontestable l’action musculaire dans un cas de Magendie.
Mode de consolidation. — La plupart des auteurs, Malgaigne, Ollier, etc., admettaient que ces fractures ne se consolidaient jamais directement, les bouts du cartilage ne prenant aucune part à la consolidation qui se fait, uniquement, par une virole osseuse périphérique, de la face profonde de laquelle part une lame osseuse, qui s’interpose entre les deux fragments, mais sans entrer avec eux en continuité du tissu.
Cependant, en 1850, Mondière démontra que la réunion des cartilages peut se faire par du tissu fibreux. Broca montra à la Société anatomique (1855), une pièce trouvée sur un cadavre de l’Ecole pratique,, où il y avait réunion directe des fragments cartilagineux, quoiqu’il n’y eût aucune partie ossifiée dans l’épaisseur de ces fragments.
CH. SOULIGOÜX. — AFFECTIONS DE LA POITRINE
Une ligne très fine marquait le lieu de réunion, la substance unissante était formée de tissu fibreux sans noyaux cartilagineux.
Bien jdus, les recherches de Peyraud en 18()9 prouvent que le cartilage peut se régénérer si on conserve lepérichondre, et Malassez a montré que la réunion peut se faire par l’intermédiaire d'un tissu fibrocartilagineux.
Ce qu’il faut conclure, c’est que le mode de consolidation est variable et qu’aucune loi fixe n’y préside.
Symptomatologie. — Les symptômes sont les mêmes que dans les fractures de côtes.
La douleur est vive, localisée en un point fixe, augmentée par la toux, l’effort. Le déplacement est presque la règle. 11 n’existe jamais de crépitation, les fragments dépourvus d’aspérités pouvant glisser l’iin sur l’autre sans que l’explorateur en ait conscience.
Diagnostic. — Le diagnostic en est facile. Il ne peut être hésitant que quand le déplacement manque, comme dans le cas cité par Malgaigne. Un homme fut pressé entre deux timons de voiture, une vive douleur s’était fait sentir vers l’extrémité costale des 7® et 8® côtes droites augmentant par la pression et l'inspiration. Je crois que dans un cas de ce genre, oii la douleur se montre en un point n'ayant subi aucun traumatisme direct, on peut porter sans hésitation le diagnostic de fracture.
Dans le cas de déplacement, il faut s’assurer, en interrogeant le malade, (pi’il n’existait ni saillie, ni dépression anormales antérieures au traumatisme.
Il n’y a pas à chercher à établir un diagnostic différentiel entre la fracture et la luxation chondro-costale, et, comme le fait remarquer Peyrot, les quelques faits connus de séparation bien nette au niveau de l’articulation chondro-costale méritent d’être considérés comme de simples fractures.
Le pronostic est le plus souvent bénin. La plupart des pièces ont été trouvées consolidées sur des sujets d'amphithéâtre.
La guérison, j’entends la possibilité pour le sujet de reprendre son travail, se fait entre vingt-cinq et trente jours.
Traitement. — Lorsqu’il n’y a pas de déplacement, le meilleur mode de traitement est l'application d’un bandage de corps en diacliylon comme dans la fracture de côte.
Le déplacement étant la règle, la plupart des auteurs anciens ont cherché des appareils destinés à le corriger.
C’est ainsique A. Cooper appliquait sur le cartilage fracturé après réduction une pièce de carton mouillé qui empiétait sur les deux côtes voisines. Cette pièce de carton était maintenue par une bande de flanelle.
Malgaigne recommande l’application d’un bandage herniaire assez bien muni à ses extrémités de pelotes en caoutchouc remplies d’air