‹ Bouche, pharynx, œsophage, larynx, trachée, corps thyroide, cou, poitrineChapitre 41 sur 194 · CORPS ÉTRANGERS DE LA CAVITÉ BUCCO-PHARYNGIENNE · texte numérisé non relu

CORPS ÉTRANGERS DE LA CAVITÉ BUCCO-PHARYNGIENNE

poils de brosse à dent (t), des aiguilles (2), des arêtes de poissons (3). Péan (4), ouvrant un abcès préamygdalien, y trouva un fragment de tige de blé.

Dans l’épaisseur de la paroi bucco-pharyngienne d’un jeune homme qui se plaignait uniquement d’un peu de gêne dans la déglutition et de picotements dans la gorge, Trélat (5) découvrit un jour une lame de couleau de 6 centimètres de long sur 3 de large. Le malade avait reçu un coup de couteau quelques semaines auparavant. Il s’était remis en quelques jours, et si complètement, qu’il avait pu assister lui-même au procès de son adversaire, sans se douter qu’il portait dans sa région amygdalienne la pièce à conviction.

Fano (6) fit un jour l’extraction d’une lime de 9 centimètres, enfoncée dans la langue.

On connaît l’iiistoire de cet homme qui faillit subir l’amputation de la langue pour un cancer. Il avait simplement, dans l’épaisseur de cet organe, une dent, que lui avait arrachée un dentiste forain, quelques mois auparavant.

Percy et Boyer citent des cas de balles qui avaient séjourné pendant des années dans la langue, sans que les malades en aient soupçonné la présence.

Sur un blessé delà guerre de 1870 (Dujardin-Baumetz), en ouvrant un abcès sous-maxillaire, on trouva avec surprise un gros fragment d’obus.

Hennen cite le cas d’un blessé des guerres de l’Empire qui avait un fragment de son maxillaire inférieur inséré et comme greffé dans son pharynx. Il serait facile de multiplier à l’infini ces citations.

Ces exemples sont assez nombreux pour qu’on en puisse conclure que la présence de ces corps étrangers, quels que soient leur nature ou leur volume, peut ne donner lieu qu’à des accidents tellement insignifiants, qu’ils passent complètement inaperçus pendant un certain temps ; qu’il peut être très difficile d’établir la relation qui existe entre des phénomènes inflammatoires actuels, déterminés par le corps étranger, et les accidents primitifs, rapprochement qui aurait pu éclairer le diagnostic; qu’en définitive on est souvent exposé à se tromper, à cause de l’insuffisance ou du manque absolu de commémoratifs, et que de fait la constatation de ces corps étrangers est, la plupart du temps, une surprise pour le malade comme pour le chirurgien.

On sera conduit à soupçonner un corps étranger quand on se

(1) Voy. Clarke, Diseases of the Tongue. London, 1873.

(2) Seiler, in Butlin, Diseases of the Tongue. London, 1885. The Lancet, 1866, 30 june, p. 710.

(3) Shaxe, Abcès basique par arête de poisson sur un nègre (iVeiü Orléans med. and siirg. Joiirn., 1891),

(4) PÉAN, Clinique chirurgicale.

(5) Gillette, Clin, chirurgicale des hôpitaux de Paris. Paris, 1877, p. 92,

(6) Vidal, Pathol, externe, 5^ édition, par Fano. Paris, 1851, t. III, p. 569.

trouvera en présence d’une fistule, alors que l’interrogatoire permettra d’établir l’existence d’un accident ayant porté sur la face ou la bouche. L’exploration, à l’aide du stylet, révélera la situation du corps étranger, dont l’extraction est presque toujours d’une grande facilité, et dont l’ablation entraîne la cessation définitive des accidents.

Opérations réparatrices de l’orifice buccal. Cheiloplastie.

Une opération destinée à restaurer l’orifice buccal peut avoir pour but de remédier, soit à une étroitesse exagérée de cet orifice, soit à une déviation de ta bouche ou ci un ectropion tabiat, soit à une perte de substance des tèvres.

A. L’atrésie buccale est parfois congénitale, parfois consécutive à des opérations ou à des traumatismes. Le plus souvent elle est causée par des brCdures de la face. L’atrésie de la bouche est une fort pénible infirmité. Heureusement, il est relativement facile d’y remédier. On a proposé autrefois de percer un trou à bonne distance de l’orifice atrésié ; à bonne distance, c’est-à-dire à l’endroit où devait être reportée la commissure; de transformer ce pertuis en un canal épidermisé, en y laissant à demeure un corps étranger, comme on fait pour percer l’oreille. Ce premier résultat obtenu, il ne reste plus qu’à couper le pont intermédiaire. Ce procédé est ingénieux, mais bien lent dans son action, et bien passé de mode.

Le débridement transversal de la bouche atrésiée est un moyen qui vient à l’esprit ci priori. Mais la simple incision commissurale sera toujours frappée d’insuccès. La cicatrisation de la plaie angulaire se fait avec une grande rapidité par l’accolement des deux surfaces divisées, et le bénéfice de l’opération est complètement perdu.

On a proposé d’interposer aux deux lèvres de la plaie de minces lames de plomb ou d’étain, de faire chaque jour une petite incision commissurale pour permettre aux deux lèvres de se cicatriser isolément. Ce sont là de médiocres ressources. La suture delà muqueuse à la peau, proposée par Serre, est aujourd’hui couramment pratiquée. Cet affrontement, suivi ordinairement de réunion par première intention, suffit pour empêcher le retour de la difformité. On peut donner ainsi très exactement à l’orifice buccal les dimensions voulues. C’est là, d’ailleurs, l’application d’une règle générale de chirurgie, qui veut ([u’on suture séparément les lèvres d’une plaie angulaire dont on veut éviter la réunion.

Il est même possible d’obtenir mieux, d’obtenir non seulement le rétablissement de l’orifice buccal, mais encore la restauration de la bordure rouge de la lèvre. Pour cela, selon le conseil de Diefienbach, il faut exciser, sur les deux lèvres, une petite languette de la peau et de la couche musculaire, en conservant la muqueuse. Celle-ci forme ainsi une sorte de petit lambeau flottant, qu’on rabat sur la surface

cruentée et qu’on fixe par des sutures. Au bout d’uii certain temps, cette partie, mise à Pair, de la muqueuse labiale, prend complètement l’aspect de la bordure rouge normale des lèvres.

B. Les seules déviations de la bouche dont nous ayons à nous occuper sont celles qui reconnaissent pour cause des rétractions CICATRICIELLES. L’orifice buccal est conservé, le pourtour des lèvres est intact. Mais celles-ci sont entraînées, éversées et déviées. Ces accidents peuvent s’observer à la suite d’opérations, de coups de feu, de gangrène, etc., mais leur cause habituelle est une brûlure de la face ou du cou. La plupart du temps, il s’agit d’une brûlure ayant intéressé la face et la région sus-hyoïdienne, la commissure est tirée en bas et en dehors. On peut toujours remédier à ces difformités et rétablir la forme normale de la bouche. La section simple des brides cicatricielles est impuissante, il faut avoir recours à une véritable opération autoplastique. La plus simple, la meilleure, celle qui donne à moins de frais les résultats les plus parfaits, consiste à libérer les téguments rétractés par le tissu inodulaire, à l’aide d’un procédé imitant celui de Wharton Jones pour la paupière. Au niveau de la principale bride, ou des principales brides, on fait deux incisions qui se rejoignent en V, le sinus de l’angle aigu ainsi délimité étant tourné vers la commissure. On dissèque le lambeau triangulaire qui en résulte, on le libère. Les tissus reprennent peu à peu leur situation normale. On constate alors que le sommet du lambeau est à distance du sommet de l’angle formé par les deux incisions primitives. On réunit les bords de ce lambeau aux parties correspondantes des deux incisions, et au-dessous de son sommet on réunit directement les deux bords restants des incisions. Au lieu d’un V on a un Y (1 ). On est obligé quelquefois de faire deux V superposés (Décès) ou juxtaposés; l’intervention est alors un peu plus complexe, mais son principe reste le même.

Mais on est souvent obligé de renoncer à cet excellent procédé. Quand on a libéré les brides cicatricielles, qu’on a relevé la lèvre, qu’on lui a redonné sa forme et sa situation normale, il reste des surfaces cimentées qu’on ne peut couvrir, en rapprochant directement les bords de la plaie. Il faut alors prendre un lambeau dans le voisinage, ou recourir, soit à la méthode des greffes de larges lambeaux épidermiques, ou de morceaux de peau, soit à la transplantation de lambeaux par la méthode italienne.

Quand les cicatrices siègent sur la lèvre elle-même, le renversement, l’ectropion de cet organe est beaucoup plus prononcé.

On voit des cas où la lèvre, attirée par la rétraction inodulaire à la suite de brûlures, est étalée complètement au-devant du menton. La muqueuse, constamment exposée à l’air, est le siège d’une inflam-

(1) Rosne, thèse de Paris, 1884.

Traité de chirurgie.

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