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COUPS DE FEU TIRÉS DANS LA BOUCHE

qu’ime sorte de tatouage de la muqueuse buccale, par les grains de poudre.

On cite des cas où la balle est venue s’aplatir sur la voûte palatine.

A vrai dire, ces faits sont assez rares, et avec les armes modernes, ils deviendront de plus en plus rares.

Dans l’immense majorité des cas, il s’agit de tentatives de suicide. Parfois cependant, ces blessures peuvent s’observer dans les tentatives d’assassinat, comme dans un cas récent de Doyen (1).

L’arme employée est tantôt le fusil, tantôt le revolver. Les effets varient beaucoup avec le projectile et la puissance de l’arme. Il y a deux sortes de lésions, celles qui sont produites par la puissance d’expansion de la poudre, et celles que cause le passage de la balle.

Les premières sont des déchirures, des tissures, des éclatements des parois de la bouche, les autres des perforations, des fractures compliquées. La balle ne reste pour ainsi dire jamais dans la cavité buccale. Elle va, selon la direction de l’arme, s’implanter dans la colonne vertébrale, se perdre dans le massif facial, sortir au niveau du nez, en faisant sauter toute la partie antérieure de la face, nez et lèvre supérieure, ou encore s’enfoncer dans le cerveau. Un homme, que j’ai soigné à Necker, s’était tiré dans la bouche deux coups de revolver. A l’autopsie, cinq jours après l’accident, je trouvai les deux balles, l’une à côté de l’autre, dans la première circonvolution frontale gauche. Elles avaient passé par le meme orifice palatin, traversé la fosse nasale gauche,* brisé la lame criblée de l’ethmoïde, et cheminé à travers toute l’épaisseur du lobe antérieur du cerveau. Ordinairement ces corps étrangers se trouvent beaucoup plus en arrière. Ils vont atteindre le corps du sphénoïde, ou l’apophyse basilaire. Quand l’arme employée est un fusil, et principalement un fusil militaire, les dégâts sont horribles. Tout le massif facial peut être emporté, laissant un trou béant, bordé d’esquilles osseuses et de lambeaux de parties molles, dilacérées, contuses et noircies. Comme le fait observer Legouest (2), les malheureux qui veulent se suicider de cette façon sont souvent déçus ; ils survivent à leur épouvantable blessure. Quand le projectile pénètre dans le crâne, on peut observer l’éclatement de cette boîte osseuse. Suivant l’expression de Legouest, « la tete s’épanouit sur les épaules

On conçoit que la mort soit souvent instantanée, ou très rapide. Les cas qui nous intéressent surtout sont ceux où le projectile a causé de notables dégâts des parois de la bouche sans que cette blessure soit mortelle. Ceux-ci ont pour siège principal le palais osseux et la lèvre supérieure. Après l’élimination des esquilles, la chute des escarres, le rapprochement des bords de la plaie, il persiste des pertes de substance plus ou moins étendues, qu’il faut obturer

(1) Doyen, Acad, de méd., 1897.

(2) Legouest, Gaz. des hôp.^ 1863.

ou combler. Pendant longtemps, on s’est contenté d’appareils prothétiques : aujourd’hui on doit tenter, toutes les fois que la chose n'est pas impossible, la restauration du palais. Delorme (1) a montré les avantages qu’on pouvait retirer en pareil cas de lambeaux pris à la lèvre supérieure pour reconstituer le palais. Il s’agit d’ailleurs le plus souvent d’opérations très' complexes (2), car il faut refaire aussi le nez détruit. On est obligé de procéder par interventions successives, pour mener à bien ces délicates réparations.

Pour ce qui est du traitement des plaies récentes, on conçoit qu’il est assez difficile de résumer en quelques mots les indications que comportent des lésions aussi variées dans leur étendue, leur siège et leur gravité.

Toutefois, on se trouvera bien d’y toucher le moins possible. Le précepte, autrefois donné par Desault et Larrey, d’aviver les bords des plaies et de les réunir par la suture, est depuis longtemps abandonné. Il ne faut pas non plus s’acharner à poursuivre les projectiles. Nettoyer, faire de l’antisepsie et attendre, tel est le rôle nettement tracé du chirurgien, sauf indication spéciale tirée d’un accident urgent.

Les choses s’arrangent beaucoup mieux qu’on n’aurait osé l’espérer.

Corps étrangers dans les parois de la cavité bncco-pliaryng-ienne. — A la suite des divers traumatismes que nous venons de })asser en revue, une foule de corps étrangers peuvent demeurer dans les tissus. Quelques-uns sont tolérés pendant longtemps, et ce n’est qu’après des semaines, des mois, des années, qu’ils révèlent leur existence, ou bien que certains accidents trouvent leur interprétation dans la constatation du corps étranger. Les exemples abondent. Fabrice de Hilden raconte l’histoire d’un homme qui reçut au visage, en jouant avec un ami, un coup de fourreau d’épée. Ce fourreau, en cuir, avait un bout de cuivre qui demeura dans la plaie. Après quatre ans, pendant lesquels le malheureux fut soumis à tous les traitements usités à cette époque, le corps étranger devint mobile et fut extrait. Dans la cavité que présentait ce bout de cuivre, on trouva une accumulation de plusieurs substances médicamenteuses qu’on y avait introduites, croyant les pousser dans un sinus ou un clapier.

Dans l’épaisseur des parois de la cavité buccale, les cas de corps étrangers sont légion.

On les trouve presque toujours par hasard, soit en incisant un abcès, soit en explorant à l’aide du stylet un trajet fistuleux. A maintes reprises, on a trouvé, en incisant de petits abcès de la langue, des

(1) Delorme, Soc. de chir., 1893.

(2) Delorme, Traité de chirurgie de guerre. Paris, 1893, t. H. — Hassler, Congrès de Lyon, 1895.

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