TUBERCULOSE DE LA BOUCHE ET DU PHARYNX
Aussi csl-ce à Lhopital du Midi que commença leur étude. Ricord eut Uoccasion d’observer des malades, venus dans ses salles comme syphilitiques ; et de temps à autre appelait Uattention de ses élèves sur ces ulcérations qui lui paraissaient être sous la dépendance des lésions pulmonaires. Buzenet, dans une thèse écrite sous l’inspiration de Ricord, parle d’un malade entré au Midi sous l’inculpation de chancre de la langue, et qui, selon l’opinion de son Maître, était atteint d’une lésion d’origine tuberculeuse. Mais c’est du remarquable travail de Julliard que date véritablement l’étude de cette importante question des ulcérations de la bouche et du pharynx dans la phtisie pulmonaire.
Il assimile complètement, comme le faisait déjà d’ailleurs Ricord, ces ulcérations à celles qu’on observe dans les mêmes circonstances au niveau du larynx et du canal intestinal.
Il les désigne sous le nom d’ulcérations tuberculeuses, mais pour lui ce terme n’a pas la signification de pertes de substance produites par le ramollissement et l’élimination de tubercules.
Les doctrines qui avaient cours à cette époque ne permettaient guère de trancher la question dans ce sens. Aussi Julliard pense-t-il ({ue ces ulcères « sont sous la dépendance d’une influence générale et qu’elles peuvent être rattachées soit à un vice de nutrition, soit à un état de cachexie avancée, soit à une tendance particulière que la diathèse tuberculeuse prendrait dans certaines formes et chez certains sujets ». Ainsi donc, relation indéniable entre certaines ulcérations bucco-pharyngiennes et la phtisie pulmonaire. Comment se produisaient ces ulcérations, on ne le savait pas très bien au juste, mais, ce qui n’était pas douteux, c’est qu’elles n’étaient pas rares et qu’elles présentaient un aspect spécial, très ditïérent de la plupart des ulcérations buccales. Mais la phtisie pulmonaire bien constatée, bien confirmée, paraissait être la condition sine quel non.
Aussi quand Trélat eut, en 1869, à soigner un malade qui portait sur la langue une ulcération tuberculeuse primitive, il songea à tout, excepté à la tuberculose.
Hardy pensa à un chancre, Rroca à une glossite bizarre, un traitement d’épreuve ayant éliminé l’hypothèse d’une gomme, et la marche de la maladie détruit les craintes qu’on aurait pu avoir au sujet d'un cancer. Bref, l’incertitude persista jusqu’à la mort du pauvre diable. Liouville examina sa langue au microscope et y trouva des granulations caractéristiques, et cette constatation était tellement inattendue, que Trélat voulut en avoir la confirmation en demandant le témoignage de Vulpian. Ce cas fut l’origine du mémoire de Trélat. Il démontrait que « les ulcères tuberculeux étaient, dans certains cas tout au moins, produits par l’ulcération de véritables tubercules », et ([u'ils pouvaient apparaître avant la tuberculose pulmonaire. Enfin, Trélat établissait que dorénavant on en pourrait faire le diagnostic.
Peu de temps après, l'éréol vint entretenir la Société de médecine d’un cas analogue. Guidé par la description de Trélat, il avait pu reconnaître la véritable nature de l’airection. Mais ses collègues conservèrent des doutes jusqu’au moment où il leur apporta les résultats de la nécropsie, et l’examen liistologi({ue praticjué par Thaon et Ranvier. El même quelques-uns, et des plus autorisés, ne consentirent pas à accepter sans réserve l’opinion de Féréol.
Depuis les choses ont changé, il n'y a plus d’incrédules. Ouantité de monographies ont paru sur ce sujet, d’importantes leçons de Duplay, Le Dentu, Reclus ont vulgarisé les notions si lentement acquises.
Aujourd’hui chacun a vu de ces ulcérations tuberculeuses, devenues sinon des banalités, du moins des cas(|ui sont loin d’étre rares. Maintenant ([u’on s'est familiarisé avec elles, on les reconnaît en général avec une grande facilité, et je crois qu’aujourd’hui tout le monde adopterait volontiers la formule de T. Anger (pii, en 1S72, souleva (pielques protestations: (( 11 suffit d’avoir vu les ulcérations tuberculeuses ou seulement d’avoir lu leur description pouréviter une erreur ([ui n’est possible que dans les livres. »
Pendant (pie la tuberculose buccale sortait ainsi du chaos des ulcères de la bouche, les lésions du pharynx étaient de leur côté l’objet de travaux importants. Isambert décrivait la tuberculose miliaire aiguë du pharynx. Ici encore ce fut une surprise, cjuand Troisier découvrit à l’examen des pièces les granulations caractéristiques.
On s’occupait beaucoup aussi, soit dans les thèses, soit à la Société médicale des hôpitaux, de la scrofule du pharynx et de l’angine scrofuleuse. Mais on était loin de songer alors (pi’il y avait entre la scrofule et la tuberculose les rapports étroits aujourd’hui bien connus. D’autre part, il y avait de regrettables confusions entre la scrofule et la syphilis héréditaire tardive. Aussi ces études se poursuivaient-elles parallèlement à celle d(‘ la tuberculose buccale.
L’histoire de la tuberculose du jiharynx et de l’augine tuberculeuse a été complètement tracée dans la rcmanpiable thèse de Rarth.
Ouand Fano et (iosselin observèrent, il y a une trentaine d'années, les premiers abci‘s froids de la langue, ils ne songeaient certes pas à les rapjirocher des ulcérations des phtisi(pies. De même, ceux ([ui lireut connaître les ulcérations de la langue, laissaient de côté ces observations (|ui n’avaient aucun rap[)ort ap|)arent avec leur sujet. Les travaux plus modernes sur le tuliercule et les bacilles rendent ce rapprochement tout naturel. D’ailleurs les cas de suppurations tuberculeuses de la langue sont maintenant assez nombreux, dus è Péan, (iade, Poucet, Ibirth, Le Dentu, etc. Ils ont été rassemblés dans les mémoires récents de Whitmann, Sauvage, Rolland et Le Xadan.
Eu résumé, pendant longtemps on a étudié d’une part des scrofulides