C. LYOT. — MALADIES DU CORPS THYROÏDE
galion. Restent donc les infections d’origine externe directe et les infections par la voie sanguine.
Étiologie. — Xous devons avant tout bien établir les relations de la thyroïdite avec le goitre. Il est certain, d’une part, que bon nombre d’inflammations thyroïdiennes se développent sur des glandes absolument saines antérieurement; d’autre part, il est des goitres volumineux ou kystiques dans lesquels la strumite survient à titre de complication et revêt des caractères spéciaux, que nous verrons en étudiant les goitres. A côté de ces cas bien tranchés, thyroïdites pures d’une part, strumites de l’autre, on trouve noté dans nombre d’observations que le malade portait un goitre léger ou avait eu dans sa jeunesse un goitre disparu depuis. Xous rattacherons ces faits à la thyroïdite, en donnant au goitre le rôle de cause prédisposante. Il ne faudra donc pas s’étonner de rencontrer la thyroïdite plus fréquemment dans les pays à goitre et chez la femme, conditions étiologiques que nous retrouverons à propos des goitres.
Xous distinguerons une thyroïdite traumatique ou primitive et une thyroïdite secondaire.
Thyroïdite traumatique. — EWe comprend principalement les inflammations consécutives à des ponctions septiipies faites ans des goitres. Ce sont donc à proprement parler de strumites. Ouant aux faits de contusions de la glande terminées par abcès, nous avons déjcà expliqué qu’il s’agit en réalité d’une infection d’origine interne, mais localisée par le traumatisme.
TiiyroidïTes secondaires ( 1 ). — Leurs variétés sont très nombreuses. La plus connue est la thi/roïdite tifphirjue observée déjà par Liebermeister, HotTman, Griesinger, Lucke, Kocher et dans laquelle Kümmer et Tavel ont constaté la présence du bacille typhique. En second lieu vient la thyroïdite puerpérale, vue par Kirmisson, Kümmer et Tavel, Landouzy, et dans laquelle on retrouve le streptocoque. Gérard-Marchant a observé une thyroïdite posl-pneiimoniqiie dont le pus renfermait le diplocoque à l’état pur. D’autres cas ont été décrits depuis par Lyon et Bensaude, Durante. Dans la grippe, Duguet a vu une thyroïdite suppiirée\ Galliard a observé un cas terminé par résolution. Brimer, dans un abcès thyroïdien, a cons-
(1) Galmaui), Thyroïdite grippale terminée par résolution (Soc. méd. des hôp., 21 juin 1895). — Smelton, Thyroïdite grippale ( British med. Journal, 18 mai 1895).
— Jea>sel>ie, Thyroïdites et strumites infectieuses {Gaz. des hôp., 2 février 1895).
— Jeanselme et Navarro, Thyi'oïdite à streptocoques {Journal des praticiens, 7 sept. 1895). — Riedel, Thyroïdite ligneuse (^5^ Concf. ail. de chir. anat. in Rev. de chir., 1897, p. 55). — Charvot, Etude clinique sur les goitres sporadiques infectieux {Rev. de chir., 1890). — Heddœ:us, Strumite aiguë par diplocoque de Fraenkel- Weichselbaum, avec pneumonie métastatique secondaire {Münch. med. Woch., 26 mai 1897). — Ewald, ZurÆtiologie der Strumitis {Münch. med. Woch., 7 juillet 1896, p. 634). — PiÉCHAUD, Des thyroïdites dans la convalescence de la fièvre typhoïde. Thèse Paris, 1881. — Galtier, De la thyroïdite aiguë primitive. Thèse Paris, 1881.
THYROÏDITE.
taté la présence du coli communis. La scarlatine, la variole, la diphtérie, la malaria se sont parfois aussi compliquées de thyroïdites. Quant au rhumatisme, nombre d’observations semblent venir à l’appui de l’existence de thyroïdites vraiment rhumatismales survenant pendant la poussée articulaire, "la précédant ou la suivant ; mais ce que nous savons de la fréquence des pseudo-rhumatismes . permet de se demander s’il ne s’agissait pas là d’infections mal déterminées. En somme, la plupart des infections peuvent se localiser dans la glande thyroïde.
Anatomie pathologique. — Les altérations de la thyroïdite sont généralement circonscrites à un lobe ou même une portion du lobe ; rarement la glande entière est prise. Lebert, qui a pu observer les lésions avant l’apparition du pus, signale la teinte congestive et les points hémorragiques. La suppuration reste d’ailleurs quelque temps infdtrée avant de se collecter en abcès. Celui-ci forme des poches uniques ou multiples. Parfois la glande est disséquée par le pus. On a observé aussi des abcès gazeux et la gangrène.
Symptômes. — Comme la plupart des infections secondaires, la thyroïdite apparaît au déclin de la maladie primitive. On l’a vue cependant être la première manifestation de l’infection puerpérale. En tous cas, c’est ordinairement la tumeur thyroïdienne qui attire l’attention, avant l’apparition des phénomènes généraux. Elle est latérale et d’abord bien circonscrite à la région thyroïdienne, mobile transversalement et partageant les mouvements d’ascension du larynx. La peau est rouge et chaude, la pression douloureuse, on trouve la consistance plus ferme que celle du corps thyroïde normal. Le malade se plaint d’élancements sur le trajet des branches du plexus cervical, les mouvements du cou sont douloureux, et la tête se fixe dans l’attitude du torticolis. En l’espace de quelques jours, la tumeur augmente de volume au point de soulever le sterno-mastoïdien et de repousser la carotide en arrière. La peau est congestionnée, empâtée, œdématiée, mais il n’y a pas encore de fluctuaction nette. Parfois, la périthyroïdite s’étend ; on voit alors la tuméfaction s’étaler, remonter jusqu’au menton ou descendre au contaet de la clavicule. Dans ces conditions, sa mobilité disparaît et elle ne suit plus le larynx.
Les troubles fonctionnels sont caractérisés par de la dysphagie, parfois de l’enrouement et de la toux, voire même une paralysie du récurrent (Tailhefer). On peut observer des crachements de sang, souvent une dyspnée tenant en partie à la compression de la trachée et il y a alors du cornage, en partie à l’infection. L’état général est atteint à des degrés divers, variant avec la nature de l’infection primitive. Il y a constamment de lafièvre, pouvant atteindre 40'’, parfois du subictère et un état adynamique. ^
Marche. — Formes. — Dans un certain nombre de cas, et le fait est
Traité de chirurgie. VI. — 39