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LES GEMES DES ARTS

(Musée d'Angers.)

Trianon où la grâce des Amours, la beauté l'éminine, l'ordonnance heureuse des nuées tiennent de sa belle époque. Il revient àl'Opéra, donne les costumes du ballet de Sylvia.

Et pourtant il était bien las. Il ne ressemblait plus au portrait de Lundberg, au fameux pastel du Louvre où il apparaît si gai, si brillant, si curieux de tout, semblant absorber de la vie, nager dans de la joie active, tout appeler à ses prunelles pour le rétracter clair, tendre, soyeux, heureux. 11 ne ressemble plus au portrait de Roslin qui est à Versailles, où, un peu empâté, très vert encore, il semble porter allègrement le souvenir dune jeunesse et d'une maturité de travail acharné et de plaisirs grapillés partout. Il a de la fatigue; ses yeux ne discernent plus aussi bien les couleurs. Est-ce l'iiabitude de faire très brillant pour ses tapisseries qui a déséquilibré sa facture? ou voit-il moins juste? Les deuils sont venus frappera sa porte : ses deux gendres Deshays et Baudouin sont morts ; il a de l'inquiétude morale; il s'interroge sur son œuvre.

Et pourtant, vieux, fatigué, il tire encore ce dernier feu dartilice, cette Caravane de Bohémiens (1709) dans le goût de Benedetto Castiglione, que Diderot devait admettre comuie parfaite en son genre; puis c'est la Sagesse et la Justice^ la Jeune mère dormant auprès de son enfant^ la Présentation au Temple (grisaille sur papier qui est au Louvre). Et puis l'activité se détend, la main se raidit qui faisait éclore tant de grâces, les yeux se ferment à cette lumière qu'il aimait chaude, nacrée, dont il était amoureux; les

yeux se ferment, et François Boucher meurtle 30 mai 1770, laissant des tableaux inachevés.

Il meurt avec son temps; déjà il a (h\ travailler pour ce dauphin peureux et taciturne qui, dans quatre ans, sera Louis XVI ; la cour nouvelle ne l'aurait point reconnu (1) Le discrédit commence au lendemain de sa mort, après pourtant que ses adversaires, les Grimm, les Diderot, se sont rétractés. Grimm constate que, dans l'état do l'art, sa mort est une perle. « J'ai peut-être dit trop de mal de Boucher », rêve Diderot. Il a raison; son excuse, c'est quil pouvait croire avoir le temps d'apporter du vivant du peintre cette atténuation; les roses de Boucher ne se fanaient point. Bouclier participait de la joyeuse immortalit»' des dieux dont il dévelo])pait les amours, des sujets de la fable qu'il di'roulait en somptueuses tapisseries. Il y avait sur Boucher, malgré ses défauts et ses coquetteries, un clair rayon de jeunesse éternelle, et Vénus, qu'il a tant chantée, lui a donné un peu du rellet de son sourire.

(1) Pourtant Louis XVI avait de la considération pour Boucher. Malgré la vente des collections du luaîlre qui composaient toute sa fortune et ([ui (Umnèrent : tableaux, 22 678 livres; dessins, 15 891; estampes, 2 201; bronzes, laques, etc., 909.1; porcelaines, 14 452; meubles, 15 179: minéraux, 6422; pierres précieuses, 3444; polyjjiers, 4 388 ; coquilles, 6738 ; ])ius en objets divers, 17271, soit 118417 livres. M""" Bouclier n'était point riclio. Par ordonnance du 25 juilletl770, on accordaàla veuve de Bouclier une pensiott annuelle de 1 200 livres, et, par la suite, Louis XVI la doubla.

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