‹ Bouclier de la foiChapitre 13 sur 68 · D8 LA PBOVIDSHCE DS DI8U · texte numérisé non relu

D8 LA PBOVIDSHCE DS DI8U

ST COMmHT DIEU COllDUrr LBS ACTIONS DBS MéCBÀlITS SANS âTRB ▲UTBUB DB PÉCHB BT SÀIfS PARTICIPER A LBUR9 VICES.

Trois maximes ou règles générales servent de fondement à cette matière. La première est que toutes ciioses sont gouvernées et conduites par la providence de Dieu, comme dit saint Paul aux Ephésiens, chap. 1 : « Que Dieu accomplit » avec efficace toutes choses selon le conseil de sa volonté.»

1^ deuxième est, que Dieu est souverainement juste et n'est point auteur de péché, et n'iticite point les hommes à mal faire, comme il est dit au Ps. XLV : « Tu aimes jr^trce p et hais méchanceté, » etc..

La troisième est, que l'homme est cause de sa perdition et qu'il pèche par sa propre volonté , comme Dieu dit par son prophète Osée, chap. XIII : a Ta perdition vient de toi, ô p Israël ! ton aide est seulement de moi. » Tout ainsi qu'en la génération des animaux les cau^s célestes agissent avec

les inférieures ; et sMl arrive quelque défaut, comme quand un monstre est engendré, ce défaut n'est jamais imputé aux causes célest'S, mais aux inférieures et à la mauvaise di^ position de la matière. Ainsi dans les actions Yolontaires, encore que Dieu les meuve et soutienne, néanmoins si quelque défaut y survient, il doit être imputé à la Yolonté de l'homme, et non à Dieu. Quiconque ne reçoit ces trois maximes, défend la cause des réprouvés et rejette sur Dieu U cause de leur perdition, et veut enseigner Dieu à être juste ou l'obliger à rendre compte de ses actions.

Mais TEcriture-Sainte se sert quelquefois de façons de pl^ 1er, desquelles les hommes profanes prennent occasion de faire Dieu auteur de leurs péchés, comme si Dieu les y aviit poussés, ou si nécessité de pécher leur était Imposée parla volonté de Dieu, à laquelle on ne peut résister. Pour exemple, les enfants de Jacob, par une méchante conspiration, vendent leur frère Joseph pour êtfe emmené en Kgypte. Do cela, voici comment Joseph en parle au chap. XLY de la Go-* nèso : « C'est Dieu qui m'a envoyé' devant vous pour voos » faire demeurer de reste en la terre, et vous faire vivre » d'une excellente délivrance. » Dont appert que la vendition de Joseph s'est faite par la providence de Dieu. Au premier livre de Samuel, chap. II, vers. 25, il est dit que «les » enfants d'Elie n'obéirent point aux remontrances de leur D père ; car l'Eternol les voulait faire mourir. » Et au chap. XXII du premier livre des i^ois, un esprit malin se présente devant Dieu pour faire mrutir les prophètes, auquel Dieo répond : « Tu les induiras et en viendras à bout, sors et 9 fais ail si. » Au deuxième livre de Samuel, chap. XVI : Seméi maudit David de maudissons exécrables ; sur quoi David .^ dit : ft Qu'il maudisse ainsi, car PEternel lui a dit : maudii '

voir la rébellion de son propre fils), et qu'il enlèvera .„ , femmes devant ses yeux. Puis il ajoute : a Tu l'as fait en et- î^ » chette , mais moi je ferai ceci en la présence do tout II- j'^ » rael. » Ainsi Dieu permet au diable d'afOiger Job, et aux !^^ Chaidécns de lui voler son bien. Et toute cette histoire eik ^'^

récitée comme faite par la providence de Dieu, dont aussi Job dit :. « Dieu l'a donné, Dieu Ta 6té, le nom de TËtemel » soit béni. » Jérémio, au chap. 1(1 des Lamentations, vers. 37, parie ainsi de la désolation des Juifs par les Babyloniens: « Qui est celui qui dit que cela a été fait, et que le Seigneur D ne Ta point commandé? Les maux et les biens ne procè- » dent ils point du mandement du Très-Haut?)) Saint Pierre, au cbap. IV des Actes, parlant de la conspiration des Juifs, d'Hérode et de Ponce-Pi late contre Jésus-Christ, dit qu'ils se sont assemblés pour faire les cboses que la main et le conseil de Dieu avait auparavant déterminées d'être faites ; montrant par^à que toutes les méchancetés commises contre Jésus-Christ ne se sont point commises sans le conseil de Dieu. L'a pôlre saint Paul, au cbap. I aux Romains, parlant des profanes et païens, dit que Dieu les a livrés à des affections vilaines et infâmes, et qu'il les a livrés «en esprit et réprouvés ou dépourvus de jugement pour commettre cboses qui ue sont nullement convenables. Et même Dieu déclare en Exode, cbap.X, et Rom., cbap. IX, qu'il a endurci le cœur de Pbaraon. Les paroles de Dieu à son prophète Esaie, au cbap. VI, sont effroyables: ((Engraisse B (dit-il) le cœur du peuple et rends ses oreilles pesantes ,

V de peur qu'il ne voie de ses yeux et qu'il n'ouïe de ses

V oreilles, et que son cœurn'entende^ et qu'il ue se con* » vertisse, et recouvre ^anté ; n paroles qui, torses par quelques profanes, lui donneraient occasion de faire Dieu cause de son incrédulité.

Desquels passages ^e peur que d'une part quelqu'un n'abuse pour flétrir la justice de Dieu, ou pour le faire auteur de pécbé, ou pour excuser les libertins et profanes , comme si Dieu les avait contraints de mal faire; de peur aussi que d'autre part nous ne dérogions à la providence de Dieu, estimant que les méchancetés que les hommes commettent adviennent sans sa providence; les théo]ogiens amènent des doctrines et distinctions qui se réduisent aux seize propositions qui s'ensuivent.

1. L'Ecriture-Saiute nous parle de deux sortes de volontés en Dieu : l'une , qui est le commandement de Dieu; Tautre, qui est le décret de sa providence. La première est

une règle de sa justice qui nous est notifiée; la deniième est un arr^t de son conseil cacbé. La première règle iioi penséesi paroles et acilims ; la deuxième dispose les événements de tout ce qui arrive au monde. Nous ne sommes obligés qu'à obéir à la volonté de Dieu qui est sa loi, sans nous enquérir de son décret cacbé et des arrêts de sa providence vDeut. XXIX, 19). Le fils qui prie Dieu pour la gaé^ rison de son père malade, fait une œuvre agréable à Dieu. et selon son commandement, encore que cette prière soit contraire au décret de Dieu et à son conseil, par'lequel il i décrété que le père malade meure d^ cette maladie. La méchants ne sont point excusables pour avoir, en exéca* tant le mal , servi au décret de Dieu caché, lequel les dit-' blés mêmes exécutent ; car nous serons jugés non point s^' ion que nous aurons servi au décret de Dieu, fnais selot que nous aurons obéi à son commandement.

2. Â proprement parler, le seul décret de Dieu, qnf «if un arrêt de sa providence, est la volonté de Dieu. Quanti ses commandements , ils sont plutôt une règle de justice ici une déclaration de ce que Dieu approuve , et de ce qnt l'homme doit, qu'une volonté arrêtée.

3. Quand nous disons que les arrêts du conseil de BiW nous sont cachés, il faut excepter ceux que Dieu a mis eof évidence par l'exécution et accomplissement. Item ceux qui nous sont notifiés en la Parole de Dieu, encore qu'ils ne soient encore accomplis , comme sont les arrêts du conseil de Dieu, touchant la destruction d'Antéchrist et la résurreiH tion, et le jugement à venir.

4** 11 y a deux sortes de mal : l'un est le mal de coulpe^ l^autre est le mal de peine. Le premier mal vient de l'homme, le second vient de Dieu , lequel punit les péchés des hommes ;* toutefois le mal dd coulpe sert souvent de j peine quand Dieu en sa colère retire de quelqu'un sa grâce • et son assistance , parce qu'il en abuse par ingratitude. El .; alors cette bride et ce retien étant rompu, les hommes s'a* bandonnent aux vices qui les traînent en perdition ; alors le mal de coulpe qui sert de peine no vient point de Diea« en tant qu'il est mal de coulpe ou en tant qu'il est péché» mais seulement Dieu le fait servir de peine.

5. Dieu permet le péché; car di Dieu eût voulu empêcher rhonime de p(''cher, il était Hsst'z puissant puur ce faire. Commudit saint Paul (Kum. IX) : « Qui ost-ce qui peut ré- B sister à sa volonté? a Cette permission n'est point une poruijssion forcée, mais volonlairo ; nul ne l'a conlraint de permettre que le péché entrât au monde. Il a donc voulu permettre le mal. Or, Dieu no veut rien qui ne soit bon. Il était donc bon que Dieu permit le mal, pour les causes qu'il sait mieux que nous. Dont ce qui nous en parait est, que parce moyen Dieu est beaucoup plus glorifîé; car, s'il n'y avait point de péché au monde, on ne reconnattrait point la justice de Dieu à punir, ni sa miséricorde à pardonner; et son amour inlhii au mystère de l'incarnation de son Fils n'eût point été connu. Non pas que Dieu ait besoin du péché de l'homme pour maintenir sa gloire et sa béatitude ; mais je dis que Dieu, s'élant proposé de rendre l'homme parfaitement heureux par celte permission du péché, s'est ouvert le chemin pour mener l'bonime à cette perfection; car si l'homme n'eût pas su ce que c'est que mai et que péché, il n'eût pu parvenir à une parfaite connaissance de la bonté et justice de Dieu. Or, la dernière fin pour laquelle toutes choses sont faites, est afin que Dieu soit glorifié. Joint que l'Ecriture hous enseignant que Dieu punit uo péché par d'autres péchés, si Dieu seulement permettait cette punition sans la vouloir aucunement , ce ne serait point une punition de juge, lequel ne punit jamais en permettant que le coupable soit puni, mais en l'ordonnant. Voyez, de cette punition d'un péché par un autre péché, saint Augustin au cinquième livre contre Julien , chap. III.

6. Il n'y a que Dieu qui, permettant le mal, le puisse fourner eh bien. Quant aux hommes, ils ne doivent permettre te péché, ni le faire sous espérance qu'un bien en réussira. Le pape, qui permet à Rome les bordeaux pour év.ter les sodomies, comme disent ceux qui l'excusent, ne remédie pas à ce mal ; car les sodomies ne laissent d'y être communes. Joint que les actions de Dieu ne sont pas règle de notre vie, mais ses commandements.

7. La permission par laquelle Dieu permet que les méchants pèchent, n'est point une permission oisive, mais qui

11. Dieu lâche la bride à Satan et aux méchaDts pour exécuter leurs méchantes intentions, lesquelles vienoent d'eux-mêmes et non de Dieu; mais néanmoins tout ce qu'ils feront servira au conseil de Dieu; et comme dit saint Pierre : « Ils feront les choses que la main et le conBeil de » Dieu avait auparavant déterminées» (Actes V). Ne plus ne moins que les sangsues appliquées ne tendent à autre chose qu'à se soûler de sang, mais le but du médecin qui les applique est la guérison du patient. Ainsi les méchants dont Dieu se sert pour éprouver ou châtier ses enfants, n*ont autre but que de soûler leur appétit désordonné; mais Dieu se servant d*eux vise au salut et instruction de ses enfants (Voyez Esaîe X, 6 et 7). Cependant Dieu se sert des méchants en telle sorte qu'il ne contraint point leurs volontés, et ne leur ôte point la liberté de leur arbitre, lequel chez les méchants est très-libre à mal faire.

12. Comme Dieu est nécessairement bon , et néanmoins très-librement et sans contrainte, aussi le diable et ceux qu'il «gouverne absolument sont nécessairement mauvais, et néanmoins ils font mal sans contrainte jet avec pleine liberté. La nécessité ne répugne point à la liberté, mais la contrainte ; la nécessité est d'autant plus forte quand elle est volontaire; que si l'homme était porté au mal par une nécessité forcée et non volontaire, Dieu serait injuste de le punir.

13. 11 faut soigneusement distinguer Faction d'avec la dépravation ou imperfection qui en est l'action. Autre chose est marcher, autre chose est clocher en marchant; l'âme qui meut un boiteux le fait marcher, mais ne le fait pas clocher; ce qui est naturel, à savoir le marcher vient de l'âme ; ce qui est v icieux est accidentel, et vient d'ailleurs. Ainsi autre chose est l'action en laquelle on pèche, autre chose le défaut et dépravation en l'action. Il y a bien de la différence entre le mouvement naturel du meurtrier à tuer, et entre le vice ou répugnance à la loi de Dieu, qui est en cette action. Ce qui est naturel en cette action vient de Dieu : «Car par lui nous avons vie, mouvement et être » (Act XVII); et ne pourrions nous remuer seulement sans »OD assistance. Ce qui est vicieux vient de l'homme, et non

montrer que la source de cet endurcissement vient de l'homme» l'Ecriture ne dit pas seulement que Dieu a endarci le cœur de Pharaon, mais aussi que Pharaon a endurci ou aggravé son cœur (Rxod. YIII, 15). Mais de ceux que Dieu endurcit, il y en a deux sortes, comme aussi il y a deux sortes d'endurcissement ; car outre cet endurcissement qui est commun â tous les réprouvés qui ont abusé de la connaissance de Dieu , il y a quelques personnes plus méchantes que Tordinaire, lesquelles Dieu livre à Satan par un jugement particulier et une façon extraordinaire, comme Pharaon, Saul, Judas.

9. Tout ainsi que le soleil n'est point cause des ténèbres (car de sa nature il ne produit que la lumière) encore que les ténèbres succèdent nécessairement qi^and il s'est retiré; ainsi Dieu n'est point cause de péché, car de sa nature il est la justice même, encore que le péché et le dérèglement des afiections s'ensuivent nécessairement quand il a retiré sa grâce. Quelques-uns disent que le soleil se retirant est cause des ténèbres , non pas cause efficiente, mais défaillante ; mais ces termes sont durs et ne se doivent accommoder à Dieu ; joint que par cette distinction une chose qui n*est plus du tout (comme une lumière éteinte) pourrait être appelée cause défaillante. Or, ce qui n'est plus ne peut être cause en aucune façon ; mais bien son absence peut bion être cause de la vérité de quelque affirmation.

10. Encore que les méchants agissent volontairement sans que Dieu soit ca ise de leur péch<^, si est>ce que les événements qui en arrivent soiU adressés par sa providence ; car comme feau d'une fontaine, de sa nature, est encline à eouler en bas, et cependant l'industrie de rhomine la dérive et lui taille un canal pour la taire couler où il veut, ainsi les méchants sont enclins a mal d'eux-mêmes, et Dieu ne les incite pointa mal faire; mais il adresse leur mauvaise volonté à exécuter ceci plutôt que cela par sen jugement secret, peur punir ceux qu'il veut, et pour exécuter et éprouver ses enfants. Le Sage , au chap. XXI des Proverbes, se sert de cette similitude : « Le cœur» (dit-il) »du » roi est eu la main de l'Eternel, comme le décours des B eaux, et il l'encline à tout ce qu'il veut. »

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