‹ Bouclier de la foiChapitre 14 sur 68 · Dieu Iflchc la bride à Satan et aui méchants poor · texte numérisé non relu

Dieu Iflchc la bride à Satan et aui méchants poor

exécuter leurs méchantes intentions, lesquelles viennent d'eux-mêmes et non de Dieu; mais néanmoins tout ce qu'ils feront servira au conseil de Dieu; et comme dit saint Pierre : 0 Ils feront les choses que la main et le conseil de » Dieu avait auparavant déterminées» (Actes Vj.iNeplus ne moins que les sangsues appliquées ne tendent à autre chose qu'à se soûler de sang, mais le but du médecin qui les applique est la guérison du patient. Ainsi les méchants dont Dieu se sert pour éprouver ou châtier ses enfants, n'ont autre but que de soûler leur appétit désordonné; mais Dieu se servant d'eux vise au salut et instruction de ses enfants (Voyez Esaïe X, 6 et 7). Cependant Dieu se sert des méchants eu telle sorte qu'il ne contraint point leurs volontés, et ne leur ôte point la liberté de leur arbitre, lequel chez les méchants est très-libre à mal faire.

12. Coinnie Dieu est nécessairement bon , et néanmoins très-librement et sans contrainte , aussi le diable et ceux qu'il «gouverne absolument sont nécessairement mauvais, et néanmoins ils font mal sans contrainte jet avec pleine liberté. La nécessité ne répugne point à la liberté, mais la contrainte ; la nécessité est d'autant plus forte quand elle est volontaire; que si l'homme était porté au mal par une nécessité forcée et non volontaire, Dieu serait injuste de le punir.

13. Il faut soigneusement distinguer Faction d'avec la dépravation ou imperfection qui en est l'action. Aulre chose est marcher, autre chose est clocher en marchant; l'âme qui meut un boiteux le fait marcher, mais ne le fait pas clocher; ce qui est naturel, à savoir le marcher vient de l'âme ; ce qui est v icieux est accidentel, et vient d'ailleurs. Ainsi autre chose est l'action en laquelle on pèche, autre chose le défaut et dépravation en l'action. Il y a bien de la différence entre le mouvement naturel du meurtrier à tuer, et entre le vice ou répugnance à la loi de Dieu, qui est en cette action. Ce qui est naturel en cette action vient de Dieu : «Car par lui nous avons vie, mouvement et être » (Act XVII); et ne pourrions nous remuer seulement sans son assistance. Ce qui est vicieux vient de l'homme, et non

de Dieu. Cela n^empéche point qu'il n'y ait des actions entièrement mauvaises, m^mé en tant qu'actions. Comme sont les actions que Dieu a formellement défendues, et qui ne peuvent^tre lionnes en aucune façon. Ainsi quand Adam mangea du fruit défendu, le péché ne consistait point seulement en ce qu'il en mangeait indûment et autrement qu'il ne fallait, mais simplement en ce qu'il en mangeait; car non- seulement le mal en Faction, mais l'action même était défendue; et y a dos actions énormes et dénaturées, comme la sodomie et la haine de Dieu, lesquelles tournées de tout sens sont toujours mauvaises actions et abominables.

14. Il faut soigneusement distinguer ces trois choses, la volonté de pécher, et l'exécution de cette volonté, et les événements qui ensuivent cette exécution. Pour exemple, en la vendition de Joseph, la trahison et cruauté était au cœur de ses frères, et venait d'eux et non de Dieu. L'exécution, qui est la vendition de Joseph , se faisait aussi par eux, mais était conduite par la providence de Dieu ; les événements qui s'en sont ensuivis, comme l'exaltation de Joseph, et la conserv^ition du peuple d'Israël, sont purement et simplement effets de la providence de Dieu. En cela il n'y a rien de si aisé que de calomnier, interprétant ce que quelqu'un de nous aura dit de l'exécution , ou des événements après l'exécution , comme s'il entendait parler de la volonté de pécher.

15. Comme dans les œuvres naturelles Dieu soutient et meut toutes créatures non-seulement par une vertu générale, mais aussi par son assistance particulière ; aussi fautil dire qu'à mouvoir les volontés des hommes au bien, et à adresser les volontés des méchants au but que Dieu s'est proposé, Dieu préside et assiste non-seulement par son aide générale , mais aussi par sa providence particulière; vu qu'il appert que les effets qui s'en ensuivent, comme la mort de Jésus-Christ, avenue par la méchanceté des Juifs, et la conservation du peuple de Dieu par la vendition de Joseph, sont choses manifestement conduites par la spéciale providence de Dieu.

16. Quand Dieu lâche la bride à Satan pour tenter l'homme, il peut bien le solliciter ou lui présenter des ob^

jets pour rattirer. on par quelque altération des humeurs du corps émouvoir la fantalî^ie; mais il n'a point de puissance sur la volonté de l'hommo, pourlecoutraiiidte à pécher; autrement Dieu serait injuste de punir rhomme, et toute la faute résiderait au diable.

Saint Augustin se sert de termes durs en cette matière, qui toutefois par les distinctions ci-dessus proposées peuvent être adoucis. Au chip. XX de la Grâce et du Franc-Arbitre, pariant de Seméï maudissant David, sur ce que Dieu avait dit à Seméï, maudis David : a Dieu » (dit-il) « ne lui avait V point dit en commandant, aûn queson obéissance fût louée, » mais parce que Dieu, par son juste jugement, a encline sa » volonté à ce péché, laquelle était mauvaise pansa propre » faute. » ^ Et au chap. XXI : « Dieu opère dans les cœurs )> des hommes pour endiner leurs volontés partout où il » veut, ou au bien par sa miséricorde, ou au mal selon leurs » mérites. » '

Et au cinquième livre contre Julien, chap. III : « La per- » versité du cœur se fait par le jugement de Dieu caché, qui » fait qu on n'écoute point la vérité, et que par ce moyen » on tombe en péché ; et par ce moyen le péché même est » une punition du péché précédent. » Et peu après : « Dieu n donc livre en des appétits vilains pour faire choses non » convenables, mais il y livre justement, et ainsi les mêmes » péchés deviennent punition des péchés passés et mérites » des peines futures. »

Thomas d'Aquin Ta suivi en son CommeiUaire sur la deuxième Epitre aux Romains, en la troisième leçon, où, après avoir dit que Dieu permet que quelques-uns tombent en péché, en punition des iniquités précédentes, il ajoute : « Il me semble quVn ce lieu il faut entendre quelque chose » de plus : c'est à savoir que par un certain instinct intérieur

^ Non enim jubendo dixit uti obedientia ejùs laudaretur, sed quod cjns Yoluntatem proprio vitio malam in hoc peccatnm juste suc jndicio et occulte inrlinavit.

* Operatur Deus in cordibus hominum ad inclinandas eomm voluntates quocumque voluerit, sive ad bona pro sua raisericordia, sive ad mala pro meriUs eorum.

DE Lk FOI. . ^09

» les hommes sont mus de Dieu an bien et; au mal. Dont

• aussi Augustin, au livre de la Grâce et du Franc Arbitre*

• dit que Dieu opère dans les cœurs d«s hommes pour en- » durcir leurs volontés où il veut, soit au bien selon sa mi- 0 séricorde, soit au mal selon leurs mérites. »

Bellarmin est intolérable au chap. XIII du livre 2 de la Perte de la grâce et de l'Etat du péché, a Le deuxième » moyen» (ditril) a est que nous entendions que Dieu émeut » et provoqué quelques-uns au mal, ou que même il leur » commande de mal faire , et qu'il se sert d'eux comme D d'instruments, parce qu'il leur permet de mal faire. » Et^u chap. XIX : « Par le jugement de Dieu punissant les péchés » précédents, l'homme est tellement destitué dé secours » divin, qu'il lui est impossible de ne tomber point. » Puis il expose d'où vient cette nécessité de tomber : a C'est que t Dieu ne rappelle pas et ne l'excite pas comme il prévoit » lui être propre poursuivre Dieu qui l'excite et l'appelle. »

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