ARTICLE IX
DU niAvo ARBirma bt »b la oommuvTiov
«ATUmBLLB.
Nous croyons que Thoftime ayant été créé pur et entier , et conforme à l'image de Dieu , est par sa propre faute déchu de la grâce qu'il avait reçue, et ainsi s'est aliéné de Dieu* qui est la fontaine de juslice et de tous biens, en sorte quei sa nature est toute corrompue. Et étant aveuglé en son esprit, et dépravé en son cœur, a perdu toute intégrité sans en avoir rien de résidu. Et combien qu'il y ait encore quelque discrétion du bien et du mal, nonobstant nous disons que ce qui a été de clarté se convertit en ténèbres quand il est question de chercher Dieu, tellement qu'il n'en peut nullement approcher par son intelligence et raison. Et combien qu'il ait volonté par laquelle il est încité à fajre ceci ou cela> \ou\elo\^ 0\^
11(^ BOUGLIKR
est du toift captive sous péché, en sorte qu*il n*a nulle liberté à bien, que celle que Dieu lui donne*
ARNOUX
Sect. XXII. ^ Autre chose est de dire que, sans la grâce de Dieu, nous ne pouvons faire aucun bien qui tende à la vie éternelle et à la gloire de Jésus-Christ, ce qui est vrai. Autre chose que faisant ce bien par le secours et mouvement de la gr&ce, nous le faisons contraints , pressés et portés à cela sans l'exercice de notre liberté. Kt c'est ce qu'ils prétendent par cet article, démolissant en l'homme l'image de Dieu, qui est la liberté, et lapaDt les fondements des actions vertueuses et louables.
DU MOUUN.
Parler ainsi n'est point examiner notre confession , mais en forger une autre pour la combattre, et ainsi se donner beau jeu ; car nous ne croyons rien de tout ee qu'il nous fait dire, et détestons la doctrine qu'il nous attribue. Et de fait, en notre article 9 il n'y a pas un mot de tout ce qu'il nous fait dire. Nous ne disons point que nous fassions le bien par contrainte; nous notons point à Tbomme la liberté de sa volonté; nous savons qde le bien que font les enfants de Dieu, ils le font volontairement et sans contrainte. Voici quelle est notre créance.
L'bomme se considère en feux façons : ou tel qu'il est de sa nature , ou après qu'il est régénéré et conduit par l'Esprit de Dieu.
De l'bomme non régénéré et tel qu'il est de sa nalure» Toici ce que l'Ecriture nous enseigne, au cbap. VI de la i Genèse, vers. 5. Dieu dit que « toute l'imagination des ^ » pensées du cœur de l'honime n'est que mal en tout temps.» ^ Et au cbap. VHI, vers. 21 : a L'imagination du cœur des ^ » hommes est mauvaise dès leur jeunesse. » Saint Paul, aux , Romains, cbap. V, vers. 12, dit que u par un seul homme « D le pécbé est entré au monde et par le péché la mort; et » ainsi la mort est parvenue sur tous hommes , d'autant .
» que tous ont péché. » Et aux Ephésiens, ch. Il , vers. 1 et 5, il dit que a nous 'étions morts en nos fautes et péchés* et » que Dieu nous a viviOés. » Dont aussi l'Ecriture appelle ce changement en mieux une seconde naissance (Jean 111, 3); et une régénération par la semence incorruptible de la Parole de Dieu( 1 Pierre 1 , 23 ) ; et une résurrection ( Âpoc. XX • 6). L'Âpôtre saint Paul, en la deuxième Epître aux Corinthiens, chap. Ilf, vers. 5, dit que « nous ne o sommes point suffisants de penser quelque chose de nous )» comme de nous-mêmes, mais que notre suffisance est de' m Dieu. » Que si [nous sommes incapables de nous-mêmes de penser aucun bien, combien plus de le faire? Lui-même en la première Epitre aux Corinthiens, chap. Il, vers. 14, dit que « Thomme animal ne comprend point les choses » qui sont de l'Esprit de Dieu, car elles lui sont folie. » Et aux Romains, vers. 7 : a L'affection de la chair est inimi- » tié contre Dieu, car elle ne se rend point sujette à la loi de » Dieu, car elle ne peut. x>
Par ces passages et autres semblables nous prouvons ce que dit notre confession, que la nature de Thomme est du tout corrompue, et que Thomme est aveugle en son esprit, et dépravé en son cœur.
Auxquelles preuves nous ajoutons les passages qui disent que la foi est l'amour de Dieu. Bref, tout ce qu*il y a en nous de vertus agréables à Dieu , et tout le bien que nous faisons ne vient point de nous, mais sont dons de Dieu. Comme ce qui est dit aux Ephés., chap. II, vers. 8 : a Vous
• êtes sauvés par grâce par la foi, et cela non point de vous, » c'est le don de Dieu ; non point par œuvre, afin que nul ne
• seglorifie.» Et aux Philip., chap. II, vers. iP.: «C*cst Dieu » qui produit en vous avec efficace et le vouloir et le par*
• faire, selon son bon plaisir. » Ainsi le Seigneur, au ch. XVl 3 de saint Matthieu, disait à saint Pierre : « Tu es bien heu- » reux, Simon, fils de Jona, car la chair et le sang ne te l'a B point révélé, mais mon Père qui est dans les cieux. o Dont aussi, au onzième chapitre, il rend grâces à son Père de ce qu'il avait caché ces choses aux sages et entendus, et les avait révélées aux petits enfants. De même •Dorce vient Tamour que nous portons à Di^u. <i^QV& ^
» mous Dieu, d'autant que lui nous a ainpés premièrement,» ce dit saint Jean en sa première Epître, chap. IV.
Par toutes lesquelles preuves nous n'en fendons pas ôter à rbomme corrompu et non régénéré, toute liberté de volonté. Nous savons bien que dans les actions naturelles qui sont gouvernées par la volonté, comme manger et marcher; et dans les actions piviles, comme vendre, contracter, bâtir, voyager, l'homme choisit librement entre plusieurs objets. De cette liberté dans les choses civiles parle saint Paul, 1 Cor. VU, où il dit que la femme après la mort de son mari ost en liberté de se remarier, et met en la liberté d'un père de marier sa fille ou de la garder vierge. Nous disons plus , cVst que Thomme a son franc arbitre dans les actions bonnes et honnêtes d'une honnêteté civile: comme sont les actions des païens, qui relèvent un homme tombé et redressent celui qui s'est fourvoyé. Je dis le même de l'observation de la police ecclésiastique en laquelle ne consiste point Tessenccde la piété; item de toute bonne ŒU>r8 quant à l'action extérieure, comme donner TaumÔDe, cbaoter les louanges de Dieu, etc. Qui plus est, nous disons que l'homme non régénéré pèche fort librement et sans contrainte, et entre deux maux choisit fort librement. Et c'est ' cette même liberté qui M impose nécessité de pécher, pour ce qu'il est naturellement sujet à sa volonté naturellement ; mauvaise. C'est là son mal, qu'il est trop libre à ma! foire, tellement que sa liberté est cause de sa servitude. Or, cette • nécessité de pécher ne répugne point à la liberté de volonté. Témoin les diables qui sont nécessairement et naturelle-, ment méchants, et néanmoins pèchent fort librement et sans contrainte. Âmsi Dieu, nécessairement bon, est souverainement libre. La nécessité ne répugne point à la liberté, mais la contrainte.
En toutes ces choses, nous disons que les hommes non régénérés ont l^ur franc arbitre et volonté libre: seulement ; la Parole de Dieu leur ôte la liberté et les appelle serft, vendus sous péché, voire morts en péché (Rom. VU, 14; ^
^ Augu^t, lib. 1, ad bonif. contra duas epistolas PeUag, cap^l ^ ia mado liberum habel arbilrlum. i^
Epbes. n, 1), eu égard aux vertus chrétiennes qui mènent à salut, comme est la vraicf connaissance de Dieu, et la foi eo Jésus-Cbrist, et la ^raie crainte et amour de Dieu, qui a pour but la gloire de Dieu, et Tespérance du salut en Jésus-Christ. A toutes ces cboses Tbomme naturellement n*a aucune inclination, nul mouvement, nul franc arbitre, comme nous avons montré par passages de TEcriture. Il serait malaisé * de trouver au bon brigand crucifié avec Jésus -Christ, ou en Tapôtre saint Paul avant sa conversion, quelques préparations ou dispositions à se convertir à Dieu. Lesquelles préparations nos adversaires appellent mérites de congruité; qui est certes une grande incongruité en la foi.
Quant aux régénérés, et qui sont conduits et sanctifiés par Tesprit de Dieu, tant s'en faut que nous disions qu'ils fassent le bien par contrainte; qu'au contraire, ils le font volontairement et y prennent plaisir. Celui qui fait bien par contrainte, fait mal. Dieu use de clémence envers lui, s'il pardonne à une telle obéissance. Encore que Dieu haïsse le mal, si est-ce que pour cela il ne veut pas contraindre les hommes au bien, parce que le bien n'est pas bien s'il n'est volontaire. Mais il fléchit les volontés de ses enfants, il fiiit qu'ils veulent et coopèrent avec lui. En sorte toutefois que tout ce qu'ils coopèrenl^ et cette volonté même qu'ils, ont de bien faire, vient de Dieu, <c qui produit en nous avec » efficace le vouloir et le parfaire selon son bon plaisiro (Philippiens II, 13). Ni plus ni moins que Tembryon formé au ventre se meut de soi-même, et aide à sa conservation et à sa naissance, et néanmoins toute cette vigueur lui vient de Dieu : ainsi est-il de la génération et naissance spirituelle. Donner à Dieu toute la louange de nos bonnes œuvres n'est point empêcher les bonnes œuvres; ni plus ni moins que donner à Dieu toute la louange de la conformation et naissance de l'enfant n'est pas empêcher la naissance de l'enfant, ni diminuer sa vigueur. Dieu prévient ceux qui ne veulent pas , afin qu'ils veuillent, et assiste ceux qui veuillent, afin qu'ils ne veuillent point en vain. Il commande ce qu'il veut, et fait en nous ce qu'il commande : et le fait par une douce efficace, par une attraction sans contrainte, de laquelle Jésus-Christ parle au sixi^
me de saint Jean, vers. 44 : « Nul ne peut venir à mol, si » mon Père qui m'a envoyé ne le tire. » L'apôtre saint Paul aux Ephésiens, chap. IV, vers. 24, disant que aie nouvel » homme est cré^ selon Dieu en justice et vraie sainteté,! appelle notre régénération une nouvelle création. Or, comme en la création les paroles de Dieu impératives ont été opératives, ainsi en notre régénération sa Parole est pleine d'efficace à transformer les cœurs. Ainsi, quand le Seigneur pariait au corps mort de Lazare, disant: «Lazare, sors » hors, » par cette même parole il lui versait la vie. Et de fait, comme le Sauveur commanda qu'on déliât le Lazare des bandelettes dont il était enveloppé, afin qu'il fï)t libre'; ainsi en cette résurrection spirituelle il nous délie de la servitude de pécbé, afin que nous le servions librement et de franche volonté. C'est ce que dit notre confession, que l'homme n'a nulle liberté à bien que celle que Dieu lui ' donne. Elle reconnaît donc une liberté au fidèle, mais qui ) est un don de Dieu : laquelle liberté, traversée du combat ' des convoitises, croit à mesure que Dieu augmente ses ■ grâces, et que l'œuvre de la régénération s'avance.
Tout ce que dessus revient à ceci, que l'homme non ré- " généré a son franc arbitre.dans les choses naturelles, daM | les choses civiles et dans les mauvaises; mais non dans les ' choses divines et qui mènent au salut. Quanta l'homme régénéré, le bien qu'il fait il le fait volontairement et sans j contrainte : et en ce sens, plusieurs anciens disent que les | fidèles ont leur franc arbitre. Mais èi par avoir son franc * arbitre on entend qu'il soit en la liberté d'un homme non [ régénéré d'avoir la vraie foi et de se convertir à Dieu par une ? sérieuse repentance, ou que le commencement de la régénération soit en la puissance de Thomme, et soit une œuvre de son franc arbitre, ou que le bien que nous faisons, etqoe la foi en Jésus-Christ et la vraie connaissance de Dieu vien^ ne en partie do nos forces naturelles, ou qu'avant la régénération il y ait en l'homme des préparations et dispositions et des mérites de congruité, comme gazouillent les sophistes ; nous rejetons ce franc arbitre comme contraire à la Parole de Dieu. Et ne disons pas seulement que Dieu délie notre rolonté qui est empêchée, mais qu'il donne entière-
ment la volonté et la vigueur de se mouvoir au bien. Nod adversaires même, disant que rho^nme ne peut faire aucun bien sans Tassistance de Dieu, nient le franc arbitre. Car celui n'est pas libre à marcher qui ne peut marcher sans être délié des liens qui Tenserrent, et sans être soutenu après avoir été délié. Ils disent qu'en l'homme non régénéré le franc arbitre est lié et empêché ; autant à propos que si je disais qu'un homme libre est serf. Car comment peut être l'arbitre franc et libre s'il est lié et empêché? Certainement celui n'est «pas libre qui étant couché ne se peut lever si un autre ne lui tend la main. Car la grâce par laquelle Dieu-nous relève n'est pas en notre disposition. Dieu ne sollicite pas seulement les volontés en montrant des objets ou en proposant des raisons propres à persuader, mais aussi donne le vouloir et change la volonté. Il produit avec efficace «le vouloir et le parfaire selon son bon plaisir;» car, si même il change le cœur de ses ennemis, comme le cœur d^Esau (Genès. XXXIll, 4); et de Saul (1 Sam. XIX, 23) ; et des Egyptiens (Ps. CV, 25) ; et s'il tient le cœur des rois, pour l'incliner où il veut (Prov. XXI^ 1), combien plus touche-t-il les cœurs de ses élus pour se convertir à lui d'une . conversion volontaire?
ARNOUX
Sect. XXIII — Texte coté en marge dé la confession. Jean I, 4 et 5 : « En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes, et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point compnse. »
N'est-ce pas se moquer du monde et abuser des âmes, que d'employer ce texte pour conclure qu'on ne peut faire bien sans contrainte, ni obéir à Dieu par franchise d'une bonne volonté?
DU MOULIN
Sect. XXIV. — J'accorde tout cela, car nous n'employons pas ce passage pour prouver qu'on ne peut faire bien sans contrainte, mais pour prouver que l'homme naturellement
croupit en ténèbres. Cet homme forge des erreurs pour lés combattre.
ARNOUX
Et les péebeurs ne sont-ils paë avec raison appelés les ténèbres, parce qu'ils refusent la lumière qui s'offre à eux ?
DU MOULIN
Ajoutez: Et parce qu'ils sont naturellement plongés en ténèbres, n'ayant de leur nature aucune vraie connaissance de Dieu.
ARNOUX
Sect. XXV. — Jean VIII: « Si donc le Fils vous affranchit, vous serez vraiment francs. » Je conclus tout au contraire : Or le Fils nous a affranchis, et donc nous sommes francs. Que font ces gens par de telles allégations, sinon fournir des armes pour les battre ?
DU MOULIN
Je ne sais à qui en vent ce docteur. Il prouve par ce passage que noiis sommes francs, après que Jésus-Cbrist nou^ a affrancbis. Qui en doute, et qui a jamais nié cela? La question est si nous sommes serfs et sans franc arbitre dans les choses qui appartiennent à salut, avant que Jésus-Christ nous affranchisse. A cela le sieur Arnoux ne touche point, et s'égaie en paroles inutiles.
81 l'homme^ par son firane arbitre, peut ehoîsir le Ineo.
ARNOUX
Sect. XXVI. — Textes contraires. Deut. XXX, 19 : t Je prends mujottrd'bui à témoin Je ciel «t la terre, que Va> mi» devant toi la
DE LA FOÎ 117
vie et la mort, la malédiction et bénédiction: élis doncla vie, afin que tu vives. » Notez co mot élis. Peut-on élire sans iiberté ou par contrainte ?
DU MOULIN
Par ces passages, le sieur Jésuite ne dispute pas contre nous, mais contre ceux qui disent que nous faisons le bien par contrainte. C'est donc à ceux qui croient cela de lui ré* pondre, et non pas à nous qui sommes en cela d'accord avec 1 Eglise romaine.
Nos adversaires ont accoutumé de produire ces passages, pour prouver qu'il est en notre puissance d'élire le bien et laisser le mal, puisque Dieu dit élis; car, disent-ils, Dieu ne commande point choses impossibles. Mais ils se contredisent à eux-mêmes, car le sieur Ârnoux a dit ci-dessus, que l'homme ne peut faire aucun bien sans la grâce de Dieu. Or, cette gnâce de Dieu n'est point en notre puissance, nous ne portons point les clés de ses trésors. Dieu ne donne pas ses grâces à tous, mais à qui il veut. Et néanmoins ce commandement est fait à tous , d'élire le bien et fuir le mal, même aux non régénérés par la grâce de l'esprit de Dieu, voire aux païens et infidèles. Voilà donc par la confession de nos adversaires des personnes qui ne peuvent obéir à ce commandement qui leur est fait, parce qu'ils n'ont pas la grâce de Dieu, sans laquelle nous ne pouvons faire aucun bien qui serve à salut.
Ce qui fait que nos adversaires s'embarrassent et ne s'entendent pas eux-mêmes, est une fausse présupposition qu'ils font que l'homme peut par son franc arbitre faire tout ce que Dieu lai commande, ce qui est une maxime qu'il faut bannir de la théologie ; car Dieu dans TEvangile nous commande d*avoir la foi en Jésus-Christ, et néanmoins saint Paul, Ephés. Il, dit que cette foi ne vient pointde nous, mais est un don de Dieu. Dieu, par son prophète Ezéchiel, chapitre II, vers. 31, nous commande de nous faire un cœur nouveau ; mais lui-^même par le même prophète, dans les chapi très \l et XXXYI, déclare que c'est lui qui donne un cœur
118 BOtîCLIF.fl
nouveau et un esprit nouveau, qui ôte le cœur de pierre et donn^ un cœur de chair.
Dieu parle en sa toi à tous les hommes, car la loi est notre dette naturelle, et néanmoins c'est chose confessée entre tons que sans ^tre instruit dans la Parole de Dieu il est impossible de Taccomplir; or il y a une infinité de peuples auxquels la Parole de Dieu n'est point annoncée, qui néanmoins sont obligés d'accomplir la loi.
Cette preuve est démonstrative, que si par notre franc arbitre nous ne pouvons disposer de la grâce, sans laquelle nous ne pouvons obéir à Dieu ni faire le bien qui sort au salut ; qu'aussi par ce franc arbitre nous ne pouvons obéir à Dieu, ni faire le bien qui sert au salut.
Que le sieur Arnoux apprenne donc que la loi de Dieu n'est pas une preuve de nos forces, mais de notre devoir. Et que celui qui demande à quelqu'un ce qu'il doit n'est pas injuste, encore que le débiteur soit devenu insolvable par sa faute; si le débitebr est devenu pauvre par ses débauches, il n'en est pas moins obligé pour cela, et le créancier qui veut être payé ne le considère point comme pauvre ou comme riche, mais comme débiteur. Il en est ici de même, car Dieu avait créé l'homme juste, et pouvant par son libre arbitre choisir le bien et laisser le mal. Par sa faute il a perdu cette justice ; en se servant mal du franc arbitre ïVVà perdu et soi-même.^ Que si par sa faute il est devenu incapable d'accomplir la loi de Dieu, Dieu est-il injuste de lui demander ce qu'il doit? vu que Dieu en lui commandant d'accomplir sa loi ne lui parle pas comme à un juste ni comme à un pécheur, mais simplement comme à un bommç naturellement obligé à cette obéissance.
En laquelle rigueur la miséricorde de Dieu est admirable, car en exigeant de l'homme corrompu une parfaite justice qu'il ne peut accomplir, il l'effraie, et par cette frayeur il le pousse à Jésus-Christ, qui a payé cette dette pour tous ceux qui croient en lui.Dieunousdemandant ce que nous ne pou-
^ August,Enchirid,adLaurentiumjCap. 30. Libère arbitrio homo XEMile utensy se perdidit et ipsum, nam c.ùm libero peecaretur arbi- ^rfo êmissum est Uberum arbitrUim.
«vons, nous apprend ce que nous devons lui demander, et ce que Jésus-Christ a fait pour nous. Quod lex imperai fidei impeirai:^ Ce que la loi commande, la foi l'obtient de la l>onté de Dien par ses prières,
ARNOUX
Sect. XXVIl.— a Philemon , vers, 14 : c Je n'aj rien touIu faire sans ton avis, afin que ton bien ne fût point comme par contrainte, mais comme volontaire. »
Notez ce dernier comme être ajouté du crû des ministres. En l'original vous avez simplement et sans restriction Volontaire. Mais peu importe au fond du fait, puisque ce mot ne restreint point, mais explique la façon que saint Paul requiert être observée en l'action bonne de son disciple, qui est la franchise et liberté.
DU MOULIN
Nous tenons avec le sieur Arnoux que le bien que saint Paul requérait de Philemon devait être simplement volontaire et sans contrainte. Le motcoMiirE, ajoutéen notre version, Tie résiste point àcela^ mais il a fallu l'ajouter pour éviter une dureté de langage que la langue française ne souffre pas. Pour exemple, si l'Apôtre avait dit en grec que Jésus a souffert non comme Dieu mais homme, celui traduirait fidèlement qui traduirait : Jésus a souffert, non comme Dieu* mais comme homme. Si je disais qu'un Français doit être vêtu, non comme les Espagnols, maisMes Français, je parlerais contre la coutume, et il faudrait nécessairement y ajouter un a comme,» et dise « comme lesFrançais.» C'est pour* quoi, au lieu que saint Paul dit selon le grec : afin que ton bien soit non comme par contrainte, mais volontaire^ il a fallu traduire en français, « mais comme volontaire. » Le sieur Ârnoux même nous justifie, disant que cela importe peu au foDd.
1 August, EpUt. 89.
ARNOUX
Skct. XXVIII. — Je tais cent et cent textes desquel» regorge TEcriture pour cette vérité, pans laquelle en vain l'enfer, le paradis, la prédication de l'Evangile, les exhortations et menaces, et tout ce que nous croyons de l'énergie de la grâce par laquelle Dieu 4ispose de nous avec révérence et nous fait opérer eiûcacement, mais suavement, nous attirant sans violence.
DU MOULIN
Tout cela est bon contre ceux qui tiennent que nous ne faisons aucun bien que par contrainte, mais non contre nous qui disons seulement que Dieu se sert de la prédication de TEvangile et des exhortations et menaces, pour toucher avec efficace nos cœurs, afin que volontairementetsanscontrainte ils se meuvent à son service.