ARTICLE XL
Sur lequel le sîeur Amoux meut la question toadiant. le péché originel après le i>aptên»e.
Nous croyons que ce vice est vraiment péchc, qui suffit à condamner toul le genre humain, jusqu'aux petits enfants dès le ventre de la mère, et que pour tel il est réputé devant Dieu; même qu'après le baptême c'est toujours péché quant à la coulpe, combien que la condamnation en soit abolie dans les enfants de Dieu, ne la leur imputant point par sa bonté gratuite. Outre cela que c*est*une perversité produisant toujours fruits de Aialice et rébellion, tels que les plus saints, encore qu'ils y résistent, ne laissent point d'être entachés d'infirmités et de fautes pendant qu'ils habitent en ce monde.
ÀRNOUX.
Sect. XXIX. — Se peut- il rien dire de plus coiîtraire au mystère de notr^ cédemption et à la grandeur des sacrements de la nouvelle loi, puisque l'uo et l'autre est mis du tout à néant? Si le Fils de Dieu; par sa mort qui nous est appliquée par le baptême, ne nous a pu retirer de- la mort du péché, nous a laissés ensevelis dans la boue du vieil homme, et ne nous a régénérés en vérité, ni rendus agréables à son Père, auquel nous demeurons abominables; tandis que la coulpe par laquelle son Fils est mort demeure en nous et nous souille.
Toutes ces paroles tendent à montrer que tous ceux qui sont baptisés n'ont plus de péché originel, et par conséquent n'ont plus de p^ché ; car toutes nos mauvaises actions procèdent de notre corruption naturelle.
Cette matière est importante, car la connaissance de la corruption de notre nature nous fait connaître la nécessité de la grâce de Dieu. Si nous ne savions quel mal c est de nattre en Adam, nous ne saurions quçl bieû c'««t âft i^u%V-
tre en Jésus-Christ, Il faut nécessairement cpnnattre la misère de notre génération naturelle avant que de trayaillerà notre régénération spirituelle.
Cette corruption naturelle s'appelle « péché originel, t parce que nous Tavons dès notre origine. €e péché est ud mal héréditaire qui consiste en la privation de la justice orif^nelle et en une inclination au mal. Cette corruption est découlée sur rhomme par propagation, et est venue sur ooos de notre premier père, duquel la transgression est infputée à tout le genre humain, parce qu'Adam n'a pas péché comme une personne particulière, mais comme représentant tout le genre humain en sa source et origine. Les biens qu'il avait reçus pour soi et pour sa postérité, il les a perdus pour soi et pour sa postérité. Le crime de lèze-majesté comrais^r le père dégrade aussi sa race ; et par toutes les lois humaines les enfants sont chargés des dettes de leur père. Toutefois il y a ici une différence, en ce que pour dettes les^enfauts peuvent renoncer à la succession ; mais les hommes ne peuvent renoncer à cette corruption héréditaire parce que le péché originel n'est pas seulement une dette, mais aussi une contagion et maladie héréditaire, comme quand la lèpre est attachée à une génération.
La circoncision sous l'Âncien-Testament, et le baptême sous le Nouveau, sont des confessions tacites du péché originel ; car paf ces sacrements conférés aux petits enfants, l'Eglise confesse qu'il y a en eux de la superfluité à retrancher, et qu'ils sont venus au monde avec des taches et souillures, dont on demande qu'ils soient lavés par la grâce de Dieu en Jèsus-Christ.
A cause de ce péché originel les enfants sont siyets à mourir, encore qu'ils n'aient actuellement péché. Ni plus ni moins qu'on casse des œufs d'aspic, encore qu'ils n'aient point mordu ni infecté personne, parce que de là doivent sortir des serpents venimeux ; ainsi un enfant meurt justement, encore qu'il n'ait point actuellement péché en sa personne, c'est assez que sa nature soit vicieuse et qu'elle éclôra un jour le. péché qui est là-dedans en puissance et dans son origine; car le péché originel est la source de tous les pécbés d'acUon, c'est ce qui rend l'homme incapable de sa na-
tiire d'obéir i la loi de Dieu. David se eonfeise avoir été ^ conçu avec ce péché (Psaume Lî). Et nos adversaires confessent que l'apôtre saint Paul reconnaît que ce péché habite CD lui (Rom. VII, vers. 17). Avec cette corruption naissent non-seulement les enfants des païens et infidèles, maisaussi les enfants des fidèles et vrais chrétiens, parce qu'ils engendrent des enfiints non en tant que fidèles , mais en tant qu'hommes. La piété n'est point héréditaire, elle ne vient point de nature pnais de grâce; la génération ne fait point les fidèles, mais la régénération. Ainsi sous la loi un homme cireoncis engendrait un enfant ayant le prépuce, de la même façon qu'un grain de blé bien net produit d'autre blé avec de la paille. Si quelqu'un a d(» enfants vicieux, il doit reconnattre en eus son naturel ; s'il a des enfants sageset vertueux, il doit reconnaître en eux l'œuvre de Dieu. G*est ce que saint Jean noas enseigne au chap. I, vers. 13, où il dit que « ceux qui croient en Jésus-Christ ne sont point nés de sang, » ni delà volonté de la chair, ni de la volonté de l'homme, Y mais sont nés de Dieu. »
 ce péché originel , Dieu subvient par deux moyens en ceux qu'JI a élus à salut : l'un est la rémission de tous nos péchés par Jésus-Christ; l'autre est la régénération et renouvellement intérieur par Je Saint-Esprit, lequel changement est une autre naissance , et une conformation d'un nouvel homme fait à l'image du Fils de Dieu. De ces deux bénéfices, le baptême est un sceau par lequel le bénéfice de Jésus4^hrist nous est appliqué, selon que saint Marc nous enseigne au commencement de son Evangile, où il dit que saint Jean «prêchait le baptême de repentance en rémission » des péchés» , joignant ces deux bénéfices au baptême, à savoir, la repentance, qui est la régénération, avec la rémission des péchés.
Sur quoi nous sommes en discord avec l'Eglise romaine, en ee qu'elle dit que les enfants baptisés n'ont plus de péché originel, et que le baptême abolit entièrement ce péché. Nous, au contraire, disons que les enfants baptisés sont encore entachés de ce péché, mais que Dieu ne l'impute pas, et le pardonne pour l'amour de Jésus-Christ, dont le bénéfice nous eét appliqué au baf^tême.
Notre doctrine est fondée surrEcriture-Sainte, sur la nature de Dieu, sur Texpérience, sur la confession des adversaires.
.1. Au ps. LI, vers. 7, le prophète David , faisant confession de son péché, reconnaît d'où lui vient ce mal, à savoir de sa corruption originelle. «J'ai» (dit-il) «été conçu, 1» en péché, et ma mère m'a échauffé en iniquité . » Or, David était circoncis, et la circoncision tenait alors lieu de baptême.
2. L'apôtre saint Paul était haptisé et régénéré. Or, dos adversaires confessent qu'au chap. VU aux Romains il parle de soi-même , et qu'il reconnaît au vers. 17 que « le péché habite en lui ; » et au vers. 14 : « Je suis charnel , » vendu sous péché. » Le concile de Trente, en la session Y. tient que saint Paul parle de l'homme régénéré. Yoiià donc un homi)^ baptisé et régénéré, auquel, par la confession des adversaires, le péché habite, et qui a encore en soi la corruption naturelle. Ce qui a tellement gêné ces Pères de Trente, qu'ils n'ont trouvé autre moyen de se sauver qu'en donnant un démenti à saint Paul, disant que ce que saint Paul appelle péché, à parler vraiment et proprement, n'est point péché dans les personnes nées de rechef, c'est-àdire baptisées.
Ne sert de produire des exemples dans lesquels ce mot de péché se prend figurément, ou pour sacrifice, ou pour occasion de péché ; car, à ce péché dont parle l'Apôtre, choses sont attribuées en ce chapitre VU qui ne conviennent qu'au péché proprement dit , à savoir , d'être condamné en la loi, et de faire le mal, et d'habiter en l'homme, et de batailler contre la loi de Dieu qui est en Tentendement.
Au chap. III de la même Ëpître , vers. 9 et 10, le même Apôtre soutient que tous a tant juifs que grecs sont sous pé-
Y ché, selon qu'il est écrit : Il n'y a nul juste , non pas un
Y seul. D Or, les Juifs étaient circoncis, et entre les Grecs plusieurs étaient baptisés.
Pourtant le même Apôtre, aux Coloss., chap. Il, yers.*13, dit bien que «c Dieu nous pardonne gratuitement toutes nos » offenses » , mais ne dit pas que Dieu en cette vie nous rende parfaitement justes et sans péché; et saint Jean, au
lap. I de sa première Epttre, après avoir dit que le « sang de Jésus-Christ nous nettoie de tout péché )>, de peur que ir là quelqu'un ne présumât être sans péché, ajoute : «Si nous disons que nous n'avons point péché, nous nous séduisons nous-mémes> et vérité n'est point en nous.«
5. L'apôtre saint Paul , au ch. YI aux Romains, vers. 23, it que aie salaire du péché, c'est la mort» : la mort donc 'une personne est une preuve certaine qu'elle est entachée e péché. Or, plusieurs petits enfants meurent après lebap- &me, devant que d'avoir commis aucun péché d'action : Is sont donc nécessairement entachés du péché, lequel péhé est nécessairement le péché originel, puisqu'ils n'ont ncore aucun péché d'action.
6. Au vers. 12 du même chapitre, il dit «Que le péché ne règne point en votre corps* mortel pour lui obéir en ses coDToitîses. » Ces mots sont une tacite confession que le
léché habite en nous, et une exhortation à empêcher qu'il Tait le dessus, et que, habitant en nous, comme il dit au^ hapitre suivant, il n'y ait point la domination.
7. L'expérience aussi prouve cela ; car si les pères et mères aptisés n'ont point de péché originel , d'où vient que leurs nfants naissent avec le péché originel ? Comment peuvent 3s pères et mères donner à leurs enfants ce qu'ils n'ont K>int7
8. D'abondant, ne voit-on pas ordinairement les petits enants, quoique baptisés, être pervers et incorrigibles? Ils ont tous naturellement enclins à mentir. On y voit une huneur contredisante; l'amour et révérence qu'ils portent à curs poupées sont claires semences d'idolâtrie. D'où leur )eut venir cette perversité, sinon de leur nature corrompue, )uisqu'ils ne peuvent l'avoir apprise par exemple?
9. Quiconque ôte une cause qui seule peut produire un îfTet, ôte aussi l'effet. Or, la corruption naturelle, qui est le [)éché originel, est cause de toutes les mauvaises actions. Delle-là donc ôtée, sont aussi par conséquent ôtées toutes, [nauvaises actions. Puis donc qu'après le baptême les mauvaises actions paraissent, il est certain que lé péché originel n'est point aboli.