ARTICLE XX
US UL «USTinCATIOV 9AB. JOL FOI. GB QUS CBST Q0B
LA VRAIE roi.
Nous croyons que nous sommes faits participants de cette justice par la seule foi, comme il est dit qu'il a sou£fert pour nous acquérir salut, à cette fin que quiconque croira en lui ne périsse point; et que cela se fait, d'autant que les promesses de vie qui nous sont données en lui, sont appropriées à notre usage, et en sentons l'effet quand nous les acceptons, ne doutant point qu'étant assurés, par la bouche de Dieu, nous ne serons point frustrés. Ainsi la justice que nous obtenons par foi dépend des promesses gratuites par lesquelles Dieu nous déclare et testifie qu'il nous aime.
ARNOUX
8bct. XLIL — Encore ici ils combattent la charité et l'exercice des vertus pour remplir, sous le nom de foi, l'âme d'une vaine présomption, qui, n'ayant nul fondement en l'Ecriture, consiste, selon leur avis, à croire fermement et se fier sans aucun doute que le royaume du ciel ne leur peut non plus manquer qu'à Jéêus-Chnsi, C'est ainsi que l'enseigne Calvin au 4« de l'Institution,
chap. XYII, $ 2. Bien tenons-nous en l'Eglise catholique , que sans la vraie foi on ne peut plaire à Dieu ni être justes, et que la foi est la racine de l'arbre et fondement de la maison. Mais si elle , n'est œuvrante par charité, c'est une maison sans toit et un arbre sans fruits : ni l'un ni l'autre ne servent rien au maître/
Oe qàe e'est que la foî, et si elle peut être sans fianoe et
DU MOULIN
Il parle de dous comme d'enoemis de la charité et de toute vertu, comme s\ nous oous contentions de croire et avoir une foi sans œuvres, et par conséquent morte et inutile. Le cardinal Bellarmin nous purge de cette calomnie au livre III «de la justification, chap. 6. a Les adversaires, dit-il, ne nient pas 1» que la foi ne soit requise et la repentance ; une foi vive et » une repentance sérieuse, et que sans ces choses nul ne peut • être justifié. » Quiconque est ennemi de la charité, quiconque dit que les bonnes œuvres ne sont pas nécessaires autsalut, quiconque pense être sauvé par une foi sans œur vres, qu*il soit en exécration. Cependant cette accusation qui nous est faite est fort malséante dans la bouche de l'Eglise, en laquelle les vices sont au dernier degré, surtout à Rome, d'où viennent avec les décisions de la foi, les exemples de vices>sans exemples.
L'énergie de cet abus vient de ce que nos adversaires ne savent ce que signifie ce mot de foi en l'Ecriture, et nous peignent un fantôme pour la vraie foi; car s'ils pouvaient apercevoir ce que c'est que la foi, ils la verraient nécessaire* ment accompagnée de vertus et fertile en bonnes œuvres.
Le concile de Trente, au 10" canon de la sixième session , dénonce anathème à ceux qui disent que la « foi D justifiante n'est autre chose que la fiance en la miséri- 9 corde de Dieu, qui nous pardonne les péchés par Jésus- » Christ. 0 ^ Et Bellarmin, au chap. Y du premier livre de la
^ Si quis dixerit fidem justificantem nihil aUud esse quam fiduciam divinae misericordiae peccata remittentis propter Christom, anathema sit.
Justification, dit «que la foi justifiante n*est point une )) fiance que Dieu nous fera miséricorde, mais seulement » un ferme consentement à tout ce que Dieu veut être cru.» * Quant à la fiance par laquelle quelqu'un se promet en particulier que Dieu lui fera miséricorde, il dit à la fin du quatrième chapitre, que c'est plutôt une présomption. ' Et pour achever 4e peindre la foi , il lui ôte la connaissance; et soutient, au chapitre septième, que la foi n*est point une connaissance, mais un consentefnent, ' et que /ides metius per ignoranliam quam per nolitiam definiluff la foi se définit mieux par ignorance que par connaissance; car l'Eglise romaine veut que le peuple croie sans connaître, et s'en rapporte seulement à l'Eglise, sans savoir ce que l'Eglise croit, ni ce qu'elle doit croire.
C'est là la source du mal, car puisque nos adversaires par la foi entendent un consentement à une doctrine inconnue, qui croit seulement que tout ce que Dieu a dit est véritable, sans savoir ce que c'est, et sans se tîer en sa promesse, ce* n'est point de merveilles s'ils cherchent leur justification en autre chose x|u'eu la foi, et si le sieur Arnoux estime qu'exalter cette foi, c'est combattre la charité de l'exercice des vertus ; car il ne se trouve rien en la foi, telle que l'Eglise romaine la définit, qui ne se trouve en plusieurs profanes, voirQ même chez les diables, lesquels croient que tout ce que Dieu a dit est vérifable, et y consentent ; car la foi sans connaissance est un aveuglement volontaire sous ombre de docilité. Connaître la promesse de Dieu sans s'y fier, est une injure faite à Dieu, et un sujet de tourmentet inquiétude de conscience.-
La Parole de Dieu nous décrit la foi tout autrement; car Jésus-Christ ne dit pas seulement «croyez-moi, » mais » croyez en moi. » (Jean XIV, i.) Or, croire en Jésus-Christ,
^ Probatur fidem justificantem non esse fiduciam misericordiae Dci, sed solum assensum firmum ac certum ad ea omoia quae Deus credenda praeponit.
' Catbolici certain promissionem specialis misericordiae non tam ad (ideiu quam ad praesumptionem pertinere contendunt.
* Probatur iidcm nou esse notitiaoi, sed assensum.
c'est -se fier en lui. Et an chap. IV aux Romains , vers. 10, la foi d'Abraham est décrite en ce- « qu'il n'a point fait de » doute sur la promesse de Dieu par défiance, mais fut for- » tifié en la foi.» Or, Abraham est appelé le père des croyants, afin que sa foi nous soit un patron pour nous y conformer. Saint Jacques veut « que le fidèle prie en foi, ne » doutant nullement (Jacq. 1, 6) ; » parce que la foi en la prière exclut le doute et défiance d'être exauce. Et au cb. VIII de saint Matthieu, quand les disciples eurent peur de périr, encore que Jésus-Christ fût avec eux en la nacelle , il les tance, disant : « Pourquoi étes-vous craintifs, gens de petite foi ? y> Là il n'était point question de consentir, mais de se fier au secours de Jésus-Cbrist , car la crainte combat directement la fiance.
Combien de fois l'Ecriturc-Sainte attribue-t-elleà la foi des effets qui ne peuvent convenir à un simple consentement, sans fiance en la promesse de Dieu? Jésus-Christ inculque cent fois en TEvanglle que « quiconque croit en lui » a la y'ie éternelle (Jean VI, 47).w Et FApôtre aux Rom., cbap.I, dit que « le juste vivra de foi.» Et au cinquième chapitre il dit que, a étant justifiés par foi, nous avons paix » envers Dieu, » faisant naître de la foi la paix de conscience. Toutes ces choses sont fausses, si la définition de la foi de l'Eglise romaine est vraie i car tous ceux qui croient que tout ce que Dieu a dit est véritable, n'ont point la vie^éternelle, autrement les diables seraient sauvés. Apporter son consentement à la doctrine de l'Evangile sans se fier en la promesse de Dieu, n'apporte point la paix de conscience, mais plutôt du trouble et de la perplexité.
C'est pourquoi saint Paul, qui veut que nous soyons ses imitateurs (1 Corinthiens, XI, 1), nous oblige par son. exemple à parler comme lui , et à nous appliquer en particulier les promesses de l'Evangile, en disant comme lui en la première Epitre à Tim., chap. I : « Cette parole » est certaine, et digne d'être entièrement reçue; c'est que » Jésus-Christ est venu au monde pour sauver les pécheurs, 9 desquels je suis le premier; mais pour cette cause miséjt ricorde m'a été faite , etc. » En disant, k cette parole est V certaine, » il apporte son Consentement à la doctrine de
TEvangile, mais en ajoutant, « miséricorde m'a été fiiHe;» il s'applique en son particulier la promesse de Dieu par une ferme fiance. Et ainsi, au chap. II aux Galates, vers. 20 : » Le Fils de Dieu ùi'a aimé et 8*est donné soi-même pour 0 mol.» Autrement, ce qu'il dit au chap. Y aux Epbés'., vers, là, «que nous avons liardiesse et accès en confiance » par la foi en Jésus-Christ, » serait faux ; car peut-on approcher de Dieu en confiance, si on se défie de sa promesse? Par là apport que le concile de Trente sus allégué anathématise et excommunie l'Apôtre, excommuniant ceux qui ont une fiance particulière en la miséricorde de Dieu et en sa promesse.
Le même abus est à mettre une foi justifiante sans connaissance, et à vouloir qu'on croie sans connaître.; vu qu'au contraire il faut connaître pour croire, afin qu'on sache ce qu'on croit. Vouloir qu'on croie avant que connaître, c'est crever les yeux à un homme avant que le conduire; croire ainsi est croire sans savoir quoi , et seulement avoir bonne opii^ion de celui qui nous mène. Mais l'Ecriture joint la croyance avec la connaissance. Saint Jean , chap. XYII , vers. 8 : <k Ils ont connu que je suis issu de toi, et ont cru » que tu m'as envoyé ; » et chap. X, vers. 38 : « Afin que » vous connaissiez et croyiez que le Père est en moi, et moi » en lui;» et Jean, chap. YI, vers. 69 : a Nous avons cru » et connu que tu es le Christ. » Car la foi est Touîe de la ..Parole de Dieu (Rom. X). Or, on n'ouït la parole que pour connaître et être instruit; et est la connaissance telleoient nécessaire à la foi, que quelquefois le mot de a con- » naissance» est mis au lieu de foi, comme en Esaïe, chap. V, vers. 11. Au lieu que l'Apôtre dit ordinairement que nous sommes justifiés par la foi en Jésus-Christ, il est dit « qu'il « en justifiera plusieurs par la connaissance qu'ils auront » de lui. »
Cette foi donc qui se meut par connaissance, et qui se fie entièrement en la promesse de Dieu, est nécessairement fertile en bonnes œuvres ; car de la connaissance de l'amour que Dieu nous porte, procède notre amour envers Dieu. Est du tout impossible de se fier en la promesse de Dieu aaj)s l'aimer. Par là se discerne la vraie foi d'avec la fausse,
si elle est opérante par charité , si elle est jointe avec une sérieuse repentance, si elle apporte la paix de conscience, si elle est huqable et se fie non sur ses mérites, mais sur la promesse de Dieu en Jésus-Gbrist; si elle i^llume le zèle .et Tamour de Dieu/
Que si le sieur Arnoux eût entendu ce qu'emporte ce mot de foi, et quelle est la nature de la vraie foi justifiante^ jamais il n'eût estimé qu'en mettant notre justification en la seule foi , nous rendons les hommes négligents à bonnes œuvres. Cest à lui plutôt de prendre garde que sous ombce de louer la charité, il ne renverse la foi, et que sous ombre de craindre Dieu il ne rejette sa grâce^ cuidant mériter le salut par sa propre justice.
Quant é Calvin, que le sieur Âriioux allègue, il n'a jamais dit qu^à lui, ni à aucun autre particulier, le royaume des cieux ne peut non plus manquer qu'à Jésns-Ghrist. U parle du corps de l'Eglise des élus, laquelle ne peut non plus périr que Jésus-Christ, puisqu'elle est un même corps avec lui ; en sorte toutefois que toute la fermeté et la béatitude de l'Eglise dépend de Jésus-Cbrlst. Cela n'est point égaler l'Eglise à Jésus-Christ, mais dire qu'elle est jointe avec Jésus-Christ d'un lien inséparable.
Hé Ut J«flîfi«*tîoii par la f«ale loiy et do mot d« Justifier.
ARNOUX
Skct. XLIII. ~ Teœte coté en marg$ de la eonflBSsion, Aux Rom. Xiri , 17 : « Nous concluons donc que l'homme est justifié par la foi sans les œuvres de la loi. » Et Galat. III, 24 : 4 Car aussi la loi a été notre pédagogue pour nous amener à Christ , afin que nous soyons justifiés par la foi. » Et II, 16: «Sachant qdè rbomme n'est point justice par les œuvres de la loi, mais seulement par la foi de Jésus-Christ. »
Au l«r et 2« de ees textes, le mot de seule n'y est point; et au 3«, le mot de <i^/ement n'exclut ni peu ni prou les œuvres de la loi morale et chrétienne par lesquelles Abraham et ses enfants selon l'Esprit sont justifiés, dit saint Jacques. Ainsi celles de la loi mosaïque, cérémoniale et figurative, qui cessent , le Fils de Dieu étant venu au monde ; comme les cintres de bois ne servent plua de rien après que le pont de pierre est parfaitement bÀti.
DU MOULIN
t)ire que Thomme est justifié par la seule foi, et dire que rifomme est justifié par la foi sans les œuvres, sont une même chose ; car, tout ainsi qu'en la question, si le mari doit être maître ou sa femme, celui qui dit que le mari doit être le maître en 1^ maison, et non la femme, dit aussi /que le mari doit être seul maître en la maison. Ainsi en la question, si l'homme est justifié par la foi ou par les œuvres, ou par l'un et l'autre, celui qui dit que l'homme est justifié par la foi sans les œuvres, dit par conséquent que l'homme est justifié par la seule foi. S'accrocher sur les mots, où la chose est claire, c'est sur la vérité; ainsi l'ont entendu les anciens. Origène, sur le chap. lil aux Romains : o L'Apôtre » dit que la^justification de la sevljs. foi suffit» ^ Basile, au sermon de l'Humilité : a L'apôtre saint Paul se reconnais- » sait soi-même pauvre en vraie justice, et qu'il était justi- » fié par la seule foi en Jésus-Christ. » ' Saint Hilaire, huitième canon sur saint Matthieu : « Fides sola jusli/kat , la » seule foi justifie. » Chrysost. en l'homélie dç la loi et de la loi de la nature : « La seule foi d'elle-même sauve. » Saint Jérôme, sur le chap. Hl de l'Ëpitre aux Galates : a Parce que personne ne garde la loi, pourtant il est dit que » les croyants doivent être justifiés par la seule foi.»* Et peu après : « Afin que par la seule foi les nations fussent » bénies en Christ. » * Bernard, au vingt-deuxième sermon sur les Cantiques : m Etant justifié par la seule foi, il » aura paix envers Dieu, p
Notre docteur s'abuse de penser que les œuvres que saint Paul exclut soient les œuvres de la loi cérémoniale. Au chap. m aux Romains , vers. 27 , l'Apôtre conclut que a l'homme est justifié par la foi sans les œuvres de la loi. »
^ Apostolus dicit sufficere solius fidei justificationem.
ecArjOouf, Ttivrii St fxbvti r^ etg Xpc7T^y ^s^t/.ac&>/iiév&>v«
' Quia nemo illam servat, ideo dictum est quod sola fide justificandi essent credentes.
^ Vt sola fide beaedicerentur in Ghristo.
DE LA POÎ. 165
Or, parle-t-il de la loi morale, par laquelle, au chapitre précédent, vers. 12, il avait dit a que ceui qui auront pé- » ché seront jugés,» et de laquelle il dit là même que «les » gentils qui n'ont point la loi, font naturellement les choses » qui sont de la loi, » parce qu'ils en ont des impressions naturelles; laquelle là même il dit que les Juifs ont transgressé en dérobant et en commettant adultère ; ce qui ne peut convenir qu'à la loi morale. Et au chap. lY, il insiste à prouver qu'Abraham n'a point été justifié par les œuvres. Or, en vain se travaillerait-il à prouver qu'Abraham n'a point été jusfiôé par les œuvres de la loi cérémoniale, vu que la loi cérémoniale n'était point alors, et n'a été donnée que quatre cents ans après.
Quant à l'Epltre aui Galates, il est clair que saint Paul, au chap. I , disant que l'homme est justifié par la foi, et non par les œuvres de la loi, exclut de la justification non-seulement les œuvres de la loi cérémoniale, mais aussi celles de la loi morale ; car au chap. V, il dit : « Toute la loi est ao- » complie en celte seule parole : Tu aimeras ton prochain » comme toi-même. » Et au chap. III, il dit que Jésus-Christ nous a délivrés de la malédiction de la loi, voire de cette loi qui dit : « Maudit est quiconque n'est permanent en » toutes les choses écrites au livre de cette loi pour les faire, » qui est un passage du chap. XX Vil du Deutéronome, où il n'est parlé que des mœurs.
Saint Augustin, au livre de l'Esprit et de la Lettre, après s'être étendu sur cette matière, clôt ainsi son propos au ch. XIII: 0 Ces choses donc étant considérées et exactement B traitées selon nos forces, nous recueillons que l'homme » n'est point justifié par les préceptes de la bonne vie, sinon 1 par la foi en Jésus-Christ : c'est-à-dire, non par la loi des » œuvres, mais par la loi de la foi; non par la lettre, mais » par TEsprit; non par les mérites des œuvres, mais par la Y) grâce gratuite.» * Ce docteur emploie les mêmes termes
i His igitur consideratis pertractisque pro viribus quas Dominus donare dignàtur, colligimus non justificari homineni praeceptis bonae Titae, nisi per fîdem Christ!, hec est , non lege operum , sed lege fidei ; non littera , sed spiritu , non factorum mentis, sed gratuità gratia.
de l'Apôtre en ce passage aux Gelâtes dont il est question, et exclut de la justification non les cérémonies, mais la boiine vie et les bonnes actions, et les mérites des œuvres. Cependant nous n'abolissons pas les bonnes œuvres, encore que nous les excluions de notre jostiÛcat^on.-Nul ne peut être justifié sans les œuvres, encore qn'il ne soit point justifié par les œuvres. Ainsi les yeux ne sont pas sans les oreilles, encore que les yeux voient seuls, et non pas les oreilles. Car la foi a seule la vertu de nous justifier, c'est-àdire de faire que nous soyons absous et tenus pour justes au jugement de Dieu, parce que la foi seule a cette propriété d'apprébender le bénéfice de Jésus-Ctirist et de nous approprier sa justice.
. Or, ce qui brouille nos adversaires en cette question, c'est que, comme le nom de /bt, aussi le mot de justifier est pris par eux en autre sens qu'il n*est pris en l'Ecriture toutes et quanlesfois qu'elle -parle de notre justification devant •Dieu. Car le concile de Trente en la sixième session, et tous nos adversaires par justifier entendent r^^^h^r^ et sanctifier, au lieu que TEcriture-Sainte, quand elle parle de notre justification devant Dieu, prend toujours le mot de justifier pour tenir et reconnattre pour juste, et pour absoudre, en même sens qu'un homme accusé d'un crime est renvoyé absous et justifié. Cela appert en ce que justifier est opposé à condamner, et par conséquent vaut autant qu'absdudre. Comtne au dix-septième des Proverbes, vers. 15: «Celui p qui justifie le itaécbant et qui condamne le juste, 6ont tous « deux en abomination à l'Etemel.» Et Job IX , vers. 29 : «Si 9 je me justifie, ma propre bouche me condamnera. » Et au Chapitre XXV du Deutéronome : a On justifiera le juste, D et on condamnera le méchant.» Matth. XII, vers. 37: «Tu 9 seras justifié par tes paroles, et par tes paroles tu seras D condamné. f> Et Rom. VIII, vers. 32 : « Dieu est celui qui » justifie, qui est celui qui condamnera?*
Surtout est clair par la première aux Corinthiens, chap. IV, vers. 4, ce que c'est que l'Apôtre entend par justifier, et comment il fait état d'être justifié. Parlant de son administration en son apostolat, «Je ne me sens,» dit-il^ « en rien » coupable, mais pour cela je ne suis pas justifié. » Il ne fait
DE LA FOI. I6t
point état d*étre justifié par son innocence, ce qai serait lliux si par la justification il entendait la sainteté de vie on régénération, ou s'il prétendait être justifié par ses œuvres. Et en l'onzième de saint Matth. vers. 19, il est dit : « que la » sapience de Dieu a été justifiée par ses enfants, d Nos adversaires veulent-ils que la sapience de Dieu ait été régé-- ^l aérée ou sanctifiée? Certes, il est clair que Jésus-Cbrist veut seulement dire que la sagesse de Dieu a été reconnue juste et exenipte des calomnies des hommes.
Que si rhomme est justifié par les œuvres de la loi, saint Paul aura eu tort de magnifier avec David « la béatitude de 9 celui auquel Dieu alloue justice sans œuvres» (Rom. IV, vers. 6); vu principalement que là H parle des œuvres d'Abraham et de David, lorsqu'ils étaient déjà en la grâce de Dieu ; afin que quelqu'un ne pense que, quand saint Paul dit que l'homme n'est point justifié par les œuvres, il exclnd seulement les œuvres faites par les forces naturelles avant la régénération : ce qui paraît aussi par ce qu'il dit Rom. III, 32: a Nulle chair ne sera justifiée devant Dieu par les œu- » vres de la loi, car par la loi est donnée connaissance du » péché. » Car la loi donne connaissance du péché noil* seulement avant la régénération , mais aussi après la régénération. Et le fidèle beaucoup plus que Tinfidèle apprend par la loi à reconnaître son péché. Pour ces causes' ne se trouvera point que jamais saint Paul nous exhorte à être justifiés • parce que la justification n*est point une vertu en rhomme, mais une grâce de Dieu par laquelle il absout le pécheur en contemplation de son Fils. Mais ses épttres sont pleines d'exhortations à être saints et .renouvelés [Rom. XII, 1). C'est pourquoi, au cinquième chap. aui Romains, vers. 9, il dit que nous sommes justifiés au sang de Jésus-Christ. Que si par justifier il entendait sanctifier ou régénérer, il dirait plutôt que nous sommes justifiés par l'Esprit de Christ.
Saint Augustin ne prend pas toujours ce mot de justifier en même façon : toutefois, il ne fait point de difficulté de mettre notre justice en la rémission des péchés et d'enseigner que nous sommes justifiés,'en tant qne nous sommes absous devant Dieu. Au chap. XXVII du dix^neuviôme livro
de la Cité de Dieu. «NGtro justice est telle en cette vie, )) qu'elle consiste plutôt en la rémission des péchés qu'en » perfection de vérité.* #
Et au treizième livre de la Trinité, chap. X: «De ceux » que rÀpôtre avait dit être justifiés au sang de Jésus- » Christ, ensuite il dit qu'ils sont réconciliés par la mort du » Fils de Dieu.))> Et au chapitre suivant il demande Quid eu ^ jwlificari in sanguine ipsius, « qu'est-ce qu'être justifiés '^ »' en son sang?» Et là-dessus il montre bien au long que c'est '' être réconcilié. *
Et au chap XIV « Nous sommes justifiés au sang de Christ '^ » quand, par la rémission des péchés, nous sommes tiréti ^ » de la puissance du diable.» ' -
Et au livre de l'Esprit et de la lettre, chap XXYI, «il dit ' » qu'ils seront justifiés, comme s'il était dit : Ils seront tenus "^ » et réputés justes: tout ainsi qu'il est dit de quelqu'un. Et "^ » lui se voulant justifier, c'est-à-dire, voulant faire qu'il fût - » estimé et réputé juste» » ^
Comment selon saint Jacques l'homme est
par les œuvres.
ARNOCX.
Sect. XLIV. — Texte contraire, Jacq. II, 24: «Ne ▼oyez-vous pas donc que Thomme est justifié par les œuvres, et non-seulement par la foi ? »
J'allègue cet' Apôtre duquel l'Epître et ce texte sont par leur avis canoniques. Or, peut-il plus clairement et contradictoirement démentir leur article? et osent-ils, après cela, faire mention de îeur foi toute seule, toute vide, toute stérile, toute morte ?
^ Nostra justitia taota est in hac vita, ut potiùs peccatorum remissione constct quam perfectione virtutum.
^ Quos prius justificatos dixit in sanguine Jesu Christi , eos posterius dicit réconciliâtes par mortem Filii Dei.
' Justificamur in Christi sanguine, cùm per remissionem peccatorum eruimur à diaboli potestate.
♦ Justificabuntur, ac si diceretur, justi babebuntur, justi deputabuntur; sicut dictum est de quodam : lile autem volens se justificare, id est ut justtts baberetur et reputaretur.
DU MOULIN
irions Ycirement de la foi toute seule , toute stô-
mais en la détestant comme une foi titulaire, une spirituelle, un endormissement profane, lu passage de saint Jacques, il est hors de propos, ette question, il s'agit de notre justification devant is saint Jaques parle de notre justification devant tes. «Montre-moi (dit-il) ta foi par tes œuvres.» il c de faire paraître aux hommes sa foi par ses ef-
quanta la justification devant Dieu, Tapôtre saint are qu'Abraham n'a point été justifié par les œu- 3rtes, (dit-il), si Abraham a été justifié par lesœu-
a de quoi se vanter, mais non pas envers Dieu. » ! si l'intention de saint Jacques eût été de prouver am a^été justifié devant Dieu par les œuvres, il ne mtenté d'amener pour exemple le seul sacrifice nais eût présenté le cours entier de son obéissance sa vie. Car, si on était justifié devant Dieu par les ce ne serait point par une seule action, mais par la tion d'une vie sainte et innocente. Ailleurs le sieur tâche de prouver que saint Jacques parle ici de la i œuvres, çn tant qu'elles servent à salut. Ce que Tessons volontiers. Item , il dit que ces mots non-
montrent que saint Jacques parle de la même sorte cation. En quoi il s'abuse. Si je dis qu'on est sa- 9-seulement par la philosophie, mais aussi paria !, s'ensuit-il que la philosophie et' la' théologie sont le sorte de savoir?
ARNOUX
[LV. — Et que veut dire le Fils de Dieu en saint Luc ', quand il dit de la Madeleine à Simon, qui errait en la lucoup de péchés lui sont pardonnes, car elle a fort aimé; uquel est moins pardonné, moins aimé. > eleine, donc, fut- elle justifiée par la seule foi, ou si d'ae Fils de Dieu n'a pas entendu le mystère de justification le les ministres i
DU MOULIN
Ce passage n'est à propos et ne parle point de la justification par les œuvres. Notez aussi que nos adversaires par la justification entendent la sanctification ou régénération: et ainsi !e but auquel ils visaient, est de prouver que noos sommes régénérés par les œuvres; chose que nous accordons volontiers. La question est, si par nos œuvres nous pouvons subsister au jugement de Dieu , et être justifiés devant Dieu. De cela il n'est parlé aucunement en ce pasr sage. David là-dessus tranche net au Psaume GXLIII: «Nul » vivant ne sera justifié devant toi. »
Quelques-uns se servent de ce passage du septième de saint Luc pour fonder les mérites, estimant que ce car emporte cause, au lieu que c'est seulement une marque pour connaître. Mais de ceci il en sera parlé ci-dessous.
En passant, qui a dit à sieur Ârnoux que cette femme de mauvaise vie dont il est parlé au septième de saint Luc, soit cette Madeleine dont il est souvent parlé en l'Evangile? pourquoi outrage-t-on cette sainte femme sans aucun témoignage de TEcriture? C'est une chétive louange de dire à une femme : vous n'êtes plus putain.
Se la certitude du salut et de la persévéra
ARNOUX
Sect. XLVI. — ^u même article pitts bas. Apri>s avoir dit que nous sommes justifiés par la seule foi, ils ajoutent : < Cela se fait d'autant que les promesses de vie, qui nous sont données en lui, sont appropriées h notre usage, et en sentons l'effet quand nous les acceptons, ne doutant point qu'étant assurés par la bouche de Dieu, nous ne serons point frustrés.
C'est toujours assurer chacun de son salut et établir la paix intérieure des fidèles sur l'outrecuidance, qui fait que Ton vit sans crainte ni incertitude de l'avenir, comme si déjà on était en possession. Mais qui est celui d'entre eux, lequel, s'il a bon sens, vive et meure en cette assurance franche de toute crainte ? Oh peut bien se tenir assuré quB Dieu tiendra sa promesse ; mais on ne peut s'assurer de l'usage de sa propre volonté, duquel Dieu ne donne à personne dedans les Ecritures une infaillible promessa.
DU MOULIN
Nous entrons en la question touchant l'assurance d'être QYés , contre laquelle l'Eglise romaine se bande de tout D pouvoir. Le concile de Trente, au i5<> canon de la [iéme session , foudroie et anathémati^e tous ceux qui ront que les régénérés et justifiés doivent croire assuréent qu'ils sont du nombre des élus.i Qui est une sentence 1 peu dure, par laquelle ces pères envoient en enfer tous ox qui croient aller en paradis, comme si c'était un crime mnable que se fier en Dieu. Le jésuite Cotton, au sermon jugement particulier, dit que « tousjes hommes crair [nent de mourir, voire même les bons, vu que personne le sait à quoi il parviendra. » Prenez-moi un homme le js chargé de mérites et satisfactions, qui .couche entre ux crucifix, et qui se mette en l'eau bénite jusqu'aux ailles, néanmoins il voudrait en être quitte pour être mille is en purgatoire, dont ]e feu est aussi chaud que celui de >nfer.
Voici donc une religion qui prêche la défiance, et par nséquent contraire à FEvangile qui est la doctrine de foi; le religion qui enseigne à dire : « Notre père qui es dans les cieux, » et cependant à douter si on est enfant du diae. Tellement que le doute de son .salut qui parmi nous est le infirmité, dans l'Eglise romaine est une vertu. Dans noe Eglise nous tâchons de combattre ces doutes par la foi, i prières et les bonnes œuvres ; mais TEglise romaine s'étue à douter et fait profession de défiance. Sur ce point il ne se peut dire combien nos adversaires (figurent notre croyance, et la proposent tout autre qu'elle est. Ils disent que chacun de nous se vante d'avoir là-desis une révélation particulière, et que parmi nous tous se sent assurés do leur salut. Tout cela est faux ; car pour être sures de notre salut il n'est pas besoin d'entrer au conseil )Dieu; quiconque y youdra entrer par curiosité y trouvera
^ Si quis dixerit hominem renatum et justificatum teneri es fide I credendum se certo esse ex numéro prsedestinatorum, auathema
sa condamnation. Quiconque voudra grimper si haut sera précipité en bas par désespoir. La certitude de notre salut ne doit pas étrecherchée si loin; elle se trouve dans Texamen de nos consciences, confrontées avec la doctrine de l'Evangile ; car si, nous étant sérieusement convertis par vraie repentance, nous avons recours à Jésu»-Christ et, sentons en notre conscience que nous n'avons de coofîance qu'en m mort, nous avons la doctrine de TEvangile qui nous déclare que a quiconque croit en Jésus-Christ ne périra point, mais » aura la vie éternelle » (Jean ill). C'est là le fondement de notre assurance, c'est Fappui de notre foi.
Il n'est pas vrai non plus que chacun de nous se vante d'être assuré de son salut. Dieu voirement nous commande d'en être certains, mais ne nous commande paa de nous en vanter ni d'en faire ouverte profession,et nous nesommeâ point forcés de croire ceux qui s'en vantent; car des profanes peuvent s'en vanter, lesquels par une vaino confiance s'imagi** nent lescieux, pendant que leurs vices les mènent en enfer.
Qui plus est, cette pleine certitude de foi est un don que Dieu ne donne pas à tous les fidèles en même temps, ni en même mesure ; aux uns il la donne plus tôt, aux autres plui tard, à quelques-uns seulement à l'article de la mort. Il y a telles personnes qui par prières et honnes œuvres tâchent de se fortifier en la foi, qui néanmoins sont encore combattues de doutes sur ce sujet et n'ont encore cette pleine con* fiance ; lesquelles, si elles reconnaissent en elles-mêmes quelque progrès et un sérieux désir de s'avancer dans cette foi, nous exhortons à prendre le combat qu'elles sentent au dedans pour marque de leur élection.
Notre croyance revient donc à ces deux points : l'un que Dieu veut que nous soyons certains de Taccomplissement de sa promesse ; l'autre que Dieu donne cette assurance à qui, quand et selon la mesure qu'il veut, mais principakment à la mort; car alors elle est principalement nécessaire.
Cette doctrine est fondée sur l'Ecriture-Sainte ; l'apôtre saint Paul, aux Romains, chap. VIII, vers. 16, dit que « TEs- » prit de Dieu témoigne avec nos esprits que nous somm«f » enfants de Dieu. » Peut-il y avoir un témoin plus croyable que l'Esprit de Dieu ? ou pouvons-nous lire sans horreur a
le dit Bellarmin au chap. IX du livre \\\ de la Justification, ne « le témoignage du Saint-Esprit n'est point certain que d'une certitude conjecturale, » c'est-à-dire d'une certitude icertaine. « Qui croit au Fils de Dieu a le témoignage de Dieu en soi-même, » dit saint Jean en sa 1'" Epitre, chapi- •e y, vers. 10. Or peut-on sans impiété accuser le témoinage de Dieu d'incertitude. Que si le sieur Arnoux ne sent oint ce témoignage en soi-piéme, il vaut mieux qu'il ait lauvaise opinion de soi que de contredire la Parole de Dieu, u vouloir mesurer à son aune le reste des hommes, et limi- T les grâces de Dieu dans les autres par le mauvais état e sa conscience.
L'Apôtre aux Hébreux, chap. lll, vers. 6, veut que « nous retenions ferme jusqu'à la (in l'assurance et la gloire de l'espérance. » Et au chap. IV, vers. 16 : a Allons avec assurance au trône de sa grâce, afin que nous obtenions miséricorde.» Et au chap. X, vers. 22 : a Allons avec vrai cœur en pleine certitude de foi. » Car, dit saint Paul aux ^phésiens, chap. IlI : « Par Jésus-Christ nous avons hardiesse et accès en confiance par la foi que nous avons en lui. D Saint Jean, dans sa V^ Epitre, chap. V, veut que lous soyons assurés d'avoir la vie éternelle. « Je vous aï écrit ces choses à vous qui croyez au nom du Fils de Dieu, afin que vous sachiez que vous avez la vie éternelle, d >aint Paul, aux Romains, chap. VIII, dit que a ceux que Dieu
> a justifiés il les a glorifiés. » Quiconque donc est justifié )arviendra certainement à la gloire.
Ajoutez la promesse de Dieu de nous donner toutes choies que nous demanderons au nom de Jésus-Christ (Jean XVI). )eman dons donc le salut et la persévérance en la foi, car )ieu promet de nous exaucer. Dont aussi saint Jacques, ;hap.'l, veut « que nous demandions en foi, ne doutant nul-
> leroent. » Il faut donc demander à Dieu le salut sans doute ;t défiance.
De ce rang sont les passages qui comparent le témoignage lu Saint-Esprit dans les cœurs des fidèles à un sceau et une arrhe pour nous certifier. Ephés. I, vers. 13 : « Ayant cru » vous avez été scellés du Saint-Esprit de la promesse, lei quel est Tarrhe de notre héritage.» Et au chap.IV,vers.30 :
a Necontristez point le Saint-Esprit duquel vous êtes s » lés pour le jour de la rédennption. » Et en la 2"* aux rinthiens, cbap. i : a Dieu nous a scellés et nous a Uodik D arrhes de son Esprit dans nos cœurs. »
L'apôtre saint Paul, aux Romains, cbap. YIII, yers. « Je suis assuré que ni mort, ni vie, bref nulle chose ne i » séparera de la dilection de Dieu, qu'il oous a montrée » Jésus-Christ notre Seigneur, jt Dont aussi s'en allant n rir, il parle comme ayant le prix sous la main et coo près d'empoigner la couronne : a J'ai combattu le bon c y> bat, j'ai parachevé ma course, j'ai gardé la foi : quan 9 reste la couronne de justice m'est gardée » (3 Timot cbap. iV, vers. 7 et S). £t peu après : « Le Seigneur me » livrera de toute mauvaise œuvre et me sauvera en » royaume céleste » (vers. 18). Il n'y a rien de plus | d'assurance que saint Etienne quand il disait en mour « Je vois les cieux ouverts et le Fils^ de l'homme étant » dextre do Dieu » (Actes VII, vers. 55). Ou que Jacob di en la mort : a Seigneur, j'ai attendu ton salut)» (Gen. X vers. 18). Ou que David disant au psaume XYII : « Je v< )> ta face en justice et serai rassasié de ta ressemblam et au psaume XLIX : « Dieu rachètera mon âme de la ( » sance de la mort, quand il me prendra à soi ?» E psaume LXXIII, vers. ^ : « Tu me conduiras par ton » seil, et puis me recevras en gloire ? b Et au psaume X vers. 16 : a Dieu rachètera mon âme de la puissance de )) fer, quand il me prendra à soi. » Ou que Siméon, pr de la mort, disant : « Seigneur, tu laisses maintenant » ton serviteur en paix selon ta Parole (Luc II).
Tous ces saints serviteurs de Dieu sont condamnés p concile de Trente, qui parle ainsi en la sixième sess <K Quiconque dira que Thomme rené et justifié est obli§ v croire avec fiance qu'il est du nombre des prédesti n qu'il soit anathème.
Accuser d'outrecuidance un homme qui obéit à Dieu i mandant que nous soyons assurés, et qui se fie en la messe de Dieu, c'est sous ombre d'humilité contester c( Dieu. Cette humilité est profane, cette modestie est i rJeuae contre Dieu. C'est comme si quelqu'un disait À D
ta m^as yoirement promis, mais je suis indigne de croire à ta parole; je suis trop petit compagnon poilr me fier en ta promesse. Fonder TassuranccLde son salut sur ses mérites, serait une outrecuidance ; mais fonder cette assurance sur la promesse de Dieu, c'est foi et obéissance.
Toutefois, pour être incrédule avec raison, le sieur Àrnoux dit deux choses : premièrement qu'on ne peut pas s'assurer de l'usage de sa volonté.^ Â quoi je dis que Dieu a promis de gouverner nos volontés, et de mettre sa loi en nos cœurs, et de faire que nous ne nous retirerons point arrière de lui (Jérémiell, vers. 39 et 40). Et Jésus-Christ, disant au chapitre XIII de saint Marc, vers. 22, que «( faux prophètes » viendront, faisant signes et miracles pour séduire même 9 les élus s'il était possible, » montre que les élus ne peu* vent être séduits de la séduction qu'on appelle finale, et gens se relever. Et Dieu promet de nous exaucer donc aussi quand nous demanderons la persévérance. Bref, tant de passages ci-dessus allégués, qui veulent que nous soyons assurés de notre salut, présupposent que Dieu veut aussi que nous soyons assurés qu'il ne nous abandonnera point ; car sans cela il ne peut y avoir d'assurance.
L'autre raison du sieur Arnoui est que Dieu ne donne à personne dans les Ecritures une infaillible promesse. Cette raison est impie et renverse toute la piété: car si Henri ou Charles n'est point obligé d'être assuré de son salut, parce qu'en l'Ecriture il n est pas dit que Henri ou Charles sera sauvé, il s'ensuit que ces mêmes personnes ne sont pas obligées d'être gens de bien, ni de craindre Dieu, parce qu'en l'Ecriture-Sainte il n'est pas dit que Henri ou Charles doi^ vent être gens de bien. Comme les règles générales de la piété obligent tous les particuliers, aussi la promesse générale que quiconque croit en Jésus-Christ a vie éternelle, assure tous les particuliers qui croient en Jésus-Chris^ encore que leurs noms ne soient pas spécifiés dans l'Ecriture.
1 Jérém, XXXII, 40. « Je trait^^ avec eux une alliance étemelle, que je ne me retirerai point arrière d'eux. »
s ce Je mettrai la craiûte de moi en leur cœur, afin qu'ils ne se détournent point arrière de moi. »
176 BOtCLtER.
Si rhomme est sauvé et éla à condition qa'fl croie et fasse
des bonnes œuvres.
Sfct. XLYII. — Textes cotés en marge de la eoi^ fission. Maith. XVIT, V. 20 : « Et Jésus-Christ leur répondit : C'est à cause de votre incrédulité ; car en vérité je vous dis que si vous aviez foi autant gros comme est un grain de semence de^ moutarde, vous diriez à cette montagne : traverse d'ici-là , et rien ne vous serait impossible. » Jean III, v. 16: < Car Dieu a tant aimé le monde, qu'il a donné son Fils unique, a6n que quiconque croit en lui ne périsse point, mais ait vie éternelle. »
Ces deux textes contiennent des propositions conditionnelles, et, partant, insuffisantes à donner l'assurance prétendue : l'un dit, si vous croyez ; l'autre dit, quiconque croit; mais ni l'un ni l'autre n'assure nullement ni que tel et tel particulier soit doué de la -vraie foi, ni que quand il le serait il y doive persévérer; et puis le Fils de Dieu parle d'une foi œuvrante. Où sont les termes contenant un sauf-conduit d'assurance ?
DU MOULIN
C'est la même objection que nous venons de soudre à k fin de la section précédente. L'Ecriture no nomme point les particuliers, mais elle donné des règles générales qui les obligent.
Au reste nous confessons que cette proposition, «quiconque » croit en Jésus-Christ a vie éternelle, t» est conditionnelle, et que la vie éternelle n'est donnée qu'à ceux qui croient. Mais cette condition n'est pas douteuse, parce qu'elle dépend du conseil de Dieu et de son élection, par laquelle il a prédestiné les élus à croire et à faire des bonnes œuvres. L'Ecriture ne dit pas que Dieu a élu à salut quelqu'un s'il est fidèle, mais que Dieu lui donne la grâce d'être fidèle, afin qu'il soit sauvé. Ainsi l'Apôtre, 1 Cor. chap. Vïl, vers. 25, ne dit pas que Dieu s'est proposé de lui faire miséricorde s'il était fidèle ; mais dit : a J'ai obtenu miséricorde du Seigneur D pour être fidèle. » Et aux Ëphés. vers. 4, il ne dit pas que Dieu nous a élus, parce qu'il prévoyait que nous serions
saints, mais « afin que nous soyons saints et irrépréhensi- B blés en charité. » Et Jean XV, 16 : a Je vous ai élus afin V que vous alliez et apportiez fruit. » Et Rom. VIII, 28, il dit que a Dieu nous a prédestinés à être rendus conformes à » i-image de Jésus-Cbrist. d Si par la conformité à Jésus- Christ il fallait seulement entendre la conformité à ses afflictions, comme disent quelques-uns, cette règle ne serait pas toujours véritable ; car Dieu exempte plusieurs fidèle^ de porter la croix. Si au décret d'élection éternelle la prédestination à porter la croix était adjointe, nul élu n'en serait exeepté. Notre foi et obéissance n'est pas une condition dont dépende Télection, mais c'est un effet de l'élection et une grâce que Dieu donne à tous ceux qu'il a élus à salut. Je joins la foi avec l'obéissance, parce que la foi est une espèce d'obéissance, et parce qu'elle est œuvrante par charité (Calâtes V, vers. 6). Au chap. XIII des Actes, Tapôtre saint Paul prêche l'Evangile à Ântioche. De tous ses auditeurs, ceux-là seulement qui étaient ordonnés À vie éternelle crurent, comme il est dit au vers. 48. Il ne dit pa^ que ceux-là crurent qui étaient disposés ou enclins à vie éternelle, mais ceux qui y étaient ordonnés : ce mot grec rcray/Uyoi ne peut être autrement exposé. Joint que nous sommes tous de notre nature indisposés à appréhender le salut et à croire.
ÀRNOUX.
Sect. XLVIII. — Texte contraire. Eccles. VITI, 14. « Il y a une autre vanité qui advient sur la terre, c'est qu'il y a des méchants qui sont aussi assuré^ comme s'ils avalent fait les actions des justes; mais aussi je juge ce être vain» >
BU MOULIN
Ce passage est entièrement faux. Il y a, selon la vérité hébraïque : « Il y a une vanité qui advient sur la terre ; c'est » qu'il y a des justes auxquels il advient selon l'œuvre des » méchants; et il y a aussi des méchants auxquels il advient » selon l'œuvre des justes ; j'ai dit que cela aussi est vanité.»
Ce docteur s*était vanté de confondre notre confession par nos propres Bibles, et maintenant il se sert de la sienne, falsifiée et contraire à l'hébreu.
Et quand ce passage ne serait point faux, si est-ce qu*il ne fait rien contre nous , qui reconnaissons qu'il y a une fausse fiance, profane et stérile en bonnes œuvres, qui assoupit la conscience au lieu d'allumer Tamour et nourrir la piété.
1>« la crainte du fidèlei et sî elle déroge à oertîtude
du salut.
ARNOUX
Sect. XLTX. — 1 Cor. IX, 27. « Je matte et réduig mon corps en servitude, afin qu'en quelque manière, après avoir prêché aux autres, moi-même ne sois trouvé no'n-recevable. »
Et s'il n'appréhendait que (comme ils disent) le jugement des hommes, il n'aurait que faire' de porter ses mortifications jusquelà, que de dompter et assujettir les plus occultes mouvements et rabattre les plus vifs et secrets aiguillons de sa chair; ainsi il suffirait qu'il usât de dissimulation et fît au dehors quel que. mine de réformation prétendue. Que si l'Apôtre tremble, où sont ces roseaux du désert, qui se disent les colonnes du temple ?
DU MOULIN
Ce docteur nous fait dire que saint Paul n'appréhendait que le jugement des hommes, et s'étend à réfuter une chose qu'il a forcée et que nous ne croyons pas ; car, au contraire l'Apôtre, en fa première aux Corinthiens, chap, ÏV, vers. 3, déclare «qu'il ne lui chaut d'être jugé par le^Co- D rintbiens, ou de jugement d'homme. » L'Apôtre craignait d'offenser Dieu et de manquer à sa charge, qui est une crainte vigilante et non une crainte de défiance de son salut , duquel il parle comme dans les passages sus-allégués (Rom. VHI, 37 et 2, Tim. IV, 7, 8 et 18). On ne laisse pas de travailler avec soin aux choses dont Tévénement est assuré. '
' s TliD. IV : (( Jai combattu le bon combat ; j*ai achevé la course ;
Jésus-Christ échappait les dangers, encore qu'il sût que son heure n'était encore venue. Ezéchias avait promesse de vivre encore quinze ans, et néanmoins ne laissait de manger pour parvenir à ce terme. Saint Paul, Actes XXVII, avait promesse de Dieu qu'il échapperait de la tourmente, et néanmoins ne laisse d'exhorter les mariniers au travail. Ainsi le fidèle assuré de son salut ne laisse de travailler aux moyens pour y parvenir. Laquelle assurance n'est point fondée sur ses forces, mais sur la promesse de Dieu. Tout ainsi qu'un enfant qui apprend à marcher, et que son père tient par la main, doit être assuré de ne point tomber, non à cause de ses forces, mais parce que son père le soutient ; ainsi est-il du fidèle duquel il est dit au Ps. XXXVII : « Si le » juste tombe, il ne sera point déjeté plus outre, car le » Seigneur le tient par la main. »
Cependant considérez qui sont ces messieurs qui prêchent l'incrédulité par modestie, et qui, de peur d'être orgueilleux, veulent mourir en doutant s'ils sont enfants de Dieu ou du diable. Ce sont des personnes qui se vantent de leurs mérites, voire des mérites d'équivalence et de dignité, comme ils parlent, afîn de donner à Dieu tant pour tant, de peur qu'il ne se plaigne. Encore cela est peu de chose, car même « ils font des mérites supérabondants et supérérogatoires, faisant plus que Dieu ne veut, afîn de lui donner du retour. Et au bout ils ne savent s'ils iront en Paradis ou en enfer.
Ici donc parait la différence entre la vraie religion et la fausse: c'est que la vraie religion forme les cœurs à une fiancq humble, mais la faussetés forme à une défiance arrogante. Lequel orgueil, comme il est profane, aussi leur défiance est fort juste ; car celui qui se fie en ses nSérites n'a garde d'être assuré. Ayant pris un fondement en l'air, il faut bien que son attente soit en suspens. Ces messieurs donc enseignent en même temps à se fier en eux-mêmes et ^ se défier de Dieu , balançant leurs esprits entre la frayeur et entre l'ambition , tremblant de la peur des enfers , et cependant présumant un degré de gloire au ciel par^dessus le
j'ai gardé la foi : quant au reste, la couronne de justice m'est réservée..
vulgaire des saints, lequel degré est appelé Àureola par les scholastiques.
Cette erreur est nourrie par Favarice et l'ambition ; car d'uQ peuple effrayé on tire tout ce qu'on rent. On fouille aisément dans la bourse d*un bomme saisi d'étonnement. Un homme qui croit en la mort être reçu en paradià , n'achètera point de messes après sa mort.