‹ Bouclier de la foiChapitre 25 sur 68 · ARTICLE XXI · texte numérisé non relu

ARTICLE XXI

Sur le(q[uel le sieur JLmouz dispute de la

de persévérer.

Nous croyons que nous sommes illuminés en la foi par la grâce secrète du Saint-Esprit, tellement que c'est un don gratuit et particuîier que Dieu départ à ceux que bon lui semble; en sorte que les fidèles n'ont de quoi s'en glorifier, étant obligés au double de ce qu'ils ont été préférés aux autres, mêmes que la foi n'est pas seulement baillée pour un coup aux élus pour les introduire au bon chemin, mais pour les y faire continuer aussi jusqu'au bout; car comme c'est à Dieu de foire le commencement, aussi c'est à lui dm parachever.

ARNOUX

Sect. L. — Par ces mots ils prétendent que qui a une fois la vraie foi, n'en déchoit jamais, et que la foi ne se peut perdre; qu'il n'est plus en la liberté de l'homme, après avoir reçu de Dieu ce don , d'y renoncer ; qu'il est confirmé par conséquent en cette grâce, et ensuite de ce aux bonnes œuvres, qu'ils disent peu après être nécessairement conjointes à la foi. N'est-ce pas faire chacun d'eux en certaine façon impeccable ? Hélas ! et où sont parmi eux ces gens-là, ces saints, ces immuables? et, s'il y en a, que veut dire qu'ils enseignent avec Calvin que toutes les œuvres du ûdèle sont dignes de mort ?

DU MOULIN

Qui pèsera exactement les mots de ce 21* article de notre confession, n'y trouvera rien de tout ce que le sieur Arnoux lui fait dire. Il ne dit pas que tous ceux qui ont la foi soient assurés d'y continuer jusqu'au bout, mais que la foi est donnée pour continuer jusqu'au bout. A quoi nul ne peut trou- * ver à redire, que celui qui veut qu'on abandonne le service de Dieu après avoir bien commencé. Bref, en tout cet article il n'est nullement parlé dç la certitude de persévérer.

Néanmoins, encore qu'il s'égare, nous voulons le suivre à la piste, et éclaircir le lecteur touchant cette certitude de la persévérance.

Premièrement nous ne nions pas qu'il n'y ait une foi à ~ temps, et qui ne persévère point jusqu'à la fin. L'Ecriture- Sainte en parle en divers endroits : Mattb. XIII, 20. Jean n, 23 et 2i. Héb. VI, i, 5 et 6, et souvent ailleurs.

En second lieu, nous reconnaissons que la foi des élùfl croît par degrés, et qu'a mesure qu'elle se fortifie aussi croU la certitude de persévérer. Durant lequel accroissement il y a toujours quelque reste d'infirmité, et la chair suggère des doutes, tellement que cette certitude ne se donne pas à tous les élus en pareille mesure.

Seulement nous disons que quiconque se convertit à DietI par vraie repentance, et a appréhendé par une foi sans fein* tise le bénéfice de Jésus-Christ et la promesse de Dieu, doit croire que Dieu ne l'abandonnera point et lui fera la grâce de persévérer. Et que Dieu veut que nous ayons cette assurance, et nous promet la persévérance. Et qu'il donne cette assurance à ses élus, quoiqu'aux uns plus tôt, aux autres

plus tard, et à diverses mesures ; mais que surtout Dieu 11

donne à ses enfants en la mort.

Celte certitude de persévérance nous est enseignée en la

Parole de Dieu. Au chap. XXXII de Jérémie, vers. 39 et 40. î Dieu fait cette promesse : « Je leur donnerai un même cœur,

» afin qu'ils me craignent à toujours. Je traiterai avec eux

» une alliance éternelle que je ne me retirerai point arrière

» d'eux. r> Et au chap. XXXYId'Ezéchiel, ïera.^ v aU toftXr

)> trai mon Esprit au dedans de vous, et ferai que vous che- » minerez ea mes statuts. »

Jésus-Christ, au chap. Xllt de saint Marc, vers. 22, dit que ((faux christs et faux prophètes s'élèveront et feront signes » et miracles pour séduire même les élus s'il était possible ; » montrant que les élus ne peuvent être séduits finalement; et par conséquent persévéreront jusqu'à la fin. Dont aussi TApôtre, au commencement de Cépître à Tite , appelle cette foi dont nous parlons, « la foi des élus, o pour montrer qu'elle ne peut être anéantie non plus que Télection ; soit qu'elle soit différente en espèce de la foi temporelle, soit qu'elle diffère en degré ; mais toujours sa fermeté est fondée non sur sa force, mais sur l'assistance continuelle de Dieu, et cette assistance vient de l'élection.

Jésus-Christ, au chap. VI de saint Jean, vers. 39 : « C'est » ici la volonté du Père qui m'a envoyé, que je no » perde rien de tout ce qu'il m'a donné. i> Or, ceux que le Père a donnés à Jésus-Christ sont ses élus, lesquels, puisque Jésus-Christ promet de ne perdre point, mais les garder toujours, il est nécessaire qu'ils persévèrent jusqu'à la fin. ' Notre Seigneur, au chap. lY de saint Jean, vers. 14; parlant dé l'Esprit qu'il donne aux siens, (( promet de leur » donner de l'eau , de laquelle qui boira n'aura jamais soif, » mais qu'elle sera en lui une fontaine saillante en vie éter- 9 nelle. d Ce qui ne peut être sans persévérance jusqu'A la fin,

L'Apôtre (Rom. VIII, 34) s'assure de cette persévérance : « Qui nous séparera de la dilection de Christ ? d Et peu après : « Je suis assuré que ni mort, ni vie , ni anges, etc., » ne nous séparera de la dilection de Dieu. x> Ainsi Jésus- Christ promet à saint Pierre le don de persévérance, quand . il lui dit : ((J'ai prié que ta foi ne défaille point » (Luc XXII, 32). Conformément à ce que Jésus-Christ demande à son Père : (k Père saint! garde-les en ton nom, voire ceui^que » ta m*a8 donnés » (Jean XVIi, 11).

Au premier psaume, les vrais fidèles sont comparés à l'arbre dont la feuille ne tombe point. Jésus-Christ les compare à celui qui a bâti sa maison sur le roc, laquelle demeure ferme contre Forage (Matth. VII). Et saint Pierre dit

DB LA FOT. 183

que la «Parole de Dieu iiabitant en leur coeur est une se- » mence incorruptible , \ivant et demeurant à toujours » (I Pierre I, 23). Pou auparavant il avait dit : a Nous som* » mes gardés en la vertu de Dieu par la foi pour avoir le • salut. 1»

A cela sert ce que les vrais fidèles sont souvent appelés membres de Jésus-Christ; car il n'est pas croyable que Satan pui^ couper ou arracher à Jésus-Christ ses membres et diminuer son corps. Item, que la régénération des fidèles est appelée une naissance (Jean III, 3) et une résurrection (Apoc. XX, 6) ; car cette seconde naissance n'est point sujette à être anéantie par la mort. Et TEsprit de Dieu, au chap. XX de l'Apocalypse, dit que la. mort seconde , qui est la damnation , n'a point de puissance sur celui qui a part à la première résurirection. Que si un homme vraiment régénéré pouvait perdre entièrement la foi et la piété, et puis y revenir et être rétabli par repentance, il y aurait, outre cette seconde naissance dont l'Ecriture parle, une troisième et quatrième naissance, desquelles l'Ecriture ne parla point.

Et quand même nous n'aurions point tant de passages pour la certitude de persévérance» si est-ce que tant de passages allégués en la section 46, par lesquels Dieu veut que noussoyons assurés de notre salut, présupposent néccssairenicnt l'assurance de persévérer; car sans cela la foi vacille et flotte en incertitude.

Tout cela fondé sur l'élection invariable, sur la nature de Dieu, duquel les dons et la vocation sont sans repentaoco (Rom. XH, 2-9). Sur les promesses de Dieu, ci-dçssus représentées. Dieu cultive ce qu'il a planté. Il donne parce qu'il adonné. Ses premières grâces invitent les suivantes , et sont promesses pour l'avenir.

Peut bien arriver que la foi du fidèle, rudement assaillie, chancellera quelquefois , et souffrira des affaiblissements , comme ceux qui tombent en défaillance. Ainsi est advenu à David, à Salomon, à saint Pierre et à plusieurs fidèles que Dieu a relevés après la chute; car que David en sa chute n't point entièrement perdu le Saint Esprit, il appert parce qu'il dit lui-même au Psaume Lf, vers, 13 : a Ne me Te\eUe ^ouv\

n de devant ta face, et ne m'ôte point TEsprit de ta sainteté.» Il avait donc encore cet Esprit. Quant à Salomon , Dieu même , au cbap. yil du deuxième livre de Samue), avait promis que, s'il commettait quelque iniquité , Dieir le châtierait' de verges d'hommes, mais ne retirerait point sa grâce de lui. Dont appert que par cette doctrine nous ne nous rendons point impeccables, comme le sieur Atnoux nous impose. «

Cependant cette persévérance, quoique nécessaire, ne laisse d'être volontaire et sans contrainte. Nous avons montré en la section 21, qu'il y a des nécessités volontaires, et que la contrainte répugne à la liberté, et non la nécessité. La nécessité est opposécbà ta contingence, comme la liberté à la servitude et à la contrainte. Nous désirons tons nécessairement d'être heureux, et néanmoins avec liberté de volonté. Il ne faut point demander si les élus peuvent résister à la grâce de Dieu ; car ils y résistent tous pour un temps, et ne peuvent faire autre chose de leur nature. Mais Dieu en son conseil a décrété de fléchir leurs volontés, afin qu'ils ne veuillent résister jusqu'à la fin. Je ne dis pas que quand ils voudraient ils ne pourraient résister jusqu'à la fin à la grâce de Dieu ; mais que Dieu a décrété leur faire la grâce de ne point vouloir résister, et de suivre la vocation de Dieu de franche volonté, jusqu'à ce qu'ils empoignent le prix proposé à la persévérance.

Ce que sieur Arnoux nous fait dire et à Calvin, que toutes les œuvres du fidèle sont dignes de mort, est calomnieux et n'est de cette question.

ARNOUX

Sect. LI. — Textes cotés en marge de la confession. 1 Cor. I,

8 et 9. « Lequel (Jésus- Christ) aussi vous affermira jusqu'à la fin, pour être irrépréhensibles en la journée de notre Seigneur Jésus- Christ. Dieu est fidèle, par lequel vous avez été appelés à la communion de son Fils Jésus* Christs notre Seigneur: » Et Jud. v. 3: « Il m'a été nécessaire de vous écrire, pour vous exhorter à soutenir le combat pour la foi , laquelle a été une fois donnée aux saints. » Et Rom. II, 29 : c Car les dons et la vocation de Dieu sont saijB repeDtaace. 9 Notez, il vous affermira, parce que c'est par lui

et non par vous que vous serez fermes, en cas que vous soyez fermes, et ne tiendra pas à lui. Il vous a appelés à sa communion ; ce n'est pas à dire que vous y demeuriez, msis, si vous y demeurez , il vous sera fidèle à vous donner ce qu'il a promis. I^ foi a été une fois baillée aux saints, est-ce à dire que ce soit pour une seule fois, ou pour toujours, et sans qu'on la puisse ou perdre ou recouvrer ? Bref, les dons et la vocation de bieu sont sans repentance, parce que Dieu ne rétracte jamais ce qu'il a fait. Ta perdition vient de toi, ô Israël ! >

DU MOULIN

C'est un coup d'ongle que Tadversaire donne à trois passages cotés en la marge de notre article 21, pour montrer quMIs sont mal employés pour prouver la certitude de persévérance. Cela c'est s'escrîmer contre son ombre ; car CCS passages ne sont point employés pour la certitude de persévérance, de laquelle il n'est nullement parlé en cet article.

Joint que nous avons déjà réfuté cela en la section 47, où nous avons montré que le décret de Dieu, de donner la per-> sévérance à ses élus, n'est point un décret conditionnel, mais absolu. Et de fait il y aurait deMa contradiction à dire que Dieu donne aux fidèles de la persévérance s'ils persévèrent, ou (pour parler comme le sieur Arnoui) que par la grâce de Dieu ils seront fermes, pourvu qu'ils soient fermes. Surtout il a bonne grAce de dire qu'il ne tiendra pas à Dieu. Ce docteur s'imagine que Dieu nous dit : Faites votre devoir, et je ferai le mien. Il ne tient pas à moi, mais vous^ ni*empécbez de faire ce que je voudrais bien. Cette théologie est hypocondriaque. Et Texemple qu'il apporte en sa réponse est inepte : a Si (dit-il) je disais à un malade, le mé- » decin vous assistera jusqu'au bout, s'ensuit-il que le ma-* I * lade ne sera point rebelle? » Certes Dieu n'est pas comme le médecin, lequel ne peut pas donner au malade la volonté. 1 de se laisser conduire; mais Dieu donne à ses élus son Esprit, qui les forme à son obéissance.

Le passage « Ta perdition viendra de toi, ô Israël » , n'est à propos de la persévérance des élus, car cela est dit des réprouvés.

ARIfOUX,

Sect. Ur. — Texte contraire. 1 Corinth. X, 12 : * Par quoi celui qui s'estime être debout, regarde qu'il ne tombe. >

Il se peut donc faire qu'il tombe, et il ne saurait tomber s'il n*est debout; et s'il était debout, il avait la foi. Qui osera donc dire contre saint Paul, que qui a la foi ue la peut perdre ?

DU MOULIN

Saint Paul, en ce passage, parle aux présomptueux et négligents, qui se fient en leurs forces» et leur dit. que celui qui se croit être bien ferme et assuré, prenne garde qu'il ne tombe en des fautes par lesquelles sa présomption et faiblesse se reconnaisse. Car par tomber il n'entend pas perdre la foi, comme s'imagine le sieur Arnoux, mais tomber en des fautes par ICvSquelles sa fausse fiance soit convaincue. Toutefois, pour gratifier l'adversaire, posons le cas que saint Paul parle à ceux qui ont la vraie foi. En ce même sens, je dis , ou que TApôtre parle do la chute finale, dont on ne so relève point, ou bien il parle des chutes dont on se relève, et qui arrivent aux plus gens de bien, comme à saint Pierre, David, etc. S'il parle des chutes dont on se relève, elles ne répugnent point à la persévérance finale, dont il s'agit ici. S'il parle de la chute finale, et dont on ne se relève point, cet enseignement ne laisse d'être utile à ceux qui sont assurés de leur salut. Car ceux qui sont vraiment debout no doivent laisser de prendre garde de ne point tomber. L'assurance qu'ils ont d'aller auToyaume de Dieu ne les empêche

-point de se détourner du chemin des enfers, ains les oblige à y prendre garde. Car la volonté de Thomme doit servir au décret de Dieu. Ceux que Dieu a ordonnés à la fin doivent suivre les moyens pour y parvenir. Celui que Dieu a préor-

. donné à vivre cent ans doit prendre garde à ne se laisser

^mourir de faim, car la fiance que Djeu nous sauvera n'est pas cause de négligence. Et défait, afin que nul ne se puisse servir de ce passage pour invalider la certitude de persévé-

" rer, saint Paul ajoute a Tentation lie vous a p'oint saisis, sinon B humaine. Or, Dieu est fidèle, lequel ne permettra point

» que vous so]qz tentés outre jce que vous pouvez; mais il

B donnera avec la tentation l'issue, en sorte que vous la » puissiez soutenir. » Par ces paroles , il les fortifie en Tassurance que Dieu leur fera la grâce de persévérer.

ARNOUX

Sect. lui. — 1 Philipp. II, 12 : « Employez-vous à votre propre salut avec crainte et tremblement. »

Mais pourquoi tremblera celui qui n'a point de peur et se tient assuré?

DU MOULIN

Cette crainte et tremblement n'est point la crainte des enfers, mais la crainte d'oiïenser Dieu. C'est une crainte filiale, et non une crainte servile, une crainte qui pique la tardiveté, et ne contrarie point à la foi.

Et quand même saint Paul parlerait ici de la crainte des ertfers, que fait cela à ce propos? Car qui ne sait que l'Apôtre donne des enseignements à toutes sortes de personnes , et par conséquent à ceux aussi qui ont dès doutes de leur salut? Aux personnes peil avancées en la piété, la crainte des enfers sert de compulsoire, et est un retien salutaire. Mais cette frayeur va en diminuant à même que la foi prend accroissement, comme les échafaudages des. bâtiments, qu'on tire pièce à pièce, à mesure que le bâtiment s'avance et se parfait.

ARTICLE XXU.

Sur lequel le sieur Amoux agite la question : si la foi peut être sans les œuvres.

Nous croyons que par cette foi nous sommes régénérés en nouveauté de vie, étant naturellement asservis à péché. Or,, nous recevons par la foi la grâce de vivre saintement et en la crainte de Dieu, en recevant la promesse qui nous est donnée par l'Evangile, à savoir, que Dieu nous donnera son Saint-Esprit. Ainsi la foi non-seulement ne refroidit l'affection de bien et sain-

lement vivre, mais Tengendreel l'excite en nous, produisant nécessairement les bonnes œuvres. Au reste, combien que Dieu, pour acconiplir notre salut, nous régénère, nous réformlint à bien faire; toutefois, nous confessons que les bonnes œuvres que nous faisons par la conduite de son Esprit, ne viennent point en compte pour nous justifier, ou mériter que Dieu nous tienne pour ses enfants, parce que nous serions toujours flottants en doute et inquiétude, si nos consciences ne s'appuyaient sur la satisfaction par laquelle Jésus- Chrismous a acquittés

ÂRNOUX.

Sect. LIV. — S'il est vrai que qui a la foi a nécessairement les œuvres , il s'ensuit que qui n'a les œuvres ne peut avoir la foi.

DU MOULIN

Gela est vrai , pourvu que par la foi on entende une foi vive, une vraie fiance en Jésus-Cbri.st, une fiance non sur nos mérites, mais sur la promesse de Dieu; une foi œu« vrante par charité (Gai., Y, 6) ; non point la foi de l'Eglise romaine, qui croit seulement que tout ce que Dieu a dit est véritable, ce que les diabfes croient aussi; non la foi du peuple de l'Eglise romaine, qui fait profession de croire tout ce que Dieij a dit, âans savoir ce qu'il a dit, et sans être instruit en sa parole. Une telle foi peut être et est ordinairement sans bonnes œuvres.

' ÂRNÔUX. '

Sect. LV. — Et qui des saints et continents ministres oserait s'assurer fermement qu'il a les bonnes œuvres, sans être par les siens condamné d'orgueil, de mensonge et de folie? Et donc personne d'eux ne peut aussi s'assurer de sa foi, manquant aux bonnes œuvres qui en sont l'effet?

bu MOULIN.

Non-seulement les ministres, mais les moindres du peuple

qui aîAient Dieu et le craignent, savent bien quand ils font des bonnes œuvres, et en sont bien assurés, et ne doutent point que telles œuvres ne soient agn^ables à Dieu, et qu*il ne supporte ce qu'il y a de défaut et imperfection pour l'amoiir de Jésus-Christ. Mais ils ne s'en vantent pas, et ne croient point par là mériter envers Dieu. Pourtant ils ne craignent point d*étre condamnés par personne d'orgueil , de mensonge ou de folie , parce qu'ils n'en parlent à personne, aimant mieux se condamner que se justifier. Le sieur Arnoux ne sait ni quel est notre langage , ni quelle est notre créance, ni même quelle est la sienne.

ÂRNOUX.

Sect. LVI. — Ce sont contradictions manifestes: dire que la foi ne se peut perdre,* qu'elle n'est jamais sans les œuvres, qu*on est assuré de sa foi, et que toutefois on ne peut s'assurer de ses œuvres.

DU MOULIN

Il est bien aisé au sieur Arnoux de nous faire contredire à nous-mêmes, en nous faisant dire choses qu'il sait bien que nous ne disons pas , et que nous ne croyons non plus que lui. Certainement il ne combat point notre confession, mais ses fictions et une confession imaginaire. Pour reconnaître avec quelle équité il nous traite., le lecteur se souviendra que ci-dessus, en la section 50, il a dit que nous nous faisons impeccables, c'est-à-dire sans péché ; et maintenant il nous attribue le contraire, et nous fait dire , que le plus saint des ministres n'oserait assurer qu'il a des bonnes œuvres. Ainsi il nous a ci-dessus reproché que nous faisons une foi vide et stérile de bonnes œuvres. Mais ici il produit lui-même notre confession , qui dit que la foi produit nécessairement les bonnes œuvres. Par ce moyen , ii nous justifie^ et confesse tacitement nou3 avoir calomniés. Au reste, ces choses s'accordent bien, avoir une. ferme fiance, accompagnée de lionnes œuvres , et néanmoins ne se fier point en ses bonnes œuvres : car plus on se fie en Dieu, plus on se défie de soi-même ; plus on se repose sur le mérite de Jésus-Christ, plus on renonce à ses propres méiitea.

ARNOUX

Sect. LVir. — Textes cotés eh marge de la confeision. Jacq. Il, 14 : « Mes frères, que profitera-t-il si quelqu'un dit qu'il a Ja foi el qu'il n'ait point les œuvres? la fci pourra-t-elle le sauver? » Gai. V, 6: «Car, en Jésus-Christ, ni circoncision, ni prépuce n*a aucune vertu , mais la foi opérant par charité. » 1 Jean II, 5 : « Mes petits enfants, je vous écris ces choses, afin que vous ne péchiez point. » Et par cela savons-nous que nous l'avons connu, si nous gardons ses commandements? Et chap. V, v, 18: «Nous savons que quiconque est né de Dieu ne pèche point, mais qui est engendré de Dieu se contregarde soi-même, et le malin ne Je touche point. » Et au chap. 111, v. 5: « Quiconque a cette espérance se purifie, comme aussi icelui est pur. »

En tous ces textes, pas un mot qui, ni de près ni de loin, signifie que la foi produit nécessairement les œuvres; et le mot néces^ sairement n'y est ni en vérité ni en peinture.

DU MOULIN

Ces passages servent à prouver ce que dit notre Confession, à savoir, que la foi lexcite en nous l'affection de bien vivre, et produit nécessairement les bonne? œuvres. L'Ecriture est pleine de preuves de cela. L'Apôtre aux Hébreux, cbap. XL vers. 32 et 33, feit un grand dénombrement des serviteurs de Dieu qui , par foi , ont eiercé justice. Saint Pierre, au chap. XV des Actes, dit que « Dieu a purifié les » cœurs des Gentils par foi.» L'apôtre saint Paul , Rom., cbap. Ylify vers. 1 , dit que «il n'y a nulle condamnation à » ceui qui croient en Jésus-Christ, qui ne cheminent point 0 selon la chair, 'mais selon l'esprit, o Ajoutez à cela les passages cotés en la marge de notre Confession, que le sieur Arnoux produit, c< que la foi sans les œuvres ne peut sau- » ver» (Jacq., Il, 14) ; « que la foi est opérante par charité » (Gai., Y); desquels passages, cotés jusqu'à cinq, le sieur Arnoux ne nie pas qu'ils ne disent que la foî produise les bonnes œuvres; seulement, ilditqu&le mot « nécessaire- » ment», qui est en notre article, ne se trouve en aucun de ces passages. Je suis honteux de m'amuser à choses si puériles. Si en notre Confession nous eussions mis que Dieu est nécessairement juste , le sieur Arnoux nous eût fait une

querelle là-dessus, et eût dit.que l'Ecriture dit bien que Dieu est juste, mais ne dit pafi qu'il est nécessairement juste. Quoi I la parole de Dieu n'est-elle point nécessairement véritable! et quand TApôtre dit que la foi est opérante par charité, n'est-il pas nécessaire qu'elle œuvre par charité pour être cette foi dont parle l'Âpôtre? Est-ce probablement ou contingemment que la foi nous incite à bonnes œuvres? Cela n'est point parler <;n homme ni à des hommes.

ARNOUX

Sect. LVIII, — Texte contraire, A Tite I, 16 : c Us font profession de connaître Dieu , mais ils le nient par oeuvres , vu qu'ils sont rebelles et abominables à toute bonne œuvre. »

DU MOULIN

Les bouteilles de Gédéon eussent été aussi à propos. Que fait cela, pour prouver que la foi des élus peut être sans bonnes œuvres? Qui ne sait qu'il y a une fausse foi, et que plusieurs ont une bonne profession et une mauvaise conversation?

ARNOUX

Sect. LIX. — Jacq. II, 14 : « Si quelqu'un dit qu'il a la foi et qu'il n'ait point les œuvres, sa foi le pourra-t-elle sauver? »

On voit bien qu'il ne nie pas que la foi ne puisse être sans les œuvres, mais seulement que sans les œuvres elle puisse servir.

DU MOULIN

Ains saint Jacques dit clairement que la foi peut être sans les œuvres , parce qu'il parle d'une foi mbrte , d'une foi d'hypocrites, d'une foi semblable à la- foi romaine, par laquelle un homme croit que la parole de Dieu est véritable , mais ne croit pas que les promesses de Dieu lui appartiennent. Une telle foi est sans œuvres : mais non la foi des vrais fidèles, par laquelle lis sont justifiés devant Dieu.

ARNOUX

Sect. LX. — Et en saint Matth. XIIl, 22, elposant la parabole du semeur : « Celui qîii a reçu la semence entre les épines, est celui qui ouït la Parole de Dieu ; mais le soin- de ce monde et la fallace des richesses étouffe la Parole et ne fait point de fruit. »

DU MOULIN

C'est abuser le lecteur que d'alléguer des passages si peu à propos. Ce passage ne prouve point que la vraie foi des élus, qui est la foi justifiante dont parle notre confession, puisse être sans bonnes œuvres.

De la première et seconde justification de l'Eglise romaine

ARNOUX

Sect. LXI. — Au même article plus bas. «Toutefois, nous confessons que les bonnes œuvres que nous faisons par la conduite de son Esprit, ne viennent point en compte pour nous justifier ou mériter que Dieu nous tienne pour ses enfants. »

S'ils entendent que personne ne peut mériter sa première jus iiication, cela est vrai, et en ce sens nous sommes gratuitement justifiés.

DU MOULIN

L'Ecriture-Sainte ne parle que d'une justiOcation par laquelle le pécbeiir est justifié devant Dieu, laquelle justification est l'absolution du pécheur en vertu de la mort de Jésus-Christ, et par Timputalion de sa ju.'tice. L'Eglise romaine, qui par la justification entend la régénération ou sanctification, peut non-seulement mettre deux justifications, mais une centaine, si clic veut prendre les degrés de Tavanccment en la régénération pour autant de justifications.

Cependant est bon de connaître en quel sens le sieur Arnoux confesse que nous sommes gratuitement justiûés. L'Ecriture-Sainte attribue la rémission de nos péchés à la miséricorde de Dieu et à la rédemption de Jésus-Christ; mais quant à la sanctiflcation pu régénération, c'est un effet du Saint-Esprit, lequel pour cette cause est appelé TEsprit de sanctification. Quand donc TApôtre, au chap. V aux

lomains, vers. 9, dit que nous sommes justifiés au sang le Jésus-CLrist ; et au cbap. I,.vers. 23, que nous sommes listings gratuitement: il est plus clair que le jour qiu) par justifier il entend absoudre et non pas régr'nérer. Ces mots de régénérer gratuitement n'ont ni sens ni grâce ; mais dire que Dieu nous pardonne gratuitement, pst parler selon la raison et selon TEcriture : « 11 nous a pardonné gratuitement » touU»s nos offenses » (Coloss. II, 13). Mais l'Eglise romaine qui pervertit toute l'Ecriture, par « justifier gratuitement » entend « régénérer gratfiitement ; » et là-dessus nous fait deux régénérations, dont la première soit gratuite, et l'autre (ion gratuite mais méritée; comme si Dieu nous donnait quelque grâce non gratuitement, et non de pure libéralité.

ARNOUX

Sect. LXII. ^- Mais ils prétendent que les œuvres faites en çràce par l'œuvre du Saint-Esprit ne sont point méritoires, comme i Je Saint-Esprit n'était pas capable d'opérer en nous et par nous, ;t avec nous, choses dignes de lui-même.

DU MOULIN

l>es mérites.

L^adversaire veut que les œuvres faites en grâce par 'aide du Saint-Esprit soient méritoires. Cette parole est )ien bardie : car il n'y a guère d'bommes en France, quelque service qu'ils aient re^du au roi, qui osassent dire au roi qu'ils ont mérité que le roi les enricbisse. Qui plus est, )i nous méritons la vie éternelle, Dieu sera injuste s'il ne lous la donne; car c'est une injustice de retenir si un icrviteur le salaire mérité. Par ce moyen nous voilà en >onnc assiette, et n'avons plus qu'à demander à Dieu qu'il lous paie s'il ne veut être injuste. Puis donc qu'il y va de ant, il sera bon de peser un peu ces mérites, et de recounaîre leur valeur et leur possibilité.

En ce point la messe et le concile de Trente sont en diseord ; ^r au canon de la messe qui se dit tous les jours, le prêtre ait cette prière : a Reçois-nous en la compagnie de tes > saints, uc pesant point notre mérite, mais qous octroyant

» le pardon par Jésus-Christ notre Seigneur. » ^ Mais le concile de Trente, en la session VI, en a ordonné autrement, définissant que les bonnes œuvres de l'homme justifié sont tellement dons de Dieu que ce sont aussi nos mérites,* et que l'homme peut avec la grâce de Dieu mériter non-seulemeot la vie éternelle, mais aussi unaugment de gloire, c'est-àHlire un degré de béatitude au ciel par-dessus l'ordinaire. L'opinion de Thomas est ' que nos bonnes œuvres, en tant qu'elles procèdent du Saint-Esprit, méritent condignemeol, c'est-à-dire par équipollence ; mais que ces mêmes mérites, en tant qu'ils procèdent de notre franc arbitre, mériteut seulement par congruité et par droit de bienséance, mais non à la rigueur de la justice.

Mais aujourd'hui on élève les mérites bien plus haut. Le jésuite Gotton, au premier livre de son Institution, chap. XYLl, dit a qu'il y a un mérite de condignité auquel » la récompense est due en rigueur de justice. » Et le sieur Arnoux nous dit ci:aprèsque Dieu nous est debteur. Le cardinal Beliarmin, qui a écrit à Rome avec approbation générale, et qui est communément suivi, au cinquième livre de' la Justilication, chap. VU, dit que c'est chose plus honorable d'obtenir quelque chose par son mérite, que de l'avoir par le seul don de Dieu ; ^ et au chap. XIV, il dit que « Dieu ^a- D lera enlièrement l'œuvre et le salaire, afin que chacun » n'ait moins de récompense qu'il ne mérite, à juger juste- » ment, ce qui est de la justice commutative. » ^ Cette justice est celle qui donne tant pour tant. Bref, après avoir tâché à prouver au chap. XV II que la bonne œuvre, eliarii iine pacio, mémo sans promesse de Dieu, a une proportion à la vie éternelle, il clôt sou propos par une doctrine qu'il

^ Non aestimator merili sed veniae largitor.

' Si'quisdixQrit hoiuinis justiiicati bona opéra ita esse dona Dei ut non sint eliaDi bona ipsius justiiicati mérita, etc., anathema sit.

' Thomas 1, fjart. 2, quœst, 14, art. 3.

^ Magis houorificum est iiabere aliquid ex rnerito quam ex sola donatii/ûe.

B Deus coDstituet absolutam aîqualitatein inter opéra et mercedes, ut UDusquisque non minorem habeat mercedcm quam justo judicio mereatur, quod est justicise commutativse.

dit être la doctrine commune des théologiens : « Que les

• bonnes œuvres des justes sont méritoires de la vie ëter- > oelle par condignité, non-seulement en considération de » la promesse; et de l'acceptation, maisaussi en considération » de l'œuvre, tellement qu'en la bonne œuvre procédante

• de la grâce, il y a quelque proportion et égalité avec le » prix de la vie éternelle; » * dont il infère au chap. XVllI que : « Dieu nous est rendu debteur, non -seulement parce » qu'il Ta promis, mais aussi à cause de notre œuvre. »' Bref, vous diriez que ce prélat est prêt, avec les jetons en main, de compter avec Dieu et de lui montrer de combien

il est redevable.

La croyance de nos Eglises est contraire à cela. Nous disons que les bonnes œuvres sont nécessaires à salut, non comme causes du salut, mais comme le chemin pour y parvenir : via regniy non causa regnandi. Les bonnes œuvres servent à glorifier Dieu, à édifier nos prochains, à fortifier la foi par exercice, à nous acheminer au salut: mais elles ne sont point le prix de l'acquisition du salut, lequel nous est suffisamment acquis par la rédemption gratuite en Jèsus-Christ.

1. C'est assez de posséder le royaume de Dieu comme enfants de Dieu, et en qualité d'héritiers et donataires, sans le vouloir encore posséder sous le titre d'acheteurs et d'acquisiteurs par nos mérites. Puisque noqs avons en main un prix de valeur infinie, par lequel le royaume des cieux nous est acquis, à savoir le mérite de notre Seigneur Jésus , qu'avons-no^s besoin d'acheter du nôtre ce que Jésus-Christ nous a acquis, et que Dieu nous donne par sa pure libéralité?

2. L'Ëcriture-Sainte pique cette enflure, et dépouille rhomme de cette fiance en ses mérites ; car elle appelle le

1 "17® §. Jam vero opéra bona justorum meritoria esse vit» aeternae, non soluoi ralione pacU et acceplationis, scd etiam ratione operis, ila ut ia opère bono ex gratia précédente, si quaedam proportio éi aequalitas ad praemium vit% setemse.

• Non ex sola promissione, sed etiam ex opère nostro Deus efflcitur debitor*

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salut im don de Dii u, et non une acquisition par nos mérites (Epbés. II, 23). « Les gages du péché c'est la mort, mais le » DON do Dieu est la vie éternelle » {Rom. VI, 21). Sur lequel passage saint Augustin parle ainsi : a L'Apôtre, pouvant dire » véritablement que le g'age de la justice est la vie éteraclle, )) a mieux aimé dire que la grâce de Dieu esl la vie éternelle, » afin que par là nous entendissions que Dieu nous mène â )> la vie éternelle, non par nos mérites, mais par sa mi^éri- )î corde. » *

3. Le même Apôtre, en la seconde à Timotbée, vers. 9: a II nous a sauvés et appelés d'une sainte vocation, non » point selon nos œuvres, mais selon son propos arrêté, » et la grâce laquelle nous a été donnée en Jésus-Christ v> devant les temps éternels. » Notez ces mots : a il nous a » sauvés, » pour réfuter la glose du sieur Arnoux, lequel confesse seulement que la première justification, c'est-à-dire le commencement de la régénération, ne vient point de nos mérites ; mais quant au salut, il y.eut que nous le méritions. Voici au contraire l'Apôtre qui nie que nous soyons sauvés par nos œuvres.

4. Pourtant quand il est question de savoir en vertu de quoi nous obtenons le salut éternel, le même Apôtre oppose la grâce dnx œuvres comme chose incompatible. « A celui » qui œuvre le loyer n'est point réputé pour grâce, mais » pour chose due» (Rom. IV, 4). Vous diriez qu'il parle à nos adversaires, disant : A vous qui vous fiez sur vos œuvres, il faut que le salaire de la vie étemelle ne soit point réputé pour grâce de Dieu, mais pour chose due; comme de fait nous avons ouï ci-dessus Beltarmin se vantant que Dieu nous est debteur. Et notez que l'ApÔlrc parle d'Abraham lorsqu'il a cru à Dieu, et que sa foi lui a été imputée à justice, afin que nul ne pense qu'il parle des personnes non régénérées, ou des œuvres qui se font par les forces naturelles.

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