BOUCHER
et advient quelquefois que le saint pour lequel on supplie perd sa cause et n'a point les hommes propices ; (fiielquefois il gagne sa cause à demi et est déclaré « béat, >» qui est un degré à la sainteté, auquel Ignace Loyola est parvenu par la libéralité de Paul V, l'an 1609, sous espérance qu'un jour ilpourra être promu à la sainteté. Par ce moyen plusieurs saints ont -bien de l'obligation aux papes ; et là-dessus le livre des Cérémonies sacrées dit qu'il est quelquefois advenu que le pape a été contraint de canoniser quelqu'un contra sa volonté ; et que de là Vient qu'il fait encore aujourd'hui une protestation pour décharger sa conscience. ^ Les.papes Innocent III et Alexandre III * défendent de servir aucun saint sans approbation du pape ; or, combien invoque-t-on de saints, de la sainteté desquels le pape ii^ jamais donné aucune déclaration, et dont il n'a jamais oui parler?
Pour reconnaître ceux-là pour saints avec certitude de foi, il faut être de fort facile créance, vu même que tous q^ux qui disent que le pape ne peut errer en la foi , confessent qu'il peut errer au fait, et qu'il peut être surpris. Or, la canonisation se fait à la sollicitation des princes, ou des prélats, ou des communautés, avec brigues toutes ouvertes, et dépend de la probité et vertu de celui qu'on canonise, qui est une question de fait qui gtt en l'information, en laquelle on peut user de fraudes et de faux témoignages, parce qu'il y va du gain et des profits d'une ville ou village par l'abord des peuples à visiter un nouveau saint, lequel incontinent fait des miracles. Là-dessus le sieur Cotton, jésuite, a bonne raison de dire ' a que douter que ceux que » le vicaire de Jésus-Christ a déclarés bienheureux ne soient » saints, c'est s^mscrire en faux contre le livre de vie, s*oppo- » ser à la manifestation du volume de prédestination, et » démentir le code à sept sceaux qui a été ouvert par » rAgnean.D Paroles qu'il étale plus pour déployer les
* Liber 1, Sacr. Cerêm. Sect. 6, eap. 1. Papa tune quodammodo cogebatur ad canonisa ndum quemdam contra suam opinionem, et propterea protestabatur.
* Cap, if tit. de reliq. et sanctorum invocatione, ' Au chap, 10 du t«' livre de r/fi5<i7tiitofi.
conceptions sublimes que pour aucune croyance qu'il ait de ce qu'il dit; car il faut ^tre flatteur au dernier degré, pour faire accroire au pape que le rôle de ses canonisations soit . 4e livre de vie ou le livre scellé de sept sceaux dont est parlé au cbap. V de TApocalyse, vers, i . Et est malaisé que le pape soit assuré de la prédestination d'autrui, puisqu'il n'est pas assuré de la sienne, y ayant tant de papes que nosadversaires mêmes disent être damnés: par ce moyen un hommo enrôlé entre les damnés met coux qu'il veut au rôle dvs saints.
L'expérience parle là- dessus: car les papes bien souvent mettent au rôle des saints, non ceux qui ont plus conformé leur vie à la Parole de Dieu, mais ceux qui ont soutenu ou accru l'empire papal : comme Tbomas de Cantorbéri et Anselme, qui ont souffert non pour la défense d'aucun article de la foi chrétienne, mais pour des investitures et autres droits et profits temporels que le pape se voulait attribuer en Angleterre. ^ Tels nouveaux saints pourraient bien faire douter des vieux. De cette même source vient que ceux qui ont attenté à la vie des rois sont mis aujourd'hui au rôle des martyrs. Par ce moyen saint Dominique est devenu saint, pour avoir fait massacrer plusieurs milliers de personnes pour la défense de la papauté ; ' prêchant la croisade pour exterminer les vrais fidèles, que par injure on appelait Albigeois» en même façon qu'on nous appelle Huguenots, à cause que nous ne recevons autre doctrine que celle de Jésus-Christ et de ses Apôtres. Et c'est ce saint que saint Antonin, archevêque de Florence, compare avec Jésiis-Ghrist , et n'y trouve que bien peu d'inégalité.
Par ces canonisations descendues des apothéoses paten- !iea« qui se faisaient, aussi bien qu'en ce temps, par le sénat romain, vêtu de pourpre, ' commandement est fait à tous
1 Antonius Archiepisc, Flor. part, 3, Ht. 23, in vita Catha'
rinœ.
< Senensis Pater Dominicus in adjutorium suinpsit quasdam devotas per8onas zelantes pro fide, qu» corporaliter illoe haereUeois gladio materiali expugnarent.
* jBocea, Canwnùat, sanciorumt c c. 38.
232 BOrcLiEiR
les sujets du pape de croire qu'un tel est bienheureux , cl qu'il peut être invoqué, qu'on peut lui bâtir des églises, lui établir fêtes, vénérer son image et ses reliques ; et, qui plus est , sacrifier Jésus-Christ en son honneur , qui est certes Thonorer plus que Jésus-Christ ; car celui en l'honneur duquel un sacrifice est offert est plus grand que le sacrifice. De tout cela, et surtout de cette puissance du pape, et de mettre au rôle des saints ceux qu'il lui platt, trouverait-on bien quelque exemple en toute l'antiquité? Cette impiété est nouvelle, et une des dernières pièces du mystère d'iniquité.
ARNOUX
Sect. LXXVr. — Texte contraire, Jacq. V, 14 : « Y a-t-il quelqu'un d'entre vous malade ? qu'il appelle les prêtres de l'Eglise, et qu'ils prient pour lui. » Kt v. 16 : « Priez l'un pour l'autre, a6n que vous soyez guéris. » Coloss. 1, 1 : « Nous rendons tous grâces de vous à Dieu, qui est le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, priant toujours pour vous. »
■ Voilà plusieurs Avocats, Jésus-Christ donc ne nous est pas donné pour seul avocat ; et si, priant ici-bas l'un pour Tautre, nous n'intéressons aucunement son ofBce d'avocat, comment et pourquoi les saints priant au ciel amoindriront-ils la gloire de son intercession? Ainsi n'en est-elle pas plus grande, puisque leurs prières sont toutes fondées sur ses mérites?
Que la prière mutuelle des vivants, priant pour l'on l'aotrey ne fait rien pour l'invoeation des saints trépassés.
DU MOULIN
Le sieur Arnoux veut prouver que les saints prient ppur nous au ciel. Ce qui n'est point en controverse. Les saints peuvent prier en général pour TEglise sans connaître les pensées et les nécessités des particuliers.
Toutefois voyons comme il le prouve. Il amène trois passages qui parlent des prières que les vivants font les uns pour les autres ; ce qui n'est à propos ; car il ne s'agit point ici des prières des vivants que Dieu a commandées, et qui se font par personnes qui connaissent particulièrement les
nécessités mutuelles. Mais il s'agit ici des prières que los saints trépassés font pour les vivants, desquels ils ne connaissent point les nécesi^ités particulières, et ne savons point quel commandement Dieu a fait aux saints là-dessus.
D'abondant, quand nous nous recommandons aux prières mutuelles les uns des autres , c'est un ôfrice réciproque entre nous, lequel n'est point entre nous et les sainte.
Joint que quand nous prions nos prochains de prier pour nous, nous ne leur rendons aucun service religieux. Nous ne plions point le genoux devant eux en l'église ; nous ne les reconnaissons point scrutateurs de nos cœurs; nous ne les estimons point patrons ou tiitélaires; nous ne leur allumons point de chandelles; nous sommes bien assurés qu'ils nous entendent quand nous parlons d'eux. Bref, la prière des vivants les uns pour les autres n'a- rien de commun avec l'intercession et invocation des saints trépassés.
Qui si on demande si les vivants, priant l'un pour Fautre, peuvent être appelés avocats envers Dieu , je dis que la Parole de Dieu ne leur donne point ce titre, au langage de laquelle il est bon de se conformer. Elle donne ce titre à Jésus-Christ seul. Et ce d'autant que pour être avocat d'une partie il faut connaître exactement sa cause et le fond de son ipal; et ne supplier pas seulement le juge , mais aossi débattre la cause de sa partie comme juste et bien fondé4\ Or, il n'y a que Jésus-Christ auquel ces choses conviennent ; car les hommes priant l'un pour l'autre ne connaissent pas bien le fond du mal de leur prochain, parce qu'ils ne connaissent pas leur cœur, ni la nature et grandeur de leurs péchés, ni leur repentance. Item ils ne peuvent pas contester notre droit, parce qu'ils n'ont de quoi satisfaire ni payer pour nous ; leur prière pour nous est une simple supplication, et non une action d'avocat. Il n'y a que Jésus-Christ qui, en plaidant notre cause, puisse réfuter les accusations du diable, (|ui est cet accusateur dont est parlé au chap. Xlide l'Apocalypse, qui nous accuse devant Dieu jour et nuit.
l>u crédit des saints en la cour céleste.
ARNOUX
Sect, LXXVII. — Au même article plus bas : « Tout ce que les hommes ont imaginé des saints trépassés, n'est qu'abus et fallace de Satan 1
Ils croient faire un sacrifice de louange à Jésus-Christ , en lui donnant, ce leur est avis, crédit par l'exclusion de tous ses serviteurs, qui seraient mal venus en toute cette cour céleste, et peu honorablement reçus s'ils avaient perdu le crédit qu'ils avaient en terre. ^
DU MOULIN
La question entre nous et nos adversaires est double : l'une, si les saints connaissent nos cœurs; l'autre, s'il les faut invoquer. A ces deux questions le sieur Arnoux ne touche point, mais en meut une troisième qui n'est point en controverse, à savoir si les sajnts prient pour nous au ciel.
Ce discours, quoique hors de propos, no laisse point d'être étoffé de belles conceptionn. Il dit que les saints ce seraient » mal venus en la cour céleste et peu honorablement re- » çus s'ils avaient perdu le crédit qu'ils suaient en terre. » Cette théologie est délicate, et n'est que pour les bons esprits, par laquelle il met des saints en paradis qui y sont mal venus \ car il est certain qu'il y a plusieurs saints en ^mradis qui nous sont inconnus, et plusieurs qui, ayant saintement vécu, ont été oubliés ou même diffamés après leur mort. Tellement qu'il est en la puissance des survivants de faire qu'un saint soit bien ou ma4 venu en cour céleste, si les hommes ne se soucient point de le servir et le mettent incontinent en oubli. C'est donc merveille qu'on laisse entrer un tel saint en paradis, et qu'on ne lui ferme la porte, puisqu'il ne peut aider Dieu de son crédit en terre ; car saint Pierre pourrait lui demander à la porte : Quel cas fait-on de toi là bas? as-tu du crédit en ton pays? car Dieu a besoin de saints qui aient du crédit entre ks hommes. A quoi faire des saints en paradis auxquels on n'allume point de chandelle en terre ? Toutefois le sieur Arnoux veut bien que ces saints entrent , mais pour y être mal venus et pour re-
cevoir un affront en cour céleste. Il y a donc sujet d'avoir pitié d'Abraham, de Moïse et de David, dont le crédit est fort diminué, jusque-là que celui serait ridicule qui dirait saint Moïse et saint Abraham. Ils passent seulement en foule parmi les patriarches. Nul ne leur a'dresse aucune oraison en particulier ; nul n'allume à Abraham, le père des croyants, la moindre bougie. On parle bien de la messf) de sainte Geneviève et de saint Antoine, mais non de la messe de saint Moïse ou de saint Abraham. Pourtant aussi chaque saint a sa charge, Tun sur une maladie, Tautre sur une ville; mais MoïsQ et Abraham n'ont reçu des hommes ni charge , ni commission. Ceci aussi est injurieux contre les papi*8 ; car je ne vois point qu'Innocent IV, ni Boniface Ylil, ni Alexandre VI, qui ont été redoutés en terre , gardent leur crédit après leur mort. Ils sont donc mal venus en cour céleste et y ont été peu honorablement reçus.
Toutefois le sieur Arnoux doit é^re supporté ; car, par une dextérité récréative, il accommode le;royaume descieux selon la forme et selon les compliments des cours des papes et des rois. De là vient qu'on habille Dieu le Père en pape ; de là vient qiie le Père Gontéri appelait Jésus-Christ le Dauphfn du ciel ; de là vient la belle observation que le jésuite Barradius fait après Ansdme. li demande à Jésus-Christ pourquoi, montant au ciel, il n'a amené avec soi sa mère? La réponse est : « Peut-être, Seigneur, de peur que ta cour » céleste ne fût en doute auquel .des deux elle irait plutir>t » au devant, ou à toi, son Seigneur, ou à elle, sa Dame. » ^ C'a donc été bien avisé à lui de la laisser en terre ; mais parce que quelque personne de dure créance pourrait douter de tout ee<|ue dessus, le sieur Jésuite fait venir Arislole au secours.
^ Barradius inConeordiam évangelieam, tom, /, lih. 6, e. 11. Fortassim , Domine, e tu» cœlesti curiae veniret in dubium cui potins occurreret, tibi Domino suo, an ipsi Domina suse.
Preuve de rînvocatîon des laînts par Aristote.
Sbct. LXXVIII. — Ces serviteurs (de Dieu) seraient privés d'une partie de la félicité de l'homme, qui consiste, comme l!a même remarqué Aristote en ses Morales , au soin et souvenance que les âmes des trépassés auront de leurs amis laissés en terre.
BU MOULIN
Le lieu d'Aristote qu'il allègue est au livre premier des Ethiques, cbap. Xf, où il n'y a rien du tout de ce que le sîcur Arnoux lui fait dire ; car, en tout ce cbapitre, Aristote dispute si les affaires des vivants touchent leurs parents et amis trépassés, dont il parle avec tant d'incertitude, que même il dit : a qu'on peut douter si les morts participent à » aucun bien ou à aucun mal. » ^ Enfin conclut, comme un homme qui n'y voit goutte, que, si les affaires des vivants concernent les morts, c'est fort peu, et sans que cela altère leur béatitude. Ce passage donc est faussement allégua. C'est fort mal prendre ses mesures, de nous vouloir enseigner quelle est la béatitude et connaissance des saints an ciel, par les conjectures d'un philosophe pa!en; et encore plus, de s'imaginer qu'une partie de la félicité des saints consiste à avoir souvenance de leurs amis laissés en terre; car si la souvenance de leur prospérité et vertu augmente la béatitude des saints qui sont au ciel, la souvenance de leurs adversités vt de leurs vices diminuerai aussi leur félicité. Encore ceci n'étend le soin et la connaissance des saints qu'à ceux qu'ils ont connus ici-bas, et laissés après eux sur la terre, qui est poser à leurs connaissances des bornes bien étroites.
ARNOUX
Sect. LXXIX. — Textes cotés en marge de la Confission. Ad.
X, 25 et 26, où il est dit que « Corneille venant au devant de Pierre, Pierre le releva, lui disant : lève-toi , je suis homme. »
^ fiofXXtav Si ivùtç SMittptiBoui ntpi xex/utYixorâf c? rcyof «yacOoO
BU MOULIN
Ce passage est employé eo la marge de notre confession pour réfuter tout le service religieux et adoration qu*on défère aux créatures; lequel, si le sieur Arnoux n'eût point tronqué et n'eût ôté les mots, dans lesquels est la force du passage, chacun eût reconnu que le passage ^st coté fort à propos. Voici le passage au vrai : a Gomme Pierre entrait, Cor- » neille venant au devant de lui, et se jetant à ses pieds, Tay> dora. Mais Pierre le releva, disant : Lève-toi, car je suis » aussi homme, o Le sieur Arnoux a retranché ces mots : « se jetant à ses pieds, Tadora. n En voici encore un de même.
ARNOUX
Sect. LXXX. — Et Act. XIV, 15 : «Paul et Barnabas disent: Hommes, pourquoi faites-vous ces choses? nous sommes hommes sujets à même condition. »
DU MOULIN
Vous omettez ce qui est dit peu auparavant, que ceux de Lystre voulurent sacrifier à Uarnabas et à Paul des sacrifices comme s'ils eussent été dieux : ce que ces Apôtres empêchèrent.
ARNOUX
Sect. LXXXI. — Et Apoc. XIX , 10 : «Alors je me jetai à ses pieds pour l'adorer, et il me dit : Garde que tu ne le fasses , je suis ion compagnon de service; adore Dieu. »
Tous ces trois textes enseignent qu'il ne faut attribuer aux créatures l'adoration due à Dieu, ni aux vivants l'honneur qu'on doit aux saints déjà jouissants de sa gloire. Où est donc la fallace de Satan en l'intercession des saints ?
de l'mvocatîon des saînts par DU MOULIN.
Notre confession condamne F intercession des saints ; c'està-dire condamne ceux qui les emploient pour intercesseurs
et les prient d'intercéder pour eux; laquelle prière est une adoration religieuse. Et de fait, TËglise romaine commande d*adorer les saints et leurs reliques ; mais amène des dis* tinctions d'adoration :Yune, propre à Dieu,, qu'ils appellent a latrie; » l'autre, qu'on défère aux saints, qu'ils appellent 0 dulie , » qui néanmoins toutes deux sont adorations religieuses et un acteiMe religion ; car l'invocation 'des saints se fait en l'Eglise romaine, et est une partie dû service public ; . et quand on les prie en se prosternant devant leurs images, on s'adresse à eux comme à ceux auxquels on doit un service de religion , et qui connaissent nos cœurs , et ont puissance de nous exaucer.
1. Contre cet abus notre confession cote ces trois passages, dans lesquels est condamnée l'adoration que Corneille voulait rendre à Pierre , et celle que les Lystriens voulaient rendreà Paul, et celle que Jean voulait rendre à l'ange ; dans lesquels passages il n'est point parlé de deux sortes d'adoration ; mais en général toute adoration religieuse de la créature est défendue. Joint qu'il n'y a nulle apparence que Corneille, bomme craignant Dieu, fût si stupide que de penser que saint Pierre fût le Dieu souverain , ou qu'un honneur égal au Dieu souverain lui appartînt. Les Lystriens appelaient Paul Mercure, et lui voulaient sacrifier en cette qualité; ils ne voulaient donc point lui déférer Tadoration comme au Dieu souverain. Quant à saint Jean, qui voulut adorer l'ange qui parlait à lui, dont l'ange le tança, disant : « Garde que tu ne le fasses, je suis ton compagnon de service, « adore Dieu ; » il faut sa voie que saint Jean par deux fois a voulu adorer l'ange : Tune, au cbap. XIX, vers. 10; l'autre, au cbap. XXII, vers. 9 ; et que dès la première fois l'ange le tança , disant : « Adore Dieu ; » item : a Je suis ton com- » pagnon de service. » Preuve évidente qu'à la deuxième, quand saint Jean le voulut adorer, il savait bien que ce n'était pas Dieu, puisque l'ange Ten avait averti; mais, étant saisi de frayeur, il lui voulait déférer quelque adoration inférieure, laquelle néanmoins cet ange a rejetée. Si cet ange eût été catbolique romain, il eût parlé ainsi à saint Jean : « L'adoration que tu me défères est trop baute pour moi ; je s> me coiiieïilQïix d*une adoraUou vûCétieure^ et d'un culte
e dulie; car la latrie n'appartient qu'à Dieu. »i^ Mais cet ;e D*était pas savant jusque-là. Ainsi quand jadis les or- >doies appelaient idolâtres les ariens, parce qu'ils adoeut Jésus-Christ , lequel ils disaient être une créature ; . ariens avaient beau moyen d'échapper en disant : Nous orons Jésus-Christ d'une adoration inférieure; mais alors ne reconnaissait qu'une adoration religieuse, et celk; le à Dieu seuL '
2. L'apôtre saint Jacques, au chap. I, veut que « nous priions en foi, ne doutant nullement. » Or, la prière faite IX saints ne peut être faite en foi, puisque Dieu no Ta point •m mandée en sa Parole : « Car la foi est de l'ouie de la Parole de Dieu i> (l{om. X). Or, que la prière des saints n'est ûnt commandée en la Parole de Dieu , le sieur Cotton le iponnait au premier livre de son Institution, au chapitre i l'invocation des saints : a Quant au commandement de prier et invoquer les saints, TEglise n'a jamais enseigné qu'il y en eût aucun. » Si donc ce n'est point un commau- • 3ment de Dieu, reste que ce soit un commandement des 3mmes ; car puisque dans le service public de l'Eglise rolaine et dans les litanies les saints sont invoqués, le peue y est obligé, et n'est pas aux particuliers de s'en dissnser.
3. L'Apôtre aux Rom., chap. X, vers. i4, tient qu*on ne eut invoquer que celui en qui nous croyons: a Comment invoqueront-ils celui auquel ils n'ont point crut» Or, le ymbole apprend de ne croire qu'en Dieu, Père , Fils et aint-Esprit. Et Jean, chap. XIV, vers. 1 : a Vous croyez en
Dieu, croyez aussi en moi. » 11 est donc clair que saint aul improuve sans exception toute invocation de la créaire. Que si quelqu'un veut introduire une seconde invoation religieuse, il la doit prouver par la Parole ce Dieu. *
4. Le même Apôtre aux Calâtes, chap. IV, vers. 8 : «Alors que vous ne connaissiez point Dieu, vous serviez à ceux qui de nature ne sont point dieux. » L'figlise romaine, ser-
1 Voyez Athanase, en la vie de saint Antoine. < August. de Civit. Dei, lib. 18, c. bi. Non in Petrum credimus,. ed in quem credidit Petrus.
vant les saints et les anges, sert à ceux qui de leur Datur< ne sont point dieux. Où est à noter qu'il y a au grei iSouhûijoLTi , c'est-à-dire vous « rendiez dulie, » qui est 1( service que l'Eglise romaine rend aux saints. L'Apôtre dom reprend les Galates d'avoir rendu dtilie à autre qu'à D^eu.
5. L'Ecriture est pleine de passages qui veulent que tou tes nos prières s'adressent à Dieu. Les Apôtres deroandaieo à Jésus-Christ : « Enseigne-noiis à prier » (Luc XI, 1 , 2) Lui leur répond : a Quand vous prierez , dites : Notre Pèn » qui es dans les cieux. » 11 faut faire cette leçon à cem qui prient les saints, et leur dire : «Quand vous prierez » dites : Notre Père qui es dans les cieux. » Dieii dit, au Ps. L: a Invoque-moi en ta nécessité, et je t'exaucerai. « Et U même : a SacriGe louange à l'Eternel, rends tes vœux au » Souverain, d Combien y en a-t-il en l'Eglise romaine qui se vouent à des saints, ou qui leur vouent un pèlerinage ou une offrande? Et au chap. VI du Deuter., vers. 13 : c( Tu » craindras l'Eternel tou Dieu, et le serviras, et jureras par i> son nom. » Le catéchisme du concile de Trente enseigne le contraire : « Nous jurons (dit-il) par la croix, par les re- » liques et par le nom des saints. » ^ Jurer par quelqu'une est le reconnaître témoin de l'intégrité de notre conscience, et vengeur du parjuge; ce qui ne peut convenir aux reliques. Dire qu'en jurant par les reliques des saints, oajurc par Dieu qui aime les saints, c'est accuser les Prophètes el Apôtres de ce que, sachant bien que Dieu aimait Abraham, Isaac et Jacob, ils ne juraient point parleurs reliques. Parla même raison je pourrais adorer le soleil, et jurer par le ciel, en disant que c'est l'honneur de Dieu qui les a faits.
6. Jésus-Christ disaità Satan, au chap. VI d^ saint Matth.: a Tu adoreras le Seigneur ton Dieu , et à lui seul tu servi- » ras, D rebutant par là Satan, qui lui offrait les royaumes du monde, pourvu qu'il l'adorât. Qui dopte que Satan ne se fût contenté d'une adoration inférieure? Le Sauveur pouvait rebuter Satan ou sur la dignité de sa personne, comme étant Fils de Dieu , ou sur l'indignité de Satan, qui est le premier esclave de la géhenne ; mais il aima mieux lo ren-
^ En l'exposition du 3« commandement.
DE L\ POÎ, 241
voyer à la règle par laquelle toute adoration de la créature est défendue.
7. Mais puisque nos adversaires font deux sortes de bonnes œuvres , les unes commandées de Dieu , les autres conseillées seulement , plus parfaites que les commandées ; je voudrais bien savoir en quel rang on met Tinvocation des saints; car, puisque nos adversaires reconnaissent que Dieu ne Ta point commandée, il fauf, pour être une bonne œuvre, qu'elle soit conseillée, et par conséquent Tin vocation des saints sera une œuvre plus parfaite que l'invocation de Dieu. Cependant il n'y a personne, si brutalement superstitieux, qui, voyant deux hommes à genoux, dont Tun prie Dieu, l'autre prie saint François, ne confessent que celui qui prie Dieu ne fasse une meilleure œuvre.
Saint Augustin a été fort éloigné de cette erreur. Yoici ses mots au dernier chapitre du livre delà vraie religion : «Quo » notre religion ne soit point adonnée à rendre du service » aux trépassés; car, s'ils ont vécu saintement, on ne les » tient point en telle estime qu'ils cherchent un tel hon- 0 neur ; mais ils veulent que nous servions cehii par l'illu- 0 minatjon duquel ils s'éjouissent que nous sommes com- » pagnons de leurs mérites II les faut donc honorer par imi- 0 tation, et ne les adorer point par religion, d ^
8. Particulièrement pour l'invocation et service des anges nous avons un passage exprès de l'Apôtre aux Coloss., cbap. II, vers* 18 : « Que nul ne vous maîtrise à son plaisir par » humilité d'esprit, et service des anges, s'ingérant dans les » choses qu'il n'a point vues.» Qu'on devine tant qu'on voudra l'intention de saint Paul, si est-ce que cela demeure qu'il défend généralement le service des anges, et par conséquent celui qui «st pratiqué en l'Eglise romaine. Et de fait, en l'Eglise de TAncien-Testament , lorsque les anges paraissaient aux hommes et faisaient visiblement les messages et
1 Non sit nobis religio cultus hominHm mortuorum, quia si piè vixerunt, non sic hal)entur ut taies quaerant honores. Sëd illum à nobis coli volunt, que illuminante laetantur meriti sui nos esse consortes. Honorandi ergo sunt propter imitationem , lion adorandi fkropter religionem.
Al.
commissions auxquelles Dieu les employait , si est-ce que les fidèles ne leur ont jamais adressé aucun service religieux; en tout le service public, prescrit dans les livres de Moïse, il n'est parlé d'aucun service rendu aux anges au tabernacle. Et voudrais bien savoir pourquoi, maintenant que leur secours est moins sensible, ilsdoivent plutôt être servis et invoqués. Tbéodoret, en son Commentaire sur ce passage : a Ceux (dit-il^ qui défendaient la loi les induisaient ainsi à » servir aux anges , disant que la loi a été baillée par leur » intervention. Or, ce vice est longten)ps demeuré en Phry- » gie et Pisidie. Pourtant le synode assemblé à Laodicée, )) capitale de Pbrygie, leur a défendu, par ordonnance ex- » presse, de prier les anges, et jusques ici on voit encore » chez eux et leurs voisins des oratoires de saint Micbel. » Or, cela conseillaient-ils usant d'bumilité , disant que le » Dieu de l'univers est invisible, et incompréhensible, » et inaccessible, partant qu'il fallait se rendre Dieu favora- » ble par les anges. Et c'est ce que saint Paul a dit en bu- » milité et service des anges.» Trois choses sont remarquables en cet excellent passage : 1* Que Tbéodoret a cru que le concile de Laodicée a défendu de prier les anges. 2^* Item qu'il à condamné les oratoires de saint Micbel, lesquels néanmoins sont fréquents en l'Eglise romaine. 3° Que les hérétiques dont il parle tiennent le même langage que l'Eglise romaine , à savoir , que pour se rendre Dieu favorable on s'adresse aux anges et aux saints, et ce par dévotion et humilité d'esprit. Baronius s'en fâche, et tance Tbéodoret au tome premier de ses Annales, en l'année 60 : « Par ceci )) (dit-il) on peut voir que Tbéodoret n'a pas bien entendu D le sens des paroles de saint Paul; 0^ et c'est ainsi que nos adversaires respectent les Pères.
Le canon duconcile de Laodicée, dont Théodoret fait mention, est le trente-cinquième , dont voici les mots : a 11 ne » faut point que les chrétiens laissent l'Eglise de Dieu, et » s'en aillent et invoquent les anges, et fassent des assem- D blées, qui sont choses défendues. Que si quelqu'un est
^ § 20. Ex his videas Tbeodoretum haud féliciter (ejus pace dictom Bit) assecutum esse PauU verbornm sensum. *
D trouvé servant à cette secrète idolâtrie, qu'il soit ana- » thème, parcequMl a laissé notre Seigneur Jésus-Christ.» ^ Ces Pères estimaient qu'on ne pouvait invoquer les anges sans laisser TEglise et renoncer à Jésus-Christ. Dont aussi saint Augustin, au livre des Hérésies , met les angéliques entre les hérétiques, qui étaient Àngelorum cullui inclinaU, enclins ou plies au service des anges.
Irénée, au deuxième livre, chap. LVïlI, se joint à l'apôtre saint Paul, disant : « L'Eglise ne fait rien par invocations » angéliques, mais purenîent, simplement et manifestement D elle adresse ses oraisons à Dieu qui a fait toutes choses, au )) nom de notre Seigneur Jésus-Christ. » *
Saint Augustin, au vingtième livre de ses Confessions, chap. XLII, parle ainsi à Dieu : « Qui trouverais-je qui me » réconciliât â toi ? Devais-je m'adresser aux anges ? pjr D quelles PIUÈRES? par quels sacrements? plusieurs tâ- » chant de se convertir à toi; et ne pouvant pas le faire par » eux-mêmes, ont (comme j'entends) essayé ces moyens, et » sont tombés au désir de visions curieuses , et ont mérité 0 d*étre trompés par illusions. » ^
Et au chap. LY de la vraie Religion : « Nous honorons les 0 anges en les aimant, et non en leur rendant du service. » ^
Lactance, au deuxième livre des Institutions divines, chap. XVII : « Les congés n'ont autre chose â faire qu'à obéir. D Pourtant ils ne veulent qu'aucun honneur leur soit rendu ; » car leur honneur est en Dieu. y> ^
Chrysostôme, sur le chap. I de TEpltre aux Hébreux, ho-
^ où Sti yptartjKvovç cyxara itiituv rriv ^xxAiQvtxy toG 6coO , xod aTTilvài, xai àyyiXovç -ovo/xaÇecv, xal vuvàÇsiç TtouXv, etc.
< Ecclesia non invocaUonibus angelicis faciens aliquid, sedmundè, pure et manifesté orationes dirigens ad Dominum, etc.
s Quem invenirem qui me reconciliaret tibi ? An eundum mihi fuit ad angelos? qua preee? quibus sacramentis? Multi conantes ad te redire, neque par se ipsos valantes, sicut audio, tentaverunt haec, et incidarunt jn desiderium curiosarum visionum et digni halHti sunt illusionibus.
* Honoramus nos charitate non servitute.
s Nec est in angelis quicquam nisi parendi nécessitas. Ilaque nutlunj sibi bonorem iribui volunt; quorum honor in Deo ei&X.
244 BoucuEîi
mél. 3 : a Pourquoi regardez-vous les anges comme bâiilaDt D après? ils sont serviteurs du Fils de Dieu » et souvent sont » souvent envoyés à cause de nous. » ^
Même ce concile idolâtre, tenu à Nicée Tan du Seigneur 787, en Taction IV, défend npovwiottrBon^ a d'invoquer autre 9 que Dieu; » car le mot ne peut signifier autre chose.
9. L'eicuse ordinaire est qu'on va à Di^ par les saints et anges, comme au roi par ses officiers. Mais la chose n*esl pas la même , car les rois ne sont pas partout et n'entendent pas toutes choses, et n'est pas bon que chacun parle à eux, et ont hesoin d'être informés de la vérité par personnes ^n-terposées. En Dieu tout le rebours. Qui plus est, c'est Dieu qui forme 'les prières en nos cœurs (Rom. VIII. 25,26). Dont s'ensuit que la prière que Dieu même nous inspire lui sera agréable sans la recommandation des saints. La voix de l'Esprit de Dieu, parlant en nos cœurs, ne serait-elle pas agréable à Dieu? Joint que nous avons déjà montré que nos adversaires font tout le rebours de ce qu'ils disent, et qu'ils vont par Dieu aux saints. Et quand Dieu même serait en toutes choses semblable à nos rois, si est-ce que quand le roi appelle il faut aller droit à lui. Or, il dit : a Venez i moi» (Matth. il, 28), et « invoque moi » (Ps. L, 15).
Passages pour l'invoeatâon des saÔBls*
ARNOUX
Sect. LXXXÏT. — Texte eonttaire. 2 Pier, I, 15 ; « Je mettrai peine pour vous avoir souvent après mon trépas, ^fin que vous puissiez avoir souvenance de ces choses. »
Voilà saint Pierre qui promet de prier pour eux après sa mort; et Genève , voyant la force de ce passage couché en ces termes, selon l'original et la version commune, a changé l'ordre de ces mots par une dépravation manifeste, mettant cette particule \iVE avant ces paroles avant mon trépas\ ce qui ne parait point en Toriginal grec.
^ T( xfx^^varc 7rpo( tov$ ÂyyfÀevs , ^oûAoc c£7( tov ùiou roO Ofou, etc.
DU MOULIN
La seule lecture du passage de saint Pierre, selon que le sieur Arnoux i'ailègne , prouve la fausseté ; car ii n'y a ni sens ni raison en ces mots : a Je mettrai peine pour vous » avoir souvent après mon trépas, afin que vous puissiez » avoir souvenance de ces choses. »
Voici le passage selon le grec : «Je mettrai peine qu*après » mon départ aussi vous puissiez continuellement vous ra- » roentevoir ces choses.» Le mot a puissiez, » en grec fx<(v/ qui signifie « avoir moyen. )> Les petits écoliers qui ont quelque peu de goût au grec, comprennent aisément que c'est là le sens du grec de TApôtre.
Et quand même nous n'aurions aucune intelligence du grec, toute la suite du passage nous force de l'entendre ainsi ; car saint Pierre, dans les versets précédents et en celui-ci, rend la raison aux fidèles pourquoi il leur écrivait : c'est « que, se sentant proche de la mort, il voulait leur laisser une ressouvenance de ses enseignements, afin qu'ils eussent moyen, après sa mort, de remémorer souvent ce qu'il leur avait dit en sa vie. Voici le passage entier : a J'estime que » c'est chose juste , tandis que je suis en ce tabernacle,, de » vous éveiller par avertissement. Sachant qu'eu brief j'ai » à déloger de ce mien tabernacle, comme notre Seigneur » Jésus-Christ même l'a déclaré ; mais je mettrai peine » qu'après mon départ vous puissiez continuellement vous » ramentevoir ces choses. » Ainsi l'entend avec nous la plus grande part de nos adversaires qui ont traduit ou commenté cette Epitre : Arias Montanus, le cardinal Caïétan et la glose ordinaire ; surtout Thomas, le prince de Técole, y est formel en son Commentaire sur cette épttre : « Parce (dit-il) » que je dois bientôt passer, pourtant, pendant que je vis, je V mettrai peine en vous avertissant non-seulement une fois, » mais aussi souvent, c'est-à-dire instamment et diligem- » ment, que vous ayez mémoire des choses susdites après
i STrou^àffu ^è xal éxàffroré i^tiv ttfi&ç xocra r^v io/i-^iv SÇo jy, nnv ro^Oèv /Ay;6/AVlv îToiiTÔai.
» ma mort. ))^ OEcuménius dit que cette explication est la plus simple, mais que l'autre est byperbatique» c'est-à-dirc renversant et troublant la construction.
Toutefois, quand il serait aussi vrai qu'il est faux et absurde que saint Pierre promette aux fidèles de prier pour eux après sa mort, que fait cela à ce propos? Si saint Pierrt* prie au ciel pour TEglise, s'ensuit-il que nous devions Tiiivoquer? s'ensuit-il qu'il connaisse nos cœurs?
ARNOUX
Sbct. LXXXIII. — Item en l'Apocal. Y, 8 : « Le8 vingt-quatre anciens se jetèrent devant l'Agneau, ayant un chacun des harpes et des fioles pleines d'odeur qui sont les oraisons des saints. »
Lisez et il suffit.
Il suffit de lire pour reconnaître que cela ne touche point Ivi question. La question est s'il faut invoquer les saints. Làdessus le sieur Arnoux apporte un passage qui dit que les saints présentent leurs oraisons. Ce passage dit que les saints prient au ciel, mais ne dit pas qu'il nous les faille prier en terre.