‹ Bouclier de la foiChapitre 27 sur 68 · IV · texte numérisé non relu

IV

VI. Finalement, comment pourrions-nous acquérir par k- nos mérites la vie éternelle, qui nous est déjà acquise par j-. la rédemption en Jésus-Christ » et qui nous appartient en 3^*^ tant que nous sommes enfants de Dieu , adoptés en Jésus*

Christ? (c Si tu es fils, aussi es-tu héritier par Jésus-Christ » of (Galat. IV, 7). «Si nous sommes enfants, donc nous sommes s » héritiers, héritiers de Dieu et cohéritiers de Christ » (Rom. js. Vlil, 17). Dont aussi le royaume de Dieu n'est point appelé di une acquisition par nos mérites, mais un '<c héritage » r- (Ephés. 1, 14 et 18). Quiconque prétend acquérir par ses m mérites Théritage qu*il a par son père, se dépouille des affections filiales, renonce à la succession, et, de fils et héri- B / lier, vetit devenir mercenaire et acheteur , et au bout il prétend payer Dieu en monnaie hien légère.

12. Car ceci aussi est une des grandes maladies de l'Eglise romaine, qui, ne se contentant pas de vouloir gagner le paradis par ses mérites, encore baille pour mériter plusieurs œuvres qui sont démérites, qui non-seulement ne méritent point de salaire, mais qui même méritent punition : comme prier sans s'entendre soi-même ; jeûner par autrui ; baiser des grains bénits, répéter des Pater et Ave par certain nombre en tournant un chapelet ; a|ler au Jubilé ; adorer des reliques; courir en Espagne en pèlerinage, en laissant son métier à sa famille ; faire des habits pour vêtir des images ; soustraire et ses pauvn'S enfants pour donnera des moines riches, etc. Voilà les œuvres pour lesquelles Dieu est en débet et demeure reliquataire. Or, est-il que même les bonnes œuvres deviennent mauvaises quand eltea

ARNOUX

Sect. LXIIL — Textes cotés en marge de la Confession. Ps. XVI, 2: «Omon dme, tu as dit à T Eternel : Tu es le Seigneur,' mon bien ne vient point juaqu*à toi ! »

Il est bien vrai que nos œuvres ne servent en rien k Dieu e* qn*il n'en a pas besoin ; mais s'ensuit-il pour cela qu'étant conformes à sa loi et faites par son Esprit, elles ne lui soient agréables et dignes de sa louange, c'est-à-dire méritoires ?

DU MOULIN

Elles lui sont agréables et dignes de louange , mais non méritoires.

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se font avec orgueil, comme pour obliger Dieu. Combien ; moins les mauvaises œuvres seront-elles méritoires du sa- L lut, et tout ce fatras d'inventions humaines qu'on présente je à Dieu pour mérites; car ces messieurs croient avoir raison de présumer que Dieu n est point ingrat envers ceux qai lui font du bien.

Les effets de cette doctrine d'orgueil suffisent pour la convaincre ; car ces personnes tant chargées de mérites disent ne savoir s'ils seront sauvés, et meurent avec effroi et inquiétude ; c'est (disent-ils) une témérité que de s'assurer de son salut. Cette défiance est fort juste; cette douleuf est bien fondée, puisque la fiance sur nos mérites est sans fondement; car qui sait la valeur do chaque mérite? qui sait pour combien est reçue en paradis chaque pièce de cette monnaie? qui sait quand il a assez fait de mérites ? Pourtant les plus dévots achètent les mérites d'autrui, et (comme fait le prêtre en la messe) demandent à Dieu le salut par les mérites des saints.

De cette fiance que quelqu'un a sur ses mérites naît une conséquence toute claire, à savoir qu'au lieu que, selon l'Ecriture, la foi produit les œuvres; ici, au rebours, les œuvres produisent la foi et sont le fondementde l'espérance du salut.

Ce que le sieur Arnoui fourre incidemment des œuvres de supérérogation sera ci-après examiné à part.

ARNOUX

Sbct. LXIV. — Luc XVJI , 16 : « Vous aussi semblablement , iiand vous aurez fait toutes les choses qui vous sonl commandes, dites : Nous sommes serviteurs inutiles, d'autant que ce ne nous étions tenus de faire, nous Tavons fait, a Ce texte ne sonne mot pour eux, comme je l'ai fait voir dans l'arcle.

DU MOULIN

Mais il sonne fort clair contre les mérites, puisqu'ils sont lutiles à Dieu ; et n'avez rien apporté contre, sinon que ous avez dit que ceux qui font plus que ce à quoi ils sont bligés, ne sont serviteurs inutiles ; qui est un autre abus •ire que le premier, dont il sera parlé ci-après.

ARNOUX

Sect. LXV. — Rom. XV, 1: « Que dirons-nous donc qu* Abraham lotre père a trouvé selon la chair? Certes, si Abraham a été jusifié paries œuvres, il a de quoi se vanter, mais non pas envers )ieu. » —

Oui, Abraham, par les œuvres dépouillées de la foi, soit moraes, soit cérémoniales, n'a pu être justifié ni avoir gloire sinon deant les hommes; et la foi seule sans les œuvres ne l'a pas justi6é, it saint Jacques. Mais la foi jointe aux œuvres lui a devant Dieu cquis une vraie gloire, et l'a justifié.

DU MOULIN

Il est faux quesaintPaul, aux Rom. YI, veuille direqu'Arabam n'a point été justifié par les œuvres de la loi céréloniale, de laquelle saint Paul n*avait encore parlé en tous » chapitres qui précèdent, et laquelle n'était encore du ;mps d'Abraham.

Faux aussi que saint Paul veuille dire qu'Abraham n'a oint été justifié par les œuvres morales dépouillées de la »i ; car il parle expressément des œuvres qu'Abraham failit ayant ia foi , à savoir lorsque Moïse dit de lui : « qu'Abraham crut, et que cela lui fut alloué à justice n (Gea. V, 6). Il croyait donc alors, et toutefois c'est de ce tempsi que saint Paul dit que sa foi lui a été imputée à îustice. Ce

204 BOtJCUER

qui est confirmé parTexemple de David, adjoint là m^me i Abraham, et établissant aussi « la justice sans les œuvres,» lorsqu'il écrivait le psaume XXXII, auquel il met toute la béatitude de 1 homme en la rén^ssion des péchés , auquel temps David était régénéré et justifié. C'était désœuvrés morales et faites par lui en son apostolat , que saint Paul parlait au chap. IV de la première épitre aux Cor., disant: « Je ne me sens en rien coupable. » Ce néanmoins il ajoute: (1 mais pour cela je ne suis point justifié. »

ARNOUX

Sect. LXVl. — «11 nous a sauvés non point par œuvres de justice que nous eussions faites, mais selon le lavement de régénération et renouvellement du Saint-Esprit» (Tit, HT, 5).

Cela est vrai; nos œuvres sans le sacrement du baptême et celui de pénitence qui nous renouvellent, ne nous sauraient sauver. Tels sacrements sont nécessaires ou en vœu, ou en effet ; mais, pour Tarticle, quoi?

DU MOULIN

Vous falsifiez ce passage. Le voici au vrai : « Il nous a » sauvés non point par œuVres de justice que nous ayons » faites, mais selon sa miséricorde par le lavement de régé- » nération et renouvellement du Saint-Esprit. » Vous avez omis ces mots : c( Mais selon sa miséricorde, o qui excluent les mérites. Si par le mot de régénération, saint Paul entend le baptême, ou bien la sanctification intérieure, c'est une autre question. Au reste, ce passage n'est-il pas exprés contre les mérites, puisqu'il dit que Dieu ne nous a point sauvés par nos œuvres? Ce que le sieur Arnoux ajoute, que 1e baptême et le sacrement de pénitence sont nécessaires ou en vœu ou en effet, sera examiné ci-après. En passant, le lecteur remarquera que le sieur Arnoux n'estime pas le baptême être nécessaire à salut, puisque le vœu suffit, et qu*il tient qu'un bomme peut être sauvé sans faire pénitence en effet; car il tient qu'il suffit qu'on ait envie de le faire.

ARNOGX.

Sect. LXVII. — Texte contraire, Jacq. II, 21 : t Abraham , notre père, n'a-t-il point été justifié par les œuvres, quand il offrit son fils Isaac sur l'autel ? »

Ne voyez-vous pas que l'homme est justifié par les œuvres, et non-seulement par la foi ?'

DU MOULIN

Oui, devant les hommes, mais nçn pas envers Dieu , ce «lit l'Apôtre, Rom., IV, 2. « Si Abraham a été justifié par les » œuvres, il a de quoi se glorifier , mais non pas envers » Dieu. » Au reste, puisque nos adversaires prennent le mot de justifier pour régénérer, en vain nous objectent-ils ce passage; car nous savons que l'homme n^estpas seulement régénéré par la foi : la charité et les autres vertus chrétiennes font aussi partie de la régénération.

Si Dieu nous est debteur , et touchant le salaire.

ARNOUX

Sect. LXVIII. — Hebr. VI, 10 : « Dieu n'est point injuste pour mettre en oubli notre œuvre. « Et donc s'il la mettait en oubli il serait injuste, et il ne peut être injuste en ce cas qu'en refusant ce qu'il doit.

DU MOULIN

Ces paroles sont horribles. Si Dieu refuse au sieur Arnoux la vie éternelle, il lui refusera ce qu'il doit, et Dieu sera mauvais payeur de ses dettes. Peut-être qu'il a peur que Dieu ne fasse cession, car comment paierait-il tant de dettes? Le mal est que le Jésuite n'a point de contrainte contre lui, ni [0 moyen de le faire ajourner.

Que ce docteur apprenne que Dieu est juste en salariant nos bonnes œuvres, non pas parce que nos œuvres le méritent, mais parce que Dieu Fa promis. C*est chose juste d'accomplir sa promesse. On peut bien promettre à quelqu'un ce qu'il n'a pas mérité. On peut salarier un homme qui n*a point mérité le salaire! car aussi il y a des salaires

gratuits, qui se donnent en considération de la personne, et non pour le mérite de Tœuvre : c'est ainsi qu'un père donne un bel habit à son (ils pour salaire de ce qu'il a fait une ligne avec une main tremblante : il ne salarierait pas ainsi un autre qui en aurait fait cent fois autant. Ce qui est ap|)elé salaire, au chap. V de saint Matthieu, vers. 46 ,. est appelé a grâce» x«f«« ^u chap. V[ de saint Luc, vers. 32. Et le denier donné aux ouvriers venus à la dernière heure est ap^ pelé salaire , encore que beaucoup par- dessus leur mérite (Matthieu, XX). Saint Âmbfoise est exprès sur ce propos en la première Epttre du premier livre : «Autre (dit-il) est p le salaire qui se donne par libéralité et par grâce ; autre » celui qui est gage de la vertu et récompense dû labeur.»^ Et saint Augustin, auvingt^unième livre de la Cité de Dieu, chap. XXVI[ ; «Ils sont délivrés miséricordieusemcnt par 1» celui qui justifie le méchant, imputant le salaire par grâce, » et non comme chose due. »'

ARNOUX

Sect. LXIX. — Que s'ils ne rejetaient l'Ecclésiastique, je les prierais de considérer le chap. XVI, v. 15 : « Toute miséricorde fera lieu à un chacun selon le mérite de ses œuvres et selon Tentendement de sa pérégrination. » Et de la Sapience, III, v. 15 : « Il les a trouvés dignes de soi » : dignité et mérite sont une mémo chose.

DU MOULIN

Ce passage de TEcclésiastique est horriblement falsifié; car le mot de mérite ne s'y trouvera point. Il y a au grec qui est Toriginal ^ : « Chacun trouvera selon ses œuvres » , et non selon le mérite de ses œuvres. Cette fausseté est remarquable.

Quant au passage du troisième de la Sapience : « Il lès a

* Alia est merces liberalitatis et gratis , lilia virtutis stipendium, laboris remuneratio.

* Misericordia liberati sunt ab eo qui justificat impium, impatans mercedem secundum gratiam, non secundum debitum.

' EJW9T0Ç yoip ILarx rà Ipyv. ôurou iMp-titu*

p trouvés dignes de soi », le sieur Arnoui montre combien peu il est versé en TEcriture; car, au^ieu de nous amener des passages des livres canoniques, où fort souvent les fidèles sont appelés dignes (Apoc. III , 4. Luc, XX, 35. Luc , X, 7), il nous amène un passage d'un livre apocryphe, et qui n'est point en k vérité hébraïque. Mais au fond , je dis que si quelqu'un est digne du salut , c'est Dieu qui le fait être digne, et non son mérite. La dignité n'est pas un mérite envers Dieu, quand cette dignité vient de Dieu. Voire, je dis que si la dignité de Thomme venait de l'homme même et de ses propres forces, encore n'y aurait-il point de mérite envers Dieu, lequel ne peut être obligé à sa créature, et auquel nos bonnes œuvres n'apportent aucun profit. Moins encore y peut-il avoir do mérite envers Dieu, quand tout ce qu'il y a de dignité vient de sa libéralité, et quand ce qu'il y a de dignité est mêlé de beaucoup d'imperfection.

Quant à ce que l'Ecriture dit, que Dieu rendra aux hommes selon leurs œuvres , comme dit saint Paul ( S Gorinth., chap. V, vers. 10), que « chacun remportera selon ce » qu'il aura fait, soit bien, soit mal. » Grégoire P', pape, sur le septième psaume pénitentiel , remarque fort bien que « autre chose est de rendre à quelqu'un selon ses œuvres ; » autre chose lui rendre à cause de ses œuvres. Autre » chose est parler de la cause du salut; autre chose parler » de la qualité de ceux auxquels il est donné K »

Des œuvres de supérérogatîon.

Sf.ct. LXX. — Nous confessons que nous sommes serviteurs inutiles, en ce que quiconque observe le précepte sans faire rienrdeplus que ce à quoi il est obligé, n'aura' autre récompense que celle qui suit l'observation du précepte, et sera estimé inutile, quant à ce qui est de recevoir le comble de la récompense qui suit ceux qui font quelque chose de plus que ce à quoi ils sont obligés.

< Aliud reddere secundum opéra, aliud ipropter opéra; aliad agere de causa salutis, aliud dd qualitate eorum quibus datuc.

DU MOULIN

Ce n'était pas assez de vouloir mériter la vie éternelle par ses œuvres, car voici le sieur Àrnoui qui nous veut persuader qu'il y en a qui méritent plus que la vie éternelle, et un degré de gloire au ciel par-dessus le commun. Le sieur Arnoux dit que ceux qui observent les commandements de Dieu, et ne font rien plus que ce à quoi ils sont obligés, n'auront autre récompense que celle qui suit l'observation du précepte, c'est-à-dire n'auront pour toute récompense que la vie éternelle, laquelle est promise à ceux qui accompliront les commandements de Dieu; ceux qui n'ont autre perfection, sinon qu'ils ont obéi parfaitement à Dieu, sont serviteurs inutiles, et incapables d'une plus grande gloire; pourtant il faut qu'ils se contentent d'avoir la vie éternelle, sans pouvoir rien prétendre davantage. Mais il y en a d'autres qui font plus que Dieu ne veut , et ( comme le dit le sieur Arnouxl qui font quelque chose de plus que ce à quoi ils sont obligés : ceux-là auront le comble de la récompense et une gloire par-dessus le vulgaire.

Voilà un nouvel Evangile, tiré de la parole non écrite; voilà une doctrjne pleine de courage qui estime peu do chose d'accomplir la loi de Dieu, et s'étudie à une bien autre perfection, de peur d'être serviteur inutile. Ce surplus qu'on fait par-dessus ce à quoi on est obligé, est ce qu'on appelle « conseils de perfection et œuvres de supéréroga- » tion» , plus parfaites et plus excellentes que tout' ce quo Dieu commande en sa loi, plus qu'aimer Dieu de tout son cœur et son prochain comme soi-même : telle est la virginité perpétuelle, tel est le martyre et la distribution de tout son bien aux pauvres; tels les vœux monastiques, d'obédience, pauvreté et chasteté. De~ tels qui font ces œuvres supérérogatoires, le cardinal Bellarmin dit, au chap. Xlll du livre des Moines, «qu'ils aiment Dieu plus qu'ils ne sont te- » nus et obligés.^» Ceux-là, dit le sieur Arnoux après Bellarmin, ne sont point serviteurs inutiles; mais il ne nous

^ § Quocirea. Si addam alterum gradum amoris, amo plus quam leneor, atqae eo modo £acio aclum «\i!^rero^tioiiis et consilii.

dit pas à qui ils sont utiles. Car il est nécessaire qu'ils soient utiles ou à Dieu, ou à eux-mêmes, ou à leur prochain. Non à Dieu , car. il n'a pas besoin de notre service : donc à euxmêmes ou à leur prochain. Comment donc ceux qui, par leurs mérites, n'acquièrent que la vie éternelle sont-ils appelés serviteurs inutiles, vu que le sieur Arnoux>nc niera pas qu'ils ne se profitent à eux-mêmes, et qu'ils ne servent à leur prochain.

Nous, au contraire, nous reconnaissons être si éloignés de pouvoir faire plus que Dieu n'a commandé, que nous sommes bien loin de pouvoir faire ce qu'il ordonne; et mettant toute notre confiance en la miséricorde de Dieu , n'affecfons point un degré de gloire par-dessus l'ordinaire : en quelque degré de gloire que nous soyons, il nous suffit, pourvu que nous soyons avec notre Sauveur, et voyions la

/ace de notre Dieu. Cependant nous ne rejetons point les conseils qui se trouvent en l'Ecriture. C'est un sage conseil de s'abstenir des choses licites, afin de s'accoutumer plus aisément de se passer des illicites. C'est un sage conseil de s'abstenir des viandes que Dieu permet, quand un infirme s'en scandalise. C'est un sage conseil à un pasteur de l'Eglise de ne prendre nul salaire quand il s'en peut passer, ou quand les adversaires prennent de là occasion de rendre sa prédication suspecte. C'est un sage conseil à un homme continent de ne se marier point, afin de n'être diverti paroles sollicitudes domestiques , et porter plus aisément la persécution, Mais nous appelons ces conseils, conseils de prudence chrétienne, et non de perfection, desquels l'observation n'est point méritoire ni supérérogatoire, mais est chose beaucoup moindre que l'accomplissement de la loi. Quiconque, en matière d'obéir aux enseignements contenus en la parole de Dieu, distingue les conseils d'avec les commandements, se montre mal versé en l'Ecriture-Sainto, laquelle appelle les commandements de Dieu «conseils», et par le « conseil de Dieu » entend la doctrine de l'Evangile. Ainsi, au chap. VII de saint Luc, ver». 7, il est dit que les Pharisiens rejetant Jésus-Ghrist et son baptême, « reje- )) tarent le conseil de Dieu. » Et saint Paul, au chap. XX des

) Actes, vers. 27, dit qu'il a annoncé aux Ephésiens ci tout le

» conseil de Dieu. » Et au chap. P' des Proverbes, vers. 25, la Sapieocc céleste reproche aux profanes qu'ils ont rebuté son conseil. De tels conseils il n'est loisible à personne de se dispenser.

Nos raisons contre ces conseils de perfection ou œuyres de supérérogation sont :

I. Dieu en sa loi nous commande de l'aimer et de le servir de tout notre cœur et do toutes nos forces. Or, ne peuton faire plus que de toutes ses forces. Beliarmin veut que par ce mot de toutes il faille seulement entendre 6 une par- » tie. ^ )) Ainsi, quand l'Ecriture dira « blanc, )> ces gens en* tendront anoir. )> Si telles interprétations sont permises, qu'y aura-t-il jamais de clair en la Parole de Dieu?

II. L'Âpôtro aux Philipp., chap. IV, nous commando de « nous adonner à toutes choses justes, pures, louables. » Si CCS œuvres de supérérogation sont justes et pures, elles sont commandées de l'Apôtre, et ainsi ne sont point supéréroga* toires ; si elles ne sont point justes ni pures, il ne les faut point observer.

m. Que si rhommo ne peut accomplir la loi , moins encore pourrons-nous faire plus que la loi. a Nous faillons tous » en plusieurs choses » (Jacq., lU). «Il n'y a homme qui ne D pèche )[> ( 1 Rois, YIII, 46). « Tout homme est menteur» (Ps. 116, 11). Tous les Apôtres disaient tous les jours : « Parr> donue-nous nos offenses.» Noé, Abraham, David, Job, saint Pierre , et les plus excellents serviteurs de Dieu , sont tombés en péché. Job est appelé juste et entier, et néanmoins a maudit son jour. De Zacharie et Elizabetb il est dit, Lu6, chap. I, vers, ti, «qu'ils étaient justes devant Dieu , )) cheminant en tous les commandements de Dieu sans xe- » proche»; mais ces mots «sans reproche» servent d'exposition : c'est qu'ils cheminaient en sorte dans les commandements de Dieu que nul homme ne leur pouvait rien reprocher. Cependant appert que Zacharie était pécheur,, puisque peu après il est puni pour n'avoir cru à la Parole de Dieu, annoncée par Tange. Gomment donc pourrionsnous présenter à Dieu plus qa'il ne demande, puisque Jious

^ Zfà. de MonachiSf cap, 13.

ne pouvons lui rondrc ce qui lui est dû? Gomment faire des oeuvres supérabondantes, si nous manquons dans les nécessaires?

IV. La perfection des anges, au Ps. i03, vers. 20, est mise à exécuter le commandement de Dii^u. Jésus-Christ même se dit seulement être venu pour faire la volonté de celui qui l'a envoyé (Jean, VI, 58; Hébr., X, 7). Ces messieurs donc, en faisant plus que la volonté de Dieu, surpassent les anges et Jésus-Christ, lequel eût pu parvenir à la perfection monacale, «'il se fût avisé de faire des œuvres de supérérogation.

V. Je voudrais aussi savoir de ces messieurs qui font plus que Dieu ne veut, et qui, par conséquent, outrepassent le commandement de Dieu, si, en faisant ces œuvres de supérérogatioo, ils font la volonté de Dieu ou la leur. S'ils font la volonté de Dieu, ils ne font donc point une œuvre de surcroît, mais une œuvre nécessaire. S'ils font leur propre volonté, comment osent-ils dire que leur volonté est plus parfaite que la volonté de Dieu?

VI. Que si, pour faire ces œuvres supérabondantes, Dieu leur donne son esprit et son assistance, ils sont donc néccs* sairement obligés à les faire, de peur de rendre inutile la grâce de Dieu ; et ainsi ce ne seront plus œuvres do supérérogation, puisqu'ils sont obligés à les faire.

VU. Mais n'est-ce pas outrager la loi de Dieu, laquelle est la règle de justice , et Taccuser d'imperfection , de vouloir faire des œuvres plus parfaites que celles que la loi com mande? Pauvre et chétive est la justice de la loi, si elle peut être surmontée par des pécheurs. Si par-dessus la loi il y a des règles de perfection, que s'ensuit-il, sinon que la loi est une règle d'imperfection ?

VIII. Mais n'est-ce pas un orgueil intolérable de vouloir que les moines soient serviteurs utiles, mais qu'Abraham , que Jacob, que David , aient été serviteurs inutiles , puisqu'ils n'ont fait aucune de ces œuvres qu'on appelle supérérogatoires ?

IX. Je craindrais donc que celui qui s'ingère de faire à Dieu plus qu'il ne veut, ne se trouvât mal payé de ses services. Car qui a requis cela de ses mains? où est en la Pa-

212 BOUCLIEU

rôle de Dieu rinstitiition dos moines et des vœux monacaux?

X. Et de fait, comparez ces œuvres supérabondantos avec celles que Dieu commande, et vous y trouverez bien de l'inégalité. Car Famour de Dieu commandé en la loi est toujours bon et nécessaire ; mais le vœu de célibat est mauvais à ceux qui n'ont point le don de continence : «Il vaut mieux D se marier que brûler » (1 Corintb., VII ). Donner tous ses biens aux pauvres est souvcntefois un grand péché, si , par ce moyen, un homme dépouille ses enfants, frustre ses créanciers et ses justes héritiers. La piété ne renverse point la nature. «Celui est pire qu'intidéle, qui n'a point soin de )> sa famille» (1 Timoth., Y). La piété est frénétique, qui fait oublier la justice. Peut aussi arriver que quelqu'un donnera tout son bien aux pauvres par hypocrisie ou par ambition, comme saint Paul enseigne (i Cor., XIII, 3). Joint que les moines qui font vœu de chasteté, pauvreté et obédience sont convaincus par l'expérience; carie vœu de chasteté les rend impudiques , et rabstinence de mariage les pousse à paillardise. Ils font vœu de pauvreté chacun à part, afin d'être riches en commun, et suivent une mendicité grasse et oisive, au lieu d'un travail sobre et vigi!ant. Us font vœu d'obédience à la règle de saint François ou de saint Ignace, et se dispensent d'obéir au commandement de Dieu.

XI. Quant au martyre, il y en a de deux sortes : l'un auquel Dieu appelle, Tautrc auquel on s'ingère par témérité. Dieu appelle au martyre quand on ne peut sauver sa vie qu'eu renonçant a la vraie religion ; alors le martyre est une œuvre commandée et tellement nécessaire que sans elle on ne peut être sauvé. Ce n'est donc point alors une œuvre supérabondante ; ce n'est pomt un conseil , mais un commandement. Car Dieu nous commande en sa loi de Taimer par-dessus toutes choses , donc plus que notre vie. Alors quiconque voudra sauver sa vie perdra son âme. Qui reniera Jésus-Christ devant les hommes, Jésus-Christ le reniera devant son Père. Mais si le martyre est téméraire, et si on y court sans y être appelé, alors c'est une transgression du commandement de Jésus-Christ, qui dit. Matth., chap. X : « Quand ils vous persécuteront en une ville, fuyez » en une autre. )) C'est faire contre l'apôtre saint Paul, le-

qael pour échapper se fit descendre des murailles de Damas en une corbeille (2 Corintb. XI, 32). La foi chemine entre la témérité et la lâcheté. Au besoin elle résout le fidèle à la mort, muls elle n'est point courroucée contre sa vie. Joi* giiez à cela qu'au martyre il y a deux choses, la douleur du corps' et la fermeté et ardeur de la foi«La douleur du corps h*est point une vertu, mais un exercice à la vertu; la foi ferme et constante est une vertu commandée, et non une perfection outre le commandement de Dieu.

XIL Ajoutez à cela une preuve démonstrative : C'est qu'une chose bonne par elle^m^me est toujours meilleure qu'une qui n'est bonne qu'à cause de l'autre. Ainsi la vie vaut mieux que la viande, parce que la viande n'est faite que pour la vie; il est de même de l'amour de Dieu commandé en la loi, comparé avec ces œuvres de supérérogation;.car l'amour de Dieu est toujours saint et bon, et né* cessaire; mais distribuer son bien, ou souffrir le martyre, n'est bon qu'à cause de l'amour de Dieu. Si vous joignez ces choses ensemble, la dislribution de ses biens aux pauvres n'est bonne quo parce qu'on y est poussé par l'amour de Dieu ; si vous les' séparez, l'amour de Dieu tout seul est bon et saint; mais la distribution de ses biens sans amour de Dieu est un crime, une injustice et une hypocrisie.

XUI. L'exemple qu'on 'tire du chap. XIX de saint Mattb. De fait rien pour cet abus. Un jeune homme présoinpteux se disait avoir gardé les commandements de Dieu dés sa jeunesse, auquel Jésus-Christ dit : «Si tu veux être par- » fait, va, vends tout ce que tu as, et le donge aux pauvres, » et tu auras un trésor au ciel ! » ^ Nos adversaires veulent que Jésus-Christ ait conseillé seulement, et non commandé à ce jeune homme la vente de tous ses. biens, comme un conseil de perfection, et que ce trésor au ciel soit une gloire par-dessus l'ordinaiie des saints, promise à ceux qui, ayant accompli la loi, font quelque chose par-dessus et suivent une plgs grande perfection.

Pour éclaircir ceci, faut savoir que ce jeune homme s'a-

^ Augustinus, tomo IV, lib, de Fide et Oper.^ cap 13. Cam ille fespondisset bœc se fecisse à juventute sna, Christus addidit perfeclioiiis praeceptuin ut vendat is, etc.

busait et se vantait en mentant d'avoir accompli la loi; car Jésus-Cbristraccuse de se fier en ses richesses (Marcî, i4). Et de fait, en quittant Jésus-Cbrist, et préférant ses biens à Jésns-Cbrist, il montra assez son avarice. Qui aime ses richesses plus que Jésus-Christ, ne Taime pas de tout son cœur et de toute son dme, et par conséquent n'a pas accompli la loi. Cbrysostôme, en Thomélie di sur saint Matthieu, dit qu'il était avaricieux. Saint Augustin, en la quatre-vingt-neuvième épitre, dit que cejeune homme répondit plus arrogamment que vraiment, qu'il avait observé les commandements de la loi. ^ Basile, au sermon contre les riches, parle ainsi à ce jeune homme : « Il est )) manifeste que lu es fort éloigné de ce commandement, » et que faussement tu rends témoignage à toi-même. » ' Puis donc que celui-ci n'avait accompli la loi , en vain-iésus-Christ lui eût conseillé de faire plus que la loi, il eût fait comme si on voulait mettre les girouettes devant les fondements. Jésus-Christ, qui connaissait son cœur attaché à ses richesses lui fait ce commandement afin de découvrir son avarice, et lui mettre le doigt sur riilcère. Et ne faut point douter que, n'ayant voulu faire ce que Jésus-Christ lui disait, il n'ait offensé Dieu. Ce que TEvangile dit, que Jésus Paima, n'emporte pas qu'il ait été sans péché ; car Jésus aimait Jérusalem quand il pleura sur elle, et néanmoins il l'accuse d'avoir tué les prophètes. En maurant pour les pécheurs il a assez montré qu'il les aimait. C'était donc un amour de compassion envers ce personnage, auquel il reconnaissait quelque louable effort et quelques semences de crainte de Dieu.

ARTICLE XXUl.

Nous croyons que toutes les figures de la loi ont pris (in à la venue de Jésus-Christ. Mais combien que les cérémonies ne soient plus en usage, néanmoins la substance et vérité nous en est demeurée en la personne de

1 Ad Hilarium, lib. 4, de linquendis Facultatibus,

* £xc£vv]s i9iXoç et tv!$ èvroXiit fjLéatpeM uni^oèv xal ^tv Jwc stoatrov

DE LA JTOI. 215

celui auquel gît tout accomplissement. Au surplus il nous faut aider de la loi et des prophètes, tant pour régler noire vie , que pour être conformes aux promesses de TEvangile.

ARTICLE XXlV.

Nous croyons, puisque Jésus-Christ nous est donné pour seul avocat, et qu'il nous commande de nous retirer prîvément en son nom vers son Père, et môme qu'il ne nous est pas licite de prier sinon en suivant la forme que Dieu nous a dictée par sa Parole; que tout ce que les hommes ont imaginé de Tintercession des saints trépassés n*est qu'abuset fallace do Sc'iian, pour faire dévoyer les hommes de la forme de bien prier. Nous rejetons aussi tous autres moyens que les hommes présument avoir pour se racheter envers Dieu, comme dérogeant au sacrifice de la mort et passion de Jésus-Christ. Finalement nous tenons le purgatoire pour une illusion procédée de cette même boutique, de laquelle sont aussi procédés les vœux monastiques, pèlerinages, défenses du mariage, et l'usage des viandes, Tobservalion cérémonieuse des jours, la confession auriculaire, les indulgences, et toutes autres telles choses par lesquelles on pense mériter grâce et salut. Lesquelles choses ^nous rejetons non-seulement pour la fausse opinion du mérite qui y est attachée, mais aussi parce que ce sont inventions humaines, qui imposentjoug aux consciences.

De l'invocation des saints.

ARNOUX

Sect. LXXI. — Le Fils de Dieu est le seul avocat qui paie pour nous, et seul parle pour nous sans pouvoir être refusé , et seul sans lequel tout autre ne peut rien devant Dieu, et seul^quine cesse jamais, et, finalement, par ses seuls et propres mérites. Mais ou sont-ila allés-excogitex qu'autres que le Fils de Dieu ne puis-

sent implorer par les mérites d'icelui la bonté de son Père, puisqu'ils sont d'accord avec nous que nous pouvons obtenir tout ce que nous demanderons en son nom pour nous, et que nous n'en serons pas toujours refusés pour les autres ?

DU MOULIN

11 parlo selon sa coutume, qui est de ne jamais rapporter au vrai notre créance. Nous ne disons rien de tout ce qu'il nous fait dire, nous savons bien qu'autres que Jésus-Christ peuvent implorer par les mérites de Jésus-Christ la bonté de Dieu.

ARNOUX

Sect. LXXII. — Pourquoi plutôt en cette vie qu'en Tautre aurons-nous ce crédit ?

DU MOULIN

Ceci aussi nous fait dire choses éloignées de notre créaace. Notre confession ne dédnit point ce que nous ferons en l'autre vie, ni si nous prierons pour ceux qui sopten terre; ce n'est pas là notre dilTérend. La question est si , lorsque nous serons au ciel, les hommes qui seront sur terre nous devront invoquer. Autre chose est de s'enquérir de ce que les saints font au ciel ; autre chose, de s'enquérir de ce que nous devons faire en terre. Si les sainls prient pour nous, il ne s'ensuit pas que nous les devions invoquer. Mais le sieur Arnoux, n'entendant pas la question, mêle ces jleux choses qui sont fort différentes.

ARNOUX

saints deda connaissance de nos nécessités, ou moins de charité ?

Sect. LXXIII. — Et les saints dedans le ciel ont-ils moitis de

Si les saints entendent nos prières, et savent tout œ qui

se fait eu terre.

DU MOULIN

Les saints qui sont au ciel ont plus de charité que nous, )j et plus de connaissance des choses qui servent à leur béailtude; mais il n'est nécessaire ni convenable à leur béati-

Uide qu'ils aient une connaissance exacte de toutes les particularités qui sont ici-bas, ni qu'ils sachent tous les procès d'un chàtelot, toutes les brouilieries d'une foire, ou combien chaque œuf s'est vendu au marché. Je laisse inGnies choses sordides et malhonnêtes; item, plusieurs choses ({ui troubleraient leur béatitude : si un père voyait les vices et les afflictions de ses enfants, l'un env.oyé aux galères, l'autre mis sur un échafaud , l'autre précipité en enfer, l'autre ployant le genou devant une image.

L'Ecriture-Sainte nous éclaircit là-dessus. Salomon, au chap. IX de FËccIésiaste, vers. 15 , dit que a les morts no » savent rien et ne gagnent plus rien. » Et peu après : a Ils » n'ont nulle part au monde en tout ce qui se fait sous lo » soleil. » Et Job, au chap. XIY, vers. 21, pariant d'un pèro décédé : m Ses enfants seront avancés, et il n'en saura rien; )> ou seront abaissés , et il ne s'en souciera point. » Et au deuxième livre des Rois, chap. XXII, vers. 20, Dieu promet au roi Josias de le retirer au sépulcre en paix, afm que ses yeux ne voient point le mal que Dieu allait envoyersur le pays.

Joint que si les saints entendaient nos prières, il faudrait qu'ils connussent nos cœurs pour savoir si on prie d'affection; or l'Ecriture -Sainte dit que «Dieu seul connaît les » cœurs des hommes » (2 Cbroniq. VI , 30). Ne sert de dire que Dieu seul connaît les cœurs de soi-métne, mai» que les saints le connaissent par révélation; car outre que c'est deviner et affirmer une chose qui nous est inconnue et dont TEcriture ne parle point, il y a en cette distinction de la contradiction; car on nous rend la raison pourquoi l'Ecriture dit que les saints ne connaissent point nos cœurs, à savoir parce que Dieu les letir a donnés à connaître ; on nous dit qu'ils ne savent nos pensées, parce que Dieu les leur fait savoir. Comme si je disais, je n'ai point d'argent, parce que vous m'en avez donné. Par même raison je pourrais dire que Dieu seul connaît que Jésus-Christ est mort pour nous, parce qu'il le sait de par soi-même, ipais nous ne le savons que par révélation. Celui qui a enseigné quelque chose à quelqu'un, ne peut dire qu'il la sait seul.

Je confesse voirement que quelquefois Dieu a révélé à ses prophètes la pensée et le conseil de quelqu'un. Mais cette con-

naissance était donnée aux prophètes rarement, et autant qu'il était nécessaire pour l'exécution de leur charge. Et de fait, au deuxième livre des Rois, chap. IV, vers. 47, Elisée dit que Dieu lui avait celé la mort du ûls de la Sunamite, son hôtesse, (Combien plus les pensées de tous les hommes ; et par conséquent cela ne peut être tiré en conséquence pour les saint trépassés, auxquels Dieu n'a point donné décharge en l'Eglise ; car que les hommes donnent des charges aux saints de paradis, établistant l'un sur les accouchées, l'autre sur le mal de dents, l'autre sur les maladies des chevaux, faisant un tel Dieu tutélaire d'une ville ou d'un pays, est chose non moins absurde que si les hannetons voulaient distribuer les charges de l'empire romain. Et est chose digne d'être décidée par la Sorbonne, ou par l'oracle de Sa Sainteté : à savoir si celui qui invoquerait saint Crépin, patron des cordonniers, pour la guérison d'un cheval , ne serait point rejeté ; ou si une prière serait exaucée, par laquelle quelqu'un pressé du mal de dents invoquerait sainte Marguerite, patrone des accouchées ; comme ai quelqu'un jadis eût demandé du feu aux nymphes, ou de l'eau à Vulcain.

Ce qui sert aussi de solution à l'exemple des anges, entre lesquels l'Evangile enseigne qu'il y a joie pour un pécheur converti (Luc XV, 10). Dieu a constitué les anges gardiens des fidèles. « L'ange de TEternel se campe à Tentour de » ceux qui le craignent, et les garantit (Ps. XXXIV, 8). « Ils )> sont esprits administrateurs, envoyés pour servir, pour y> l'amour de ceux qui doivent recevoir Tbéritage de salut » (Hébr. 1). Ce n'est donc point de merveilles si Dieu leur révèle la repentance intérieure du pécheur, et s'ils sVjouissent des effets qui paraissent en dehors.

Estimer que les anges et les saints en la face de Dieu connaissent toutes choses, ou dire avec le pape Grégoire, mi quatrième livre de ses Dialogues, chap. XXXIII : « Que tie D connaissent-ils la où ils connaissent celui qui connaît ))' toutes choses?^ » c'est bailler ses conjectures téméraires pour lois, et sans Parole de Dieu parler de ce qui se fait au

' Quid est quod ibi nesciaut qui âciealem omnia sciunt ?

ciel, comme en étant nouvellement retenu. C'est abolir les divers ordres des anges, qu'on croit en TEglise romaine, et les faire tous égaux ; car si tous les anges voient toutes choses en la face de Dieu! ils sont tous égaux en connaissance, et par conséquent en gloire; qui plus est, contrarier à la Parole de Dieu : car Jésus-Christ, au chap. XVllI de saint Matth., dit que a les anges voient toujours la face du » Père qui est dans les cieux ; » et néanmoins ils ignorent ie jour du jugement (Marc XIII, 3^). Ils ont appris par la publication de TEvangile Choses qu'ils ignoraient auparavant ; car saint Paul (Ephés. III, 10), parlant de la publication de l'Evangile entre les gentils, dit que cela s'est fait «afin que » la sapience de Dieu, diverse en toutes choses, soit donnée » à connaître aux principautés et puissances célestes. » Dont aussi samt Pierre, en sa première éptti*e, chap. 1 , dit . a qu'ils désirent regarder ces choses jusques au fond, b comme désirant y apprendre.

Voici bien plus, c'est que Jésus-Christ'en tant qu'homme, et selon son âme humaine, et durant son infirmité, reconnaît qu'il ne savait ni le jour, ni l'heure du jour du jugement, mais dit que le Père seul le connaît (Matt. XXIV, vers. 42, et Marc XIII, vers. 3â). Et cela ^'autant qu'il a fallu qu'il fût vrai homme semblable à nous en toutes chéses hormis le péché. Or ceci est de la nature de l'homme, quand mémo il n'eût point péché, de croître comme en stature de corps, aussi en connaissance et expérieiice, et de n'apprendre pas toutes choses en un moment. Saint Luc nous l'enseigne en termes bien exprès, disant que Jésus-Christ « s'a- » vançait en sapience, en stature et en grâce envers Dieu » eties hommes (Luc II, vers, 52). Plusieurs pères l'ont ainsi

' cm : Athanase,^ Ambroise, Grégoire de Nazianze, Théodore!, Cyrille, etc., comme reconnaît le jésuite Maldonat sur le XXIV de saint Matthieu. Dire que Jésus-Christ, en tant qu'homme, n'a pas su le jour du jugement, parce qu'il n'a-

1 mi la charge ni la volonté de le notifier, combien qu'en ef-

^ Athanas, contra Arianos, serm, 4, tom, 1, p. 282. Oùyop .

î9tI tout* éAàrrfti/*a toO X6yov , oû^ Tfj« ècyOpwTrlviQs ^v«rc6i( ï^wv ît«i rè eryvoctv.

fet il le sût; c'est donner lieu aux équivocatîons des jésui* tes qui, adjurés en justice s'ils savent quelque chose de quelque conspiration, jurent qu'ils n'en savent rien, mais sousentendent « pour vous le dire. » Par lequel artifice on pourra renier le christianisme devant un juge paien, et dire : Je ne suis pas chrétien, en sous-enteodant « pourvoûs » le dire. » Et même par ce moyen le Père ne saura le jour du jugement non plus que le Fils; car il n'a, non plus que le Fils, la volonté de nous le notifier.De cela donc j'argumente ainsi : Que puisque l'âme de Jésus-Christ, dû temps de son infirmité, jouissait déjà de la vue de Dieu et surpassait tous les saints en connaissance, et toutefois ne savait point le jour du jugement, il s'ensuit que les saints ne savent et ne voient pas toutes choses.

Quant au dire du pape Grégoire, il peut être souffert, s'il parle de la connaissance des saints qui sert à leur béatitude. Mais s'il parle d'une connaissance générale de toutes choses, cette sentence est pleine d'absurdité, que celui qui voit Philippe voie nécessairement tout ce que Philippe voit. Si d*un bas lieu je regarde un homme monté sur un clocher, vois-je tout ce qu'il voit ? Que si la vue de celui qui regarde se mesure selon la vue de celui qu'on voit, celui qui voit un aveugle ne verra rien du tout.

Bref, vouloir que la connaissance des saints soit de pareille étendue que la vue de Dieu, c'çst rendre la créature infinie ; car premièrement il faudrait que les saints connussent l'infinité de l'essence de Dieu, et en un esprit fini continssent une connaissance infinie. Item il faudrait qu'en un moment ils connussent toutes choses, et que saint Nicolas vit en un instant toutes les pensées des hommes, et entendit toutes leurs oraisons. Chose qui répugne à l'être des créatures, desquelles comme Tétre consiste en un flux de durée, aussi les actions sont. successives et se font Tune après l'autre, et non toutes en un moment.

Les anciens parlent de l'état des saints et de la mémoire des choses qu'ils ont vues et sues dans cette vie, et de la connaissance qu'ils ont des choses d'ici-bas, quelquefois avec certitude, quelquefois avec doute et incertitude.

Saint Jérôme, sur le chap. LXV d'Esaie» dit : c II se peut

» dire qu'au nouveau ciel et en la nouvelle terre toute la n mémoire de la conversation passée est effacée, de peur D que cela même ne soit une partie du mal, que de se so u » venir de l'affliction passée, o^ En l'épitaphe à Nepotian, il dit : « Nous savons que notre ami Nepotian est avec Christ, » mêlé parmi le chœur des saints, » et néanmoins il dit que Nepotian ne voyait ni n'entendait ce qui se disait et faisait en la terre. « Tout ce que je dirai semble muet parce qu'il » ne l'ouït point. « Item : o Ne cessons de parler de Nepotian, » avec lequel nous ne pouvons plus parler. » Item : « Heun reux Nepotian, qui ne voit point et n'ouït point ces cho- » ses. »*

Grégoire de Nazianze en ses oraisons fait force apostrcvphes et compellations oratoires, non-seulement aux saints trépassés, mais aussi aux choses inanimées. En sa pi^miére oraison contre Julien, après avoir parlé au ciel et à la terre, il parle aussi à l'Ame de Constantin déjà décédé, disant : a Ecoute, 6 âme du grand Constantin, si tu as quelque sen- A timent, »*ne sachant pas si elle l'entendait, il parle avec' la même incertitude de l'âme de Basile.

Le livre de l'Esprit et de TAme attribué à saint Augustin, au chap. XXIX : « Les esprits des trépassés sont en un lieu » où ilsnevoient nin'entendentcequisefaitnicequiarriVe » en cette vieaux hommes. Toutefois ils on tsoin^ des vivants, • encore qu'ils ne sachent aucunement ce qu'ils font; en » même façon que nous avons soin des morts, encore que > nous ne sachions ce qu'ils font.»^ Ce néanmoins il dit que

* Licet possit dicî quod in cœlo novo et in terra nova onmis conversationis pristina mcmoria debeatur, ne hoc Ipsum pars malorum sit, prioris angustise recordari.

* Quicquid dixero, quia ille non audit, mutum videtur. Gum qno loqui non possnmus de eo loqui non desinamus. Félix Nepotianus qui haec non vîdet, qui hsec non audit.

* Ibi quidem sunt spiritus defunctorum ubi non vident neque audiunt quae aguntur aut eveniunt in ista vita hominibus. Ita tamen est eis cura de vivis quamquam quid agant omninô nesdant, qiiemadmodum est nobis cura de mortuis quamvis quid agant utique nesdamus.

peut-être les trépassés savent quelque chose de ce qui se fait ici-bas, par le rapport que leur en font ceux qui mourant ici vont à eux ; ou que les anges leur en disent quelque chose,' ou que Dieu leur en révèle quelque chose ; non pas tout, mais ce qu'il faui qu'ils entendent. Ainsi devinece docteur, et en parle en tâtonnant, comme on fait quand on parle sans la Parole de Dieu. Tout cela est pris du livre de saint Augustin, du Soin qu'il faut avoir dei mor(#, où ii tient pour chose assurée que si les morts savaient ce qui se fait ici, sa bonne mère Monique ne l'aurait point abandonné.

Se trouvent en Chrysostôme plusieurs passages dans lesquels il dit que lés saints ne jouissent pas encore de la gloire céleste, d'autres où il dit qu'ils en jouissent.^ S*y trouvent quelques passages dans lesquels il semble approuver l'invocation des saints, et d'autres en beaucoup plus grand nombre dans lesquels il la condamne. Preuve que quelques passiages ont été fourrés par malice dans les écrits de ce saint personnage.

8î Jéfns-Chriit est notre seul moyenneur et aToeat.

ABNOUX.

Sect. IXXIV. — Textes cotés en marge de la Confession. 1 Tim. II, 5 : « Car il y a un seul Dieu et un seul movenneur entre Dieu et les hommes, à savoir Jésus-Christ homme, qui s'est donné soimême en rançon pour nous. »

En ce texte, le mot d'avocat n'y est point, et le mot de moyen^ neur est équivoque, d'autant qu il se peut prendre pour moyenneur d'intercession et pour moyenneur de rédemption : outre que ce ie-iie de la Bible des ministres est corrompu. Car au grec, qui est l'original, le mot seul n'y est point.

DU MOULIN

Le root d'avocat n'est point en ce passage de la première à Timothée, mais il se trouve au vers. 1 du chap. II de l'Epttre I de saint Jean : d Nous avons un avocat envers le » Père, à savoir Jésus-Christ le juste.» C'est de là que notre

confession a pris le mot d'avocat. Et quand même ce mot n'y serait point, si est-ce que par te mot d'avocat nous n'entendons autre chose que moyen neur, qui est le terme dont se sert saint PauL

Quant à ce que le sieur Arnoux dit que le mot moyenneur est équivoque, il accuse saint Paul de s'être équivoque. U dit donc que le mot de moyenneur se peut prendre ou pour moyenneur d'intercession, ou pour moyenneur de rédemption. Mais Taccouplement de ces deux choses, a Dieu est un » et le moyenneur est un, d réfute cette distinction ; car, comme l'Apôtre ne met point deux sortes de Dieu, aussi ne reçoit-il point deux sortes de moyenneur envers Dieu. Si sur ce mot de moyenneur il est permis de faire des distinctions, pourquoi non sur le mot de Dieu, et ainsi introduire plusieurs dieux ? Car encore que nous ne voudrions nier que les saints ne prient pour nous, si est-ce qu'ils ne sont point appelés médiateurs ou moyenneurs d'intercession; parce que nous appelons moyenneur d'intercession celui qui reçoit nos prières pour les présenter à Dieu ; ce que les saints ne peuvent faire, parce qu'ils n'entendent pas nos prières, comme nous l'ayons prouvé.

Joignez à cela que cette distinction réduisant les saints à n'être que médiateurs d'intercession, est contraire à l'Eglise romaine, laquelle croit que les saints n'intercèdent pas seulement pour nous, mais aussi paient, méritent et satisfont pour nous.^ Témoin la doctrine des indulgences, par lesquelles le pape distribue aux chrétiens le supérabondant des satisfactions des saints, pour leur servir d'acquit envers Dieu. Témoin aussi la messe, laquelle demande à Dieu le salut par les mérites des saints, comme s'ils avaient mérité pour nous. Dont aussi Bellarmin, au chap. XIV du premier livre des Indulgences, ne fait point de difficulté de dire que les saints sont en quelque sorte nos rédempteurs.

La pluralité de médiateurs ne peut être établie par les paroles de saint Paul aux Galates, chap. HI, où il dit que « la » loi a été donnée par la main d'un moyenneur; » car si ce moyenneur dont parle FApôtre est Jésus-Christ, comme veut

^ Qnomm meritis precibusque rogamus, etc.

la meilleure partie de l'Eglise romaine, ce passage ne fait rien pour établir les saints en la charge de médiateurs. Ou si par ce moyenneur il faut entendre Moïse, nous confessons qu'il a été moyenneur typique et figuratif. Mais ici il est question de médiateurs qui le soient vraiment et par effot.

Reste le reproche qui nqus est faijt d'avoir falsifié ce passage, et d'avoir mis : il y a un seul Dieu et un seul moyenneur; autrement qu'il n'y a au grec, où le mot seul ne se trouve point. Pour nous accuser de falsification en ce passage, il faut n'avoir nulle intelligence au grec, ou n'avoir point de conscience. Il y a selon le grec, « Dieu est unique et le » médiateur unique, » ou a Dieu est un et le moyenneur D un. »^ Cela ne vaut- il pas autant que « il y a un seul Dieii » et un seul moyenneur? » Et de fait, quand nous traduisons (( Il y a un seul Dieu, )>' ces Messieurs le trouvent bon ; mais quand dans les mots suivants nous traduisons ci il y a un » seul moyenneur, » ils nous accusent dé fausseté, et toutefois la façon de parler est toute semblable en grec, et en la même ligne. La Bible française des docteurs de Louvain nous justifie en cela : car au troisième chapitre'de la même Epître, vers. 22, où il y a unius uxoris virum, ils ont traduit V mari d'une seule femme,» parce que tU en grec, comme aussi unu8 en latin, vaut autant qu'unique, et par conséquent (( seul. ».

Les anciens docteurs n'ont point rejeté ce mot seul en cette matière. Tertullien, au chap. XXX de son Apologétique, dit : « Nous ne pouvons demander ces choses à autre h qu'à celui duquel je sais que je l'obtiendrai ; car aussi c'est » celui seul qui l'octroie, et je suis celui qui doit être D exaucé, à savoir son serviteur qui l'invoque lui seul. »^

Origène, au tome VIII contre Gelsus : a 11 ne faut prier D que Dieu seul sur toutes choses, et son Fils unique. »^

Saint Ambroise, en l'oraison sur la mort de Théodose, corrigeant ce qu'il avait dit au livre des Défunts, fait lors-

* Ipse est qui solus praestat et ego sum oui impetrare debetur, famulus cjus qui cum solum obsecro.

* Màycit TrpofftuxHov, tw InX 7C&« 6«w x«l /Aovoyeycc.

OE LA FOf. 225

qu'il était nouveau chrétien : « Toi toutefois, Seigneur, dois

T» Hre seul invoqué et prié.

Saint Augustin, au livre de la Quantité de rAme, chap. XXXIV : « Dieu seul doit être servi par Tâme, car lui seul » est le créateur; mais tout homme, quelque sage et parfait » qu'il soit, et gt''néralement toute âme raisonnable et très- » heureuse doit être seulement aimée et imitée. »* En vain réptiqiie-t-on que saint Augustin parle du service religieux qui est dû à Dieu seul, puisque ce bon Docteur n'en reconnaît point d'autre; et ni ici ni ailleurs ne parle jamais de service religieux dû à la créature. Car le livre de l'Esprit et de l'Ame, où il y a une prière aux saints, n'est pas de lui. Boêce y est allégué, qui a vécu plus de cent ans après Augustin. Notez aussi qu'il limite l'honneur qu'il faut rendre aux âmes bienheureuses, et dit qu'il faut seulement les aimer et les imiter; non donc les invoquer.

Quant à faire les saints médiateurs, il insiste là-dessus fort souvent, au 22* traité de saint Jean : « C'est ce que dit » ton Sauveur : tu n'as où aller sinon à moi, tu ne peux » aller sinon par moi. » ^

Et au chap. VIII du deuxième livre contre l'Epttre de Parmenian : a Tous les Chrétiens se recomm)3indent mutuel- )) lement à Dieu par les oraisons^ itiais celui pour lequel » nul ne prie, mais qui prie pour tous , celui-là est le seul et p vrai médiateur. » *

Et peu après :(( Si saint Paul était médiateur, aqssî le » seraient les autres Apôtres, et ainsi il y aurait plusieurs » médiateurs; et saint Paul même se serait mécompte en » disant qu'il n'7 a qu'un Dieu et un médiateur, d * Est à

1 Sed tamen tu, Domine, solus inyocandus.

' Dcus solus ei colendus est, qui solus ejus est author. Homo autem quilibet alius quamquam sapientissimus et perfectissimus , vel prorsus quaelibet anima rationis compos et beatissima amanda tantummodo et imitanda est.

' Non est quo eas nisi ad me, non est quà eas nisi per me.

^ Homines omnes christiani invicem se commendant ofationibns suis. Pro quo autem nuUus interpellât, sed ipse pro omnibus, hic unus verusque mediator est.

* Si esset mediator Paulus, essent et cseteri apostoli, ac sic multl

22G BOL'CLIER

noter qu'il ne parle en ce chapitre que de médiateur d'intercession ; car il dispute contre Parmenian qui avait appelé révoque médiateur entre Dieu et les hommes.

Et au premier traité sur la première épitre de saint Jean, (( Nous avons un avocat envers le Père, o il parle ainsi : tt Ce grand personnage n'a pas dit : vous avez un avocat » envers le Père; mais :si quelqu'un a péché, nous avons » un avocat envers le Père. Il ne dit pas : vous avez, ni aussi » vous m'avez, ni même vous avez Christ; mais il a mis » Christ, et non soi-même, et a dit : nous avons, et non pas » vous avez. Il a mieux aimé se mettre au nombre des » pécheurs afin d'avoir Christ pour ^vocat, que de se mettre » avocat au lieu de Christ et être trouvé entre les superbes » damnés. » ^

Le livre delà Vie érémitique, qui est au I«^ tome de saint Augustin, parle du service de la vierge Marie, et l'appelle reine des cieuT ; mais ce livre ne peut être de saint Augustin, puisque la règle de saint Benoît y est alléguée, et Grégoire, pape, y est nommé, lequel est mort plus de 160 ans après saint Augustin.

Se trouvent dans les anciens quelques passages qui parlent de l'intercession des saints. Se trouvent aussi des souhaits que font les vivants que les saints trépassés intercèdent pour eux, mais nous avons déjà dit que notre dilTérend n'est pas si les saints prient pour nous, mais s'il les faut invoquer?^ Et combien que dans les écrits des anciens ilse trouve des exemples de particuliers qui, par une dévotion mal réglée, ont invoqué les saints, si est-ce que c'est depjiiis peu que l'invocation des saints est mise dans le ser^^ice public, et est établie par lois et règlements des conciles, n

Mais au bout ce sont toujours des hommes qui parlent,

mediatores essent. Nec ipsi Paulo constaret ratio qua dixerat, Unus Deus, unus mediator,

^ Non dixit habetis, nec me habetis dixit, nec îpsum Cbristum habetis dixit, sed Ghristum posuit, non se; et babemus dixit, non habetis. Maluit se ponere in numéro peccatorum, ut baberet advocatum Ghristum quam se ponere pro Christo advocatum.

* Conc, Carth, 3, can, 23. Cùm ad altare assistitur, semper ad Patrem dirigatur oratio.

DE LA FOf.. 227

desquels oos adversaires remarquent plusieurs erreurs; desquels ce que nous alléguons est plutôt pour les défendre que pour fonder notre foi. Ayant la Sainte-Ecriture pour nous, il nous suffît. En laquelle nos adversaires mêmes confessent que Tinvocation des saints n'est pas commandée ; et maintenant ils commencent à dire qu'elle n'est pas nécessaire; contredisant au pape Innocent III, lequel, au troisième livre des Mystères de la messe, chap. IX, dit que « le suffrage des saints nous est nécessaire, pendant que » nous sommes en chemin. » ^

ARNOUX

Sect. LXXV. — 1 Jean, Epist. II, 1 : «Si quelqu'un a péché, nous avons un avocat envers le Père , à savoir Jésus -Christ Je jusie ; car c'est lui qui est la propitiation pour nos péchés. »

Il ne dit pas : nous n'avons qu'un avocat; il s'en faut bien. Mais, parlant de l'avocat par excellence, sans lequel tous les autres ne sont aucunement recevables, il dit: nous avons un avocat, sans exclure les autres.

Que les saints ne sont pas nos avocats | et que l'Eglise romaine invoque plusieurs saints qui n'ont jamais été, et dont la sainteté est fort douteuse.

DU MOULIX.

Quiconque sait ce que c'est que d'être avocat envers Dieu, sait aussi que ce titre ne convient point aux saints. Celui est avocat envers Dieu pour nous, qui reçoit nos prières, et présente à Dieu nos requêtes, et les accompagne de son intercession. Or, les saints n'entendent point nos prières, comme nous avons prouvé, etpar conséquent ne les peuvent présentera Dieu; et quand même ils entendraient nos prières, Dieu les a reçues devant que les saints aient loisir d'y apporter leur reconjmandation. Et de fait en ce même passage, saint Jean ayant dit que nous avons un avocat envers Dieu, ajoute : « car c'est lui qui est la propitiation » pour nos péchés, » montrant comment il est notre avocat,

1 Necessariiim nobis est in via âanctonim suffiragium.

à savoir en ce qu'il fait prôpitiation pour nos péchés. Etre donc avocat des pécheurs, c'est être leur prôpitiation : quo si Jésus-Christ est seul propitiàteur, aussi est-il seul avocat.

Notre Seigneur Jésus décide la question en 'paroles claires

au chap. XIV de saint Jean, vers. 6 : « Je suis le chemin, la

» vérité et la Yve; nul ne vient au Père sinon par moi; »

' non donc par les saints, ni par l'intercession des créatures.

Que si les saints sont avocats en la cour céleste, qui les a présentés? Qui les a reçus? Qui nous a comipandé de nous adresser à eux? Des enfants ont-ils besoin d'entremetteurs pour parler à leur père? Et puisque Dieu nous forme et suggère nos prières, faudra-t-il des intercesseurs pour recommander à Dieu la prière que lui-même nous a mise au cœur et en la bouche? Que si je présente à Dieu mes prières par l'intercession de Jésus-Christ seul, ma prière sera-t-elle moins agréable à Dieu que si j'avais employé l'intercession des saints ?

Que si on considère ceci de près, on trouvera que nos adversaires, voulant aller à Dieu par les saihts, embarrassent les esprits dans un labyrinthe sans issue; car ils disent qu'ils vont à Dieu par les saints, mais en effet ils vont aux saints par Dieu, car ils confessent que Dieu révèle aux saints nos prières. Ils introduisent donc Dieu avertissant les saints, comme s'il disait à saint François : <c Benoît if> saint, sache qu'un tel qui est en terre, en tel lieu, te 0 demande telle et telle chose, dont je t'avertis, afin que » tu m'en pries, et lors j'aviserai si je t'exaucerai. » Qui est une enfilure de belles conceptions, qui fait que Dieu est médiateur envers les saints, avant que les saints soient médiateurs envers Dieu.

Que si par les saints on va à Jésus-Christ, et s'ils sont moyenneurs vers le Moyenneur, les oraisons que nous ferons aux saints iront premièrement à Dieu, et de Dieu aux saints, et des saints à Jésus-Christ, et de Jésus-Christ à Dieu. Un homme qui se noie sera enfoncé quatre fois devant que sa prière soit passée par tant de mains.

Encore y a-t-il une difficulté : car devant, que prendre

les saints pour médiateurs, il faut être assuré qu'ils soient

saints; or, l'Eglise romaine invoque plusieurs saints qui ne

furent jamais au monde, et plusieurs de la béatitude desquels on peut justement douter.

Les trois rois, saint Longis qui perça le côté du Seigneur; saint Martial, cousin de saint Pierre, qui servait à table quand Jésus-Christ célébrait TEucbaristie, qui chassa le paganisnie des Gaules, du temps des Goths, lorsqu'il n'y avait point de Goths dans les Gaules ; et sainte Ursule, fille d'un roi d'Angleterre, lorsqu'il n'y avait point de roi en Anglelerre, capitainesse d'une armée de onze mille vierges; et sainte Catherine, fille du roi Costus d'Alexandrie, lorsqu'il ify avait point de roi d'Alexandrie, laquelle du temps de Pempereur Maxence convertit la reine Faustine et cinquante philosophes ; sont personnes qui ne furent jamais au monde, comme il nous Serait aisé de prouver, et dont la vie, par la confession de Oaronius en son Martyrologe, est remplie de fables. Les témoins qu'on nous baille de leur vie sont Usvard, Siméon Métaphrasté, Molanus et le Ménologe des Grecs, et tels nouveaux auteurs fi^uleux que Baronius contredit A tout propos. Mais nul bon auteur ancien qui ait vécu cinq cents ans après le temps auquel on met ces saints imaginaires ne parle de ces saints. Baronius estime que saint Grégoire et saint Christophe sont peintures symboliques, en même façon qu'on peint les vertus , et néanmoins on invoque ces saints; et même ils se trouve que saint Georges était un évéque arien ennemi d'Athanase. Il est le même de sainte Marguerite que le diable avala, lequel aussi en creva, qui est une espèce d'accouchement, dont aussi on lit sa légende aux accouchées. On fait vivre ces.«âints sous des rois qui n'ont jamais été, en un temps et en un pays où il n'y avait ni martyre ni le nom du christianisme. Ils commencent à nattre six ou sept cents ans après leur mort; on leur attribue mille actions absurdes et ridicules ; on aurait plutôt nettoyé rétable d'Augias que les vies de ces saints de contes fabuleux.

Joignez à ces saints imaginaires les saints que le pape canonise et met au rôle des saints, commandant à l'Eglise romaine fie les invoquer, et leur attribuant un jour de fête ; coutume nouvelle, et dont il ne se trouve aucune trace en toute l'antiquité : laxrause s'en plaide au consistoire du pape.

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