DU PURGATOIRE
ARNOUX
Sfct. LXXXIV, — De texte coté en marge, il n'y en a point pour tout, sinon sur Tabstinence des viandes et l'observation des l'ôtes, sur quoi le lecteur verra ma réplique aux ministres. ^ Us ont d'une même foi retranché les livres canoniques ci-dessus en l'article 3, et nié toutes ces choses, dont une partie se peut encore prouver par les livres qu'ils ont retranchés pour cela. De façon qu'après avoir égorgé les témoins qui pourraient les accuser, ils ont librement commis une espèce de parricide.
DU MOULIN
Il n'est besoin de coter les passages contre le purgatoire, ni contre les vœux monastiques, ni contre les pèlerinages, ni contre la défense du mariage et des viandes, ni contre la confession auriculaire, ni contre les indulgences, parce que les passages cotés sur le cinquième article de notre confession, par lesquels sont condamnées les traditions humaines, et la perfection de TEcriture est prouvée, suffisent à renverser ces points, qui sont traditions humaines inventées pour le gain et pour l'ambition. Joint que la marge n'eût pas suffi à. réfuter tant de points touchés en passant en un seul article. Ce docteur ne pouvant e^ntamer le corps de nqtre confession, tâche d'en égratigner les marge^
Quant au retranchement des livres canoniques dont nous sommes accusés, j'ai ci-dessus amplement satisfait à cela et purgé nos Eglises de cette calomnie. J'ajoute que quand même nous recevrions Judith, la Sapience et les Macchabées pour canoniques, nos adversaires n'y trouveraient nAi plus leur religion que dans les livres des Prophètes et Apôtres. Et défait, le sieur Arnoux, ci-dessus en la section LXIX, s'est voulu servir pour les mérites d'un passage d'Un livre apocryphe, mais en falsifiant le passage d'une horrible fausseté.
Combien donc que je pourrais laisser là ces points, contre lesquels le éieur Arnoux n'apporte que des injures, si est^^ que pour plus ample satisfaction du lecteur je dirai quelque chose de chacun.
Description du purgatoire.
Sect. LXXXV. — Pour réfuter le purgatoire il ne faut que le peindreetlereprésenter au vrai.Le jésuite Basile, danssoD Catéchisme des controverses, et Cotton en son Institution, disent que le purgatoire est une conciergerie et lieu souterrain au-dessus de Tenfer des damnés, où les âmes qui sont souillées du péché véniel, et qui n'ont pas satisfait à la justice divine en ce monde, sont purgées par ce l'eu temporel. On fait ce feu aussi chaud que celui de l^enfer, et fort long, témoin les pardons de plusieurs milliers d'années.
Cette doctrine est cruelle et porte sur le front sa condamnation ; car nos adversaires veulent :
1^ Que Dieu qui a donné son Fils à la mort pour racheter ses ennemis, prenne plaisir à hrûler ses enfants pour des péchés pardonnes, et pour lesquels Jésus-Christ a satisfait.
^ Que Dieu tourmente ses élus en un feu, non pour les amender (car ils sont déjà justes quand ils y entrent), mais pour se satisfaire à soi-même et pour contenter sa justice. Jamais père ne punit ainsi ses enfants.
3* Que Dieu pour contenter sa justice exerce une injustice, prenant deux paiements d'une même dette et deux satisfactions pour un mêmie péché, à savoir la passion de Jésus-Christ et le tourment du purgatoire, quoique la première satisfaction, qui est celle de Jésus-Christ, soit trèssuffisante, aussi bien pour le purgatoire que pour Tenfer.
4° Que la passion de Jésus-Christ étant suffisante pour nous exempter du purgatoire aussi hien que de l'enfer, néahmoins Dieu n'accepte point la passion de son Fils pour aulan^qu'elle vaut, et qu'il resserre la main, et restreinte libéralité, et rogne du prix de la mort de Jésus-Christ, afin que ses enfants ne soient exempts de tourment.
^ Que la passion de Jésus-Christ nous est appliquée en nous brûlant et tourmentant par plusieurs siècles, qui est appliquer la miséricorde de Dieu par l'exécution de sa justice, appliquer le pardon par la punition, appliquer la rémission de nos dettes en nous faisant payer; bref, nous appliquer le bénéfice et la grâce de Jésus-Christ par un moyen dérogatoire à cette grâce et contraire à ce bénéfice.
DE Là FOI. 249
6^ Que Jésus-Christ intnrcédant au ciel pour tous les fldèles, ces âmes ardentes ne sortent point du feu de son intercession, mais qu'elles sortent par des indulgences du pape.
7** Que le pape pouvant tirer de ce feu beaucoup plus d*âmes qu'il ne fait, néanmoins lui qui se dit le père commun des chrétiens les laisse brûler par plusieurs siècles.
8"" Que les âmes entrant en purgatoire sont défâ pures et sans péché, et néanmoins ont besoin de purgation ; car la coupe n*estplus, laquelle seule toutefois a besoin de purgation. Ainsi le purgatoire est fait pour purger des âmes nettes, et pour nettoyer les ordures qui ne sont plus.
9** Que les péchés pardonnes se purgent par tourment, comme qui appellerait le fouet, la roue, le gibet ou une purgation.
10° Que les péchés pleinement pardonnes sont punis en re feu, et que Dieu ayant pleinement effacé et ôté lacoulpe, fait porter la peine à ceux qui n'ont plus de coulpe, et ne sont plus coupables. Comme si Dieu nous disait : Je te pardonne tous tes péchés, mais tu seras puni en un feu. Je te quitte toute fa dette, mais non le paiement de la dette; car nos péchés sont dettes, .dont la peine est le paiement. Certes pardonner n*est autre chose que ne punir point. Et de fait un criminel sera fort content que le roi ne lui remette point la coulpe, poqrvu qu'il lui remette la peine. Jésus-Christ n'a porté notre coulpe à autre fin, qu'afin de nous décharger de la peine. En vain aurait-il porté toute notre peine satisfac- {oire s'il ne nous en avait déchargés.
ll^'Que Dieu veut que nous pardonnions à nos prochains entièrement, et que celui-là serait un méchant homme qui, ayant été outragé par son prochain, lui pardonnerait sa faute, mais se résoudrait néanmoins à lui en faire porter la» peine, hont s'ensuit que Dieu veut que nous soyons plus miséricordieux que lui, puisque nos adversaires disent que Dieu, après nous avoir pardonné toute la coulpe, nous en fait porter la peine satisf^ctoire en un feu ardent de plusieurs siècles.
12® Tout cet abus naît d'une maxime perverse, et qui subvertit tout l'Evangile, à savoir que Jésus-Christ par sa mort nous exempte de toute la peine satisfactoire due aux péchés
commis devant le baptême, mais non de la peine satisfactoire due aux péchés d'après le baptême; maxime doDt il ne 8e trouve un seul mot en TEvangile, qui toutefois, y devait être couchée plus clairement qu'aucune autre doctrine, puisque savoir ce que Jésus-Chrjst a fait pour nous est ce qui nous fait être chrétiens : c'est Tâme et le fondement de la religion chrétienne.^
Tout ce que dessus n'est qu'un acheminement à ce qui s'ensuit.
i3^ Que le pape en vertu de ce que Jésus-Christ a dit à Pierre : « Tout ce que tu délieras en terre, etc., » délie aussi sous terre et peut délivrer les âmes du purgatoire. Suivant lequel pouvoir il donne des cinq et six cent mille ans de pardon, et établit des autels privilégiés, sur lesquels quiconque dit une messe en un certain jour tire à son choix une âme du purgatoire, et privilégie certaines personnes auxquelles il octroie ou de n'entrer point en purgatoire, ou d*en sortir incontinent. Tels sont les carmes, qui se vantent d'avoir ce privilège de n'être en purgatoire que jusques au samedi après leur mort. Item ceux delà confrérie du cordon de saint François, auxquels le pape Sixte V, l'an 1586, octroie pleine indulgence et la délivrance d'une âme du purgatoire, en disant quelques Paler entrelacés à'Âve au samedi des Rameaux, et en la fête de saint Jean l'Ëvangeliste, et Porte latine. Au trésor des indulgences du cordon saint François, imprimé â Rouen, se trouvent ces mots : « Par chaque jour 9* jusqu'à la Nativité de Notre-Dame, il y a huit cent soi* » xante-deux mille ans et cent jours d'indulgences, et la » rémission de la troisième partie des péchés. y> Le livredes Indulgences romaines en dit bien d'autres.
14° Làr-dessus s'exerce un grand trafic, et le clergé par là suce la substance des laïques, vivant en la frayeur ignorante du pauvre peuple, lequel mourant pense eu être quitte à bon marché s'il est seulement quelques centaines d'années en un feu ardent ; et là-dessus, dépouille ses enfants et héritiers, pour donner non à ceux qui pleurent, mais à ceux qui chantent; non aux disetteux, mais à des moines riches et oisife. Pour les riches se disent force messes et obits qui se paient bien cher, afin de soulager leurs âmes de ce tour-
ment; mais pour les pauvres, ou pour ceux qui n'ont rien donné, jamais ne se disent messes particulières : ceux-là meurent à bon marché; il faut qu'ils se contentent des prières générales, auxquelles les riches aussi ont part. Envers les pauvres on veut que Dieu pratique la règle de l'Evangile : « En vérité je te dis que tu n'en sortiras point jusqu'à ce que d tu aies payé le dernier denier » (Matth. V).
Opinion des anciens touchant l'état des âmes des fidèles
après la mort.
Section LXXXVf . — Les Pères ont été si éloignés de croire que les âmes des fidèles soient tourmentées en un feu avant le jour du jugement, que même plusieurs d'entre eux tiennent que les âmes ne peuvent souffrir aucun tourment quand elles sont hors du corps. Tertullien, au chsp. XLVIIi de l'Apologétique : « L'âme seule ne peut rien souffrir sans » matière solide, c'est-à-jdire sans chair. » ^ Il dit le ménie au livre du Témoignage de l'âme, chap. IV. Grégoire de Nysse de même, en la troisième oraison de la résurrection' de Christ : « Le feu » (dit-il) « ne peut jamais attoucher » l'âme séparée, et les ténèbres ne lui peuvent être fâcheu* » ses» vu qu'elle n'a point' d'yeux; pour ces raisons conve- « » nables, nous sommes poussés à recevoir la résurrection » dfB morts. » *
Chrysostôme, en l'homélie XXXIX sur la première épttre aux Corinthiens : « Encore que l'âme demeure, encore » qu'elle soit dix mille fois immortelle, comme de fait elle M l'est, elle ne recevra point sans le corps ces biens indicir> bles, comme aussi elle ne souffrira point de punition. » * Toute la punition que les âmes séparées des corps soufflent (selon l'opinion d'Ambroise, au chap. X du premier livre du
^ Neque pati quicquam potest anima sola sine stabili materia, id est carne.
* Animam separatam ignls nunquam attigerit, nectenebrae quidem ei moiestae fuerint, utpote quae oculis caret, etc.
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BiPiî de la mort) , c'est qu'elles sont en inquiétude sur l'attente de la punition qui leur est préparée au dernier jour.
En attendant ce dernier jour, plusieurs Pères mettent les âmes tant des bons que des mauvais en des cachots sous terre, ou en certains lieux cachés qu'ils appellent réceptablés. TerluUien, au chap. LV du livre de l'Ame : « Nous )> tenons pour assuré que toute âme est mise à part aui )> enfers, jusqu'au jour du Seigneur. » ^ Irénée dit le même au cinquième livre, ^ fondé sur ce qae Jésus-Christ a demeuré aux enfe/s jusqu'à sa résurrection, à la conditioii duquel tous les fidèles doivent être semblables : <( Car (dit-ilj » le disciple n'est pas par-dessus le Maître, n
Origéne, au deuxième livre des Principes, chap. XII (( J'estime que toos les saints sortant de cette vie demeurent » en quelque lieu en terre que l'Ecriture appelle paradis 0 ou en quelque lieu d'instruction, et comme en un audi- » toire. » ' Et de là il fait monter les âmes de plus haut ei plus haut par certains intervalles.
Lactance, au septième livre, chap. XXI : «Toutes le» » âmes sont détenues en une prison commune, jusqu'à c( T» que le temps vienne que le grand Juge fasse l'examen d( » ce qu'elles ont mérité. » *
Saint Hilaire, sur le Ps. XXXVIII : « C'est la loi de néces- » site à laquelle l'homme est sujet, que les âmes descenden » aux enfers après que les corpa sont ensevelis, laquelli » descente Jésus-Christ môme n'apoint refusée pourraccom- » plissement d'un vrai homme. » *
^ Constituimus omnem animam apud iiiferos sequestrari in dieni Doroini.
< Animae abierunt in invisibilem locum definitum ipsis à Deo, et ibl usque 'ad reformationem commorabuntur.
^ Puto qu6d sancti quoque discedentes de bac vita permaneant in loco aliquo in terra posito, quem paradisum dicit Scriptura divina, valut in quodam eruditionis loco, et ut ita dicam auditorio.
^ Omnes et una communique Custodia dctinentur, donec tempus adveniat, quo maximus Judex meritorum faciat examen.
^ Humana ista iex necessitatis , ut sepultis corporibus animae ad iùferos descendant. Quam descensionem Dominus ad consommation iwm FOR liominis non recusavit.
VictorÎR, martyr, sur le chap. VI de l'Apocalypse, dît qtie saint Jean a vu sous l'autel les âmes des occis et martyrs, et dit : Sub ara, id est sub terra; estimant que les âmes des saints sont sous .terre.
Noviatien, au chap. I du premier livre de la Trinité : « Les choses qui sont sous terre ne sont point sans puis- » sances digérées par ordre ; car c'est le lieu où les âmes » des fidèles et des méchants sont menées, sentant déjà » les préjugés du jugement futur. » ^
Saint Augustin est fort inégal en cette matière; toutefois voici ses mots sur le Ps. XXXVI : « Après celte vie courte n tu ne seras point encore au lieu où seront les saints, » auxquels il sera dit: Venez les bénis de mon Père, etc. » Tu n'y seras pas ^core. Qui ne sait cela? Mais tu pourras )) être là où le riche orgueilleux étant dans les tourments, » voit le pauvre jadis couvert de plaies se reposant ; en ce » repos tu attendras à recoy le jour du jugement. » *
Et au douzième livre de la Cité de Dieu, chap. IX: « Cette partie de la Cité de Dieu qui doit être jointe aux )> anges immortels étant assemblée des hommes mortels, n ou est pèlerine en terre en une condition mortelle, ou 0 ceux qui sont trépassés se reposent dans les réceptacles » cachés et sièges des âmes. » '
En son Manuel à Laurent, chap. CIX : « Le temps qui est » entre la mort et la dernière résurrection contient les » âmes en des réceptacles cachés, selon que chacune est » digue de repos et de tourments. » ^
Chrysostôme, en l'homélie XVIU sur TEpitre aux Hébreux,
i Quse infra terram jacent , neque ipsa sunt digestis et ordinatis potestatibus vacua. Locus enim est qu6 pionim animae et impiorum ducuntur.
s Post vitam islam nondum eris ubi erunt sancti , quibus dicetur, Yenite benedicti, etc. Nondum ibi eris : quis nescit ?
• Nnnc vel mortaliter peregrinatur in terris, vel in eis qui mortem obierunt secretis animarum receptaculis sedibusque requiescit.
^ Tempus quod Inter homlnis mortem et ultimam resurrectionem interposltum est, animas abditis receptacuiis continet, sicut imaquaeque digna est vel reqaie, vel senimna.