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dit qu*Âbel ^ n'a pas encore reçu la couronne, ni Noé, et qu'ils sont assis en nous attendant: et ce lieu où les âmes attendent est ordinairement dans les Pères appelé le a sein » d'Abraham. » Et toutefois tant en Chrysostônie qu'en Augustin se trouvent d'autres passages qui disent que les âmes des fidèles sortant de ce corps vont droit à iésus- Christ, et voient Dieu face à face. Et de fait, saint Augustin, au deuxième livre de ses Rétractations, chap. XIY, remue cette question et la laisse indécise et sans résolution. Dont aussi Sixtus Senensis, bibliothécaire du pape, au çiiième livre, en l'annotation 345, dit qu'alors l'Eglise n'avait encore résolu rien de certain sur cet article.
Quasi tous les Pères grecs diffèrent la béatitude des âmes jusques après la résurrection, comme^Tbéodoret, Afetas, OEcumenius, Theophylacte, Euthymius, auxquels s'est joint le pape Jean XXU, comme témoigne Gerson, au sermon de la Pâque, Villanus, au dixième livre de son histoire, et Erasme, en sa préface sur le cinquième d'irénée, et Okam, e;i Tœuvre des 9 Journées. Le repos des âmes dans les réceptacles est appelé par quelques anciens un dormir. Le canon de la Messe prie pour les morts en ces termes : « Souviens-toi , Seigneur, de tes serviteurs et servantes » qui dorment au sommeil de paix. » Car quand celte prière a été bâtie, en ne croyait point que les âmes des enfants do Dieu fussent tourmentées en un feu.
De ces réceptacles des âmes plusieurs ont cru que les âmes ne sortiraient pas en même temps, et que les uns ressusciteraient plus tard que les autres, à savoir ceux qui seront plus chargés de péchés, lesquels seraient punis par le retardement de la résurrection. Modicum quodque deliclum mora resurreclionis luendo, comme dit Tertullien au dernier chapitre du livre de l'Ame. Suivant cette erreur, il veut que la femme prie pour son mari trépassé, a et qu'elle lui m demande du rafraîchissement, et de lui tenir compagnie » en la première résurrection, » ' au livre de la Monogamie,
* Refrigerium ei adpostulea et in prima resurrectiono cousor- ^ f
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chap. X ; ce qui est conforme à la prière que fait Âmbroise pour Gratien et YalentinieD décédés, demandant à Dieu « qu'il lui plaise les relever et ressusciter de meilleure » heure. » *
Mais je ne trouve les Pères plus accordants en aucune chose qu'en l'opinion que sitôt que les morts seront ressuscites ils seront flambloyés et brûlés par le feu du jour du jugement, lequel ils appellent un baptême de feu, et le glaive flamboyant mis à la porte du paradis, duquel feu ils n'exemptent personne, non pas même les Apôtres ni la vierge Marie.
Âmbroise, au sermon XX, sur le Ps. CXVIII : «Il faut que » tous passent par les flammes, fût-ce Jean l'évangéliste » que le Seigneur a aimé, fût-ce saint Pierre. »' Voyez aussi le troisième sermon, et sur le Ps. XXXVI : « Les flls de » Lévi seront purgés par le feu ; Ezéchiel, Daniel et ceux-^îi, » encore qu'ils seront examinés par le feu, diront toutefois : » nous avons passé par le feu et par Teau. » '
Lactance, au septième livre, chap. XXI : « Quand Dieu » aura jugé les justes, il les examinera p^r feu ; alors ceux » dont les péchés prévaudront ou en pesanteur ou en » nombre, seront rasés par le feu et légèrement brûlés. » ^
Saint Hilaire. sur le Ps. CXVIII, en la pause Gimel, fait passer par ce feu du dernier jugement la vierge Marie : (( Désirons^nous » (dit-il) a le Jour du jugement, auquel il )> nous faut passer par ce feu indéfatigable? Auquel il faut » subir ces griefs supplices pour expier les âmes de leurs » péchés? ï)^ Et peu après : « Si même cette vierge qui a » conçu Dieu doit subir la sévérité de ce jugement» qui est-
i Te quaeso, surome Deus, ut carissimos juvenes matura resur* rectione suscites et ressuscites.
< Omnes oportet transire per flammas, sive ille Joannes Evan^ geiista, sive ille Petrus.
' Igné purgabuntur filii Levi, igné Ezéchiel, igné Daniel, etc.
^ Justos cùm judicaverit Deus, igné eos examinabiU Tune quorum pttccata vel pondère vel numéro praevaluerint perstringuntur atqvKB amboruntur.
f> ce qui osera désirer d'être jugé de Dieut»^ Et au deuxième canon sur saint Matthieu : a A ceux qui soat k>ap- » tiâés du Saint-Esprit, reste encore d'être achevés (lar le » feu du jugement. » *
Saint Augustin, au chap. XXXII du seizième livre delà Cité : a Par ce feu » (qui apparut à Abraham) « est signifié T» le jour du jugement, qui séparera les charnels qui seront » sauvés par le feu, et ceux qui seront damnés au feu. n ' Et au chap. XXV du vingtième livre : « Par les choses ci- » dites, il semble apparaître clairement qu'en ce jugement » il y aura quelques peines purgatoires de quelques-uns. » ^ Le titre ducbapitreporteexpressémentqu'il parle du dernier jugement.
Origène, en l'homélie III; sur le Ps. XXXVI : « Je pense » qu'il faut que nous venions tous à ce feu, quand ce serait » un Paul ou un Pierre, il viendra toutefois à ce feu. »
Grégoire de Naziance, au sermon du Baptême qui est le quarante-deuxième, appelle la pénitence une seconde purgation pénible après le baptême. « Mais » (dit-il) » qui me » sera garant que cette cure parviendra à la fin, et que le » jugement ne nous accueillira point, comme étant encore r> redevables et ayant besoin du brûlement du feu qui sera » là ? »> Basile, au chap. XV du livre du Saint-Esprit (si cet œuvre est de lui), dit que par le baptême du feu dont parle Jésus-Christ, est entendue «l'épreuve qui sera au jour du » jugement. »* De -ce même feu purgatif Grégoire de Nisse parle en l'oraison des Dormants ; et Cyrille de Jérusalem, en la quinzième Catéchèse, où il dit qu'au jour du jugement
^ Si in judicii severitatem capax illa Dei virgo ventura est, desiderare qms audebit à Deo judicari.
* Baptisatis in Spiritu Sâncto reliquum sit consummari igné judicii.
* Significatur isto igné dies judicii dirimens camales per ignem salvandos et igné damnandos.
^ Ex bis qua; dicta sunt videtur evidenter apparere in iUo judicîo c[uasdam quorundam pœnas purgatorias futuras.
" 6f èJovTccc ^fji&i ht rb xpiviftov vTrcdi^srat xai%i}$ ixcTffC Sto/ihovi w»pà9tù»ç.
os tA FOI. 257
« le Sauveur viendra des nues du ciel, traînant après soi 1» un fleuve de feu pour éprouver les hommes. ï> ^
A cette opinion se joint le jésuite Barradius, en son Commentaire sur les Evangiles, et dit : a qu'il y aura un feu D au monde qui précédera Jésus-Christ, lequel brûlera la » terre et purgera les élus ; » * et confirme son dire par la glose ordinaire et par Thomas d'Aquin.
Tel est le purgatoire des anciens, et non un feu souterrain où les âmes des fidèles soient brûlées avant le jour du jugement pour des péchés pardonnes, ni une prison dont le pape soit le geôlier. £t de fait, tout le service et toutes les prières pour les morts qui se disent en FEglise romaine ne parlent aucunement du feu du purgatoire, mais du dormir des âmes, et de n*étre point jeté au feu éternel. Ainsi les églises grecques prient pour les morts et nient le purgatoire. Epiphanius, en Thérésie d'Aëtius, et Denis, au livre de la Hiérarchie ecclésiastique, parlent de la prière pour les morts, et néanmoins présupposent que les morts pour les* quels on prie sont déjà au repos et en la béatitude. Saint Augustin, au livre du Soin pour les morts, approuve la prière pour les morts, mais ne parle auciinementde purgatoire en tout le livre. Le deuxième livre des Macchabées, chap. XII, loue la prière pour les morts, quand en cette prière on a égard à la résurrection, c'est-à-dire quand on prie pour un trépassé à ce qu'il puisse ressusciter à salut, mais non pour le tirer de purgatoire. Les anciens priaienl et faisaient des dons et offrandes pour les morts pour les fins susdites, à savoir pour la dormition des âmes, pour la résurrection, et afin que le trépassé ressuscitât des premiers, et afin qu'il fût doucement traité par le feu purgatif du jour du jugement ; mais jamais pour tirer une âme du purgatoire. Et de fait, en toute l'antiquité n'est faite aucune tpention d'autels privilégiés, sur lesquels qui fait dire une messe tire une âme du purgatoire à son choix, ui d^indulgences du pape données aux trépassés.
« Barrad., tom, UI, lib. 9, cap. XI p^ 50», — Ignis erit fa^ mundo qui précédât Christum, qui exuret terram et ^iQX%;ÛEà\. ^>ftfiXM^<i
Du temps de Grégoire I, pape, qui écrivait en l'dn SS5 , Satan couvait ce que les siècles suivants ont éclos. Car on voit par le quatrième livre des Dialogues de ce pape qu'on mettait alors le purgatoire au vent et à la fumée des bains et dans les rivières, Enfin le purgatoire a été niis sous terre tout joignant l'enfer. Bellarmiu, au deuxième livre du Purgatoire, chap. Yl, dit que quasi tous les docteurs sont d'accord que les damnés et les âmes du purgatoire sont en même lieu et sont tourmentés de mêmes tourments ; encore ne veut-on pas qu'au sortir de ce feu les âmes entrent incontinent en paradis. Car Beda, et après lui Bellarmin, au chap. VII du premier livre du Purgatoire, veulent que les âmes au sortir de ce feu se rafraîchissent pour un temps en une prairie fleurie qui est près de ce feu ; qui est un sujet de profonde spéculation, comment dans les concavités sous terre il y peut avoir des fleurs et de la verdure, vu qu'il n'y a point de soleil; et si les âmes peuvent flairer des fleurs, et qui fauche ces prairies ?
Cette doctrine fabuleuse, forgée pour enrichir le clergé et efi'rayer les consciences des humains, mérite d'être examinée par la Parole de Dieu.
Réfutation du purgatoire par la Parole de Dieu.
i. Cette doctrine ne s'accorde point avec l'Ecriture-Sainte, en laquelle ne se trouve aucune prière, ni service, ni sacrifice pour tirer les âmes d'un feu après cette vie, nul pouvoir donné aux Apôtres de tirer aucune âme du purgatoire, nul autel privilégié, nulles indulgences élargies aux morts : tout cela est la parole non écrite.
2. Le livre H des Macchabées, que nous avons prouvé n'être point canonique, au chap. XII, parle de prier pour les morts, et dit que cette prière se fait en ayant égard à la résurrection, c'est-à-dire afin que les morts ressuscitent à salut, mais non pour les tirer du purgatoire. Au contraire il est dit là même que si Juda n'eût eu espérance que les morts dussent ressusciter, c'eût été chose superflue et pleine de rêverie de prier pour les morts. La prière donc pour les woFta qui sa fait en TEglise romaine, par le jugement do Tau-
tcur de ce livre est une rêverie, puisqu'elle ne se fait point sous espérance et eu égard à la résui i action, mais pour ti« rer les âmes d'un feu ardent.
3. LEcriture-Sainte nous baille plusieurs exemples do personnes qui en mourant sont entrées en la béatitude. Au chap. 1( de saint Luc, vers. 29, Siméon fait état d'entrer en paix par sa mort, g Seigneur, tu laisses maintenant aller ton » serviteur en paix selon ta parole. » Au cbap. XVI de saint Luc, l'âme de Lazare est portée par les anges au sein d'Abraham, où il est consolé pendant que le mauvais riche est tourmenté. En la deuxième à Timothée, chap. IV, vers. 7 et 8, saint Paul dit qu'après avoir parachevé sa course il loi restait de recevoir la couronne. Jésus-Christ dfsait au bon brigand en sa mort : « Tu seras aujourd'hui avec moi en » paradis. »
4. On répond que ce sont exceptions qui ne dérogent point à la règle générale ; mais ceux qui disent cela devraient produire cette règle générale et la trouver en l'Ecriture. Ces gens veulent qu'en l'Ecriture il n'y ait que des exceptions sans règle; au moins si étant destitués de règle, ils trouvaient un seul exemple d'une âme envoyée en ce feu, mais ils ne baillent pas plus d'exemples que de règles. Au contraire, nous produisons un siècle entier auquel tous ceux qui vivront seront exempts de purgatoire, à savoir ceux qui seront au monde lorsque le jour du jugement surviendra. Puisque voilà tant de gens sauvés sans purgatoire, et que le pape même en exempte plusieurs, pourquoi Dieu ne pourra-t-il exempter les autres sans faire tort à justice?
5. Le prophète Esaïe, au chap. LVK, vers. 1, parle ainsi de la mort des fidèles : a Le juste a été recueilli arrière du » mal, il entrera en paix; ils se reposent en leurs couches, » à savoir quiconque aura cheminé devant lui. tu L'Ei^prit de Dieu, au cbap. lli de l' Apec. : «Sois fidèle jusqu'à la mort, » et je te donnerai la couronne de vie.» Les fidèles donc, par la mort, obtiennimt la couronne de vie, et ne sont point précipités en un feu souterrain. Et saint Paul, en la deuxième Epttre aux Cor., cbap. V : «Si notre habitation terrestre » est détruite, nous avons une maison éternelle dans les » cicux. » Et au chap. XIV de l'Apoc, vers. i%\ ^^\^\i!ùS3^
» reijx sont les morts qui doréiiavant meurent au Seigneur. » Qui, pour certain, dit l'Esprit, ils reposent de leurs la- » beurs, et leurs œuvres les suivent. » L'Apôtre, aux Héb., chap. IX, vers. 27, dit qu'il «est ordonné à tous les hommes y> de mourir une fois, et après cela le jugement, i» Il devait dire : <c et après cela le purgatoire.»
6. Le Sage, en l'Ecclèsiaste, chap. X(I, vers. 9 : « La pou- » dre retourne en terre , comme elle avait été ; mais l'esprit n retourne à Dieu qui Ta donné. » L'Âpôtre, aux Rom., » chap. VIII, vers. 1 : « (1 n'y a nulle condamnation à ceux » qui sont en Jésus-Christ. » Si nulle condamnation, donc ni en un feu éternel, ni en un feu temporel. Et Jésus- Christ, en saint Jean, chap. V, vers. 24 : « Celui qui cuit ma y>, parole et croit à celui qui m'a envoyé , a vie éternelle, et » ne viendra point en condamnation, mais est passé de la » mort à la vie. » Il n'entre donc point en un feu semblable! à celui des damnés.
7. Et puisque nos adversaires tiennent le livre de la Sapience pour canonique , pourquoi contredisent-ils à ces paroles si claires du chap. IX, vers. 6 : a Les âmes des justes ï> sont en la main de Dieu, nul tourment ne les touchera. » Car ils tiennent que les âmes du purgatoire sont justes.
8. Ajoutez à cela les passages allégués et led raisons produites plus au long contre les satisfactions en général , où nous avons vu comment les peines castigatoires sont compatibles avec le plein pardon , et même sont bienfaits et œuvres spirituelles, mais non les peines satisfactoires. Où aussi nous avons vu comment saint Jean, en sa première Epître, chap. I, dit que « le sang de Jésus-Christ nous net- » toie de tout péché. » Et saint Paul (Coloss. II) dit que « Dieu nous a pardonné gratuitement toutes nos offenses. » Il dit TOUTES et «gratuitement,)) aiin d'exclure toute satisfaction de notre part à la justice de Dieu. Que s'il nous fallait contenter la justice de Dieu par nos tourments, nous ne pourrions jamais satisfaire pour la moindre partie de nos péchés, vu que Dieu ne reçoit point de paiement que trèsexact et accompli, et que l'Ecriture nous dit : que celui qui aura appelé son frère fou, sera coupable de géhenne (Mattb. V, 22} ; et que les médisants n'héritçront point le royaume
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do Diea (1 Gorinth. VI, 10). Fautes qui arrivent souvent aux plus justes.
9. Les preuves tirées de la définition sont démonstratives. Pour savoir donc si Dieu nous pardonne nos péchés sans aucunes punitions satisfactoires , il faut savoir ce que c*est quo pardonner. Je dis donc que <c pardonner » est remettre la peine et ne vouloir prendre aucune punition satisfactoirc pour la coulpe, ni en tirer aucune vengeance. Or, Dieu nous pardonne toutes nos offenses, et le fait gratuitement : il n^en tire donc aucune punition ni peine satisfactoire.
10. Item Dieu est un Père souverainement t>on. Or, jamais père, s'il est entièrement dénaturé, ne châtia ses enfants pour en tirer satisfaction , mais il les châtie pour les amender. Les afQictions de la vie présente servent à nous amender, et non à lui satisfaire ; mais les tourments du purgatoire ne servent pointa amender le pécheur, puisque les âmes n'y pèchent plus. On veut seulement qu'ils servent à satisfaire à la justice du juge. Ce ne sont donc point châtiments d'un père, mais punition d'un juge irrité. Quiconque fait état d'être brûlé pour ses péchés lorsque l'amendement de vie n'aura plus lieu, renonce au titre de fils ; et pour devenir criminel dépouille Dieu du titre de père, ne lui laissant que la qualité de juge, qui veut que le criminel satisfasse A justice.
11. Item toute peine satisfactoire est une satisfaction pour la coulpe. Or, la coulpe est entièrement remise : donc il n'y a plus de peine satisfactoire.
12. Et toute purgation est de quelque souillure, ou ordures, ou taches; mais au feu du purgatoire nulle tache ni souillure ne se purge , car la peine n'est point une tache ni une souillure, mais la coillpe. La coulpe donc n'étant plus et étant pardonnée, que reste-t-il plus à purger ?
13. Dire qu'après que le roi a pardonné il veut qu'on satisfasse à partie, n'est à propos ; car le roi et la partie sont deux ; mais ici le roi, qui est Dieu, est aussi la partie, lequel étant réconcilié et ayant remis tout ce qui est de son droit, il ne reste plus de partie à contenter ni de satisfkctioaà justice.