Dire que le bénéBce de Jésus-Christ nous est appliqué
en nous brûlant et tourmentant en un feu, c'est non-seulement parler sans It^criture , mais qussi contredire.à TËcriture, laquelle dit, au ebap. I aux Hébreux, que Jésus-Christ <( a fait la purgation des péchés par soi même : » non donc par un fou, ni par le tourment des. âmes qu'il a achetées d'un si grand prix.
15. Quant au soulagement que les âmes du purgatoire reçoivent par les suffrages des vivants, TEcclésiaste, au chap. IX, dit que « les morts ne gagnent plus rien , et n'ont nulle » part en tout ce qui se fait sous le soleil. » Pourtant aussi Dieu, qui en sa loi avait ordonné des sacrifices et puriOcatiens pour toutes sortes de péchés et souillures corporelles, jusqu'à la lèpre et à l'attouchement d'un mort, n'a ordonné pour les morts aucun sacrifice de propitiation.
Néanmoins, pour entretenir ce feu, nos adversaires amassent de la paille, c'est-à-dire quelques passages menus et légers, dont c'est merveille comment ils se sont peu avisés, tant ils ont peu d'apparence.
Ils se servent du vers. 58 du chap. Xlf de saint Luc, qui dit: « Quand tu vas au magistrat avec ton adverse partie, » mets peine en chemin d'être délivré de lui, de peur qu'il » ne te tire devant le juge, et que le juge ne te livre à l'exé- » cuteur, et que l'exécuteur ne te mette en prison : je te dis » que tu n'en sortiras point jusqu'à ce que tu aies payé le » dernier denier. » Saint Matthieu, au chap. V, vers. 24, dit : « Sois bientôt d'accord avec ton adverse partie, » au lieu de ces mots : a Mets peine d'être bientôt délivré de lui. » Nos adversaires veulent que le chemin soit la vie, que le magistrat soit Dieu, que la prison soit le feu du purgatoire, que l'adverse partie soit le diable, et par conséquent ils veulent que nous soyons d'accord avec le diable. Joint que si en ce lieu le diable est la partie adverse, qui sera l'exécuteur? Item sommes-nous en chemin avec le diable ? car saint Matthieu dit : (iSois bientôt d'accord avec ton adverse partie y> tandis que tu es en chemin avec lui. » Pour ces causes, quelques-uns aiment mieux que le diable soit le sergent, et que la loi soit l'adverse partie. Ce qui est encore pis ; car le diable tra!ne-il les fidèles en purgatoire? Sommes-nous en chemin avec la loi ? La loi de Dieu est-elle notrç ennemie ?
Devons-nous tâcher de nous délivrer d'elle et ftecotier son joug; car saint Luc dit qu'il faut que nous tâchions d'être délivrés de cette partie adverse pendant qne nous sommes en chemin. Et puis, quelle absurdité d'appeler prison une fouriiaise ardente ? et comment le purgatoire est-il une prison de laquelle on ne sort point qu'on ait payé le dernier denier, vu que le pape en tire les âmes par indulgences devant la satisfaction accomplie ? Et quand même nous recevrions les allégories pour démonstrations , et selon le sens qu'il platt à ces messieurs de leur donner, encore au bout leur resterait de prouver que ce purgatoire est un féu , et non une eau, ou un champ couvert de neige où les âmes se lavent ou se roulent; car en ce passage il n'est non plus parlé de feu que d'eau.
Le sens de ce passjsige est clair. Jésus-Christ nous eifaorte à paix et concorde avec nos prochains qui nous travaillent, et conseille de ne se faire point chicaner ou molester en justice. C'est le conseil que donne saint Paul en la première Epître aux Corinth., chap. VI, de composer phitôt nos différends par l'avis et arbitrage des frères, que d'entrer en procès devant des juges infidèles. Ainsi l'expose saint Âmbroise sur le douzième livre de saint Luc, où il dit que Jésus-Christ parle « de rejoindre la paix entre les frères dis- >) cordants. » ^ Hilaire, de mérpe au quatrième canon sur saint Matthieu. Et Jérôme, en ses Annotations sur le cin« quième livre desamt Matthieu. * Entre les Grecs, Chrysostôme, Euthymius et Théophylacte, sur le cinquième livre de saint Matthieu. Le jésuite Maldonat, sur ce même pasgage, entend par la prison l'enfer, par le sergent le diable. Mais le jésuite Barradius et le cardinal Tolet, sur lé douzième livre de saint Luc , exposent comme nous ce passage.
Quelques-uns se serveiit de ces mots de l'Apôtre au chap. XV de la première Epître aux Corinth., vers. 29 : « Que fe- » ront ceux qui sont baptisés pour les morts, si totalement
1 De rcconcilianda pace dissidentium fratrum. s Maïitfestus est sensus quod nos Dominus et Servator noster, dum in ssectili via currimus, ad pacem et concordiam hortetur.
D les morts ne ressuscitent point? » De là ils infèrent avec une subtilité non pareille, que donc il y a un purgatoire. Prouver ainsi le purgatoire, c'est tacitement confesser qu'il n*y en a poiut. Par « être baptisé » ils entendent a être af- » fligé. » De là ils infèrent « qu'être affligé » signifie m s'afflh B ger soi-même, jeûner, se fouetter, payer messes pour les » trépassés. » Or, quiconque (disent-ils) s'afflige et fait des œuvres pénables pour les trépassés, présuppose qu'il y a un feu de purgatoire. Je ne pense pas qu'en parlant ainsi ils espèrent d'être crus; aussi nul des anciens n'a ainsi exposé ce passage. Car encore que quelquefois les afflictions soient appelées un baptême, si est-ce qu'il ne se trouvera jamais qu'être baptisé signifie s'affliger soi-même. Joint que quiconque s'afflige pour un mort, ne présuppose pas nécessairement qu'il soit en un feu. Ne peut-il pas s'affliger et jeter des larmes et prières, afin d'obtenir de Dieu que le défunt puisse ressusciter à salut ? qui est la fin de la prière pour les morts, dont il est parlé au cbap. XII du deuxième livre des Maccbabées.. Et pourquoi celui qui s'afflige pour ud mort sera-il plus obligé à croire que le défunt est en un feu qu'en une eau?
Quant au vrai sens de ce passage, je confesse que c^est un des passages obscurs de l'Ecriture, par lesquels Dieu exerce notre sobriété. Je dirai toutefois ce que j'estime plus proba- * ble. De Cérinthus est venue l'hérésie des Cériuthiens, qui niaient que Jésus-Christ fût ressuscité, et par là affaiblissaient la croyance de la dernière résurrection. Ce Cérinthus vivait dès le temps des Apôtres, auxquels, si on croit Epiphanius, il a fait diverses fâcheries, s'opposant à leur prédication. De ces hérétiques, Epiphanius , en l'hérésie des Cérinthiens, qui est la huitième, dit que, quand quelqu'un d'entre eux était mort sans baptême, ils baptisaient quelque autre pour et au nom du défunt, craignant qu'il ne fût puni au jour de la résurrection pour être décédé sans baptême? Contre ces hérétiques qui, en niant la résurrection de Jésus- Christ , rendaient tacitement douteuse la résurrection générale, Epiphanius estime que saint Paul dispute en ce passage et tâche de les convaincre par eux-mêmes, disant: que si, selon ces faux docteurs, les morts ne ressuscitaient
point, d'où yienf qu'entre eux les vivants reçoivent le baptême pour les morts non baptisés, afin que le baptême du vivant, reçu pour et au nom du mort, profite au mort au jour de la résurrection ? Ainsi l'Âpôtre leur montre qu'ils so contredisent à eux-mêmes. Cette exposition est conOrmée par Tertullien au livre de la Résurrection de la chair, chap. XLVIII : « Comment (dit-il) sont-ils baptisés pour les morts? » Certes, il soutient qu'ils out institué cette façon de faire, » fondés sur cette opinion, par laquelle ils pensaient que le D baptême, reçu pour autrui, profiterait à un autre corps » pour l'assurance de la résurrection.»^ De là les Marcionites avaient pris la coutume de faire mettre un vivant sous le lit d'un mort non baptisé, et demander au mort : veux-tu être baptisé? à quoi le vivant, caché sous le lit, répondait : «Je le veux; » comme récité Chrysostôme en rflomélie, 40 sur la premi èreËpitre aux Corinthiens.
Le passage dont ils font plus de montre est au chap. XII de saint Matthieu, vers. 32, où Jésus-Christ, parlant du péché contre le Saint-Esprit, dit que a ce péché ne se pardon- )) nera ni en ce siècle ni en celui qui est à venir. » Cç siècle à venir (disent ces messieurs) est le feu dû purgatoire. « Mais comment cela est-il possible? vu que, si on les croit, le purgatoire était déjà devant que Jésus-Christ naquit. Et pourquoi ce siècle à venir sera-il plutôt un feu qu'une eaii ou une glace ? car il n'est non plus parlé de Tun que de l'autre. D'abondant comment veulent-ils que ce siècle à venir, auquel les péchés se pardonnent, soit le purgatoire, vu que le purgatoire est un tourment et une punition? et que (selon leur doctrine) le péché est déjà pardonné avant qu'entrer en purgatoire ?
Le sens de ce passage est clair : Ne pardonner point un péché, c'est le pimir. Jésus-Christ donc déclare que Dieu punira le péché du Saint-Esprit en cette vie el au jour du jugement, lequel est appelé l'autre siècle au vingtième li*
1 Si autem et baptisantur quidam pro mortuis, videbimus an ra- Uone. Certè illa prsesumptione hoc eos instituisse contendit , quia alii etiam carni vlcarium baptisma proluturum existimarent ad speni resurrectionis.
vre de saint Luc, chap. XXXV : « Ceux qui seront faits di- » gncs de ce siècle- là, et de la résurrection des morts. »
On se sert aussi du chap. III de la première épitre aux Corinthiens, où ^aint Paul dit : « Nul ne peut poser autre fon- )) dénient que celui qui est posé, lequel est Jésus- Christ. Qoe » si quelqu'un édifie sur ce fondement, or, argent, pierres » précieuses, bois, foin, chaume, l'œuvre d'un chacun sera » manifestée ; car le jour la déclarera , d'autant quelle sera » manifestée par le feu, et le feu éprouvera qu'elle sera )) l'œuvre d'un chacun. Si l'œuvre de quelqu'un qui aura » édifié dessus demeure, il en recevra salaire. Si l'œuvre » de quelqu'un brûle, il en fera perte ; mais il seriC sauvé 0 quant à lui, toutefois comme par le feu. » Nos adversaires veulent que ce feu soit le purgatoire.
Je réponds : 1° que sur ces passages allégoriques on no peut fonder une doctrine ; 2° que puisque nos adversaires entendent ces motsdebois» foin, chaume, or, argent, en sens allégorique, il n'y a nulle raison de prendre le seul mot de « feu » proprement , vu principalement qu'il n'y a que ce mot de a feu» dont TApôtre nous avertit qu'il doit être pris par similitude, y ayant apposé un comme, en disant : ail » sera sauvé ainsi comme par le feu ; » 5° joint qu'il est parlé ici d'un feu qui éprouve Tœuvre, et non d'un feu qui punit les personnes ; 4'» item d'un feu parlequel l'œuvre sera manifestée; or, de ce qui se fait en purgatoire rien ne nous est manifesté ; 5° item a de l'œuvre de- chacim, » donc aussi des îgrpôtres et martyrs, lesquels toutefois l'Eglise romaine exempte du purgatoire; 6"^ item est ici parlé d'un feu où l'œuvre brûle, et non les âmes ; 7° d'un feu oij l'ouvrier fait perte de son ouvrage; mais en purgatoire rien ne se perd. Que si on veut dire que les péchés s'y perdent, il y a du profit eu cette porta
Le sens du passage est clair. L'Apôtre parhe des pasteurs et docteurs qui, en enseignant, retiennent le fondement, qui est Jésus-Christ, sur lequel quelques-uns bâtissent des doctrines saines et solides, qui sont appelées or, argent, pierres précieuses; d'autres bâtissent des doctrines vaines et légères, qui dégénèrent du prix et solidité du fondement, ot sont appelées bois, foin, chaume. L'Apôtre dit que ces doc-
fines légères, examinées à la Parole de Dieu , comme les aétaux au feu, ne subsisteront point, et que Touvrage d'un el prédicateur périra, et que Tépreuve fera connaître qu'il l'a point de solidité. Mais, quant à la personne du pasteur, ncore que son ouvrage périsse, si est-ce qu'il pourra être auvé à cause du fondement qu'il aura retenu. Toutefois près épreuve faite de son ouvrage, comme les métaux sont prouvés par le feu. li est donc ici parlé d'une épreuve qui e fait en cette vie, et non après. Item d'une épreuve de la loctrine des pasteurs , et non il'un tourment d'âmes en un eu.
Quelques-uns font parade du passage de saint Paul aux ^hilippiens, chap. Il, vers. 10 : « Afin qu'au nom de Jésus
tout genou ploie de ceux qui sont dans les cieux et qui * sont en terré et dessous la terre. » Et de ce qui est dit au cinquième livre de l'Apocalypse : « Je ouïs aussi toute créa- » turc qui est au ciel, et en la terre, et dessous la terre, et » en mer, voire toutes les choses comprises en iceux, disant : » A celui qui est assis sur le trône, été l'Agneau soit louange » et honneur, » etc. Avec ces passages ces messieurs souflent en ce feu imaginaire, disAnt que ceux qui sont sous erre sont les âmes tourmentées en purgatoire. Ils devaient mssi nous dire qui sont les créatures qui sont en la mer. tem nous dire la raison pourquoi, par ceux qui sont sous ;erre, ils veulent plutôt entendre les âmes du purgatoire ]ue les âmes des petits enfants morts sans baptême, puis- |u'ils les mettent aussi sous iejrre. Mais il y a bien plus d'apparence que par ceux qui sont sous terre sont entendus ;euxdont les corps sont dans les sépulcres, ou ceux qui sont lansles enfers; car tous les hommes tant bons que mauvais ploieront le genou devant Jésus-Christ au jour du jugenent,'et s'humilieront en sa présence. Car saint Paul, en ce )a0sage aux Philippiens, parle de l'empire donné à Jésus- !^hri^ sur toute créature sans exception. Comme «aussi au îhap. XIV aux Rom., où Dieu parle ainsi : « Nous compa-
> raltrous tous devant le siège judicial de Christ; car il est
> écrit : Je suis vivant (dit le Seigneur), que tout genou
> ploiera devant moi, et toute langue donnera louwi^Q i
> Dieu,» Ea ce passage il estclairqueVXç^lt^^tetAi'î^^^fie'
» paraître devant le siège judical de Christ , et ployer le ge- )i nou devant Dieu, » pour même chose. 1 •
Pour allumer ce feu imaginaire, ils apportent encore une 1 allumette qui ne prend point. C'est le premier verset du |^ cbap. XXI de TÂpocal., où l'Esprit de Dieu, parlant de la Jérusalem céleste^ dit : « 11 n'entrera en elle aucune chose » souillée ;» dont ils infèrent que les âmes des fidèles qui ]'" sont entachées de péché, doivent être purgées avant que d'entrer en paradis^ Mais les mots suivants montrent que, par «les souillés, » ne sont point entendus les fidèles entachés de péchés , mais les méchants et abominables. Yoici le passage entier : «11 n'entrera en icello chose aucune souil- » lée, ou qui commette abomination ou fausseté ; maisseu- » lement ceux qui sont écrits au livre de vie de l'Agneau. » Ces souillés donc sont les abommables et les faussaires, et qui ne sont point écrits au livre <le vie. Non donc les âmes des fidèles , lesquelles n'ont besoin d'être mises au creuset ou à la flamme pour être purifiées ; car le sang de Jésus- Christ les nettoie de tout péché (1 Jean 1).
Les autres.passagcs qu'on allègue ont si peu do couleur, que nous pensons obliger nos adversaires passant par-dessus. 8'il est parlé en TËcriture d'un pot bouillant, ou des ordures des fillesdeSion, ou d'une fosse où il n'y a point d'eau, ou s'il est dit que Dieu redargue en son ire ; ce sont autant do preuves du purgatoire ; l'avarice a rendu ces messieurs savants en Is pyrotechnie, et fort industrieux à attiser ce feu. Rien n'y manque que la Parole de Dieu et le sens commun.
Passages des anciens docteurs contre le purgatoire.
Segt. LXXXYIII. Nous avons déjà vu comment plusieurs anciens tiennent que l'âme ne peut être tourmentée sans le corps :% opinion directement contraire au tourment des âmes en purgatoire. Nous avons aussi vu comme la prière pour les morts, pratiquée en l'ancienne Eglise, fait contre le purgatoire; et que même les prières pour les morts, que fait aujourd'hui TËglise romaine, ne font aucune mention du feu do purgatoire.
Le livre des Questions et Réponses aux Orthodoxes, qui est.au bout des œuvres de Justin Martyr, parle ainsi en la question 75 : « Après le départ de Tâme d'avec le corps, in- » continent est faite distinction des bons d'avec les mauvais; » car ils sont menés par les anges aux lieux dignes d'eux : T» les âmes des bons en paradis, où est la hantise et vue des » anges; mais celle des méchants aux lieux des enfers. » ^
Saint Cyprien , au livre contre Démétrien : « Cette vie » temporelle étant achevée, nous sommes séquestrés en » l'habitation ou de la mort ou de la vie éternelle, d *
Et au même, traité sur la fin : « Quand ou est parti d'ici, » il n'y a plus de lieu pour faire pénitence, nul fruit ou efy> fet de satisfaction. » ' Puis ajoute : « Si tu demandesà Dieu » pardon de tes fautes, quand même ce serait au sortir et à Y> la fin de cette vie temporelle, le pardon te sera octroyé » quand tu feras confession ; et le pardon salutaire est acp cordé au croyant par la bonté divine , et en la mort même » on passe à l'immortalité. » ^
Quasi tout le livre de Cyprien de la Mortalité est exprès là-dessus, où, entre autres'choses, il dit : « Dieu fe promet, D au si/rtir do ce monde, l'immortalité et l'éternité , et tu en » doutes? cela est ne connaître' point Dieu du tout.»* Là même il dit que la mort est un passage à l'éternité,* que nos frères décédés ne sont point perdus, mais envoyés devant ; et qu'il ne faut pas prendre les robes noires quand nos
^ Merà r^v ex roO vdi/iocroç ï^oSov cv9u$ ytvircu rôv Suudiav rc xal àSUoèv Sio(.(jToXYi'à,yàvTCU yoLp vizb rôv ay/éAuv tiç tou$ à^iovç ronouç^ où fjitv Twv SaocLoiv ^rz/oX tiç rôv 7rapàd6i99y,ai ^à rôv ouSuttav tiç roCrou; cy
' JE\i temporalis fine complète, ad aeternae vel mortis vel immortalitatis hospitia dividimur.
B Quando instinc excessum fuerit, duUus jam locus pœnitentis est, DuUus satisfactionis effectus.
^ Ad immortalitatcm sub ipsa morte transitur.
> Deus tibi de hoc mundo recèdent! immortalitatem pollicetur atque setemitatem, et tu dubitas ? hoc est Deum omAlno non nosse.
0 Non exitus, sed transitas et temporal! itinere decurso ad aetema transgressas.
amis prennent les robes blanches. Et là même, parlant du jour de la mort : a Embrassons ce jour qui met chacun en 0 son domicile, lequel, nous ayant tirés d'ici et développés n des lacs de ce siècle^ nous remet en paradis et au royaume » célrste. »^
Saint Jérôme, sur le neuvième livre d'Âmos : «Qaand )) Vâme lâchée des liens de ce corps aura la liberté, à cause » de la ténuité ou légèreté de la substance, de voler où elle » veut, ou bien où elle est contrainte d'aller, alors elle » sera emmenée au;i^ enfers, desquels il est écrit : Les pé- » cheurs seront réduits ou jetés en enfer, ou bien elle sera » élevée dans les lieux célestes. »^
Au Décret romain, cause (reizième , question 2*> , est allégué ce passage de saint Jérôme : « En ce présent siè- » de nous savons que nous pouvons être aidés Tun de l'au- » tre, soit par oraison, soit par conseils ; rtoais quand nous » serons venus devant le siège judicial de Christ, ni Job, ni » Daniel, ni Noé ne peuvent prier pour personne, mais » chacun portera son fardeau. »
Grégoire deNanziance, en l'Epitaphe de son frère Gœsarius, dit : a Je crois les paroles des Sages, à savoir que toute )> âjne honnèle et aimant Dieu , étant délivrée de ce corps » qui lui est attaché, et séparée de lui, est tout incontinent » admise à la fruition et contemplation du bien qui l'attend, » ets'éjouit d'un plaisir admirable. »
Saint Ambroise, au livre du Bien de la Mort, chap. YIH : « Les fous craignent la mort comme le souverain mal ; les )> sages la désirent comme étant le repos après le travail et » la fin des maux. )) ^ Et au chap. Il, parlant du jour de la mort : » Quand ce jour sera venu, allons assurément vers
^ Amplectemur diem qui singulos assignat domicilio suo, qui nos istinc ereptos et laqueis secularibusexutos, paradiso restituil et regno cœlesli.
• Quando anima vinculis laxata corporis volandi quô velît sicut quô ire compellitur, propter tenuitatem substanliae habuerit libertatem, aut ad inferna ducetur, aut certe ad cœlestia sublevabltur.
' Insipientes morlem quasi summum malum reformidant, sapientes quasi requiem post la]x)res et duem malorum expetunt.
» Abraham notre père, à cette assemblée des-saints et con- » grégation des justes ; car nous irons vers nos pères, nous » irons aux précepteurs de notre foi, afip que, encore que » nos œuvres défaillent, la foi nous secoure, et Théritagc » nous soit gardé. » * Notez ces mots : « encore que les œu- )> vres nous défaillent, » afin qu'on ne pense point qu'il parle seulement des plus saints et plus parfaits entre les hommes.
. Ëpiphanius, au deuxième livre des Hérésies, en Thérésie XXXIX, qui est celle des Cathares ou Novatiens : « Au siècle » à venir, après la mort de rhortime , il n'y a plus d'aide » de jeûne, plus de vocation de pénitence, plus d'exhibition )) d'aumône. » Puis ajoute : a Les greniers sont scellés, le )) temps est accompli, le combat est achevé, le lieu de la lice )) est vidé et les couronnes sont données. » Et dit que tout cela se fait au sortir de ce corps ; et avait dit peu auparavant, qu'après la mort il n'y a plus de lieu pour les aumônes, ni pour la pénitence.
Chrysostôme , en l'homélie 2 du Lazare: «Cependant que )) nous sommes ici nous avons de belles espérances; mais )> sitôt que nous sommes partis pour aller là, il n'est plus en » notre puissance de faire pénitence, ni d'effacer ou réparer » ce que nous avons commis. )) Ainsi en l'homélie 75 sur saint Matthieu, il dit que la pénitence après la mort est inutile.
En l'homélie 4 sur FEpître aux Hébreux, parlant des hymnes et prières qui se disaient de son temps au convoi des trépassés : « Que signifient ces flambeaux luisants, sinon » que nous convoyons les athlètes? et ces hymnes, sinon » que nous glorifions Dieu et lui rendons grâces de ce qu'il )) a couronné le trépassé ; qu'il l'a délivré de toutes dou- » leurs? »
En l'homélie 33 sur saint Matthieu, il tance ceux.qui pieu-
1 Ciim dies advenerit, intrépide ad Abraham patrem nostrum proficiscamur, intrépide pcrgamus ad illum cœtum justoniraque conventum. Ibimusenim ad patres nostros, ibimus ad illos nostra^ fidei praeceptores, ut, etiamsl opéra desinl,Me% o^\\xiNfc\s«, ^^\«ùrdatup bœreditas.
rent les trépassés , « parce (dit-il) que la mort est ud port 'd tranquille.)) Et en la même bomélie: «Pourquoi, après » la mort des tiens, appelles-tu les pauvres? pourquoi pries- » tu les prêtres qu'ils prient pour lui?)) Il répond : «Que )) c'est afin que le défunt acquière repos et trouve le juge » propice. Penses-tu donc qu'il faille pleurer pour ces cho- » ses? Mais ne vois-tu pas qu'en cela même tu lui répugnes, » lui suscitant des flots, au lieu qu'il est arrivé au port 7 d
Grégoire de Nysse, au livre des Dormants: a La guerre » qui est en nous étant finie par la mort» notre esprit re- » pose, ayant laissé le champ auquel se donne le combat, » c'est-à-dire le corps. )) Et peu après : « La douleur de la 10 mort sert aux hommes de sage-femme pour entrer dans » la vie. D ^ Le feu purgeant dont il parle au même livre, est le feu du dernier jugement , qui (selon l'opinion des anciens) doit purger tous les hommes, même la vierge Marie, comme nous avons prouvé ci-dessus. Quelquefois aussi les Pères appellent les afflictions de la vie présente un feu purgeant.* Saint Cyprien,en ladeui^ième Epttre du quatrième livre, appelle les punitions ecclésiastiques, imposées à ceux qui , par crainte, étaient tombés en idolâtrie, une purgation par feu. '
Saint Augustin, ou quiconque est auteur du livre de la Vanité du siècle, qui est au tomeiX, chap. 1 : «Sachez que » quand l'âme se sépare d'avec le corps, elle est à l'instant » placée en paradis pour ses bonnes œuvres, ou est précipii> tée au gouffre d'enfer pour ses péchés. )) ^ Et en marge : Ubinunc Purgatorium? Le deuxième sermon de la Consolation des morts, iqui est au tome IX des œuvres de saint Augustin» chap. I : a L'âme, au sortir, est reçue par les anges
- 1 Per mortem soluto belle quod in nobis est, pacem mens agitât. Posteaquam dolor mortis ad alteram vitam hominibu^ quasi obstetricata fuerit.
* Aug.y lib. II, de eivit. Dei, cap, 13.
* Nos in hac mortaU vita esse quasdam purgatorias pœnas confitemur.
* Scitote quod cùm anima à corpore evellitur, aut in Paradiso /uv>iiieritis bonis collocatur, aut certè pro peccatis in inferni tartara
praBcipitatur*
DB LA FOI. 3f73
» et mise an sein d'Abraham si elle est fidèle, ou en la char- » tre de la prison infernale si elle est pécheresse. » ^
Au dix-huitième sermon des paroles de TApôtre : a II y a » deux habitations : Tune au règne éternel , Tautre au feu » éternel. » '
Et au deux cent trente-deuxième sermon, qui est contre l'ivrognerie: «Que personne ne se trompe, mes frères; Tf> car il y a deux lieux, et point de troisième. Celui qui n'aura » mérité le règne avec Christ , périra sans doute avec le » diable.»'
Au livre du Mérite des Péchés et du pardon d*iceux, chap. XXVin : (( 11 n'y a pointde lieu moyen, en sorte que celui qui v n'habite point avec Jésus-Christ puisse être ailleurs qu'a- D vcc le diable. »^ Et est à noter que saint Augustin, en ce passage, soutient que les petits enfants non baptisés sont en la géhenne éternelle. Certes il n'eût pas été si rigoureux envers ces enfants, s'il eût su quelque lieu de punition plus douce ou plus courte, comme le limbe ou le purgatoire.
Le cinquième livre des Hypognostiques, qui sont entre les œuvres de saint Augustin, parie ainsi : « La foi descatholi- » ques, fondée sur l'autorité divine , croit que le premier » lieu est le royaume des cieux , dont est exclu celui qui » n'est point baptisé; et que le deuxième lieu est la géhenne, » où tout apostat, et éloigné de la foi de Christ, expérimen- » tera les supplices éternels ; du troisième lieu nous n'en » reconnaissons point du tout, et. n'en trouvons point dans » les Saintes-Ecritures. » ^
1 Recedens anima ab angeUs suscipitur, et collocatur autinsinu Abrahae si fidelis est , aut in carceris infemi custodia , si pecca* trix est. .
* Duae sunt habitaliones , una in regno aeterno , altéra in igné, xterno.
' Nemo se decipiat, fratres, duo enim loca sunt, et tertius non est ullus. Qui cum Christo regnare non meruit, cum diabolo absque dubitatione ulla peribit.
* Née est ullus ulli médius locus, ut possit esse nisi cum diabolo qui non est cum Christo.
* Primum locum fides catholicorum divina authoritate regnum crédit esse cœlorum, unde non baptisatus excipitoi. S^>ini^^\SL ^^«s^
Ces passages de ce Père doivent être pris pour résolution i<^ d'un doute qu'il avait quelquefois eu , s'il y avait aprèi|^l cette vie quelque tourment temporel et un feu purgeant. En son Manuel à Laurent, chap. LXYIII, il dit que ce feu, qui éprouve l'œuvre d'un chacun, dont parie saint Paul en la première épître aux Corinthiens, chap. III, est réprouve d'affliction qui se fait en cette vie. Puis, continuaut ce propos au chapitre suivant, ildit : « Ce n'est pas chose incroya- » hie qu'il advienne quelque telle chose après cette vie, et » on peut douter si cela est ainsi qu'il se puisse trouver, ou , )> si c'est chose cachée que quelques fidèles soient sauvés » par quelque feu purgatif, plus tard ou plus tôt, selou qu'iU » ont plus ou moins aimé les biens périssables. » ^ Il doutait s'il devait croire cette purgation par feu, que plus leurs anciens mettaient au jour du jugement.
Et au livre des huit Questions de Dulitius, en la première
question : « Soit que les hommes souffrent les afflictions
» seulement en cette vie, ou si aussi après cette vie suivent
» quelques telles punitions, ce n'est point chose, comme
* » j'estime, éloignée d'apparence de vérité. »
Au chap. XXVi du vingt-unième livre de la Cité, il dit de cette tribulation transitoire après cette vie : Non rtdmtguo, quia forsitan verum esl^ «je n'y contredis pas, parce que » peut-être il est véritable. »
Nous avons aussi vu ci-dessus deux passages formels du livre de la Cité de Dieu, dans lesquels il met cette purgation au jour du jugement. Mais, au vingt- unième livre, chap. XVI, il semble dire tout le contraire, et dit : «Qu'il ne faut » croire aucunes peines purgatoires que celles qui sont de- » vant le dernier jugement. » ^ Mais, par les peines purga-
nam, ubi omnis apostata vel à Christi fide alienus setema supplicia experietur. Tertium penitus ignoramus, immo nec esse in Scripturis sanctis invenimus.
A Taie aliquid etiam post hanc vitam fieri incredibile non est : et utrum i(a sit quœri potest, et aut inveniri aut latere nonnullos fidèles per ignem quendam purgatorium , quanto magis minusve bona pereuntia dilexerunt, tanto tardius citiusque salvari.
* Purgatorias autem pœnas nullas futuras opinetur nisl ante Hlod ultimum tremendumque judicium. - %
1 entend, comme souvent ailleurs , ou les afflictions e présente, ou un feu purgeant qui doit précéder ' atemenl le jour du jugement. Car telle était Topimgustin et de toute l'antiquité, unirons ce propos par une sentence bien expresse oire I, pape , au quatorzième livre sur Job, cbap. ^arce que nous sommes rachetés par la grâce de noéateur, nous avons ceci de don céleste que lorsque loinmes retirés de Thabitation de notre chair, nous es TOUT INCONTINENT mcués à la rémunération cé- >* Je ne sais pas ce que c'est qui peul se dire de plus
Des. îndulgencet .
LXXXIX. Le feu de purgatoire ainsi éteint, se moraussi tes indulgences, par lesquelles le pape tire les I ce feu. Tdlement qu'il n'était besoin que le oape t en son trésor les satisfactions supérabondantes des )our les distribuer par ses indulgences, et les coo- ) paiement pour autrui, et tirer par là les âmes du ire. Ce ménage est entièrement superflu, ne devait se mettre en peine de tirer d'une prison t point. Et quand même elle serait, si est-ce que les des saints que Dieu a suffisamment salariés en leurs es, ne seraient un paiement recevabie; car FEcri- [Gal. Yl) que <( chacun portera son fardeau. » Et en ère Epître aux Corinlh., chap. Ill, vers. 8 : a cha- 3cevra son propre salaire selon son labeur. t> Et th. V, 10) : a Chacun rapportera en son corps se- Ml aura fait ou bien ou mal. » Et au Ps. XLIX, vers, ^nne ne pourra aucunement racheter son frère. » |ue la satisfaction de Jésus-Christ est suffisante sans ;er les travaux des saints, et les jeûnes, pèlerinages res des moines. aLesangdeJésus-Christnouspurge
uthoris nostri gratta redempti sumus,hoc tam cœlestis muemu^, ut cùm de camis nostrse habitatione subtrahimur, Blestia prsemia ducamur. ,
» de tout péché » (1 Jean I). « Il n'y a point de saint en ao- D cun autre.)) (Act. IV, 12). Il ne donne point aux saints h vertu de payer une dette acquittée, ni de satisraire pour ce pourquoi il a déjà pteinennent satisfait. G'est'se moquer des saints que de les employer à faire une chose déjà faite.
Que si le pape était obligé à rendre compte de ses actions, et montrer par quelle autorité il fait ce qu'il fait , pourraitil dire où c'est que Dieu lui a donné le pouvoir de tirer les âmes de purgatoire? Qui lui a commandé de ramasser en son trésor les satisfactions supérabondantes des saints et des moines? Où et quand premièrement Dieu lui a-t-il commandé de faire cette distribution? Je crois qu'il se trcoyerait fort empêché; vu que les pontifes de l'Ancien-Testament ne recueillaient point les satisfactions supérabondantes de ^oé, ni d'Abraham, et n'en faisaient aucune distribution : et ne se sont jamais avisés de tirer aucune âme de purgatoire, ni par puissance de juridiction, ni par manière de suffrage ; vu aussi que ni Jésus-Christ, ni les Apôtres, ni l'ancienne l'Eglise par plusieurs siècles n'ont parlé de ce trésor, ni distribué par indulgence le surplus des satisfactions humaines, ni établi des autels privilégiés , ni tiré aucune âme de purgatoire. Et de fait, Gabriel Biel, en sa 57* leçon sur le Canon de la messe; et Caîtan, au commencement du livre des Indulgences, reconnaissent que rien ne se trouve des indulgences en toute l'antiquité.
L'abus y est tout clair, en ce que la rémission des péchés estattachéeà une certaine église, tellement que celui qui ferait ailleurs trois fois plus de dévotion, n'aurait point le même pardon. Item, en ce que quand le jubile est à Rome, ceux qui sont proches ont la rémission des péchés à leur aise ; mais ceux qui sont à trois cents lieues de là , et qui n'ont point d'argent ni de cheval, nide bonnes jambes, sont privés de cette libéralité spirituelle. Item en ce que le pape donne plein pardon de tout péché , et le tiers des péchés par-dessus; c'est-à-dire qu'il pardonne tous les péchés et plusieurs autres. Item en ce que le pape et le clergé en tirent de grands profits , et exercent par là un grand trafic. Le jubilé est la grande moisson de la ville de Rome : alors offrandes et richesses y abondent de tous c6ïés. Item en ce
que le pape donne des pardons avec un calcul exact, comme . ayant .secrètement supputé avec Dieu, doonant dix-huit mille ans de pardon, et autant de quarantaines de jours, et quelques jours par-dessus. Ne restait plus que les heures et minutes. Item en ce qu'il jette les indulgences au hasard, comme une poignée d'écus sur la foule, comme quand il éparpille mille ans d'indulgence sur la foule du peuple au jour de son couronnement.
Surtout est chose admirable que Jésus-Christ intercède pour les âmes qui sont en purgatoire, et qu'elles ne sortent point de son tourment à son intercession, mais qu'elles sortent par des Indulgences du pape. Ce qui tie peut être plâtré ni excusé par ce que disent quelques-uns, que Tintercession de Jésus-Christ n'exempte non plus les fidèles des maladies et autres afflictions de la vie présente; car l'intercession de Jésus-Christ ne sert pas à nous nuire. Or, elle nous serait nuisible si elle nous privait des remèdes salutaires dont Dieu se sert pour nous amender, comme sont les afflictions et maladies. Auquel rang n'est point le purgatoire, qui ne sert point à amender et instruire les pécheurs, et les retenir en la crainte de Dieu. On ne peut dire que ce serait chose nuisible à. ces âmes de n'être point brûlées et d'être incontinent introduites en paradis. La satisfaction de Jésus-Christ nous exempte de satisfaire, mais ne nous prive point des corrections et exercices salutaires. Joint que le pape n'exempte non plus les fidèles des maladies, mais il veut qu'on croie qu'il tire de purgatoire. En quoi il se met ipanifestement par-dessus Dieu ; car si telle est la volonté de Dieu de punir ses enfants en un feu, pourquoi les papes le veulent-ils empêcher de les punir selon sa volonté? Demandez en quelle autorité il fait cela, on vops dira que le Seigneur a donné à saint Pierre la puissance de délier sur terre. Posons le cas que cela aussi soit dit au pape : cm* ce passage ne parle point de délier sous terre; l'usage des clefs ne s'étend point jusqu'aux morts.
9a téXhtA ou abctSnenoe perpétuelle du mariage.
Sect.XC. Dès l'entrée de cette question nous déclarons que
nous honorons et avons en estime la virginité coDlinente; et reconnaissons qu'elle a plusieurs avantages par-dessus le mariage, et qu'un homme non marié, s'il est chaste et continent, est plus propre à porter la croix de Christ, et à se résoudre au bannissement pour la Parole de Dieu ; car il est retenu de moins de liens humains, et a plus de liberté. Son esprit est moins distrait des sollicitudes de la vie présente, il a plus de temps pour s'employer au service de Dieu.
Mais ces louanges conviennent seulement à la virginité continente, laquelle n'est pas seulement une iutégrilé de corps, mais aussi une pureté d'esprit éloignée de toute convoitise; qui est un don ^ qui advient à peu de personnes, * et peut aussi bien être donné à un du peuple qu'à un pasteur de l'Eglise.
Cette louange de la virginité ne doit point préjudicier au mariage institué de Dieu dans le paradis m^me, et que Jésus- Christ a voulu honorer de sa présence; lequel aussi a voulu nattre d'une vierge, mais fiancée, et sous ombre de mariage, aGn d'honorer la virginité sans deshonorer le mariage institué de Dieu pour être un remède d'incontinence, un adoucissement d'afflictions, un support mutuel, un moyen de la conservation du genre humain, et par conséquent de FEglise.
Contre ce mariage se sont bandés les papes, et ont trouvé mille moyens pour le rendre odieux. Le pape Innocent, en la Distinction, chap. LXXXll, défend que « ceux qui habitent » avec leurs femmes ne soient reçus aux charges sacrées, » parce qu'il est écrit : Soyez saints, car je suis saint; »' comme si la sainteté était incompatible avec le mariage, ou comme si le commandement d'être saints n'appartenait qu'aux ecclésiastiques. Là même il appuie le célibiat sur ce
i Hieron,^ Ub, f , conira Jovinianum. lUa virginitas hostia est Christo, ciijus nec mentem cogitatio, née camem libido maculavit.
Ambr., Ub. 3, de Virginibus, Non scia camis virginem facit, sed ctiam mentis integritas.
s Can, Proposuiati, Nec eos ad sacra ofiQda fas sit admittere, qui exercent eu m uxoribus carnale consortium, quia scriptum est : Sancti estote, quoniam ego sanctus sum.
DK LA FOI. 279
passage de l*Epttre à Tite, cbap. I : a Toutes choses sont » pures aux purs, mais rien n'eiit p::r aux souillés ni aux » infidèles; » et sur ce qui est dit, Rom., chap. YIll vers. 8 et 9 : « Ceux qui sont en la chair ne peuvent plaire à Dieu. »
Le pape Syricius, en la même Distinction, parle ainsi : a Nous avons appris que plusieurs prêtres et diacres, » longtemps depuis leur consécration, ont engendré lignée » tant de leurs mariages que d'accouplements vilains. » * Peu après il appelle tant les uns que les autres « sectateurs » de paillardise, et précepteurs des vices ; » * ce que TApôtre aux Hébreux n'a pas cru, quand au chap. XIII il a appelé le mariage « la couche sans macule ; » ' ni Epiphanius, quand il a dit « qu'Enoc n'était point vierge, et toutefois o était continent. »
Bellarmin, au chap. XXXIY du livre des Moines, appelle le mariage des moines un sacrilège, et dit qu'à eux se marier est un plus grand péché que paillarder. Et de fait on ne s'étonne point de voir un prêtre avoir une garce. A Rome les prêtres et prélats vont publiquement au bordeau ; mais si quelqu'un d'eux se mariait, il serait estimé un monstre, et ne crois pas qu'il échappât des mains de l'Inquisition. Ainsi les papes défendent le mariage, et permettent la paillardise. Le jésuite Emmanuel Sa, en ses A phorismes, au mot Epucopus, ^ ne fait point de difflcuUé de dire que la putasserie est permise de droit. Et comme ainsi soit qu'en l'Eglise romaine les bigames soient irréguliers, c'est-à-dire que ceux qui ont été mariés deux fois ne soient admissibles à la prêtrise, néanmoins celui n'est point irrégulier qui a eu plusieurs concubines, comme déclare le pape Innocent IIL*
Tout cela de peur que les ecclésiastiques mariés n'éclipsent
* Can. Plurimos.
* Quisqiiis ille est sectator libidinum, praeceptor vitiorum.
' Epiphan. Anchorato. jfvo^ oux vjv Trôpdsvos, àlXà lyxpocr^;.
* Episcopus potest procédera contra quemeunque ob peccatum mortale, nisi esset jure permissum, ut meretricium.
* Extra, de Blgafft., cap. Quia circa, Postulasti par sedem apos-^ lolicam doceri si presbytéri plures concubinas habentes bigami censeantur. Ad quod duximus respondendnm , quod cùm irregalgritatem non incurrerint bigamia, cumeistanquam Mnaplici fonika.t.^^tij^
280 BOUCLIKR
les biens de TFglise pour en accomnmôder leurs enfants, comme dit le pape Grégoire I, en la 28« Distinction. * Par la m^mc prudence, où il va du profil des papes et prélats, ils ont haussé la dignité du mariage en le mettant au nombredcs' sacrements de Tlilglise; afin d'attirer à eux la connaissance des causes matrimoniales, sous ombre que c'est à TEglise de connaître des sacrements. Et néanmoins, ^'oubliant euxmêmes, ils marient par procureur, ce qu'ils trouveraient absurde dans les autres sacrements, et ne souffriraient que quelqu'un se fît baptiser pour un autre.
Par la même prudence ils ont défendu le mariage au troisième et quatrième degré, et forgé des degrés défendus de parenté spirituelle, et défendu les mariages en carême, parce que plus il y a de défenses, plus souvent on vient à eux pour obtenir dispense.
h Sur ce différend si nous prenons la parole de Dieu pour juge, ie différend sera bientôt vidé; car. les principaux docteurs de l'Eglise romaine confessent que nous n'avons point de commandement de Dieu là-dessus. Thomas,' et après lui Bellarmin, au premier livre des Clercs, cbap. XYIII, enseignent que la défense faite aux clercs de ne se marier n'est point de droit divin, mais seulement de droit humain et positif; et néanmoins nous avons vu ci-dessus, et Fexpétience le témoigne, que ce commandement humain est gardé inviolablement, mais que la paillardise est permise, et les bordeaux établis à Rome par permission du pape, contre le commandement de Dieu.
II. L'Apôtre, en la deuxième Epttre atix Corinthiens, au cbap. VU, vers. 2 : a Pour éviter paillardise, que chacunait )> sa femme, et chacune femme son mari. » Notez a chacun, » afin que les clercs n'en soient exceptés; item « Pour éviter » paillardise. » Ce commandement dune est fait aux clercs sujets à paillardise.
notatis, quod ad executionem sacerdotalis oiBcii poteris dispensare.
^ Canon de Syracusanœ, Superstes uxor aut fiUi, per quos ecclesiastica solet periciitari substantia. '
* Thomas 2, Qumt, S8, art, 11.
ni. Là même au vers. 9 : « S11s ne se contiennent, qu'ils ) se marient; car il vaut mieux se marier que brûler. » Un prêtre donc incontinent est obligé de se marier. Ne sert le dire qu'il a fait vœu de ne se marier point, et qu'il faut garder ses vœux ; car le même prêtre a aussi fait vœu de le paillarder point; et quand il ne l'aurait fait, si est-ce |u'il y est obligé, puisque Dieu défend la paillardise en sa Loi. Or, quelle promesse est plus obligatoire, oti celle qu'on Tait à Dieu d'obéir à ses commandements, ou celle qu'on Tait à l'Eglise sans commandement de Dieu ? Quelle obliga- [ion est la plus forte, ou celle qu'on doit à Dieu, quandmême nous né voudrions pas, ou celle à laquelle nous nous obligeons volontairement sans nécessité et sans parole de Dieu? Gomment donc se fait que le mariage d'un prêtre fait [contre un vœu non nécessaire est appelé un sacrilège; mais s'il paillarde contre le commandement de Dieu, la faute est estimée mille fois plus légère? J'ajoute que la paillardise l'un prêtre enfreint non-seulement le voeu d'obéir à la Loi de Dieu, mais aussi le \œu de ctiasteté qu'il a fait en se faisant clerc; tellement qu'il rompt deux vœux. Mais s'il se marie, il n'en rompt qu'un, et icetui fait sans parole de Dieu. Ainsi la paillardise d'un prêtre sera un double sacrilège, puisque deux vœux y sont violés.
IV. Que si tout homme est obligé, même sans vœu, d obéir à Dieu, les clercs sont donc obligés à obéir au commande* ment de Dieu prononcé par l'Âpôtre : « S*ils ne se con- 9 tiennent, qu'ils se marient, y* Les obligations saintes, justes et nécessaires à salut ne peuvent être cassées par des vœux subsécutifs non nécessaires.
Y. J'ajoute que c'est un abus que d'alléguer ici le vœu de ne se marier point ; car les vœux sont bons. 1® Si on voue choses bonnes. 2^ Si on voue volontairement et avec connaissance. 3^ Si on voue choses qui soient en notre puissance: Or, en ce vœu de célibat ces trois choses défaillent, l** Car un homme non continent vouera de ne se marier jamais; c'êst'à-dire qu'il vouera de désobéir à Dieu qui veut que les incontinents se marient. Se sentant malade, il vouera de s'abstenir du remède que Dieu a ordonné. Ce vœu étant contre Dieu n'est point obligatoire, et néanmovfis.Qiii \^
28Si
contraint de garder son vœu, quand même il tomberait mille fois en paillardise.
VI. Aussi ce vœu se fait ordinairement involontairement et sans savoir ce que c'est. On rond les filles professes à douze ans, et les garçons à quatorze, lorsqu'ils ne savent encore ce que c*est de convoitise; laquelle venant puis après à ç'allumer géhenne au double, comme un brasier caché sous la cendre, et rompt enfin tous obstacles. Un père pour se décharger met en religion le plus imbécile et imparfait do ses enfants, et oiïre à Dieu Tagneau estropié. Et ces pauvres enfants entrés en la nasse en se jouant, peu après gémissent à loisir sous la captivité.
VJ!. Finalement, par ce vœu les hommes promettent choses qui ne sont en leur puissance; car la continence est un don que Dieu donne à peu de personnes; la vie incontinente de la plupart de ceux qui font ce vœu Je montre assez. Pour éteindre les affections naturelles, il faut un don supernaturel, lequel n'est pas en notre disposition. L'Apôtre, en la première Epitre aux Corinthiens, chap. VU, se sentant exempt de ces désirs, disait : « Je voudrais que tous » hommes fussent comme moi ; » mais pour montrer que peu de personnes ont c&don, il ajoute : « Mais un chacun a » son propre don de Dieu, Tun en une manière, l'autre en )) une autre.
VIIL Là-dessus Bellarmin ^ confesse que voîrement ce don n'est pas en notre puissance, mais que chacun le peut de- . mander à Dieu ; mais il ne considère pas que Dieu n'exauce point les prières si elles ne sont faites en foi, comme dit saint Jacques, chap. I, vers. 6 et 7 ; et que cette foi aussi est un don de Dieu (Ephés. If), lequel don Dieu ne donne pas à tous (2 Tbess. III, 2). Joint que celui qui demande à Dieu la grâce de se passer de mariage, n'a nulle promesse que Dieu l'exaucera. Dieu voirement promet de nous donner tout ce que nous lui demanderons nu nom de Jésus-Christ; mais il parle des choses nécessaires à salut, duquel nombre n'est point le célibat perpétuel. Et de fait Dieu n'a point donné ce don aux personnes qu'il a le plus aimées, comme
* iÀh, % dé Mtmaehis. cap. Si.
à Moïse, à Samnel, à David, à Esale, etc. Mais comment les clercs de FEglise romaine seraient-ils assurés d'obtenir de Dieu par prières le don de continence qui n'est point nécessaire à salut, et que IHeu n'a point promis, vu qu'ils font profession de n'être point assurés d'obtenir par prières le salut que Dieu nous promet? En vouant donc la continence, ils vouent ce que Dieu ne leur a point promis, et qu'ils ne sont point assurés d'obtenir, et qui n'est point en leur puissance. Dont s'ensuit que ce vœu est téméraire, et par conséquent n'est point obligatoire.
IX. Nous avons aussi l'exemple des prophètes inspirés extraordinairement et miraculeusement de l'Esprit de Dieu, comme Moïse, Samuel, Esaîe, etc, qui étaient mariés et avaient lignée. Les sacrificateurs aussi étaient mariés. Et ce en un temps auquel, dans les choses externes et en la netteté corporelle et cérémoniale. Dieu requérait une plus grande pureté qu'il ne fait sous l'Evangile. * Que si le mariage eût été malhonnête aux prêtres de la loi, Dieu eût ordonné quelque autre moyen pour perpétuer la sacrificature, que la succession de père en fils. A cela on ne répond point; car ce qu'on dit n'est pas une réponse. Ils disent que les sacrificateurs s'abstenaient de leurs femmes du temps de leur service; chose qu'ils ont inventée et qui ne se trouvera point. Ainsi, au contraire, on trouveiiu'Aaron et ses fils devaient vaquer tous les jours au sacrifice continuel du matin et du soir, et faire le parfum par chacun matin ( Exod. XXX, 7 ). Joint que la nourriture ordinaire dn souverain sacrificateur et de sa famille était la portion qui leur échéait des sacrifices.
X. Toutefois, posons le cas que cela fût, l'abstinence de peu de jours peut-elle servir à établir le célibat perpétuel? Car une telle abstinence ne privait point les sacrificateurs de la fin du mariage, qui est de procréer lignée et subvenir à rincontinence; mais le célibat perpétuel prive l'homme de ces^ fins , et Fenlace en de mauvais désirs , et résiste à
< Afêguit. QwBsf. in Levit.^ p. 3$. In tabemacuhim eis necesse erat qvotidle introire, et oeôedere ad altare \MNMgfUs c»q^^»»v^^«> vitutem.
284 BOtlCLIEfl
la nature ; ce qui sert aussi de réponse à semblables allé- p {rations; comme est la défense faite aux Israélites d'appro* r' cher de leurs femmes trois jours durant avant la publication W de la loi. Et ce que dit TApôtre (i Ck>r. \l\) : a Ne frauda '^ • point l'un l'autre, si ce n'est par consentement mutud » pour un temps, afin que vous vaquiez àjeûneetoraisoo, D et derechef retournez ensemble, afin que. Satan neyoui » tente par votre incontinence, n
XI. Plusieurs aussi des Apôtres étaient mariés. Au cbap. I de saint Marc, vers. 30, il est parlé de la mère de la femme de Piorre. Ignace, proche du temps des Apôtres, enTEpItre aux Philadelphiens : « Pierre et Paul et les autres Apôtres » se sont joints en mariage.»^ Saint Ambroise, sur le chap. XI de la deuxième Epitre aux Corinthiens : « Tous les Apôtres^ » excepté Jean et Paul, ont eu des femmes. » * Clément Alexandrin, au cbap. III de ses Tapisseries : « Rejettent-ils D les Apôtres? Car Pierre et Philippe ont engendré des » enfants ; Philippe a marié des filles à des maris, et Paul » ne fait point de difficulté de parler en une sienne Epitre 9 à sa compagne ; » ' ce que j'allègue, non que je croie que saint Paul fût marié, mais pour montrer que Clément n'a pas estimé le mariage incompatihle avec Tapostolat. Au chap. XXI des Actes, il est dit que Philippe, évangéliste, avait quatre filles. Platine, en la vie de Cletus I, dit que saint Luc était marié et avait sa femme en Bithynle.
XII. Nos adversaires répondent que voi rement ces saints scrvileurs de Dieu avaient des femmes, mais qu'ils faisaient lit à part, et ne s'en servaient plus. Ces gens devinent ce qui leur platt, sans amener aucune défense faite aux Apôtres sur ce sujet. Combien eussent été scandalisés les Apôtres, lorsque Jésus-Christ les appela, s'il leur eût imposé cette nécessité de s'abstenir de leurs femmes? Qui doute que les
> Omnes apostoli, exceplo Jeanne et Paulo, uxores babuemnt.
. * 'H xod wnvvàXovç âiro^oxc/uaÇov^i ; Uirpvç /liv yèp xnl M«inco$ iTStuionov/i9oi.vro , etc.
DE Là FOf. 285
;acf ificateurs et les pharisiens qui l'épluchaient de si près, 16 feussent persécuté là -dessus, comme imposant un joug }ue Dieu n'avait point imposé en sa loi? « No vous fraudez
> point Pun l'autre, » (dit TApôtre) « mais retournez
> ensemble » ( 1 Cor. VIb). Si se frauder Tun l'autre est un nce dans les autres, pourquoi dans les Apôtres eût-ce été ine vertu?
Xfll. Vrai est que les Apôtres disent à Jésus-Cbrist au ;hap. XIX de saint Matthieu : a Voici nous avons* tout clé-
> laissé et t^avons suivi; » auxquels Jésus-Christ répond : ( Quiconque aura délaissé maisons, ou frères, ou sœurs,
> ou femmes, ou enfonts ou champs à cause de mon nom,
> il en recevra cent fois autant et héritera la vie éternelle. » liais c'est un grand abus de prendre ce qui est dit à tous Idèlcs comme s'il était dit aux seuls apôtres et pasteurs ; ;ar il est dit : « Quiconque aura délaissé, etc. » Tous fidèles loi vent quitter maisons, champs, femmes, enfants, pères, uères, voire leur propre vie, quand ils ne la^peuvent garder ]u'en renonçant à Jésus-Christ,' ou en quittant la vocation i laquelle Dieu les a nppelés. En ce cas, Dieu veut que tous iens humain^ soient rompus, et que toutes les affections laturelles soient comme étouffées par le zèle et par le désir le sauver son âme et suivre sa vocation. Saint Augustin, ;n laqualre-vingt-neuvièmeEpttre, expose ainsi ce passage: K Quelquefois il survient un tel (loint de néc<^ssitéqu il faut ) ou lai.sser sa femme ou Jésus-Christ. » Le passage est ong et exprès, et parle de tous fidèles.
XIT. Rennarquez aussi que Jésus-Christ met ici la femnrie ii les enfants, ^t les maisons et biens en même rang. Puis ionc que l'Eglise romaine n'estime pas que par ee passage es prêtres ^ évéques soient obligés d'abandonner leurs naisons, et de quitter l'usage de leurs biens; ponnioot )ar ce même passage seront-ils obligés à qiiitier Tusage de eurs femmes? Si un père devenu prêtre n*est point obligé )ar ce passage à être moins père, pourquoi parce passage lera t-ii obligé à être moins. mari? S'il peut garder ses »iens, pourquoi ne gardera-t-il aussi sa femme? Car ces leux chost'S sont ici mises en même rang. Or, on voit par 'histoire de l'Evôngile, qu'après que lèftVis^-WMViX. vsoX ^^
ceci à 808 Apôtres, il n'ont pas laissé de garder la propriété et Tusage de leurs nacelles, et saint Jean de sa maison, en laquelle il reçut la vierge Marie après la mort du Seigneur.
XV. Bref, nous avons sur ce sujet la défense expresse du Seigneur, disant à ses Apôtres au chap. ^IX de saint Matthieu « que nul ne doit laisser sa femme pour aucun D sujet, si ce n'est pour adultère, n Item, « le mari et la o femme ne sont plus deux, mais une chair; donc ce que » Dieu a conjoint, l'homme ne le sépare point. » Puisque le Seigneur parlait à ses Apôtres en ce passage, quelle apparence de les excepter seuls de l'obéissance à ce commandement ?
Que s'il eôt fallu qu'ils se fussent abstenus de leurs femmes, les eussent-ils gardées chez eux ? Mais ce faisant, elles leur eussent été en achoppements. Ou les eussent-ils chassées de chez eux et séparées de leurs enfants? Mais eo cela il y eût eu de l'inhumanité et un scandale public.
XVI. L'apôtre saint Paul, en la première EpitreàiTîmothée, chap. IV, dif que «dans les derniers temps quelques-uns se » révolteront de la foi, s'adonnant aux esprits abuseurs et A aux doctrines des diables ; enseignant mensonge par » hypocrisie, étant cautérisés en leurs propres consciences,
B DÉFENDANT DB SE MARIER, CtC. »
On dit pour échapper, que l'Apôtre parle contre d'autres hérétiques qui condamnaient le mariage comme chose mau" vaise et souillée de sa nature.
A quoi je réponds qu'il n'y aura jamais défense en la Parole de Dieu <|u'on ne puisse éluder par ce moyen. Ainsi les larrons se.pourront dispenser de la loi qui dit : « Tu ne » déroberas point, « en disant que cela est dit contre ceux qui dérobent sans nécessité, ou qui dérobent leurs amis, mais non à ceux qui dérobent pressés de pauvreté, ou qui dérobent unr étranger. Ainsi la paillardise se pourra permettre, en disant que Dieu défend aux femmes de se prostituer à plusieurs, mais non d'avoir un ami. Les paroles de l'Apôtre sont générales, et condamnent sans exception les docteurs qui défendent le mariage. Quand le roi en son édit fait une défense générale, est-ce aux sujets d'y apporter
les exceptions et restrictions non contenues en son édit^ ît sans avoir là-des?us aucune déclaration de la volonté du 'oi? Quiconque apporte des exceptions et restriction^ à un :on[imandement général que Dieu nous fait en sa Parole, loit tirer ces eiceptions de la Parole de Dieu. Que s'il y a du mal à condamner le mariage comme chose souillée, il n'y sn a guère moins à le condamner par tyrannie et par superstition. On peut bien par divers chemins courir à un même précipice. Une mémo erreur se peut former dans les [esprits pour diverses raisons. Et même je ne vois point comment ceux qui condamnent le mariage comme chose souillée, peuvent parler du mariage en termes plus odieux que les papes Syricius et Innocent sus allégués, qui rappellent un vice, et une impureté, et souillure, 6t Festiment iqcompatible avec la sainteté,
XVII. Le méme.Âpôtre, en la première E pitre à Timothée, cbap. III, vers. 2: a Que Tévéque soit irrépréhensible, mari » d'une seule femme* conduisant honnêtement sa propre » maison, ayant ses enfanls sujets eu toute révérence ; car » si quelqu'un ne peut conduire sa propre maison, comment ^ D pourra-t-il conduire lEglise de Dieu? » Et au chap. V, vers. 12 : «Que les^liacres soient tnaris d'une seule femme; » et vers. 11 : a II faut que leurs femmes soient honnêtes, non » médisantes, etc. »
Contester après cela n'est pas disputer contre nous, mais démentir l'apôtre saint Paul sous ombre de l'interpréter; car notez qu'il ne dit pas que l'évêque ait été, mais qu'il soiT mari d'une seule femme. Que si l'Apôlre entend que l'évêque ait été mari d'une seule femme, il faudra par même raison dire que saint Paul veut que l'évêque ait été irrépréhensible, mais non qu'il le soit. Par ce moyen, l'épiscopat sera une entrée aux vices, et une exemption do bien faire.
Qui plus est, l'Apôtre ordonne que leurs femmes soient honnêtes, et sobres, et fidèles. Il parle donc des évéques et diacres qui ont encore des femmes, et non de ceux qui n'en ont plus; car l'Apôtre n'instruit pomt les fermes mortes, et instruit la femme de l'évêque, de peur que par ses vices elle ne déshonore la vocation de son raarV.Lev^V^Vào^W'^
triomphants au ciel, les autres combattent en terre, les autres nç sont encore nés, mais au conseil de Dieu sont enrôlés à la gueire future et destinés à remporter la victoire. Saint Pierre rappelle a la généralion élue, » en la première Epîtrc, chap. Il, vers. 9. Et parce que TEcrilure dit que les élus sont écrits au livre de vie, et que leurs noms sont écrits au ciel, TApôtre aux Hébreux, chap. XII, vers. 23, rappelle a l'assemblée et TEglise des premiers nés » qui sont écrits dans les cieux. » Cette Eglise est souvent appelée par TApôtre le corps de Christ, et par conséquent les faux chrétiens hypocrites et profanes n'en sont point; car le corps de Jésus-Christ n'a point de membres morts, ni d'hommes rejelés de Dieu, comme enseigne l^int Augustin au chap. XXI du deuxième livre contre Cresconius. ^ Luimême, au chap. XXVII du cinquième livre du Baptême, dit que cette Eglise dont est parlé au cantique, ce jardin clos, cette sœur et épouse, etc, est « le nombre des justes qui n sont appelés selon le propos arrêté, desquels il est dit : » Le Seigneur connaît ceux qui sont siens; d ' car celui qui est du corps de Christ ne peut être membre du diable. Cette Eglise est l'épouse de Jésus-Christ, laquelle il s'est adjointe, afin qu'il se la rendit une Eglise glorieuse, n'ayant tache ni ride, mais afin qu'elle fût sainte et irrépréhensible ( Eph. V, 27). Ceux qui sont de cotte Eglise pendant qu'ils sont ici-bas sont- visibles en tant qu'hommes, mais non en tant qu'ils sont élus, car l'élection ne se discerne point à l'œU, mais se présume charitablement par la profession de foi et par les bonnes œuvres. Hors cette Eglise il ne peut y avoir de salut.
Quelquefois par le mot d'Eglise l'Ecriture entend toute l'assemblée de ceux qui font profession d'être chrétiens; c'est là l'Eglise universelle visible, laquelle est composée do plusieurs églises particulières, comme étaient du temps
^ Jam in corpore Christi non sunt quod est Ecclesia, quonîani non potesthabere Cbristus membra damnata.
* Numerus ergo ille justorum qui secundùm propositom vocati sunt, de quibus dictum est : Novit Dooiinus qui sui sunt , ipse est bortus conclusus, etc.
De la For. 289
M musitaverint, illico projiciendi^ et s'ils en voulaient gronder, elles les chassaient et renvoyaient incontinenl. Et de&quelles femnnes aimant le change, Sénèqtie, au troisième livre des Bénéfices, chap. XVI, a bonne grâce do dire qu'elles comptent leurs années, non par le nombre des consuls, mais par le nombre de leurs maris.^ Cicéron, au huitième lirro de ses Epttres familières, épttre septième, parle de la sœur d'un Triarius, >qui, sans cause, fit divorce avec son.mari. Gomme aussi la Proculeia de Martial.
Yeterem Proculeia maritum Deseris atque jubés ressibi habere suas. *
Telles étaient les femmes que TApôtre, ékj chap. V de la première Epitrc à Timothi^e, vers. 9, exclut de la charge do diaconesse. « Que la veuve (dit-il) soit enrôlée n'ayant » moins de soixante ans, et qui ait été femme d'un seul » mari ; » c'est-à-dire'qu'elle n'ait point eu deux maris ensemble , l'un habitant avec elle , l'autre séparé par divorce, soit qu'elle ait fait divorce avec le premier, soit que le mari l'ait répudiée sans cause d'adultère ; car il ne faut pas croire que l'Apôtre exclue du diaconat une veuve qui a convolé à secondes noces après le décès de son premier mari ,* puisqu'au même chapitre il commande aux jeunes veuves de se remarier ; car il leur commanderait une chose qui les eût rendues indignes de servir l'Eglise. Sur quoi je ne me puis assez ébahir du Décret romain, auquel est souffert un canon, qui dit que l'Apôtre a parlé contre la vérité et raiscm , et qu'en commandant de se remarier il permet une fornication. C'est la Clause 31 en la première distinction au canon Hac ralione, ^ dont voici les mots : (( Par ce moyen aussi les
1 Illustres quaedam ac nobiles fœminse , non consulum numéro, sed maritorum aunes sucs computaut : et exeunt matrimonii causa, nubunt repudii.
* Soror Triarii divortium sine causa facit, nuptura est Decio Brute.
' Vide SBxtum Senensem, l. 6, in Expotitione 1 Capitit ad Titum, Annot, 318 et 325.
^ Hac ralienè apestoli prscceperunt secundas adiré nu(>tias propter inconlinentiam hominum. Nam secundam quidcm accipere seeun-
)> Apôtres ont commandé de se remarier à cause de rincoo- » tinence des hommes ; car , selon le comoiandemeot de D TApôtre, il est permis de prendre une seconde femrae; » mais, selon la raison de la vérité, c'est vraiment une paily> Inrdise. Mais puisque, Dieu le permettant, cela se faitpu- )) bliquement et avec licence , il se commet une honnête )) paillardise. r>
Quelques-uirs « ne pouvant résister à Ja force de ce passage de TApôtre si clair et si exprès , confessent qu'alors les
évoques étaient mariés ; mais qu'on était contraint de ce faire, ne se trouvant alors nombre sufGsant d'hommes non mariés pour gouverner l'Eglise.
' Parler ainsi, c'est arguer Jésus-Christ d'impuissance; car il est certain que ce n'a point été par contrainte, ni par faute d'autres moyens qu'il a appelé à l'apostolat des personnes mariées, notamment saint Pierre, vu qu'il avait en sa main les cœurs de tons les hommes , et pouvait revêtir de grâces suffisantes les personnes les plus incapables. Que si aujourd'hui les seuls chastes et continents étaient reçus en la prêtrise, trouverait-on nombre suffisant pour remplir les places vides ?
XVIII. L'apôtre saint Pajil , en la première'Epttre aux Corinthiens, chap. IX,vers.5, parle ainsi : « N'avons- nous pas » puissance de mener avec nous une femnfic-sœur, ainsi que » les autres Apôtres, et les frères du Seigneur, et Céphas?»
Dell^rmin, après les autres, répond que saint Paul, par une ferorae-sœur, n'entend point une femme jointe par mariage, mais une femme pour s'en servir dans les nécessités de la vie et pour lui subvenir : telles qu'étaient les femmes qui suivaient Jésus-Christ, lesquelles, ayant été guéries par lui, lui subvenaient de leurs biens (Luc VIII, 2, 3).
Mais le pape Léon IX, qui, par la prérogation de son siège, a le don de ne pouvoir errer, en la distinctiou 31, au canon Omnino, déclare que, par une « femme-sœur, » est enten-
dùm praeceplum apostoli licitiim est : secundùin autem veritatis rationem verè fornicatio est. Sed cùm permiUente Deo publiée et. licenter committitur, fit honesta fornicatio. 1 Le Jésuite Balle, Quest. 23 de son Catéchisme.
DB LA pot. 291
due one femme mariée avec un Apôtre , de laquelle néanmoins il s'abj^tenait, encore qu'il la menât avec soi. Et la glose des docteurs là-dessus dit : Dvcebanl uxores tecum vl servirent eU in cibis parandis, « ils menaient leurs femmes » avec eui pour leur servir à apprêter la viande. » * Et Tertullien, quoique montaniste et ennemi du mariage , parte ainsi contre soi-même au chap. VIII du livre de la Chasteté : Licebat et Apostolis nubere, et uxores circundttéerê : /tcebat et de Evangeliis vivere, « il était permis aux Apôtres de » se marier, et de mener avec eux leurs femmes , et de vi- » vre de l'Evangile. «
La raison même, sans aiître preuve, renverse l'exposition de Bellarmin ; car telles femmes n'eussent pu suivre les Apôtres honnêtement et sans soupçon. Les femmes qui sui* vaient Jésus -Christ ))Ouvaient le faire sans abandonner leurs familles; car le chemin qu'elles faisaient était court, et environ trente lieues, qui est la distance de Galilée en Jéfusalem, où Jésus-Christ se transportait dans les fêtes solennelles. Mais sortir du pays, passer les mers, foire avec les Apôtres mille ou douze cents lieues de chemin , était chose qu'une femme honnête ne pouvait ni ne devait faire, et que l'affection naturelle envers les siens n'eût pu souffrir ; elles eussent plutôt "défrayé quelques serviteurs qui suivissent les Apôtres. Joint que ces femmes suivaient Jdsus-Christ en troupe , ce qui n'est point sujet à interpré* tation ; encore ne suivaient-elles que rarement. Car, au quatrième livre de saint Jean, les Apôtres s'étonnent de voir Jésus<€hrist parler à une femme, comme de chose contre sa coutume.
Les Doots de l'Apôtre lèvent toute difDculté ; car telles fem-» mes eussent suivi les Apôtres par charité, et non par puissance que les Apôtres eussent eue sur elle. Or, l'ApSfttre dit : « N'ai-je pas puissance de mener une femme-sœur ? b Item
1 Omnino confitemur non licere episcopo uxorem al^icere à caria sua ; sed ut ei victum et vestitum largiatur, scd non ut cum ea carnaliter ex more jacçat. Sicut et sanctos apostolos legimus fecisse; beato Apostolo dicente : Nunquid dos habemus potestatem mulierêîtt sororem cireondacendi ?
29â BOUCLIEA
il eût plutôtdit an pluriel : a N'ai-je pas puissance de mener » quelques femmes-sœurs? » Car tels devoirs de charité et service domestique sont plus aisément et plus hoonétement rendus par plusieurs femmes.
XVIX. Entre plusieurs menues objections des adversaires, je n'en vois qu*uue qui ait quelque peu de cpuleur. L^Apdtre, au chap. V de la première Ëpttreà Timotbée» vers. Il, à ces mots : a Rel'use les veuves qui sont plus jeunes ; » car, quand elles sent devenues lascives contre Christ, « elles se veulent marier. Ayant leur condamnation en tant » qu'elles ont faussé leur première foi. y> En ce passage, l'Apôtre parle de certaines veuves qui alors prenaient la charge de diaconesses ou servantes de FEglise , pour assister les malades et secourir les pauvres. Telles veuves, entrant en cette charge, promettaient volontairement de parachever leurs jours en ce service sacré. Mais il arrivait à quelquesunes de changer de propos, soit qu'elles vinssent à paillarder et être lascives contre Christ, ainsi que parle TApôtre, soit qu'elles se mariassent *,• dont advenait qu'étant en la puissance d'un mari, elles n'avaient plus la liberté de continuer la charge qu'elles avaient prise en l'Eglite. Au moyen de quoi l'Apôtre dit qu'elles sont condamnables (il ne dit pas damnées) poyr avoir violé la foi et promesse qu'elles avaient à TEglise, de persévérer au service des pauvres et malades. Pour à quoi obvier l'Apôtre défend. aux jeunes veuves de faire telles promesses qui puissent les empêcher de se marier, et veut que « les jeunes veuves se ma- » rient et engendrent lignée » (vers. 14) ; et défend de recevoir aucune veuve au diaconat qui ait moins de soixante ans (vers. 6) , lorsque le vœu du célibat serait ridicule. Tellement que ce passage bien entendu fait contre le vœu du célibat, puisqu'il défend aux jeunes veuves de le faire; et ne veut qu'une femme âgée moins de soixante ans soit reçue en une charge qui soit incompatible avec le mariage : bien loin de défendre le mariage aux clercs notoirement incontinents, comme on foit aujourd'hui.
N'est besoin d'exagérer les ordures du célibat, ni les vices tant naturels que contre niature, qui par là sont entrés à la foule. Ces mêmes prélats qui prêchent la coutioence vivent
incontineimnent. Comme ils viYent, aussi ils disputent contre nature , et brûlant de mauvais désirs, promettent à ■Dieu de ne se servir point des remèdes qu'il ordonne en sa Parole. Le pape, qui défend le mariage aux clercs, leur a en récompense ouverte le bordeau, et par règlements et autorité publique a permis la paillardise. Ce* qui a arraché au pape Pie II cette confession, que « pour grandes causes les » femmes avaient été ôtées aux clercs, mais que pour plus p grande^ il, fallait les leur rendre, » comme récite Platine en sa vie.
l>e la dîstmetîdn des Viandes.
ARNOUX
Sect. XCI.— Je me départirais de mon dessein, si ces messieurs, ne me donnant aucun texte pour leur article de retranchemeut, je m'amusais à remplir le papier d'une quantité de textes dont les livres sont pleins, en preuve de chacun de ces points. Toutefois, parce que les textes cotés à la marge de cet article sont distinctement cotés contre l'abstinence des viandes, je me contente de produire ce texte. Act. Y, 18 : « 11 a semblé bon au Saint-Esprit et à nous que vous vous absteniez de sang et des choses étouffées. » Ce concile est-il procédé de la boutique de Satan ? et le môme esprit n'a-t il pas pu prescrire par l'Eglise le jeûne et Tabstinence des viandes à quelque bonne 6n ?
DU MOULIN
L'Ecriture-Sainte loue le jeûne, et le recommande aux fidèles; mais n'ordonne point de certains jours pour jeûner*/ comme dit saint Augustin en TEpitre LXXXVI.
i. Quant à la distinction des viandes, et à la défense d'user do certaines viandes , Tapôtre saint Paul la condamne formellement en la première Epttre à Timotbée , chap. IV, où il appelle la défense des viandes a une doctrine de dia- D ble. d Et dit que, « dans les derniers temps, quelques-uns
1 Qaibus diebas non oporteat jejanare, et qaibus oporteat, prœcepto Domini vel apostolorum non invenio doAiÀVKav*
» se révolteront de la foi, s'adonnant aui esprits aboseurs et » aux doctrines des diables; défendant de se marier, eom- » mandant de s'abstenir des viandes que Dieu a créea pour v> les ûdèle«. »
On pense échapper en disant que l'Âpôtre ne parle point de ceux qui s'abstiennent de certaines viandes par huniilité etpourmatter leur chair; mais de ceux qui estimaient les viandes polluées et abominables. C'était déjà le prétexte de ceux-là même auxquels l'Âpôtre parle, et qui erraient ea ce point du temps des Apôtres, disant : a Ne mange, ne tou- Y> che, ne goûte, » comme dit TApôtre au chap. 11 aux Coioss., vers. 20 : u Pourquoi » (dit-il) « vous charge-t-oa )i d'ordonnances, comme si vous viviez au monde? en di- » sant : Ne mange, ne touche, ne goûte , qui sont choses pé- » rissables parPusage, établies suivant les commandements Y) des hommes. » Puis il ajoute ce qui rendait plausible cette défense des viandes : «C'est» (dit-il) a que ces doctrines ont D apparence de sapience en dévotion volontaire et humilité » d'esprit, et en ce qu'elles n'épargnent nullement le corps » et n'ont aucun égard au rassasiement de la chair. » Yoilà justement le langage de nos adversaires, et les fins pour lesquelles ils établissent la distinction des viandes , lesquelles néanmoins l'Apôtre rejette, les appelant commandements et doctrines des hommes. N'importe s'il parle ici aux Juifs ou aux Gentils, puisqu'on général il condamne ceux qui s'abs-* tiennent des viandes par humilité et par exercice.
Telle aussi était l'excuse de Tertullien montaniste en son livre contre les hommes animaux.^ Il appelle ainsi les orthodoxes et vrais chrétiens, parce qu'ils ne jeûnaient point ass( z à son gré, et ne s'abstenaient point de chair ni de choses humides, et voulaient que les jeûnes fussent libres. Et lui objectaient ce passage de l'Apôtre , qui met la défense des viandes entre les doctrines du diable. A quoi ce montaniste répond ainsi au chap. XV: «L'Apôtre condamne 9 ceux qui commandaient de s'abstenir des viandes. Mais » c'est que le Saint-Esprit, par sa prévoyance, a condamné » avant qu'ils vinssent les hérétiques qui devaient comman-
* Adversus Psychieoi.
» der uoe perpétuelle abstinence pour détruire et mépriser » les œuvres du Créateur.» ^ Item : «Nous nous abste- » nons^es viandes que nous ne rejettons pas, mais nous n en surseons Tusage pour un temps.» * Et peu après : aL*Av> pôtre voulait accuser certains correcteurs et défendeurs » de viandes, qui s'en abstenaient par dédain, et non par » office. » *
Telle aussi était Texcuse d'Eustacbe, évêque de Sébastie, en Arménie, comme récite Sozoméne au chap. XIII du troisième livre, et la Préface du concile de Gangres, qui se trouve dans les canons grecs publiés par du Tillet; auquel concile cet Eusèbe, étant repris de ce qu'il avait introduit certaines distinctions de viande» et d'babits, il s'excusa, disant a n'avoir introduit ces choses par opiniâtreté somp - » tueuse, mais par une discipline pieuse et selon Dieu. » *
Que si nous voulions être rigoureux , nous ne manquerions point de preuve pour faire voir que l'Eglise romaine a travaillé à rendre certaines viandes abominables entre les chrétiens ; car le pape Grégoire II , en une Epitre à Boniface , archevêque de Maïence , commande de réprimer et faire faire pénitence à ceux qui auraient mangé des che^ vaux isauvages cttlomestiques : «Car cela» (dit-il) «estim- » monde et exécrable. » ^ Et Zacharie, son successeur, écrivant au même Boniface, défend aux chrétiens l'usage des geais, des corneilles , des cigognes, des bièvres, lièvres et des chevaux sauvages. Et ne puis comprendre à quoi tend cette coutume de porter les viandes en l'Eglise devant Pâ-
^ Reprobat etiam illos qui jubebapt dbis abstinere, sed de providentia Spiritus sanctus praedamnans jam bsereticos perpetuam abstiucnUam'praeceptaros ad destruenda et despicienda opéra Greatoris.
* Abstinentes ab eis quse non rejicimus, sed difTerimus.
> Ita sciebat quosdam castigatores et interdictores victtts incusare qid ex fastidio, non qui ex officie, abstinerent.
* Oùx aù6a^«tà$ fysxa, ocAXà rfiç xaroe 6soy àvfcJm»^ et^yi^mi rocOra.
> Agrestem caballum allquautos adjunxisti comedere, plerosque et domesticum. Hoc nequaquam fieri deinceps, sanctissime fratcr, sinas : sed qnibus potueris modis per omnia comi)esce, et dignam eis indicito paenitentiam. Immundum enim est el execrà^VLQ*
qucs pour les exorciser, sinon pour en ôter la pollution ou en chasser Tesprit malin.
2. Le même Apôîre,au m^me cliapitre, vers. 16 : «Que rt nul ne vous condamne en manger ou en boire, ou en dis- » tinction d'un jour de fête, ou de nouvelle lune, ou de » sabbat » Pourquoi donc PEglise romaine nous condamnet-clle pour n'observer point la défense des viandes, et rie garder point les f^tes qu'elle a ordonnées?
3. Le même Apôtre, en la première Epttre aux Corinthiens , chap. X : «Mangez de tout ce qui se vend en labou- » chérie, sans vous enquérir par conscience ; car la terre » est au Seigneur et tout le contenu en icelle. Que si queln qu'un des infidèles vous convie , et vous y vouiez aller, D mangez de tout ce qui sera mis devant vous sans vous eo- » quérir par conscience. » Que peut-on dire de plus exprès? L'Eglise romaine nous tient pour hérétiques , et nous met au rang des infidèles. Cependant, si nous avions invité quelqu'un de l'Eglise romaine, voudrait-il manger de tout ce qu'on lui servirait en un jour maigre ? mangerait-il de tout sans scrupule?
4. Mais est-il croyable que Jésus-Christ , par l'Evangile , ait aboli les distinctions des viandes établies en la loi de Moïse, pour rétablir d'autres distinctions, et faire des défenses mille fois plus malaisées ? et pour un jour de jeûne qui était sous la loi, en établir cinquante sous l'Evangile?
5. L'apdtre saint Paul, en la première Epttre aux Corinth., chap. VIII, vers. 8 : « La viande ne nous rend pas plus » agréables à Dieu ; car, si nous mangeons, nous n'en avons » pas davantage ; et, si nous ne mangeons point, nous nVn » avons pas moins. » Et aux Rom. , chap. XIV : « Le y> royaume de Dieu n'est point viande ni breuvage, mais » justice, joie et paix par le Saint-Esprit. »
En général de toutes telles observations, saint Paul, en la première Epître à Timot., chap. IV, vers. 8, dit que «Texer- D cice corporel est profitable à peu de choses; mais la » piété est profitable à toutes choses, ayant les promesses » de la vie présente et de la vie à venir. »
Tout ce que dessus tend non à condamner le jeûne ni l'observation des jeûnes ecclésiastiques, ordinaires ou ex-
traordinaires; seulement nous en éloignons l'opinion de mérite et de satisfaction ; et mettons le jeûne en abstinence et sobriété, et non en distinction de viandes', commandée par un homme auquel Dieu n'a point donné cette puissance, et qui, sous ombre d'abstinences, établit son empire et met un joug sur les consciences confre la Parole de Dieu. Même nous ne condamnons point celui qui , pour appaiscr les bouillons de ses convoitises, s'abstient de vin ou de certaines viandes, pourvu que ce jeûne soit volontaire , et non par scrupule, ni par opinion de mérite oii de satisfaction , ni par un empire usdrpé par quelqu'un. Tel était le jeûne de Daniel, s'abstenant de vin et de chair, et de pain appétissant, chapitre dixième; car il n'y avait point de loi en IsraêUouchant éette abstinence.
En vain donc fait-on ici des panégyriques en la louange du jeûne et de la sobriété, laquelle nous savons être la nourrice des vertus, la gardienne de la chasteté, .faiguillon de la vigilance. En la structure du corps humain, Dieu a mis le cerveau loin du ventre, afln que la cuisine du corps fût éloignée de l'étude, et que l'odeur des viandes n'interrompit la méditation ; car rien ne trouble tant les saintes pensées que le tumulte des convoitises allumées par l'ivrognerie ou par la gourmandise. Rien n'est tant malaisé à former à la crainte de Dieu qu'un hommequi discerne mieux les sauces que les enseignements, et qui a le palais plus savant que le cerveau.Pourtant TRcriture joint souvent le jeûne avec la prière, afin que la prière sanctifie le jeûne et que le jeûne allume la prière. Ainsi Anne, au chap. Il de saint Luc, et Corneille, au chap. X des Actes, servaient Dieu en jeûnes et oraisons. Et Jésus-Christ nous parle de certains esprits opiniâtres qui ne se chassent que par jeûne, et oraison (Mattb. XTII,21).
Les anciens chrétiens se sont fort adonnés à cet exercice, s'abstenant des choses licites, afin de se passer plus aisément des illicites. Ils tâchaient de faire que plusieurs choses nécessaires leur devinssent superflues, au lieu qu'aux voluptueux les choses superflues deviennent nécessaires.
Mais l'Eglise romaine a changé cet exercice en scrupule» et cette abstinence en distinctions do viandes» qui s'obser^
298 BOUGLIEB
vent bien plus soigneusement que la Loi de Dieu. De la paillardise, de l'adultère, du meurtre, du parjure, les moiodres prêtres donnent l'absolution ; mais celui qui se coofesse avoir mangé chair en la semaine peneusc est renvoyé au pénitencier, parce que l'absolution d'un si .graod péché passe le pouvoir des prêtres ordinaires. •
Celui qui a tant soit peu goûté de chair en carême, a violé \e jeûne, mais non celui qui s'est suûlé de poiaaon et do confiture. Et est le uombre deces jeûnes bizarres si graod, qu'ils occupent près de six mois de l'an.
Le jeûne, qui doit être un exercice d'humilité, est devenu une occasion d'orgueil et d'opinion de mérite et 4e satisfactions, non-seulement pour celui qui jeûne, mais aussi pour autrui. Bellarmin, au deuxième livre des Bonnes Œuvres, chap. XI, tâche de prouver que le jeûne serl à satisfaire pour les péchés et à mériter le prix céleste ; et le cardinal Tolet, au sixième livre de l'Instruction des prêtres, dit que le jeûne est satisfactio pro pœnis peecatorum^ est une satisfaction pour les peines dues aux péchés, laquelle satisfaction il dit être « mériloire de ^râce et d'accroissement » de gloire. » Le jeûne doit servir à confesser ses démérites, mais aujourd'hui il sert à étaler ses mérites, à l'exemple du pharisien qui proposait à Dieu ses jeûnes, et pour cela est rejeté (Luc XVIII, 12). Combien pensez-vous que ce serait une prière agréable à Dieu, si quelqu'un disait : a Seigneur, j'ai mérité la vie éternelle, car je n*ai point dîné; » ou pourquoi me punirais-tu de mes péchési car je t'ai 9 satisfait, en m'al)stenant d'œufs et de fromage? » Encore cela est peu ; car on tient qu'il y en a qui font plus déjeunes qu'il n'en faut pour satisfaire pour leurs péchés, etainsi qu'il y a du supérabondant en leur satisfaction ,* Dieu donc leur doit du retour. Pourtant ce surplus servira à. d'autres; en ne mangeant que du poisson on peut satisfaire pour autrui. Et là-dessus Tolet a bonne grâce : a Si » (dit-il) a je jeûne 9 pour quatre personnes, je ne satisfais pas tant pour cha- » cun que si je ne jeûnais que pour un. » ^ Voyez le canon
^ De Instructione sacerdotali, lib. % c. S. — Si je^no pro quatuor, minus prodest ad satisfacLionem singulis , quàm uni prodesset si pro uno tantùm jcjunassem^
Animât, en la Cause XV, question 2. Pour combler la mesure de l'abus, les jeûnes se rachètent par argent ; comme il est dît en la distinction 82, au canon Presby$ler\ et en la glose du même canon : a 11 pourra donner un denier pour » se racheter du jeûne. » Certes il faut être de créance fort facile pour croire que Dieu lâche un homme du purgatoire parce que son voisin n*a point dîné. Si les jeûnes des vivants rafraîchissent les morts, il faut que les festins des vivants brûlent aussi les morts.
Quant à nous, nous mettons le jeûne non pas en distinction de viandes, mais en abstinence et sobriété; estimant celui qui s'est contenté de fort peu de pain et de vin et d'un morceau de chair, avoir plus jeûné que celui qui s'est crevé de poisson. Nous pratiquons le jeûne, non pour payer Dieu» mais pour humilier les hommes. Le jeûne nous est un exercice de piété, et non un mérite ou une satisfaction. Nous condamnons celui qui étant pâle de jeûnes, l'est encore plus d'envie; qui s'abstient do vin, mais qui est ivre d'orgueil; qui est maigre d'abstinence, mais plein de Topinioa de ses mérites ; qui ne mange point de chair en ses repas, mais qui par les usures dévore la substance de son prochain. Ainsi à Rome, pendant le carême, les boucheries sont fernn^'es, mais le bofdeau est ouvert. Ainsi les Juifs, au jour qu'ils livraient Jésus-Christ é mort et répandaient le sang innocent, faisaient conscience d'entrer au prétoire, afin qu'ils pussent manger Tt^gneau de Pâques aîvec pureté. Car la superstition se lie et garottc d'observations étroites, lors même qu'elle se dispense du commandement de Dieu.
Je confesse que Dieu souvent a octroyé des délivrances à ceux qui jeûnent; mais c'est s'abuser bien fort d'attribuer au mérite du jeûne ce qui est octroyé à la foi et à la prière qui sanctifie le jeûne, sans laquelle le jeûne est ou une diète de malades,- ou une disette d'aiïamés, ou une abstinence d'hypocrites ; le jeûne sert à impétrer et non à satisfaire.
Pour couvrir fout cet abus, le sieur Amoux allègue seulement un passage du chap. XV des Actes, où les Apôtres, assemblés en concile à Jérusalem, commandent aux Gentils convertis à la foi de s'abstenir de sang et de choses étoufféefk
Mais l'apôtre saint Paul, qui était en ce concile et savait rintention dos Apôtres, lève cette défense en la première Epttre aux Corinthiens, au cbap. X, vers. 27, où il^dit: a, Si quelqu'un des infidèles vous convie, et vous y voulei » aller, mangez, de tout ce qui est mis devant vous, sans D vous en enquérir par conscience, p Or, était-il aisé que dans les maisons des infidèles on servit à table quelque volaille étouffée, ou quelque chose où il j eût du sang; montrant par là que telles défenses avaient été faites afin que les Gentils ne scandalisassent point les Juifs encore nouveaux en la profession chrétienne, et afin de les appnvoiser petit à petit, et eniîevelir les cérémonies légales avec honneur. Or, TÂpôtre ayant planté TEvangile en Corinthe ( Actes XVill ), et s'étant depuis transporté à Philippes, écrivit de là aux Corinthiens; dont appert que saint Paul a écrit cette Epttre longtemps depuis ce concile tenu à Jérusalem, au chap. XV des Actes.
Plusieurs églises anciennes, n^ayant bien considéré cela, ont observé très-exactement l'abstinence de sang et de choses étouffées, comme témoigne Tertullien au chap. IX de TApologétique.^ Leconcilede Gangres,au deuxième canon, parle du sang et des choses étouffées, comme de choses estimées illicites. Cette même défense se trouve au soixanteseptième canon du sixième concile rassemblé au palais de Constantinople. Semblables déft^nses se trouvent dans les conciles de Worms et d'Orléans. Mais saint Augustin, mieux instruit en TEcriture-Sainte, s'étend sur ce propos au trentedeuxième livre contre Faustus, chap. XIII; là il dit que « les Apôtres ont choisi pour s'accommoder au temps une » chose aisée en laquelle les Gentils observassent quelque » chose conjointement avec les Israélites; » ' puis i^otite: a Qui est le chrétien qui maintenant observe cela, de n'oser » toucher les grives ou les petits oiseaux, si leur sang n'a » été répandu? Peu de personnes qui font scrupule de tou-
^ Ne animallum quidem sanguînem in epulis esculentis habemus. * Elegisse mihi videntur apostoli pro tempore rem facilem in qua cum Israelilift gcutes aliquid communiter observarent.
» cher à ces choses sont moquées par les autres. » * L'Eglise romaine s'est rangée à cela, ayant bien reconnu que les Apôtres avaient établi ces défenses pour ui\ temps, et non pour règle perpétuelle ; mais en cela est-elle grandement à condamner, d'avoir, au lieu de ces deux défenses, établi d'autres plus^grièves et en plus grand nombre? Certainement si l'Eglise chrétienne avait besoin de quelques observations sur la distinction des viandes, il eût été plus convenable do remettre sus les abstinences observées du temps des Apôtres, que d'en forger multitude d'autres mille fois plus pénibles 'et contraires à la pratique des Apôtres et de Jésus -Christ même, lequel eu la semaine avant Pâques mangeait ordi-* nairement un agneau.