ARTICLE XXVII
DS inËOLISB.
Toutefois, nous croyons qu'il convient de discerner soigneusement et avec prudence quelle est la vraie Eglise, parce que par trop on abuse de ce titre. Nous disons donc, suivant la Parole de Dieu, que c'est la compagnie des fidèles qui s*accordent à suivre icelle Parole et la pure religion qui eif dépend, et qui profitent en icelle tout le temps de leur vie, croissant et se conformant en la crainte de Dieu, selon qu'ils ont besoin de s'avancer et marcher toujours plus outre. H^e quoi qu'ils s'efforcent, qu'il leur convient avoir incessamment recours à la rémission de leurs péchés; néanmoins nous ne nions point que parmi les fidèles il n'y ait des hypocrites et réprouvés, desquels la malice ne peut effacer le titre de l'Eglise.
DE LA FOf. 903
ARNOUX
CT. XCII. -— C'est pour mettre hors de vue TEglise qu'ils lui ent ces marques autant et plus obscures , et moîna aisées à DDaltre qu'elle*méme : la décrivent par des signes desquels mtre nous et eux aujourd'hui toute la dispote : savoir est à ftppartient la pure religion, et qui est possesseur de la Parole. |uoi ils tombent dan& le vice du cercle tant blâmé en logique : le est la vraie Eglise ? celle qui a la pure religion. Quelle est ire religion ? celle qui est en l'Eglise. Autant en sais-je que int. Qui est Pierre? c'est Blitry. Qui est Blitry? <fest Pierre. M le cercle dans lequel ils se tiennent en garde et k couvert re ceux qui les blAment avec raison d'être sortis de l'Eglise la porte des apparences de la parole do Dieu.
. Ihi mot d'églîse y et ses dvrenes sîgnîfiMitkMM.
DU MOULIN
adversaire effleure la question de la viaibilité et des quea de ]'£glise avec une éloqueoce fort agréable, et qui t que pour lea booa esprita.
Mir voir clair en cette matière, il est nécessaire de dé- »pper Tambiguité du mot d'Eglise, e mot d'Eglise est un mot grec qui signifie, assemblée ui convient autant aux assemblées des infidèles que des les. Au Ps. IXVl, vers. 5, il y a selon la version vulgaire : \ hais l'Ëgltse des malins; » ^ et au ehap. XIX dea Actes, k di2, la foule des païens criant : « Grande est la Diane » Epbésiens, » est appelée Eglise. L'usage Fa emporte, les assemblées des chrétiens 8*appelassent Églises, et li se distinguassent des synagogues judaïques, combien ces deux mots aient une même justification. MJr donc bous restreindre au sens auquel ce mot ;lise est pris entre les chrétiens, je dis que ce mot ;lise en TËcriture se prend en plusieurs façons, uelquefois TEglise se prend pour tout le corps et assem- I des élus et prédestinés à salut, dont les uns sont déjà
Oûisi Ecclesiam malignantimn.
310 HOCCLIER
faut être privé de sens commun, pour ne comprendre poW\r^ que pour discerner une Eglise pure d'avec une impure, ï ^ n'y a autre moyen que de regarder si elle s'accorde avec la règle de pureté , qui est la Parole de Dieu ; comme pour savoir si une ligne est. droite , on y applique la règle de droiture.
Néanmoins cela déplaisait au sieur Arnoux, parce qn'i son jugement cette marque est obscure, et autant ou plus malaisée à reconnaître que l'Eglise, et que c'est cela même ^ dont on est en dispute, à savoir à qui appartient la pure religion, et qui est possesseur de la Parole ; car il présuppose, et avec raison, que les marques, pour reconnaître une chose, doivent être plus aisées à reconnattre que la chose qu'on reconnaît par ces marques.
La question donc est, laquelle de ces deux choses est plus aisée à reconnaître, ou la vraie foi et la religion, ou h/^-^ vraie Eglise. | ^
Outre les passages de l'Ecriture ci-dessus produits, qui I ^ veulent que nous reconnaissions par là les vraies brebis et I ^ les disciples dé Jésus-Cbrist, à savoir s'ils écoutent sa voix et gardent sa parole, la raison nous fournit une preuve dé- 1 ^ monstrativo fondée sur cette maxime, que lesdéGnitionset y expositions des choses doivent être plus claires et premiè- I ^ rement connues que les^choses qu'on expose et définit Or, 1 ' la définition de la vraie Eglise est, que c'est l'assemblée des j vrais fidèles. Devant donc que de pouvoir connaître quelle ' est la vraie Eglise, il faut connaître qui sont les vrais fidèles, et par conséquent quelle est la vraie foi. Ou si on définit l'Eglise, comme fait Bellarmin, que l'Eglise est rassemblée de ceux qui sont conjoints par la profession de la foi chrétienne, il faut nécessairement connaître quelle est la vraie foi chrétienne avant que de connaître la vraie Eglise, puisque la vraie foi entre en la définition de l'Eglise. ^De li même s'ensuit qu'il faut connaître Jésus-Christ, c'est-4-dira sa nature et son office avaut que de pouvoir conuattre la vraie Eglise, puisque la foi en Jésus-Christ est la définition de l'Eglise. Mais voici un docteur jésuite qui veut qu'on connaisse la vraie Eglise avant que de connaître la vraie doctrine, et par conséquent avant que de coonattre Jésus-
t)E LA roi. Ml
Aurist. Qui est une belle conception , de simaginer qu'un komme puisse connaître quelle est la vraie Eglise sans conlattre Jésus-Cbrist; et connaîke qui sont les vrais fidèles ans connaître la vraie foi.
Ajoutez à cela qu'il est nécessaire de connaître et avoir nstruction en la Parole de Dieu devant que de pouvoir disiorner la vraie Eglise , puisque nous ne savons pas seule* nent qu'il faut qu'il y ait une Eglise au monde que par la ' ^arole de Dieu; en laquelle Dieu, qui nous déclare que sa volonté est qu'il y ait une Eglise, nous déclare aussi quelle 1 veut qu'elle soit, et nous donne des marques pour la sonnâitre.
fios adversaires mêmes disent cela sans y penser, toutes ^t quantes fois qu'ils allèguerit l'Ecriture pour eux, et fbndent l'autorité de leur Eglise sur des témoignages de la Parole de Dieu ; car par là ils présupposent que la connais- ^ sance du contenu en l'Ecriture est nécessaire devant qu'on puisse connaître qu'ils ont la vraie Eglise , puisqu'ils fondent leur Eglise sur l'iilcriture.
Joint qu'y ayant plusieurs églises contraires, mais n'y ayant -qu'une Parole de Dieu contenue dans les Ecntares, reconnue par toutes les églises du monde ; un infidèle qui se veut rendre chrétien, mais est en doute à quelle église il se doit ranger, ne peut se résoudre qu'en commençant par la connaissance de ce que toutes les églises chrétiennes reçoi* vent, qui est l'Ecriture-Sainte.
Et ne puis comprendre comment en le doute quelle église est la plus pure de toutes, il est possible de prendre une autre marque ou une autre adresse que la règle de pureté, qui est la Parole de Dieu.
Que s'il se trouve quelqu'un qui, avant que de rien connaître en la vraie religion, ait rencontré la vraie Eglise et se soit rangé au bon troupeau, je dis qu'un tel homme, pendant qu'il est ici, n'est pas vrai chrétien. 11 est comme un aveugle qui empoigne le premier qui lui tond la main. Un tel n'a point d'hérésies parce qu'il n'a point de connais* sance, et par conséquent point de foi ni de piété. Il doit sa religion à sa naissance, ou à la coutume, ou au cours des aflaires. S'il était né en. un autre paya, ou si les tffairei eU
pasteurs de l'Eglise, comme quand il est recommaiidé an p pasteurs de paître l'Eglise (Act. XX, 28). j^
Quelquefois aussi par TEglise les pasteurs seuls sont entendus, comme en ces mots :. «Dis-le à rEglise» (Mallh. XVIII) ; car Jésus-Christ veut que la partie offensée sV dresse aux pasteurs de TEglise.
La somme de tout cela est, que le mot d'Eglise en lï- |l> criture se prend :
1° Quelquefois pour toute l'assemblée des élus;
ff* Quelquefois pour TEglise universelle visible ;
3° Quelquefois pour une église particulière, faisant partie de l'Eglise universelle visible;
4° Quelquefois pour le peuple seul ;
5° Quelquefois pour les pasteurs seuls.
Ces diverses significations de ce mot d'Eglise sont nécessaires à retenir, parce que dans l'ambiguïté de ce mot l'erreur se cache et se glisse comme une couleuvre dans les épines; et nos adversaires, s'étudiant exprès a embrouiller cette matière, prennent tout cela pour tout un : et toutes et quantes fois que l'Ecriture parle de l'Eglise, ils veulent qu'on entende toujours la romaine. Quelquefois par l'Eglise ils entendent le pape seul ; comme fait le pape Innocent III, qui s'attribue la connaissance des différends entre Philippe- Auguste, roi de France, et Jean, roi d'Angleterre, parce qu'il est dit en l'Evangile : Die EccleHœ, au chapitre Aomi extra de judiciis. Et le cardinal BellarmiUi au deuxième livre des Conciles, ch. XIX : o Le pape le doit dire à l'Eglise, » c'est-à-dire à soi-même. »
Surtout dans les questions que le sieur Arnoux entame touchant la visibilité et touchant les marques de l'Eglise, ces distmctions sont nécessaires , afin que, quand on parle de l'Eglise visible, on n'emploie point les passages de l'Ecriture qui parlent de l'Eglise des élus, qui ne se discerne point à l'œil ; afin aussi que quand on parle des jugements et décisions prononcés par l'Eglise assemblée, on ne vienne point à parler de l'Eglise des élus, laquelle ne s'assembla jamais pour faire aucune décision ; afin aussi que nulle église particulière ne se qualifie univer-elle, eomme si
Hiies- les autres n'étaient rien, ou n'étaient églises que par Ile*
Ainsi, quand on demande quelles sont les marques de la raie Eglise, on n'entend pas parler de TËgllse des élus, laquelle n'a point de marques oculaires, o Dieu connaît ceux
qui sont siens» (2Tiraoth.II, 19). (Iles scelle de son Esprit lour le jour de la rédemption (Ephés. IV, 30). Il leur donne w caillou blanc, dont est parlé au deuxième livre de l'Apo- »Jypse. vers. 17, qui est le témoignage de a l'esprit d'à- » doption qui témoigne à nos esprits que nous sommes en- > fants de Dieu » (Rom. YIII) ; mais ce témoignage est sesret et non exposé à la vue.
Je dis plus, c'est que quand on dispute des marques de bi vraie Eglise, on ne parle point de l'Eglise universelle visible, dont les marques sont hors de dispute; car la marque qui discerne l'Eglise universelle d'avec les Juifs, Turcs et païens, est la profession du christianisme et le sacrement du baptême. La dispute donc est touchant les églises particulières, car y ayant plusieurs églises particulières discordantes entre elles, on recherche les marques par lesquelles la vraie Eglise, c'est-à-dire la pure et orthodoxe* et en laquelle on puisse être sauvé, soit discernée d'avec les impures, en lesquelles il n'y a point de salut. Car par ce mot de yraik Eglise, il faut nécessairement entendre la pure et la bonne; car autrement une église hérétique peut être appelée vraib Eglise, tout ainsi qu'un homme chancreuxet pestiféré est néanmoins un vrai homme.
8î rSglîfe est visible y et à cpû elle est visible.
Sect. XGIII. Pour donc venir au sieur Arnoux, il nous accuse de mettre TEglise hors de vue ; mais il dit cela sans pren • ves, et notre confession n'en dit rien. Ainsi nous savons qu'il y afoujours^u et aurauneéglisevisibleau monde; niaisil faut savoir à qui elle est visible et comment. Car autre chose est de voir l'Eglise comme une société d'hommes se disant être chrétiens; autre chose voir et discerner que celle-là est la vraie Eglise et pure, et en laquelle on puisse être sauvé. Ceux qui sont hors l'Eglise, comme les Turcs et les Juifs,
triomphants au ciel, les autres combattent en terre, les autres nç sont encore nés, mais au conseil de Dieu sont enrôlés à la guerre future el destinés à remporter la victoire. Saint Pierre Tappeile a la génération élue, » en la première Epîtrc, chap. Il, vers. 9. FA parce que TEcriture dit que les élus sont écrits au livre de vie, et que leurs noms sont écrits au ciel, TÂpôtrc aux Hébreux, cbap. XII, vers. 23, l'appelle « rassemblée et TEglise des premiers nés » qui sont écrits dans les deux. » Cette Eglise est souvent appelée par TApôtre le corps de Cbrist, et par conséquent les faux chrétiens hypocrites et profanes n'en sont point; car le corps de Jésus-Christ n'a point de membres morts, ni d'hommes rejelés de Dieu, comme enseigne %int Augustin au chap. XXI du deuxième livre contre Cresconius. ^ Luimême, au chap. XXVII du cinquième livre du Baptême, dit que cette Eglise dont est parlé au cantique, ce jardin clos, cette sœur et épouse, etc, est « le nombre des justes qui n sont appelés selon le propos arrêté, desquels il est dit : » Le Seigneur connaît ceux qui sont siens; d ' car celui qui est du corps do Christ ne peut être membre du diable. Cette Eglise est l'épouse de Jésus-Christ, laquelle il s'est adjointe, afin qu'il se la rendit une Eglise glorieuse, n'ayant tache ni ride, mais afin qu'elle fût sainte et irrépréhensible (Eph. V, 27). Ceux qui sont de cotte Eglise pendant qu'ils sont ici-bas sont- visibles en tant qu'hommes, mais non en tant qu'ils sont élus, car l'élection ne se discerne point à Kœil, mais se présume charitablement par la profession de loi et par les bonnes œuvres. Hors cette Eglise il ne peut y avoir do salut.
Quelquefois par le mot d'Eglise l'Ecriture entend toute l'assemblée de ceux qui font profession d'être chrétiens; c'est là l'Eglise universelle visible, laquelle est composée do plusieurs églises particulières, comme étaieut du temps
^ Jam in corpore Gbristi non sunt quod est Ecclesia, quoniam non poCesthabere Cbristus membra damnata.
' Numerus ergo ille justorum qui secundùm propositum vocati sunt, de quibus dictum est : No?it Dominus qui sui sunt , ipse est Jiortus conciusus, etc.
des Apôtres les églises de Cojinthe, de Rome, de Thessalonique, et les sept églises auxquelles il est parlé aux cbap. II et III de TApocalypse. De ces églises particulières, les unes sont plus pures que les autres, et quelques-unes tellement impures, qu'on ne peut y ^tre sauvé, notamment quand l'idolâtrie s*y est nichée, et que le bénéfice de Jésus-Christ y est entièremenf corrompu.
Cette église !miverï»elle visible est celle que l'Apôtre, en la première épître à Timothée, chapitre III, appelle «la )) colonne et appui de vérité, » parce que son devoir est de soutenir et d'appuyer la vérité divine contre tous ceux qui tâchent de la corrompre ou de la supprimer; ce qui aussi est le devoir de chaque église particulière. Et n'y a église particulière saine en la foi qui ne soit colonne et appui de vérité.
Quand nous disons que, hors cette Eglise universelle visible, il n'y a point de salut, nous entendons que nul jne peut être sauvé qui se sépare de la communion de l'Eglise universelle, et vit à part sans se ranger à aucun troupeau. Toutefois, si quclqn'im était exclu de la communion de TEgliso par une injuste excommunication, ou si (Juelqu'un, voulant se ranger au christianisme et croyant en Jésus- Christ, est prévenu par la mort avant que pouvoir étrd baptisé, nous ne croyons point qu'un tel soit exclu du.çalut. Tellement^que, tant selon notre créance que selon celle de nos adversaires, cette maxime, que hors l'Eglise universelle visible il n'y a point de salut, souffre quelques exceptions.
Quant aux églises particulières, il n'y en a pas une delàquelle il faille être nécessairement pour être sauvé. Si l'Eglise romaine était sans erreur, on pourrait néanmoins étro sauvé hors d'elle; ceux qui vivraient en d'autres églises particulières où l'Evangile serait purement prêché, ne laisseraient d'être sauvés, encore qu'ils n'eussent jamais ou! parier de TEglise rjomaine, parce qu'elle n'est qu'une église particulière.
Outre ces trois significations du mot d'Eglise, l'Ecriture preod quelquefois l'Eglise pour le peuple « viou^\!E^V^^>^
306 fiOUGLlEH
pasteurs de l'Eglise, comme quand il est recommandé aui pasteurs de paître TEglise (Âct. XX, 28).
Quelquefois aussi par l'Eglise les pasteurs seuls goot entendus, comme en ces mots :« Dis-le à l'Eglise» (Matth. XVIH) ; car Jésus-Christ veut que la partie offensée 9V dresse aux pasteurs de l'Eglise.
La somme de tout cela est, que le mot d'Eglise en l'Ecriture se prend :
1^ Quelquefois pour toute l'assemblée des élus;
2° Quelquefois pour TEglise universelle visible ;
3^ Quelquefois pour une église particulière, faisant partie de l'Eglise universelle visible;
4*^ Quelquefois pour le peuple seul ;
b"" Quelquefois pour les pasteurs seuls.
Ces diverses significations de ce mot d'Eglise sont nécessaires à retenir, parce que dans l'arabiguitéde ce mot l'erreur se cache et se glisse comme une couleuvre dans les épines; et nos adversaires, s'étudiant exprès à embrouiller cette matière, prennent tout cela pour tout un : et toutes et quantes fois que l'Ecriture parle de l'Eglise, ils veulent qu'on entende toujours la romaine. Quelquefois par l'Eglise ils entendent le pape seul ; comme fait le pape Innocent IH, qui s'attribue la connaissance des différends entre Philippe- Auguste, roi de France, et Jean, roi d'Angleterre, parce qu'il est dit en l'Evangile : Die Ecclenœ, au chapitre Nmni extra de judidis. Et le cardinal Bellarmini au deuxième livre des Conciles, cb. XIX : a Le pape le doit dire à l'Eglise, » c'est-à-dire à soi-même. »
Surtout dans les questions que le sieur Arnoux entame touchant la visibilité et louchant les marques de l'Eglise, ces distmctions'sont nécessaires , afin que, quand on parle de l'Eglise visible, on n^emploie point les passages de TEcritiire qui parlent de l'Eglise des élus, qui ne se diRcerne point à l'œil ; afin aussi que quand on parle des jugements et décisions prononcés par l'Eglise assemblée, on ne vienne point à parler de l'Eglise des élus, laquelle ne s'aescmbla jamais pour faire aucune décision ; afin aussi que nulle égliêc particulière ne «e qualitiQ universelle, comme si
toules- les autres n'éUient rîeo» ou n'étaient églises que par elle.
Ainsi, quand on demande quelles sont les marques de la vraie Eglise, on n'entend pas parler de l'EgUse des élus, laquelle n'a point de marques oculaires, a Dieu connaît ceux » quisontsiensn (2Timotb.II, 19). Ules scelle de son Esprit pour le jour de la rédemption (Ephés. IV, 30). Il leur donne ce caillou blanc, dont est parlé au deuxième livre de TÂpo* calypse, vers. 17, qui est le témoignage de a l'esprit d'a« » doption qui témoigne à nos esprits que nous sommes en- » (ants de Dieu » (Uom. YIll) ; mais ce témoignage est secret et non exposé à la vue.
Je dis plus, c'est que quand on dispute des marques de la vraie Eglise, on ne parle point de TEglise universelle visible, dont les marques sont bors de dispute; car la marque qui discerne l'Eglise uiiiverseile d'avec les Juifs, Turcs et païens , est la profession du cbristianisme et le sa* crement du baptême. La dispute donc est touchant les églises particulières, car y ayant plusieurs églises particulières discordantes entre elles , on recbercbe tes marques par lesquelles la vraie Eglise, c'est-à-dire la pure et orthodoxe, et en laquelle on puisse être sauvé, soit discernée d'avec les impures, en lesquelles il n'y a point de salut. Car par ce mot de vraik Eglise, il faut nécessairement entendre la pure et la bonne ; car autrement une église hérétique peut être appelée vrais Eglise, tout ainsi qu'un homme cbaDcreuxet pestiféré est néanmoins un vrai homme.
8i rXglîse est TÎsîbie i et à ifuî elle eit Tisible.
Sbct. XCIII. Pour donc venir au sieur Arnoux, il nous accuse de mettre l'Eglise bors de vue; mais il ditcela sans preo ves, et notre confession n'en dit rien. Ainsi nous savons qu'il y atOQJonrsjeu et aura une église visibleau monde; mais il faut savoir à qui elle est visible et comment. Car autre chose est de voir l'Eglise comme une société d'hommes se disant être chrétiens; autre chose voir et discerner que celle-là est la vraie Eglise et pure, et en laquelle on puisse être sauvé. Ceux qui sont hors l'Kglise, comme les Tutc;& ^X\^%'^>\'^%>
308 fiOUCLIER
E voient bien TEglise chrétienne comme on Toit une eompa- ^sj gnie d'hommes, mais ne voient pas, si elle est bonne, et 9i en elle on peut être sauvé, qui e^t la vue et la connaissance que nous cherchons, afin de s'y ranger. Les infidèles voient FEglise comme les Juifs incrédules voient le Sauveur, saoi connaître qu'il fut le Sauveur ; et comme un petit enfant voit un mathématicien sans savoir ce que c'est que matfaéms* tique, fomnie Bellarmln reconnaît au chapitre XV du troisième livre de TEglise , ^ où toutefois il nous calomnie et nousimpute que nous ne reconnaissons aucune Eglise visible.
Par cela appert que nul ne voit ni ne reconnaît la vraie Eglise que ceux ^ui en sont, ou qui ,^ après instruction suffisante, sont en propos de s'y ranger. Si TEglise universelle était réduite à une douzaine d'hommes, est-ce qu'elle serait visible à ces douze? Au contraire, si TEglise chrétienne occupait la moitié du monde, l'autre moitié, persévérant en intidélité, ne verrait point que c'est la vraie Eglise, et ne connaîtrait point que c'est une assemblée de fidèles.
Quant à cette vue superficielle par laquelle ceux qui sont hors l'Eglise la voient sans la connaître et sans savoir si elle est vraie Eglise ou pure, si on demande si l'Eglise doit être ainsi visible à tous les hommes du monde et en tout temps, la question est aisée à vider ; car il est certain que fEglise chrétienne a eu ses commencements en Judée, auquel temps elle n'était point visible cht^z les Gaules, ni en Danemari[. Avant la navigation des Portugais et Espagnols, FEgliso romaine n'était point visible aux Indes occidentales ; et il y a toujours au monde plus de peuples païens que de chrétiens, et infinis peuples qui n'ont pas seulement ou! parler d'Eglirte chrétienne.
Et pour remonter plus haut, l'Eglise était-elle visible partout, lorsqu'Âbraham était encore en la ville des Chaldéens, vivant en la faipille de son père, laquelle était idolâtre? comme il est dit au chapitre XXIV de Josué. L'Eglise étaitelle visible aux infidèles, lorsque les enfants d'Israël étaient en Egypte, et y servaient aux idoles? comme il est dit en
^ Videmus cœtum hominum qui est Ecclesia, sed quod ille oœtm sit ipsa vera Ghristi Ecclesia, non videmus. *
Ezéchiel, cbap. XX, vers. 7 et 8. L'Eglise étajt-elie visible aux infidèles du temps des rois Acbaz et Manassé« lorsque ces rois firent fermer le temple, et qu'il ne se faisait aucun sacrifice continuel, et que les idoles étaient par toutes les villes, et que le souverain sacrificateur Urie posa au temple un autel à la païenne? Mais où sera l'Eglise visible à ceux de dehors, quand toute la terre ira après la béte (Apoc. XIII)? Et quand le temps sera venu , duquel notre Seigneur parle au cbap. XVIII de saint Luc, vers. 8 : « Quand le fils do Tbomme viendra , croyez-vous qu'il » trouve de la foi en la terre?» L'Eglise sera-t-elle visible aux infidèles au temps auquel nos adversaires disent que l'Antéchrist abolira le sacrifice continuel , c'esl-à-dire la messe, si on croit ces messieurs? Et puisque Dieu conrmandc à son Eglise de sortir de Dabylone (Apoc. XYlil, 4) , ne montre-t-il pas que son Eglise sera pour un temps cachée en Babylonc?
Bref, c'est chose claire et visible que l'Eglise de Dieu n'est pas toujours visible à toutes personnes ; bien est-elle toujours visible à ceux qui eu sont.
Set vraies marques de la vraie Xglîfe.
Sect. X€IV. Quant aux marques de la vraie EgUse, c'est-àdire quant aux marques par lesquelles on peut discerner une Eglise orthodoxe et pure d'avec une église hérétique et impure, notre confession ne met en cet article autre marque que la Parole de Dieu purement annoncée , sous laquelle Parole nous comprenons aussi la pure administration des sacrements; parce que leur droit usage est prescrit en la Parole de Dieu. En quoi nous parlons d'après Jésus-Christ, lequel, aux chap. VIII et X de saint Jean, oe baille autre marque pour discerner ses brebis et ceux qui sont vraiment ses disciples, que d'ouïr sa voix et de persister en sa parole. « Si vous persistez en ma Parole, vous serez vraiment mes disciples (Jean YIII, 31). « Les brebis oyent la voix du pas- » teur, elles le suivent, car elles connaissent sa voix; mais > elle ne suivront point un étranger. » Et quand même la Parolo do Dieu n'y serait point si expresse , si est-ce \a'\!L
310 naucLiER
Taut être privé de sens commun, pour ne comprendre point que pour discerner une Eglise pure d'avec une impure, il f n'j a autre moyen que de regarder si elle s'accorde avec la règle de p<ireté , qui est la Parole de Dieu ; comme pour savoir si une ligne est. droite , on y applique la règle de droiture.
Néanmoins cela déplaisait au sieur Ârnoux , parce qu'à son jugement cette marque est obscure, et autant ou plus malaisée à reconnaître que l'Eglise, et que c'est cela même dont on est en dispute, à savoir à qui appartient la pure religion, et qui est possesseur de la Parole ; car il présuppose, et avec raison, que les marques, pour reconnaître une chose, doivent être plus aisées à reconnaître que la chose qu'on reconnaît par ces marques.
La question donc est, laquelle de ces deux choses est plus aisée à reconnaître, ou la vraie foi et la religion, ou la vraie Eglise.
Outre les passages de l'Ecriture ci-dessus produits, qui veulent que nous reconnaissions par là les vraies brebis et les disciples de Jésus-Gbrist, à savoir s'ils écoutent sa voix et gardent sa parole, la raison nous fournit une preuve démonstrative fondée sur cette maxime, que les définitions et expositions des choses doivent être plus claires et premièrement connues que les^ choses qu'on expose et définit Or, la définition de la vraie Eglise est, que c'est l'assemblée des vrais fidèles. Devant donc que de pouvoir connaître quelle est la vraie Eglise, il fout connaître qui sont les vrais fidè* les, et par conséquent quelle est la vraie foi. Ou si on définit l'Eglise, comme fait Bellarmin, que l'Eglise est l'assem^ lilée de ceux qui sont conjoints par la profession de la foi chrétienne, il faut nécessairement connaître quelle eal la vraie (ui chrétienne avant que de connaître la vraie Eglise, puisque la vraie foi entre en la définition de l'Eglise. ^De li même s'ensuit qu'il faut connaître Jésus-Christ , e'est-i-dîre sa nature et son office avant que de pouvoir coniiattre la vraie Eglise, puisque la foi en Jésus-Christ est la définitiOD de l'Eglise, liais voici un docteur jésuite qui veut qu'on connaisse la vraie Eglise avant que de connaîtra la vraie doctrinep et par conséquent avant que de coonattre Jési»-
t)B LA roi. Ml
Christ. Qui est une belle conception, de s'imaginer qu'un homme puisse connaître quelle est la vraie Eglise sans connattre Jésus-Christ; et connaître qui sont les vrais fidèles sans connaître la vraie foi.
Ajoutez à cela qu'il est nécessaire de connaître et avoir instruction en la Parole de Dieu devant que de pouvoir discerner la vraie Eglise , puisque nous ne savons pas seulement qu'il faut qu'il j ait une Eglise au monde que par la ^ Parole de Dieu; en laquelle Dieu, qui nous déclare que sa volonté est qu'il y ait une Eglise, nous déclare aussi quelle il veut qu'elle soit, et nous donne des marques pour la connaître.
Nos adversaires mêmes disent cela sans y penser, toutes et quantes fois qu'ils allèguent l'Ecriture pour eux, et fondent Tautorité de leur Eglise sur des témoignages de la Parole de Dieu ; car par là ils présupposent que la connais- ' sance du contenu en l'Ecriture est nécessaire devant qu'on puisse connaître qu'ils ont la vraie Eglise, puisqu'ils fondent leur Eglise sur ri^icriture.
Joint qu'y ayant plusieurs églises contraires, mais n'y ayant -qu'une Parole de Dieu contenue dans les Ecritures, reconnue par toutes les églises du monde; un infidèle qui se veut rendre chrétien, mais est en doute à quelle église il se doit ranger, ne peut se résoudre qu'en commençant par la connaissance de ce que toutes les églises chrétiennes reçoivent, qui est l'Ecriture-Sainte.
Et ne puis comprendre comment en le doute quelle église est la plus pure de toutes, il est possible de prendre une autre marque ou une autre adresse que la règle de pureté, qui est la Parole de Dieu.
Que s'il se trouve quelqu'un qui, avant que de rien connaître en la vraie religion, ait rencontré la vraie Eglise et se soit rangé au bon troupeau, je dis qu'un tel homme, pendant qu'il est tel, n'est pas vrai chrétien. Il est comme un aveugle qui empoigne le premier qui lui tend la main. Un tel n'a point d'hérésies parce qu'il n'a point de connaissance, et par conséquent point de foi ni de piété, lï doit sa religion à sa naissance, ou à la coutume, ou au cours des albirea. S'il était né en. un autre paya» ou si les affaires ei^
viles changeaient, il aurait une autre religion. Il suit la vraie Eglise sans savoir si elle est vraie Eglise, et est chrétien sans connaître Christ.
Lisez toute l'histoire du Nouveau-Testament, et vous ne trouverez jamais qu'ajicun ait reconnu la vraie Eglise devant que d'être instruit eu la doctrine ; mais au contraire on voit que les Apôtres prêchaient Jésus-Christ et la doctrine de salut , et que les peuples, par la croyance à cette doctrine, se rangeaient à l'Eglise sans faire autre recherche touchant les marques de l'Eglise.
Que si la malice des hommes a fait naître des difficultés sur la connaissance de la vraie doctrine, cela doit être imputé non à l'obscurité ou Incertitude de cette marque, mais à la malice des hommes; car toutes les difGcultés mises à part, ce qui reste de clair en l'Ecriture-Sainte, et n'ayant besoin d'interprétation, est suffisant à salut. Et au bout ce sont difficultés dont on peut sortir, et sur lesquelles il faut demander à Dieu l'assistance qu'il a promise; mai« à connaître la vraie Eglise avant que de connaître la vraie doctrine, il y a non-seulement de la difficulté, mais aussi de l'impossibilité; car comment connaitrai-je si cette .église est vraie et pure en la foi, si je n'entends rien en la pureté de la vraie foi, ni en la vraie doctrine?
Cela môme parait par l'impossibilité et absurdité des marques que DOS adversaires proposent pour reconnaître la vraie Eglise.
Het fansfes marques pour connaître l'Egllsey et prèfmèrement
du titre de catholique.
Sbct. XCV. Ils mettent pour première marque de TEglise qu'elle est CATHOLIQUE. Si par catholique ils entendenlorthodoie et pure en la foi, selon qvie les anciens prennent souvent 06 root, lesquels , pour cette cause, parlent des Eglises catboliques au pluriel; nous recevons volontiers cette marque, car c'est cela même que nous disons j que la pureté de doctrine est la seule marque de la vraie Eglise.
Mais si par catholique ils entendent a universelle, » alors cette marque est fousse et contre le sens conimunj car,
DE LA pot, 313
puisque la querelle est entre les églises particulières, n'estce pas se contredire à soi-même que de vouloir que des églises particulières celle-là soit la meilleure qui n*est point particulière, mais est universelle? Ainsi en la dispute entre réglise grecque et la romaine, comment pourrais-je reconnaître que l'Eglise romaine est universelle, puisque cela même qu'il y a une église grecque , est une preuve que TEglise romaine n'est point universelle? Et de fait , Téglise grecque s'appelle aussi église catholique, et son patriarche s'est, par plus de neuf cents ans, appelé universel. Cette dispute entre des églises particulières, à qui d'elles appartient le titre d'Eglise universelle, n'a pas meilleure grâce que si l'Asie, l'Afrique et l'Europe, qui sont parties de la terre universelle, disputaient à qui d'entre elles appartient le titre de la terre universelle. Un temps a été que les églises de Syrie, d'Egypte, etc., étaient d'accord avec l'Eglise romaine; alors toutes ces églises s'appelaient catholiques, c'est-à-dire orthodoxes, et suivant la foi qui doit être universelle; mais ni l'église de Syrie, ni l'église d'Egypte ne s'appelaient point romaine, mais toutes ensemble s'appelaient l'église universelle.
Que si l'Eglise romaine est cette Eglise universelle dont il est parlé au Symbole, il faudra dire que Abraham, Job, Moïse, la vierge Marie et tous les saints du paradis sont de l'Eglise romaine; car ils sont de TEglise universelle, et font partie de l'église catholique dont il esit parlé au Symbole.
Xi'antîiimté. ^ l>euzièine marque.
Sbct. XCVI. On baille aussi l'antiquité pour marque de la vraie Eglise. Si on entend que celle-là est la vraie Eglise dont la doctrine est la plus ancienne de toutes, et la doctrine conforme au siècle des Apôtres, nous recevons cette marque, et par là l'Egliseromaineperdra son procès, laquellea fait mille nouvelles additions, et en fait en chaque siècle, toutes tendant à raccorotssement de l'empire papal ; car il a bien fallu un grand changement en la religion pour taire que l'évéque d'une ville devint monarque terrien de toute la chrétienté, et surpassât en richesses les plus %^%sl^ \^\%<
314 BOucLîËn
Se trouvera-t-il, je ne dis pas que l'Eglise universelle, mais qu*aucune église particulière des premiers siècles, ait exclu le peuple de la communion du calice ? ou ait lirau peuple l'Ecriture on l'église en langue non entendue? ou ait défendu aux chrétiens délire la Sainte-Ecriture sans privilège spécial ? ou ait fait des peintures et représentations de la Trinité ? on ait adoré les images? ou ait appelé la vierge Marie Reine des cieux et Dame du monde? ou ait cm que le pape peut déposer les empereurs et rois? ou ait cru que le pape ait au trésor de l'église les satisfactions supérabondantesdes saints, et puisse tirer des âmes de purgatoire? ou ait adoré l'hostie du culte de latrie? Où est la moindre mention en toute l'antiquité des indulgences romaines, des pardons de huit cent mille ans , des grains bénits et rosaires? Où est la moindre mention de la cour romaine, et des cardinaux , et des ordres des mendiants , et de prier Dieu sans s'cntsndre soi-même? et que tous les évéques doivent prêter serment de fidélité au pape en leur réception? et que l'évéque dé Rome a certains cas réservés dont nul ne peut absoudre que lui, si ce n'est en l'article de la mort? Là ces messieurs se taisent, et, par leur silence, accusent l'antiquité de n'avoir rien entendu en la religion.
Au reste, une doctrine ne peut être appelée ancienne qui n'a point été dès le commencement. Comme le cuivre no deviendra jamais or par la vieillesse, aussi le mensonge demeurera toujours mensonge nonobstant l'ancienneté. Il n'y a point de prescription contre Dii^u ni contre sa Parole. Si les droits du roi ne se prescrivent point, combien moins les droits du Roi des rois? Mais, comme les femmes impudiques, plus elles sont vieilles, plus elles sont effrontées, ainsi le mensonge devient plus pernicieux par le laps du temps, parce qu'il est plus enraciné. Nous ne disputons point par années , mais par raisons , et ce qu'on appelle aujourd'hui ancien a été autrefois nouveau. Qu'on me dise combien il faut d'années pour autoriser une doctrine.
Je dis bien plus, c'est que la vieillesse d'une chaire fait présumer qu*il y a à refaire, vu que dès le temps des Apêtrès déjà se glissait la corruption, et que saint Paul dit que tësâoa temps se tramait le mystère d'iniquité (2 Thess. il).
Que s'il est question de comparer l'antiquité de^.égUses. il est certain que l'église grecque, qui est condan>née comme hérétique et schismatique par TEglise romaine, est plus ancienne qud la romaine. Les Apôtres ont prêché aux Grecs avant que de prêcher aux Latins; il y avait déjà plusieurs églises dressées entre les Grecs avant que l'Evangile passât en Italie. Les Apôtres ont écrit en grec et non en latin ; et même saint Paul a écrit aux Romains en grec; les termes d'église, de baptême, de prêtre, d'évêque, de diacre, de Bible, d'Evangile, d'eucharistie, sont mots grecs, qui témoignent que la religion chrétienne est passée des Grecs aux Latins, puisque les Latins en ont emprunté leurs termes. Et l'église syrienne est encore plus ancienne que la grecque, et touterois elle ne reconnaît point le pape ni l'Eglise romaine.
8uocet5Îon des chaires. ^ Troisième marque.
Sect. XCVIL Surtout on fait cas de la succession des chaires depuis les Apôtres par un fil continu. Cette marque a pu servir jadis dans les siècles proches des Apôtres, lorsque les chaires dressées par les Apôtres étaient'd'accord entre elles, et lorsque la succession était courte, et la mémoire fraîche de la créance tenue par les évêques depuis' les Apôtres. Mais maintenant cette marque est inuti4e à cause de la lon« gueur de tant de siècles et de l'embarras et contradiction des histoires, surtout à cause que toutes les chaires qui tirent leur succession des Apôtres sont maintenant en discord et séparées de communion. Entre lesquelles la romaine, qui tâche de faire descendre la succession de saint Pierre, est condamnée par les autres chaires qui tirent auasi leur succession de saint Pierre, à savoir l'église d'Antiocbe, et par celle d'Alexandrie ; entre lesquelles l'Eglise romaine est la plus nouvelle, et la plus corrompue, et condamnée partoutes les autres, tellement que si on s'arrête à la succession des chaires, il sera malaisé de se ranger à l'Eglise romaine.
Que si la succession des chaires depuis les Apôtres est une marque par laquelle les ignorants doivent connaître la vraie Eglise, comment sera-t-il possible que ieft i^^^tA ^A^
artisans et les femmes connaissent cette succession, laquelle ne s'appremi que par la lecture des Pères grecs et latins, dont la longueur et l'obscurité lassent les plus savants, et qui bien souvent se contredisent?
Joint que la succession prétendue du pape est pieça abdiie par les hérésies qui ont souillé ce siège, et par les schismes qui ont souvent rompu le fil de cette succession prétendue, sans qu'il ait été renoué ; comme nous avons prouvé au livre de la Vocation des Pasteurs.
Ajoutez que la doctrine de TEglise romaine étant contraire à celle de saint Pierre, la succession de chaire sans succession de doctrine est plutôt un renversement de chaire qu'une succession. Nous ne serons point jugés au dernier jour par les chaires, mais par les règles de la Parole de Dieu. Les chaires ne parlent point, mais les hommes, qui non-seulement mentent dans les chaires, mais aussi se servent des chaires pour mentir, et veulent autoriser le mensonge par la dignité des charges et delà succession. On fait une chaîne de fables qui ne peut lier les consciences. On baille une liste de papes en peinture, sans moi\trer si les derniers ont une même religion que les premiers. C'est une succession de personnes, et une contrariété çn la foi. « Ceux-là n'ont » point la succession de saint Pierre, qui n'ont point la » foi de Pierre, » ^ ce dit saint Ambroise au chap. VI du premier livre de la Pénitence.
Ihirée peipétueUe. ^ Quatrième marque.
Skct. XCViII. On baille aussi pour marque de la vraie Eglise la DURÉE perpétuelle. Si cette marqueest bonne, plusieurs églises plantées par les Apôtres étaient fausses églises, puisqu'elles ont cessé; et 11 y a plusieurs églises que l'Ëgliso romaine appelle hérétiques et schismatiques, qui ont duré depuis les Apôtres et durent encore aujourd'hui. Mais parce que 'la durée finale d'une église ne se verra qu'à la fin du monde, je suis d'avis que cette dispute soit différée jusqu'au dernier jour, car telle église fleurit aujourd'hui, qui dans peu de temps pourrait prendre fin.
^ Non bâbeai haereditatem Pétri, qui'fidem Pétri non habent
Multitude et grandeur. ^ CHiuiuième marque.
Sect.XGIX. Nos adversaires mettent aussi la multitum et le grand nombre entre les marques pour discerner la vraie Eglise; cette marque nous fait apercevoir bien clairementque nos adversaires chercbent les marques d'une église particulière, carquantàTFlgiiseuniverselle, ils confessent qu^elleest petite en nombre au prix des païens et infidèles. Mais y ayant plusieurs églises particulières contondantes, ils veulent que la plus grande soit la meilleure. Or, il n'y a point d'apparence de mettre pour marque de la vraie Eglise une cbose en laquelle TEglise est surmontée par les mahométans et par les païens. Moins encore d'apparence que pour reconnaître la vraies Eglise il faille avoir un cordeau pour en mesurer rétendue, ou nombrer les personnes au lieu de proposer les régies. A ce compte, de deux petites églises hérétiques la moindre sera toujours la pire; et quand les dix lignées qui faisaient les trois quarts en Israël se révoltèrent du temps de Roboam et devinrent idolâtres, il fallait les suivre. A ce compte, Jésus-Christ se sera abusé quand il a appelé son Eglise un petit troupeau (Luc XII, 32), et quand il veut qu'on prenne le chemin étroit où peu de gens passent, par« ce que le large où passe la multitude mène en perdition ( Matth. YII, 13 ); et lorsque les prélats et les docteurs et la foule étaient pour les pharisiens, il eût plutôt fallu suivre les pharisiens que Jésus-Christ. A été un temps que Téglise grecque, étant eh discord avec la romaine, était plus grande que la rou;aine, et avait de son côté la puissance de l'Empire. Le Saint-Esprit nous prédit un temps auquel toute la terre ira après la béte ( Apoc. Xlll). Bref, ces gens prennent pour marque de la vraie Eglise la multitude, que l'Ecriture met du côté de la fausse, comme qui mettrait le fard et les poudres pour marque de chasteté, et être sans livres pour marque de savoir.
Au deuxième livre de l'Histoire de Théodoret, l'évéque de Kome, Liberius dit à l'empereur Constantius qui lui reprochait qu'il était seul : « Combien que je sois seul, la 9 cause de la foi n'en est pas moins ferme. » Et Grégoire de Nalianze, eu l'oraison contre les Anens : a Qui sont eiQ^ii:
ACk
voient bien TEglise chrétienne comme on TOit une gnie d*bommo8, mais ne voient pas.si elle est boni en die on peut être sauvé, qui est la vue et la conni que nous cbercbons, afin de s'y ranger. Les infidèle TËglise comme les Juifs incrédules voient le Sauvei connaître qu'il fut le Sauveur ; et comme un petit enl un mathématicien sans savoir ce que c'est que m^ tique. Comme Bellarmin reconnaît au chapitre XV ( siénie livre de l'Eglise , ^ où toutefois il nous caloi nous impute que nous ne reconnaissons aucune Eglise
Par cela appert que nul ne voit ni ne reconnaît Eglise que ceux ^ui en sont, ou qui,' après instructi fisante, sont en propos de s'y ranger. Si TEglise uni' était réduite à une douzaine d'hommes, est-ce qu'eil visible à ces douze? Au contraire, si l'Eglise chrétiei cupait la moitié du monde, l'autre moitié, persévé infidélité , ne verrait point que c'est la vraie Eglise connaîtrait point que c'est une assemblée de fidèles.
Quant à cette vue superficielie par laquelle ceux q hors l'Eglise la voient sans la connaître et sanssavoi est vraie Eglise ou pure, si on demande si l'Eglise d< ainsi visible à tous les hommes du monde et en tout la question est aisée à vider ; car il est certain que I chrétienne a eu ses commencements en Judée, auquel elle n'était point visible cht^z les Gaules, ni en Dam Avant la navigation des Portugais et Espagnols, 1 romaine n'était point visible aux Indes occidentales; a toujours au monde plus de peuples païens que d( tiens, et infinis peuples qui n'ont pas seulement ou! d'Eglirte chrétienne.
Et pour remonter plus haut, l'Eglise était-elle visibi tout, lorsqu'Âbraham était encore en la ville des Cbal< vivant en la faipiile de son père, laquelle était idc comme il est dit au chapitre XXIV de Josué. L'Eglise elle visible aux infidèles, lorsque les enfants d'Israël é en Egypte, et y servaient aux idoles? comme il est
^ Videmus cœtum hominum qui est Ecclesia, sed quod illc sit i|)sa vera Ghristi Ecclesia, non videmus. ^
!zéchiel, cbap. XX, vers. 7 et 8. L'Eglise était-elle yîibie aux infidèles du temps des rois Acbaz et Manassé* >rsque ces rois firent fermer le temple, et qu'il ne se faiblM aucun sacrifice continuel, et que les idoles étaient par >ute8 les villes, et que le souverain sacrificateur Urie posa u temple un autel à la païenne? Mais où sera l'Eglise viible à ceux de dehors, quand toute la terre ira après la été (Apoc. XIII)? Et quand le temps sera venu , duquel olre Seigneur parle au cbap. XVIII de saint Luc, vers. 8 : Quand le fils de l'homme viendra , croyez-vous qu'il trouve de la foi en la terre?» L'Eglise sera-t-elle visible iix iufidèles au temps auquel nos adversaires disent que Antéchrist abolira le sacrifice continuel , c'esl-à-dire la nesse, si on croit ces messieurs? Et puisque Dieu conr- (laodc à son Eglise de sortir de Dabylone (Apoc. XYlil, 4) , le montre-t-il pas que son Eglise sera pour un temps cabée en Babylonc?
Bref, c'est chose claire et visible que l'Eglise de Dieu Test pas toujours visible à toutes personnes; bien est-elle oujours visible à ceux qui eu sont.
Het Traies marquet de la vraie Sj^iie.
Sect. X€IV. Quant aux marques d^ la vraie EgUse, c'est*àire quant aux marques par lesquelles on peut discerner une Iglîsc orthodoxe et pure d'avec une église hérétique et imure, notre confession ne met en cet article autre marque que I Parole de Dieu purement annoncée, sous laqueUe Parole ous comprenons aussi la pure administration des sacrements; parce que leur droit usage est prescrit en la Parole e Dieu. En quoi nous parlons d'après Jésus-Christ, lequel, uz chap. VIII et X de saint Jean, oe baille autre marque our discerner ses brebis et ceux qui sont vraiment ses isciples, que d'ouïr sa voix et de persister en sa parole. Si vous persistez en ma Parole, vous serez vraiment mes isciples (Jean YIII, 31). « Les brebis oyent la voix du pasteur, elles le suivent, car elles connaissent sa voix; mais elle ne suivront point un étranger. » Et quand même la >«role do Dieu n'y serait point si expresse, si est-ce qu'il
310 nauGLien
faut être privé de sens commun, pour ne comprend que pour discerner une Eglise pure d'avec une Im B'y a autre moyen que de regarder si elle s'accor la règle de p<ireté , qui est la Parole de Dieu ; comi savoirs! une ligne est droite , on y applique la r droiture.
Néanmoins cela déplaisait au sieur Âmoux , par son jugement cette marque est obscure, et autant malaisée à reconnaître que l'Eglise, et que c'est ceh dont on est en dispute, à savoir à qui appartient la pi gion, et qui est possesseur de la Parole ; car il présup avec raison, que les marques, pour reconnaître une doivent être plus aisées à reconnaître que la chose q\ connaît par ces marques.
La question donc est, laquelle de ces deux choses * aisée à reconnaître, ou la vraie foi et la religion, vraie Eglise.
Outre les passages de l'Ecriture ci-dessus produi veulent que nous recoimaîssions par là les vraies bi les disciples dé Jésus-Cbrist, à savoir s'ils écoutent et gardent sa parole, la raison nous fournit une prêt monstrative fondée sur cette maxime, que les déGnii expositions des choses doivent être plus claireis et ( rement connues que les^ choses qu'on expose et délii la définition de la vraie Eglise est, que c'est l'assemli vrais fidèles. Devant donc que de pouvoir connaître est la vraie Eglise, il faut connaître qui sont les vrai les, et par conséquent quelle est la vraie foi. Ou si o nit l'Eglise, comme fait Dellar min, que l'Eglise est Ti bléo de ceux qui sont conjoints par la profession d< chrétienne, il faut nécessairement connaître quelle vraie fui chrétienne avant que de connaître la vraie ] puisque la vraie foi entre en la définition de l'Eglise même s'ensuit qu'il faut connaître Jésus-Christ , c'est sa nature et son office avant que de pouvoir coniia Traie Eglise, puisque la foi en Jésus-Christ est la déf de l'Eglise, liais voici un docteur jésuite qui veut connaisse la vraie Eglise avant que de connaîtra la àoctrlae, et par conséquent avant que de coooaltre .
DB LA roi. Ml
Christ. Qui est une belle conception , de s'imaginer qu'un bomme puisse connaître quelle est la vraie Eglise sans conoaitre Jésus-Cbrist ; et connatire qui sont les vrais fidèle »DS connaître la vraie fol.
Ajoutez à cela qu'il est nécessaire de connaître et avoir instruction en la Parole de Dieu devant que de pouvoir discerner la vraie Eglise , puisque nous ne savons pas seulement qu'il faut qu'il y ait une Eglise au monde que par la ' Parole de Dieu ; en laquelle Dieu, qui nous déclare que sa volonté est qu'il y ait une église, nous déclare aussi quelle il veut qu'elle soit, et nous donne des marques pour la connaître.
Nos adversaires mêmes disent cela sans y penser, toutes et quantes fois qu'ils allèguent l'Ecriture pour eux, et fondent l'autorité de leur Eglise sur des témoignages de la Parole de Dieu ; car par là ils présupposent que la connais- ~ sance du contenu en l'Ecriture est nécessaire devant qu'on puisse connaître qu'ils ont la vraie Eglise , puisqu'ils fondent leur Eglise sur l'iilcriture.
Joint qu'y ayant plusieurs églises contraires, mais n'y ayant -qu'une Parole de Dieu contenue dans les Ecritures, reconnue par toutes les églises du monde ; un infidèle qui se veut rendre chrétien, mais est en doute à quelle église il se doit ranger, ne peut se résoudre qu'en commençant par la connaissance de ce que toutes les églises chrétiennes reçoivent, qui est l'Ecriture-Sainte.
Et ne puis comprendre comment en le doute quelle église est la plus pure de toutes, il est possible de prendre une autre marque ou une autre adresse que la règle de pureté, qui est la Parole de Dieu.
Que s'il se trouve quelqu'un qui, avant que de rien connaître en la vraie religion, ait rencontré la vraie Eglise et se soit rangé au bon troupeau, je dis qu'un tel homme, pendant qu'il est tt*l, n'est pas vrai chrétien. 11 est comme un aveugle qui empoigne le premier qui lui tond la main. Un tel n'a point d'hérésies parce qu'il n'a point de connaissance, et par conséquent point de foi ni de piété. Il doit sa religion à sa naissance, ou à la coutume, ou au cours des aflEairea. S'il était né en un autre payftiOU ^te% ^^\\«Mi^
313 fiOUCLlEA
viles changeaient, il aurait une autre religion. Il suit 1 Eglise sans savoir si elle est vraie Eglise, et estchréti< connattre Christ.
Lisez toute l'histoire du Nouveau-Testament, etv trouverez jamais qu'aucun ait reconnu la vraie Egl vant que d'être instruit ou la doctrine ; mais au coi on voit que les ApiMres prêchaient J^sus-Christ et h trine de salut , et que les peuples, par la croyance i doclrine, se rangeaient à l'Eglise sans faire autre r che touchant les marques de l'Eglise.
Que si la malice des hommes a fait naître des difl sur la connaissance de la vraie doctrine, cela doit et puté non à l'obscurité ou incertitude de cette marque à la malice des hommes ; car toutes les difOcultés ne part, ce qui reste de clair en l'Ecriture-Sainte , et o besoin d'interprétation, est suffisant à salut. Et au b sont difficultés dont on peut sortir, et sur lesquelles demander à Dieu l'assistance qu'il a promise; mai« naître la vraie Eglise avant que de connaître la vrai trine, il y a non-seulement de la difficulté, mais ai l'impossibilité ; car comment connaîtrai-je si cette est vraie et pure en la foi, si je n'entends rien en la ] de la vraie foi, ni en la vraie doctrine?
Gela môme paraît par l'impossibilité et absurdité de ques que nos adversaires proposent pour reconna! vraie Eglise.
Het faussai marques pour eonnaStre l'Sglîseï et preimèi
du titre de eathoUc|ue.
Sect. XCY. Ils mettent pour première marque de Y qu'elle est CATHOLIQUE. Si par catholique ils entendent doxe et pure en la foi , selon que les anciens prennent so ce mot, lesquels , pour cette cause, parlent des Egli» tboliques au pluriel ; nous recevons volontiers cette mj car c'est cela même que nous disons ^ que la pureté d trine est la seule marque de la vraie Eglise.
Mais si par catholique ils entendent a universelle, » cette marque est ûtusse et contre le sens conimuoj
puisque la querelle est entre les églises 7)articulières, n'estce passe contredire à soi-même que de vouloir que des églises particulières celle-là soit la meilleure qui n'est point particulière, mais est universelle? Ainsi en la dispute entre réglise grecque et la romaine, comment pourrais-je reconnaître que l'Eglise romaine est universelle, puisque cela même qu'il y a une église grecque , est une preuve que TEglise romaine n'est point universelle ? Et de fait , Téglise grecque s'appelle aussi église catholique, et son patriarche s'est, par plus de neuf cents ans, appelé universel. Cette dispute entre des églises particulières, à qui d'elles appartient le titre d'Eglise universelle, n'a pas meilleure grâce que si l'Asie, l'Afrique et l'Europe, qui sont parties de la terre universelle, disputaient à qui d'entre elles appartient le titre de la terre universelle. Un temps a été que les églises de Syrie, d'Egypte, etc., étaient d'accord avec l'Eglise romaine; alors toutes ces églises s'appelaient catholiques, c'est-à-dire orthodoxes, et suivant la foi qui doit être universelle ; mais ni l'église de Syrie, ni l'église d'Egypte ne s'appelaient point romaine, mais toutes ensemble s'appelaient l'église universelle.
Que si l'Eglise romaine est cette Eglise universelle dont il est parlé au Symbole, il faudra dire que Abraham, Job, Moïse, la vierge Marie et tous les saints du paradis sont de l'Eglise romaine; car ils sont de TEglise universelle, et font partie de l'église catholique dont il est parlé au Symbole.
Xi'antûiuîté. «■ Heimème marque.
Sbct. XGVI. On baille aussi l'antiquité pour marque de la vraie Eglise. Si on entend que celle-là est la vraie Eglise dont la doctrine est la plus ancienne de toutes, et la doctrine conforme au siècle des Apôtres, nous recevons cette marque, et par là l'Egliseromaineperdra son procès, laquellea fait mille nouvelles additions, et en fait en chaque siècle, toutes tendant à l'accoroissement de l'empire papal ; car il a bien fallu un grand changement en la religion pour taire que l'éyéque d'une ville devint monarque terrien de toute la chrétienté, et surpassât en richesses les plus grands rois.
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Se trouvera-t-il, je ne dis pas que l'Eglise univertielle, qiraucuno église particulière des premiers siècles, ail du lé peuple de la communion du calice ? ou ait lirau pie l'Ecriture on l'église en langue non entendue? o défendu aux chrétiens délire la Sainte-Ecriture sans p lége spécial ? ou ait fait des peintures et représentatioi la Trinité ? on ait adoré les images? ou ait appelé la vi Marie Reine des cieux et Dame du monde? ou ait cru le pape peut déposer les empereurs et rois? ou ait cru le pape ait au trésor de l'église les satisfactions supéra dantes des saints, et puisse tirer des âmes de purgaU ou ait adoré l'bostie du culte de latrie? Où est la moi mention en toute Fantiquité des indulgences romaines pardons de huit cent mille ans , des grains bénits et r res?Où est la moindre mention de la cour romaine, e cardinaux , et des ordres des mendiants , et de prier sans s'entendre soi-même? et que tous les évoques doi prêter serment de fidélité au pape en leur réception que révéque dé Rome a certains cas réservés dont ni peut absoudre que lui, si ce n'est en l'article de la mori ces messieurs se taisent, et, par leur silence, accusent tiquité do n'avoir rien entendu en la religion.
Au reste, une doctrine ne peut être appelée ancienn< n'a point été dès le commencement. Comme le cuivr deviendra jamais or par la vieillesse, aussi le mensong< meurera toujours mensonge nonobstant l'ancienneté. Il point de prescription contre Dii'u ni contre sa ParoN les droits du roi ne se prescrivent point, combien moin droits du Roi des rois? Mais, comme les femmes imp ques, plus elles sont vieilles, plus elles sont effrontées, \ le mensonge devient plus pernicieux par le laps du tei parce qu'il est plus enraciné. Nous ne disputons point années, mais par raisons , et ce qu'on appelle aujourc ancien a été autrefois nouveau. Qu'on me dise combi< faut d'années pour autoriser une doctrine.
Je dis bien plus, c'est que la vieillesse d'une chaire
présumer qu*il y a à refaire, vu que dès le temps des i
très déjà se glissait la corruption, et que saint Paul dit
dès son temps se tramait le m^slète d'iniquité (2 Thess
DE LA FOT. 315
Que s'il est question do comparer l'antiquité de^«églises. il est certain que Téglise grecque, qui cst condan^née comme hérétique et scbismatique par TEglise romaine, est plus ancienne que la romaine. Les Apôtres ont prêché aux Grecs avant que de prêcher aux Latins; il y avait déjà plusieurs églises dressées entre les Grecs avant que l'Evangile passât en Italie. Les Apôtres ont écrit en grec et non en latin ; et même saint Paul a écrit aux Romains en grec; les termes d'église, de baptême, de prêtre, d'évêque, do diacre, de Bible, d'Evangile, d'eucharistie, sont mots grecH, qui témoignent que la religion chrétienne est passée des Grecs aux Latins, puisque les Latins en ont' emprunté leurs termes. Et l'église syrienne est encore plus ancienne que la grecque, et toutefois elle ne reconnaît point le pape ni l'Eglise romaine.
Suocetsîon des chaires. «■ Troisième marciue.
Sect. XCYII. Surtout on fait cas de la succession des chaires depuis les Apôtres par un fil continu. Cette marque a pu servir jadis dans les siècles proches des Apôtres, lorsque les chaires dressées par les Apôtres étaientid'accord entre elles, et lorsque la succession était courte, et la mémoire fratche de la créance tenue par les évêques depuis' les Apôtres. Mais maintenant cette marque est inutile à cause de la longueur de tant de siècles et de l'embarras et contradiction des histoires, surtout à cause que toutes les chaires qui tirent leur succession des Apôtres sont maintenant en discord et séparées de communion. Entre lesquelles la romaine, qui tâche de faire descendre la succession de saint Pierre, est condamnée par les autres chaires qui tirent aussi leur succession de saint Pierre, â savoir l'église d'Antioche, et par celle d'Alexandrie ; entre lesquelles l'Eglise romaine est la plus nouvelle, et la plus corrompue, et condamnée partoutes les autres, tellement que si on s'arrête à la succession des chaires, il sera malaisé de se ranger à l'Eglise romaine.
Que si la succession des chaires depuis les Apôtres est une marque par laquelle les ignorants doivent cou^allt^V^^T^^ Eglise, comment sera-t-ii possible que \e^ \«^^».'Ql% ^\^
artiRans et Ias femmes connaissent celte succession, laqi ne a'apprend que par la lecture des Pères grecs et la doSà la longueur et l'obscurité lassent les plus savants qui bien souvent se contredisent ?
Joint que la succession prétendue du pape est pieça al par les bérésies qui ont souillé ce siège, et par les scbls qui ont souvent rompu le fil de cette succession prêtent sans qu'il ait été renoué; comme nous avons prouvi livre de la Vocation des Pasteurs.
Ajoutez que la doctrine de TEgltse romaine étant contr à celle de saint Pierre, la succession de cbaire sans suc sion do doctrine est plutôt im renversement de cbaire qu' succession. Nous ne serons point jugés au dernier jour les cbaires, mais par les règles de la Parole de Dieu, chaires ne parlent point, mais les hommes, qui non-seï ment mentent dans les chaires, mais aussi se servent cbaires pour mentir, et veulent autoriser le mensonge la dignité des charges et de la succession. On fait unechi de fables qui ne peut lier les consciences. On baille une I de papes en peinture, sans moi^trer si les derniers ont même religion que les premiers. C'est une succession personnes, et une contrariété . çn la foi. a Ceux-là u » point la succession de saint Pierre, qui n'ont polo T» foi de Pierre, » ^ ce dit saint Ambroise au cbap. VI premier livre de la Pénitence.
Ihirée perpétuelle. «■ ^{uatrième marque.
Skct. XCf ni. On baille aussi pour marque de la vraie Eg la DURÉE perpétuelle. Si cette marqueest bonne, plusieun glises plantées par les Apôtres étaient fausses églises, pi qu'elles ont cessé; et il y a plusieurs églises que l'Eglise ron ne appelle hérétiques et schismatiques, qui ont duré dep les Apôtres et durent encore aujourd'hui. Mais parce < 'la durée finale d'une église ne se verra qu'à la fin du mon je suis d'avis que cette dispute soit différée jusqu'au dern jour, car telle église fleurit aujourd'hui, qui dans peu temps pourrait prendre fin.
Mnltîtade et grandeur, mm €Hnc|uièine marque.
Sect..XC(X. Nos adversaires mettent aussi la MULTiTuàfe et le grand nombre entre les marques pour discerner la vraie Egfise; cette marque nous fait apercevoir bien clairementque nos adversaires cherchent les marques d'une église particu- lière, carquantàrEglise universelle, ils confessent qu^elle est petite en nombre au prix des païens et infidèles. Mais y ayant plusieurs églises particulières contondantes, ils veulent quei la pliis grande soit la meilleure. Or, il n'y a point d'apparence de mettre pour marque de la vraie Eglise une chose en laquelle l'Eglise est surmontée par les mahométans et parles païens. Moins encore d'apparence que pour reconnaître la vraie. Eglise il faille avoir un cordeau pour en mesurer l'étendue, ou nombrer les personnes au lieu de proposer les règles. Â ce compte, de deux petites églises hérétiques la moindre sera toujours la pire; et quand les dix lignées qui faisaient les trois quarts en Israël se révoltèrent du temps de Roboam et devinrent idolâtres, il fallait les suivre. A ce compte, Jésus-Christ se sera abusé quand il a appelé son Eglise un petit troupeau (Luc XII, 32), et quand il veut qu*on prenne le chemin étroit où peu de gens passent, par« ce que le large où passe la multitude mène en perdition ( Matth. VII, 13 ); et lorsque les prélats et les docteurs et la foule étaient pour les pharisiens, il eût plutôt fallu suivre les pharisiens que Jésus-Christ. A été un temps que Téglise grecque, étant eh discord avec la romaine, était plus grande que la roiuaine, et avait de son côté la puissance de l'Empire. Le Saint-Esprit nous prédit un temps auquel toute la terro ira après la béte ( Apoc. XIII). Bref, ces gens prennent pour marque de la vraie Eglise la multitude, que l'Ecriture met du côté de la fausse, comme qui mettrait le fard et les poudres pour marque de chasteté, et être sans livres pour marque de savoir.
Au deuxième livre de l'Histoire de Théodoret, i'évéquo de Rome, Liberius dit à l'empereur Constantius qui lui reprochait qu'il était seul : « Combien que je sois seul, la » cause de la foi n'en est pas moins ferme, d Et Grégoire de Naiianze, en Foraisou contre \ca \5\fiï\&\ <i^v\v^^^^*!NEi:
» qui nous reprochent notre pauvreté? Qui définissent » TEglise parla multitude, et méprisent le petit troupeau? » Gomme ils ont le peuple, aussi avons-nous la foi. Ils ont » Ter et Targent, nous la foi et la doctrine. » Voilà justement quelle est notre condition,
Saint Augustin parle de même au livre De eatechUandù rudifm$, cbap. XIX : a Nous ne devons trouver étrange que )» beaucoup de personnes suivent le diable, mais peu de » personnes suivent le Seigneur ; car aussi la quantité du » froment est fort petite en comparaison de la paille, i» ^
liîraplo. MM Sîzîèine marque.
Sect. C. n est le même des miracles qu'on fait aussi être marque de la vraie Eglise, lesquels Jésus-Christ met dans les derniers temps pour marques de la fausse, disant queafaui » cbrists et faux prophètes s'élèveronhet feront signes et mi- » racles pour séduire » (Matth. XXIV, 23). EtsaiptPauldit )> que le fils de perdition viendra en toute puissance ffe signes » et de miracles de mensonge » (2 Thess. II). Plusieurs diront à Jésus-Christ au dernier jour : o N'avons-uous pas D jeté hors les diables en ton nom ? N'avons-nous pas lait n plusieurs vertus en ton nom? » Et lors le Seigneur leur déclarera : « Je ne vous connus jamais , départez-vous de » moi, vous ouvriers d'iniquité » (Mattb. VU, 22). Ainsi dès le temps de Tertullien les hérétiques se vantaient de faire le plus de miracles. Comme les miracles faits en la publication de la Loi servaient encore à autoriser la Loi lorsque les miracles ont cessé en Israël ; ainsi les miracles faits en la publication de TEvangile par Jésus-Christ et par les Apôtres servent encore à autoriser l'Evangile, encore que les miracles aient cessé. Quand le roi josias mit en venue le livre de la Loi qui avait été supprimé ( 2 Cbron. XXXIV), il ne lui fut point besoin d'avoir aucun miracle, parce qu'il n'apportait rien de nouveau. «La génération » méchante et adultéresse demande signes (Matth. XH, 39].
1 Multi diabolo consentiont et panci Dominum seqaimtor : quia et fhimeiitum in comparatione pôl^rum valde paudorem ludiet numwum.
C'est à l'Eglise romaine de faire des miracles, puisqu'elle propose nouvelles doctrines. Mais encore quels miracles rait-cllc, et quand? Ce sont miracles souvent condamnés d'imposture, et punis par la justice ; miracles réduits à chasser seulement les diables, où la fiction est fort aisée, et où Satan a beau jeu, sortant exprès pour autoriser le mensonge ; et encore cela ne se fait jamais devant nous, car en la présence d'un homme qui craint Dieu et qui croit en Jésus-Christ, Satan perd son escrime.
Unité. «■ Septième marque.
Sect. CI. Item on baille pour marque de la yraîe Eglise qu'elle est une. Qui est une plaisante marque et bien certaine ; car il n'y a chose au monde qui ne soit une, chaque cheval est un, et chaque arbre est un, et le soleil est un. Ainsi on nous baille pour marque de l'Eglise une chose qui convient aussi à un œuf ou à une laitue. Que si par ce mot UNE, ces^essieurs entendent unie et vivante en concorde avec toutes les églises du monde, l'Eglise romaine ne sera point la vraie Eglise, car elle est en contestation avec Ses voisines. Même il n'y aura plus de vraie Eglise au monde, parce qu'il est impossible de s'accorder avec toutes; et la religion chrétienne sera fausse parce qu'elle est divisée en sectes et hérésies. Ou si par ce mot une lis entendent unie en elle-même, et n'ayant aucun discord au dedans, cette union ne convient point A l'Eglise romaine, en laquelle H y a UB grand débat sur le principal point de la religion, à savoir quel est le chef et souverain de l'Eglise, ou le pape ou le concile. Car il ne peut y avoir de querelle en un état plus importante que la dispute à qui appartient la souveraineté. Item sur la question si le pape peut dépo-, ser et faire tuer les rois, il y a iine infinité de livres écrits de part et d'autre. Mémo à prendre chaque homme à part, à peine trouvercz-vous deux hommes qui s'accordent en tout; Tun se contente de prier Dieu sans invoquer les saints, l'autre ne croit point le purgatoire, l'autre se moque des indulgences, l'autre s'imagine une façon de participer au corps de Christ autre que la créance de son Eglise. Pourvu leolement qu'un homme aille à la measot et tcoax^ Iaiuu^
)a domination du pape, tout se tolère. Cependant le concile de Trente excommunie tous ceux qui improuvent un seul des points de la doctrine de l'Eglise romaine ; tcllemeDt qu'il ne se trouvera guère de personnes en l'Eglise romaine qui ne soient excommuniées par le jugement général de son Eglise. Quiconque voudra prendre la peine do lire la bullo de Cerna Domini que le pape prononce et fulmine publiquement tous les ans au jeudi devant Tâques, trouvera que nos rois et leurs cours de parlement, et la plupart des Français y sont excommuniés et noircis de la plus forte et plus solennelle excommunication qui se fasse en l'Eglise romaine. Et n'était les grands profits et richesses qui lient les parties dece corps comme gémeaux différents de têtes, mais attachés par le ventre, tôt on verrait ce grand corps de TEglise romaine dissipé.
Au contraire, il se trouvera plusieurs Eglises hérétiques dont le corps n'est que trop uni, et dont les parties vivent ensemble en concorde. Les Turcs mêmes, ennemis du nom chrétien, qui tiennent un très-grand empire, ne disputent jamais entre eux des points (de leur religion. ^
N'est à propos do nous dire que nous sommes en discord avec les luthériens et anabaptistes; car l'Eglise Romaine est aussi en discord avec eux ; ni de se servir contre nous des arguments dont les Juife et les Turcs se servent contre PEglise romaine avec pareille raison , lesquels objectent â l'Eglise romaine qu'elle n'est point d'accord avec tant d^églises chrétiennes. Le discord avec d'autres églises n'est pas preuve d'erreur, mais la contrariété avec la Piroie de Dieu. Mais où est la vérité, Satan tâche dejsusciter du trouble. Joint qu'il y a plusieurs églises qu'on estime discordantes d'avec nous, qui néanmoins s'accordeot avec nous, quant au fond, et quant à ce qui est essentiel à la piété et pour parvenir au salut.
Sainteté. «■ Hmtîèiiie marque.
Ou donne finalement pour marque de la vraie Eglise, la SAiifTETÉ. Si on entend la sainteté dans les mœurs, l'Eglise romaine ne s'attribue pas cette louange, et confesse voIoih tien i'énormlté do ses vices. Si on entend la sainteté en la
doctrine, nous recevons volontiers cette marque de l'Eglise; car cette sainteté n'est autre chose que la pureté en la doctrine.
Ce qui aussi doit être dit au titre d'Apostolique, car cellelà est l'Eglise apostolique qui suit la doctrine des Apôtres. Plusieurs églises fondées par les Apôtres, en gardant la chaire, ont perdu la doctrine.
Jhi oerde en dispute.
ARNOUX
Sect. cm. — En quoi ils tombentxlans le blâme du cercle tant blâmé en logique. Quelle est la vraie église? celle qui a la pure religion. Quelle est la pure religion? celle qui est en TEglise. Autant en sais-je que devant. Qui est Pierre, c'est Blittrv, Qui est Blittry ? c'est Pierre. Voyez le cercle dans lequel ils se tiennent en garde et à couvert contre ceux qui les blâment avec raison d'être sortis de TEglise par la porte des apparences de la pure Parole.
DU MOULIN
Arislote, au deuxième livre des Preuves analytiques, chapitre V, parle du syllogisme circulaire qui se fait quand, après avoir fait un syllogisme, on en fait un autre auquel la conclusion du premier syllogisme devient une des propositions, laquelle jointe avec l'autre proposition convertie, la conclusion qui s'en ensuit ii'est autre chose que la proposition du premier syllogisme, en la place de laquelle la conclusion a été mise. Dont appert que le sieur Arnoux n'eDtend pas ce que c'est qu'un cercle en logique; car tout cercle est composé ùe syllogisme, mais en ce cercle que lo sieur Jésuite nous baille il n'y a point de syllogisme : Qui est Pierre? c'est Bliltry ; qui est Bliltry? c'est Pierre; qui sont paroles de bonne grâce, et une conception digne de la cour, où les esprits se polissent. Ce docteur ne discerne pas quelle différence il y a entre uu syllogisme circulaire et une proposition convertible; encore, en nous baillant une proposition convertible, il la convertit fort mal. La proposition convertible qu'il propose est : « La vraie Eglise est » celle qui a la pure religion. » Voyons comiaetiL\.î\\^«xm«
vertu : « La. pure, religion est celle qui est en l'Eglise; » cela n'est pas convertir, mais pervertir. Pour la bien convertir il fallait dire : « La pure religit)n est celle qui a la 1» vraie Eglise.» Proposition qui serait absurde, dont appert que faussement il nous pose pour proposition convertible une qui ne se peut convertir sans la gâtet. Il 8*est donc tellement enfibarrassé dans ce cercle, que lui-même y est priSf comme celui qui a mal fait sa conjuration ; et sa conception de Pierre Blittry, et de Bliltry Pierre, n'a non plus de pointe que son cercle imaginaire.
Au reste, qu'il apprenne que les propriétés sensibles d'un sujet, et convertibles avec ce sujet, ne laissent d'être marques pour reconnattre le sujet; comme en ces propositions : Tout cbeval hennit, tout feu brûle, tout aimant attire le fer. Qu'il ne trouve donc pomt étrange si' la pure prédication de la Parole est marque de la vraie Eglise. De deux termes convertibles l'un, ordinairement, est plus connu que l'autre, et on se peut servir de l'un pour foire connaître l'autre.
l>e rSglîse et de ses marques.
ARNOUX
Sect. CIV. •— Texte coté en marge de la Confession. Ephes. II, 10 : € Etant édifiés sur le fondement des apôtres et des prophètes. Jésus-Christ lui même étant la maîtresse pierre du coin.» Etaa ch. IV, V. Il et H : « Lui-même donc a ordonné les uns pour être apôtres, et les autres prophètes, et les autres évangélistes, et autres pour être pasteurs et docteurs pour l'assemblage des saints» pour l'œuvre du ministère, pour l'édification du corps de Christ. > Et 1 Tim. ITT, 35 : « Dès ton enfance, tu as la connaissance des saintes lettres, lesquelles te peuvent rendre sage à salut par la foi qui est en Jésus-Christ. *
Par tous ces textes, on voit bien que l'Âpôtre va distinguant tout le corps et bâtiment de l'Eglise en ses membres et pièces, pour nous instruire de la diversité des grâces, subordination des char-, ges et du dessein que Dieu a eu en l'établissement^d'une si belle monarchie. Mais il ne fait aucune profession de donner pour marques de l'Eglise, ni la pureté de la Parole, ni la pureté delare- Jigion, TU que de telles choses doivent être plutôt connues par •!'£- ^i«e qai nous la fait connaUre.
t)É LA Pût. 393
DU MOULIN
De ces- trois passages le premier est fort propre à prouver ce qui est en notre confession , à savoir , que la vraie Eglise est celle qui s'accorde à suivre la Parole de Dieu; car quiconque se fondera sur les Prophètes et Apôtres, se conformera par nécessité à leur parole, et suivra leurs enseignements. Et uotez que là saint Paul parle du corps do TEglise qu'il compare à un éditice. « En quoi (dit-il) tout » l'édifice rapporté et ajusté ensemble croît pour être un » temple saint au Seigneur. » Si donc , l'Eglise est fondée sur la doctrine des Apôtres, il faut que la doctrine des Apôtres aille la première, et que, comme la vraie Eglise est fondée sur la doctrine des Apôtres, aussi la connaissance de la vraie Eglise soit fondée sur la connaissance de la doctrine des Apôtres.
Le deuxième passage aussi est propre à ce même propos, car Dieu n'a donné les prophètes , les apôtres et évangé* listes à autre fin qu'afîn que nous suivions leur parole, et cette sujétion des fidèles consentants à obéir à leur parole, est ce qui fait Tassemblage des saints et l'édification du corps de Christ, lequel est l'Eglise.
Le troisième passage est excellent pour prouver que la connaissance des saintes lettres rend les fidèles, et par conséquent la vraie Eglise, sages à salut. Or, l'Eglise né peut être rendue sage à salut par la Parole de Dieu, contenue dans les Saintes-Ecritures, sans suivre cette Parole et se conformer à elle.
Quant à ce^ue le sieur Arnoux, au lieu de reconnattre la pure Parole pour niarque qui donne à connaître l'Eglise, veut que ce soit l'Eglise qui donne à connaître la pore doctrine , il montre par là qu'il ne conâprend pas Tétai de la question, ni le point du différend; car la difficulté est comment, entre plusieurs églises contraires en créance, jo pourrai connaître la meilleure, et celle qui pro|M)se la vraie doctrine. Là, pas une de ces églises ne peut être juge, puisqu'elle est partie, et faut nécessairement entre ces parties contendantes avoir une règle commune, qui serve à discerner l'Eglise pure d'avec ilnvpure. Or, il q'^ a. ^i^
324 BOUCLIEE
la Parole de Dieu qui soit règle de pureté. J'accorde que la vraie Eglise et orthodoxe enseigne la pure doctrine, mais on est en différend , qui est la vraie Eglise et orthodoxe, sur quoi nous voulons que Dieu soit juge par sa Parole. Mais l'Eglise ronnaine veut être juge en cette cause, et jreut être juge et partie, et aûn de n'être contredite par la Parole de Dieu, cache cette Parole au peuple, et lui défend la lecture de TEcriture-Sainte, et même se dit juge infaillible de l'Ecriture, et du sens et autorité de l'Ecriture. Bien est vrai que l'Eglise orthodoxe enseigne la Parole de Dieu, non comme juge, mais comme témoin et dépositaire de la vérité. Mais la Parole de Dieu fait connaître la vraie Eglise avec autorité de juge infaillible, ordonnant quelle doit être la vraie Eglise.
Ce qui est si véritable que nous ne saurions pas même que Dieu veut qu'il y ait une Eglise au monde si l'Ecriture- S^ainte ne l'enseignait ; laquelle , déclarant qu'il faut qu'il y ait une Eglisci déclare aussi par quelles marques elle sera reconnue , à savoir si elle écoute la voix du l>on Pasteur, et ne suit point l'étfangcr (Jean X), et si elle persiste eo sa Parole (Jean VIII).
N'y ayant qu'une Ecriture-Sainte, elle nous fera aisément reconnaître l'Eglise pure ; mais y ayant plusieur? églises contraires, à laquelle s'en faudra-t-ii donc rapporter touchant la pure doctrine? et comment persuadera-t-elle qu'elle enseigne conformément à l'Ecriture-Sainte à un homme qui, pour obéir à TEglise romaine, n'a osé regarder en l'Ecriture-Sainte?
Que si la vraie Eglise témoigne que celle-là est la Sainte- Ecriture, elle le fait parce qu'elle est obligée de parler ainsi ; mais Dieu n'est point obligé de parler à nous en sa Parole, à laquelle il faut que l'Eglise obéisse. Or, comment pourraije savoir si elle obéit à cette Parole , si avant que de croire à cette Eglise je ne connais point quelle est cette Parole, ni ce qu'elle commande?
Celui qui n'a autre preuve que c'est là la Parole de Dieti. sinon parce que l'Eglise le lui a dit, n'en a qu'une bieD-légère impression et une conjecture sans science, jusque» à ce qu'il ait lui-même goûté et compris la doctrine de saint, M
DÉ LA FOÎ. 325
que Diea par là lui ait imprimé au cœur la foi et la repen:* tance.
Mais Yoyons quelles sont les marques par lesquelles le sieur Arnoux veut que l'Eglise universelle soit reconnue.
Manfoet par ItMqBuXie» le neur Amoiiz vent que la vraia
Xglise soit reconnue.
ARNOUX
Sect. CV. — Teœtes contraires. Il faut qu'ils se rendent euxmêmes aux symboles par eux reçus en leur confession de foi, article 5, où sont assignées les marques de l'Eglise : l'unité, la sainteté, l'universalité, la succession aux Apôtres^ etc., toutes tirées de l'Ecriture-Sainte (Eph. IV, 5). Une {1 Cor. VI, 11). Sainte (Marc XVI, 15). Catholique (Ps. X, 18). Apostolique (Osée II, 19). Epouse de Jésus-Christ (Matth. XVI, 18). Maison de Dieu (Ps. XVIII, 6). Visible (1 Tim. III, 15). Colonne et appui dextérité (Cant. IV, 6, 8 et 9) : toutes ensemble. Bien aveugle est qui ne U voit.
C'est un grand abus de penser que tout ce que TEcritare ou les symboles disent de TEglise soit une marque pour connaître TEglise visible. Saint Paul (Ephés. Y, 15) dit que « Christ a aimé l'Eglise , y> et au Cantique elle est souvent appelée la bien-aimée. Et au douzième livré aux Hébreux, l'Eglise est appelée a T Assemblée des premiers-nés qui sont » écrits dans les cieux. » Le sieur Arnoux- voudrait-il qud Tamour que Christ porte à son Eglise, ou qu'être écrit au ciel, soient marques pour discerner l'Eglise visible? Il est vrai qu'il n'y a qu'une Eglise universelle ; mais de cela s'ensuit-il que ce mot cnb soit une marque pour discerner la vraie Eglise d*avec la fausse? vu qu'aussi chaque fausse église est une. Joint que le sieur Arnoux cherche les marques de l'Eglise universelle visible ; or, cette Eglise universelle contient aussi les fausses. Nous avons aussi montré que l'unité, l'universalité, la sainteté, la succession des Apôtres ne convient point à l'Eglise romaine. Les églises greecpies et syriennes se vantent d'avoir ces loat^^ ^ ^^
326 BÔUCLlRll
façoD que le discord demeure toujours jusqucs à ce qu'on soit venu à la Parole de Dieu, qui vide le procès et fait reconnaître la vérité. C'est pourquoi TEglise romaine en empêche la lecture et ravale son autorité.
Voyons aussi quels passages le sieur Arnoux nous cote. Il dit que l'Eglise est appelée une au chap. IV aux Ephés., vers 5. Voici le verset : « 11 y a un Seigneur, une foî, un » baptême. » De FEglise il n'en est point parlé. Ainsi voilà déjà une fausseté.
II dit que l'Eglise est appelée sainte en la première Epttre aux Gorinth., chap. VI, vers. 11. Et cela est encore faux. Voici le passage : « Et cela étiez- vous quelques-uns, mais » vous en avez été lavés , mais vous en avez été sanctifiés, » mais vous en avez été justifiés au nom du Seigneur Jé- » sus et par FEsprit de notre Dieu. » I)'Eglise, il n'en est point parlé. Car aussi en l'Eglise universelle visible tous ne sont pas sanctifiés; il y a ordinairement plus de mauvais que de bons. Voilà donc une deuxième fausseté.
11 dit encore que l'Eglise est appelée catholique au chap. XVI de saint Marc, vers. 15. Et cela est encore faux. Voici le passage : « Allez par tout le monde, et prêchez l'Evangile » à toute créature. » D'Eglise ni de catholicité il p'eo est point parlé. Peut-être qu'il a pensé que ces mots a tout le » monde et toute créature» signifiassent l'Eglise catholique. Cela est faux; car par ces mots sont aussi entendus les païens et les peuples infidèles, auxquels les Apôtres ont prêché, et desquels la plupart n'ont point cru à leur prédication. C'est là donc la troisième fausseté.
Il ajoute que l'Eglise est appelée apostolique au Ps. X, vers. 18. Et cela est encore faux. Voici le passage : « Pour » foire droit à l'orphelin et à celui qui est foulé, afin que » l'homme mortel qui est de terre ne poursuive plus à don- » ner effroi. » La lanterne de Judas, qu'on garde â SaiIl^ Denis, eût été aussi à propos. Et ne faut point s'imagiiier qu'il y ait quelque faute au chiffre; car en tous les Psaumes il n'est point parlé d'Eglise apostolique. Voici doac la quatrième fousseté.
Il dit encore que l'Eglise est appelée Epouse de Jésus- Christ AU chap. II d'Osée, vers. 19. A quel propos cela où il
s'agit des marques de l'Eglise visible? La proximité et conjonction de l'Eglise avec Jésus-Christ, est-ce une marque de l'Eglise visible ? est-ce une marque qui se discerne à la vue ? Joint que ce titre honorable convient principalement à l'Eglise des élus, que Jésus-Christ s'est adjointe pour la rendre une Eglise glorieuse et sans tache (Ephés. Y, 27).
Il ajoute qu'au chap. XYl de saint llatth., vers. 18, l'Eglise est appelée «maison de Dieu.» Encore que ce mot do maison de Dieu ne se trouve point en ce passage, toutefois posons le cas qu'il soit fidèlement allégué; car, être la maison de Dieu, est<^ une marque de TEglise visible? ceux qui sont hors l'Eglise voient-ils que Dieu y habite? Joint qu'il n'y a fausse église qui ne prétende être la maison de Dieu.
Il poursuit et dit que TEglise est appelée visible au Ps. X¥IU, ^ vers. 5. Cela est très-laux. 11 y a, selon la vérité hébraïque ; « L'alignement [des deux] est issu par toute la » terre, et leur propos jusqu'au bout de la terre habitable. » 11 a posé en eux un pavillon pour le soleil; » duquel soleil il décrit ensuite la beauté, la vitesse et la chaleur. D'Eglise visible il n'en parle point. La version vulgaire traduit : In sole poiuil tabemaculum iuutn^ « Il a mis son tabernacle au » soleil ; » laquelle corruption étant reçue, si est-ce que là il n'estpoint parlé d'Eglise visible. Sanctes Pagninus, moine jacobin lucois , a traduit ce passage comme nous , et Arias Montanus, docteur espagnol, de mémo. Sixtus Senensis, bibliothécaire du pape, au troisième livre de sa Bibliothèque, réjette cette exposition , et dit que « le vrai et propre » sens de ces mots, est que Dieu a mis au ciel un tabernacle » pour le solejl. » * Ainsi voilà une cinquième fausseté , et icelle jointe avec une ineptie. Car quelle apparence de mettre la visibilité entre les marques qui discernent la vraie Eglise d'avec la fausse, vu que la fausse se voit aussi, et qu'être visible convient aussi à un arbre et à un cheval ? Les marques parlesquelfes on discerne une chose d'avec l'autre, lui doivent être particulières. Et puis, que fait cela
i C'est le Psaume XIX en Hébreu.
•. Editionis Venetae, pag. 220. — Geauious et propnas ejoB littçra sensiis est : peum posulsse soli tabemaculma in cœîo.
3â8 tlOUCUER '
contre nous, qui reconnaissons que TEglise est visible?
Il dit encore que TEglise est appelée la colonne et appui de vérité (1 Tim. III, 15). Ce qui est vrai , car c'est à TEglise de défendre et appuyer la vérité contre l'ecreiir. Mais que fait cela à propos, quand il s'agit des uMirquesde l'Eglise visible? Le devoir de l'Eglise est-il une marque de4*Eglise ? Combien serais-je absurde si je disais qu'une des marques, pour discerner un bon roi d'avec un mauvais, est qu'un bon roi doit être juste et clément? car c'est là le devoir de tous rois tant bons que mauvais.
Finalement il dit qu'au chap.IV du Cantique, vers. 6, 8, 9, ces marques se trouvent toutes ensemble. Le lecteur ira voir les lieux, et n'y trouvera ni trace ni apparence d'aucune de ces marques. C'est donc ici la sixième fausseté. Où est la conscience? N'est-ce pas là abuser le peuple? Est-ce ainsi que ce docteur combat les passages cotés dans les marges de notre confession, en entassant tant de faussetés en peu de lignes? Mais mensonge ne se peut défendre que par mensonge, et par corruption de l'Ecriture-^înte.
ARTICLE XXVUI
DB UL oonnssion db roi.
SUR LEQUEL LS SIEUB ARNOUX TRAITE ENCORE DB LA PERFiSTUfTÉ DB L*È6LISE ET DE SES MARQUES ET DE LA PRIMAUTé DB SAINT PIBRRB.
Sous cette créance nous protestons que là où la Parole de Dieu n'est reçue, et qu'on ne fait nulle profession de s'assujettir à icelle, et où il n'y a nul usage ides sa-' crementSy à parler proprement, on ne peut juger qu'il y ait aucune Eglise. Pourtant nous condamnons les assemblées de la papauté, vu que la pure vérité de Dieu en est bannie, esquelles les sacrements sont corrompus, abâtardis, falsifiés ou anéantis du tout, et esquelles toutes superstitions et idolâtries ont la vogue. Nous tenons donc que tous ceux qui &e taettent en tels actes.
et y communiquent , se séparent et retranchent du corps de Jésus-Christ. Toutefois, parce qu'il reste encore quelque petite trace d'Eglise en la papauté , et même que la substance du baptême y est demeurée, joint que l'efficace du baptême dépend de celui qui l'administre, nous confessons ceux qui y sont baptisés n'avoir besoin d'un second baplême. Cependant à cause des corruptions qui y sont, on n'y peut présenter des enfants sans les polluer.
ARNOUX
Sect. CVI. — Si tout cela est, le Fils de Dieu n'est pas encore venu au monde, puisque l'une des principales marques de sa venue est l'extermination des idoles. Or, si à leur compte l'Eglise romaine est i4olAtre, jamais l'idolâtrie .ne fut en tel crédit et n'eut tant d'étendue qu'elle a et qu'elle a eu dès le cinq ou sixième siècles d'où ils prennent les commencements de la débauche de l'Eglise.
DU MOULIN
Je pourrais par même raison prouver qu'il n'y a plus de vices Di d'erreurs au monde , parce que Jésus-Christ est venu au monde pour les exterminer. Le sieur Arnoux est mal versé en l'histoire, s'il croit que Jésus^Christ ait entièrement exterminé les idoles par sa venue. Depuis Jésu§- Ghrist jusques à ce temps il y a toujours eu infinis peuples idolâtres, comme Chinois,. Indiens, etc. Même le sénat romain était païen et idolâtre quatre cents ans après Jésus- Christ, comme on voit par les Epltres de Symmache. Lisez le chap. IX de l'Apocalypse, vers. 20, et vous verrez que l'Esprit de Dieu prédit que les hommes ne se repentiront point du service des idoles; cette prophétie n'est pas contre nous, qui n'adorons ni idoles, ni images, ni reliques, ni sacrement, mais adorons Dieu seul. Père, Fils et Saint-Esprit ; et élevons nos cœurs et notre adoration en haut où* est Jésus-Christ assis à la droite de Dieu ; et ne retranchons point de la loi de Dieu le second commandement, auquel le service des images est défendu.
L'adversaire n'a pas meilleure grâce de (nrésonder que TEglise romaine n'est idolâtre, parce qu'elle est de grande étendue. Les peuples païens, manifestement idolâtres, sont de bien plus grande étendue. L'Eglise est un petit troupeau (Luc X, 32). La porte est étroite qui mène à la vie, et peu y en a qui la trouvent (Matth. YII, 14). Toute la terre va afpré^ la bête (Apoc. XUI, 4).
ARNOUX
Sect. CVIL — De texte coté ils n'en ont point. Cette période d'outrages contre l'épouse de l'agneau de Dieu n a nulle preuve en l'Ecriture,
BU MOULIN
Notre confession dit que des assemblées de la papauté la pure Parole est bannie. Pour prouver cela, il n'était possible d'alléguer aucun passage ; car l'Ecriture né parle point nommément du pape ni de la papauté. Elle ne contient pas rhistoire des corruptions advenues depuis les Apôtres, mais seulement les règles pour éviter ces corruptions. Joint que chaque abu^ de la papauté , par lequel la pure Pai:ole de Dieu est corrompue, est convaincu par les passages cotés sur chaque article de notre confession ; et n'était besoin ni possible de mettre à la marge de cet article 28 tous les passages cotés sur les autres articles.
Quant au titre « d'Epouse de l'Agneau, )> que le sieor Ârnoux donne à TEglise romaine , cela s'accorde mal avec ce que dit Bellarmin au livre premier du Pontife, cbap. IX, où il dit que le pape est l'époux et chef de l'Eglise , ChrUto me/mo, mémo Jésus-Christ étant exclus ou mis à part. ^ Ce titre excellent convient proprement à l'Ëglise des.élus, et ainsi est pris ce mot au chap. XXI de l'Apoc, vers. 9. Que si par quelque analogie ce titre est communiqué à l'Eglise visible, ce n'est point à une église particulière de se l'attribuer pHvativement i toutes autres, moins encore à l'Eglise
1 § Ac ne forte. — Profect6,si Ecclesia quae est in terris Christo cluse noo inepte comparatur sponsae» secluso etiam C3uristo anum eaput liahere débet.
romaine, dont le cbe^ auchap. XVK do l'Apocalypse ^ est dépeint par une femme vêtue d'écarlate, qui est assise en la ville quia sept montagnes, qui enivre les rois; duquel est prédit qu*il s'appellera Dieu , qu'il fera signes et miracles (2Tbess. II). Et sa doctrine remarquée, à savoir la défense des viandes et du mariage (1 Tim. IV, 3). Qu'on fouille toutes les histoires , qu'on coure toute la terre pour voir s'il so trouvera quelque autre que le pontife romain à qui ces marques conviennent.
Sect. CVIII. — Les prophètes, au contraire, promettent partout à l'Eglise, qui a été pure d'erreur aux premiers siècles, la perpétuité en son intégrité.
DU MOULIN
Cela n'est point. Les prophètes ne disent rien de tel : il fallait alléguer les passages ; car les prophètes savaient bien que l'église d'Israël, pure on ses commencements, était devenue idolâtre en Egypte (Ezéch. XX, 7, 8). Ils savaient bien que le peuple d'Israël avait adoré le veau d'or ; Âaron même, souverain sacrificateur, participa au même péché, lis savaient bien que,'du temps des juges, plusieurs fois le peuple d'Israël s'est détourné du service do Dieu à idolâtrie. Ils savaient bien que du temps d'Achaz et de Manassé, l'idolâtrie était mise par toutes les villes, et que même Urie, le souverain sacrificateur, dressa un autel dans le temple à la païenne (2 HoisXYI). L'église de Jérusalem et Téglise d'Antioche étaient pures en leur commencement, et fondées l'une par Jésus-Christ , l'autre par saint Pierre ; et* néanmoins l'Eglise romaine tient qu'elles se sont corrompues. Pourquoi le même ne pourra-t-il advenir à FEgllse romaine, laquelle n'est qu'une église particulière qui gourmande les autres? et laquelle n*a point de promesses particulières de n'errer jamais, mais des menaces d'être retranchée si «elle ne persévère en la bénignité du Seigneur» (Rom II, 22).
ARNOUX
Sect. CIX. — C'est donc avec -les yeux de leur affection que les ministres voient l'Eglise catholique, non par ceux de la foi ancienne qui nous la fait connaître par ses signes infaillibles, par l'antiquiti^ contre Ja nouveauté, par la succession contre l'interruption, par l'universalité contre la paucité, par l'uniformité contre la division, et par l'éminence de doctrine contre le libertinage et l'impiété.
Tout cela a été examiné ci-dessus en la section XCV et suivantes, où nous avons montré que pas une de ces marques ne convient à l'Eglise romaine.
Ihi libertinage et vie profane.
Sect. CX. Quant au libertinage et impiété que le sieur Arnoux reproche aux églises séparées de TEglise romaine, il parle contre sa conscience ; car il sait bien qu'en ce point TEglise romaine emporte le prix de vie profane et Impie sur toutes les églises du monde. Je ne parle point des particulières, entre lesquelles je ne doute point qu'il n'y en ait plusieurs qui vivent avec une honnêteté civile, et qui pensent en leur religion faire service à Dieu ; je parle seulement des règlements publics ; car en toîites les autres églises les vices sont maladies , mais en TEglise romaine les vices sont vertus, et sont devenues lois. Il n'y a que l'Eglise romaine qui enseigne le parjure, et qui, par règlement de concile, ait déclaré qu'on n'est point obligé de garder la foi aux hérétiques, et qui enseigne que le souverain pontife peut dispenser des serments faits à Dieu. Lisez là-dessua la dix-neuvième session du concile de Constance , où les Pères du concile déclarent à l'empereur Sigismond qu'il pouvait procéder au supp'ice de JeanHuss et de Jérôme de Prague, nonobstant le sauf-conduit donné par ledit empereur, et contre le serment de les renvoyer sans leur faire aucun mal. Voyez aussi la Décrétale d'Innocent III, au second livre des Décrétâtes, titre 24, au chapitre Sicul nostris, dont rios*
cription est telle : Juramentum contra utililaiem ecdenasli" cam comprœslUum non tenet, «Le jugement fait contre le » profit de TEglise ne tient point. » Or, par le profit de TEglise, il entend les droits et profits d'un évoque. Nous ver-* rons ci-après, et en avons senti les effets de notre temps, comment le pape s'attribue la puissance de dispenser les hommes de garder la foi jurée, et do délier les sujets et officiers du roi du serment de fidélité prêté à leur roi. '
Il n'y a que l'Eglise romaine qui, par règlement public, ait établi les bordeaux, et où la paillardise soit permise de droit.
Il n'y a que l'Eglise romaine qui donne la rémission des péchés à condition de mal faire , et qui fasse la grâce de Dieu être salaire de déloyauté et de méchanceté. Ainsi, durant les dernières guerres de la Ligue, le pape a donné neuf ans de pardon à tout Français qui se révolterait de l'obéissance du roi. Tels pardons étaient affichés aux portes des églises et plaqués aux carrefours.
H n'y a que l'Eglise romaine qui fasse Dieu exemple dlnjustice et de vindication frauduleuse, en ce qu'elle enseigne que Dieu pardonne la coulpe, mais non la peine, nous quittant la dette, mais non le paiement de la dette. Car celui qui, après une injure reçue, aura pardonné à quelqu'un, pourra, après le pardon, se venger en disant qu'il lui avait pardonné son offense, mais non la peine de l'offense ; car pourquoi vout-on qu'il soit plus juste ou plus miséricordieux que Dieu? Nous sommes assez enclins à mal sans nous y inciter par l'exemple de Dieu.
Il n'y a que l'Eglise romaine qui Iftcbe la bride â la cruauté, enseignant que celui n'est pas meurtrier, qui, par zèle de notre mère sainte Eglise , tue un excommunié , qui est la doctrine du pape Urbain, au canon Exeommunicaio' rum, causa 23, qucutio 5.
Il n'y a que l'Eglise romaine qui dispense les si^eta d'être fidèles à leur roi, et qui les incite à rébellion, quand il a plu au pape prononcer sentence de déposition contre un roi ; dont il y a canon et r^lement au concile de Latran du pape Iruiocent III, can. 3; et le concile de Constance l'a pratiqué * contre Frédéric, duc d'Autriche, en la vingtième session.
Il n'y a que TEglise romaine qui dispense les enranU de l'obéissance et sujétion de leurs pères et mères, commandée en la loi de Dieu, quand, contre la volonté de leurs pères et mères , ils se sont sauvés en un monastère , comme en un asile de rébellion. Voyez le chap. XXX des Nombres, y. 4, 5 et G, où les vœux d'une flUe, faits contre la volonté de son père, sont déclarés nuls, et non obligatoires.
Il n'y a que TËglise romaine où on souffre des docteurs qui soutiennent de boucbe et par écrit qu'il est loisible d'user d'équivocation eu justice, et que les confessions d'entreprises contre la vie des rois et princes ne doivent être révélées,^ et qu'il est permis à un fils de faire mourir son père s'il est hérétique.
11 n'y a que l'Eglise romaine où les choses sacrées se vendent; où on vende les prières pour les morts, et où on exerce un traflc de bénéfices et cbaYges ecclésiastiques.
il n'y a que l'Eglise romaine qui souffre qu'un homme se disant chef de l'Eglise mette la croix de Jésus-Christ à sa pantoufQe, et FEcriture-sainte à ses pieds à l'entrée des conciles, dont la pratique se voit en la première session du dernier concile de Latran.
Il n'y a que l'Eglise romaine qui , permetfaàt la lecture des fables, défende la lecture de la Parole de Dieu.
Que si je voulais étaler ce qui se fait à Rome , d'où nous viennent ces règles, et comment les vices contre nature y sont devenus naturels ; et comment on y brûle ceux qui ne croient autre chef de l'Eglise universelle que Jâsus-Christ, ni autre purgatoire que son sang , ni autre sacrifice propitiatoire que sa mort> et où cependant on laiâse vivre en paix les Juifs, qui affirment que Jésus-Christ est un pîpeur; et qui achètent par argent la liberté de blasphémer» * il serait aisé de faire des longues amplifications et véritables,
f Tokiutt l(b. 5, de tnstrwst, Saeerd., cap, 1.— In dnobns œibos filins débet accasare patrem, in crimine fsesœ majestatis, et in Crimine haeresis. — Soarez, en son Uvre contre le roi de la Grande- Bretagne, liv. YI, chap. 4, dit que le iégitiine sncoesseur 4*ûù, rai déposé par te pape doit tner ce roi.
*' Oficiales ad pedes sanctissimi Domini nostri tactis saorosanctis ^cripOiris prsestiterunt corporale juramentum.
et ne dirions rien qa'après les papes mêmes, et écrivains de l'Eglise romaine, qui font pareilles plaintes.
Voire je dis que les vices des autres Eglises sont plus tolérables que les vertus de TEglise romaine, puisque les vertus y ont dégénéré en mines, et la piété en une dévotion scrupuleuse; puis aussi qu'on y présume faire des œuvres plus parfaites et en plus grand nombre que Dieu n'a commandé , tellement que Dieu doit aux hommes du retour ; car Dieu supporte plus aisément des péchés avec repentance que des justices avec orgueil et présomption.
Puis aussi qu'au lieu de former les personnes à une obéissance volontaire, et à un amour filial par la reconnaissance de Tamour que^ieu nous a porté; elle incite les hommes A bonnes œuvres par là crainte d'un feu préparé aux enfants de Dieu, plantaiit dans les esprits une piété tremblante , et une crainte sérvite au lieu d'un amour fllidl; bref, une re« pentance dont il faut se repentir.
lie la priftiaiité de samt Vierre.
ABNOUX.
Sect. CXI. — Texte contraire. — Et je te iis que tu es Pierre , et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes d'enfer ne prévaudront contre elle.
Par ce texte, premièrement , le Fils de Dieu assigne quelque récompense à la belle et généreuse confession de cet Apôtre qui le premier entre tous Ta reconnu Fils naturel de Dieu.
DU MOULIN
D'autres devant saint Pierre ont fait cette confession,' comme Nathanaêl, au chaîp. I^' de saint Jean, vers. 49 : a Tu D e^ le Ftïs dé Dled ; Tti es le roi df Israël. j> Et ioni lèfir Apôtres savaient que Jêscs-Christ était le Fils de Dieu , ayaèt ouï là voix de Dieu, parlant dn ciel : « Céloi-ci est mon Fils 1»^ bieii-aîfhé; écoutez-^é. » Gè n'a point été ^àt 6oti bbn sens nàltirél qné saint Pierre a tecotfhuf JÊsud être le Fils de Dieu, mais par la révélation de Dieu , comme iésâ8-€hrist lui dit au même Heu : <x La chair et le sang ùe te Ta p<rint ré- » vêlé, mais nK>n Père, qui est (fa;» les eieiit. »
Cette promesse donc que le Seigneur lui fait en o est une augmentation de grâces , non une récompen mérites.
ARNOUX
Sect. CXII. — Secondement, celte récompense n*est doi autre qu'à lui» auquel seul il s'adresse avec toutes les circo: ces qui peuvent rendre un discours individu.
DU MOULIN
Je réponds avec saint Augustin , au chap. CXYIII , 1 sur saint Jean, que «saint Pierre a dit cela pour tous » reçu cela pour tous , comme représentant Tunité < )) personne;» et avec saint Ambroise sur le Ps. XXX a Quod Pelro dicUur^ ÀposloUt dicilur^ Ce qui est » Pierre est dit aux Apôtres » Et de fait, nos adven confessent que les clefs du royaume des cieux ont ét^ nées à tous les apôtres. Dont s'ensuit que Jésus-Christ mettant en ce passage de donner les clefs à saint Pierr promettait aussi aux Apôtres ; car il ne leur a point pai clefs qu'en ce passage seul.
"ARNOUX
^ Sbot. CXIIT. — Troisièmement, la récompenae qu'il lui a est une dignité de* prééminence, puisqu'il le déclare la pierr damentale de laquelle dépend toute la maisou.
DUMOULIN
En ce passage, Jésus-Christ no donne aucune puissi saint Pierre, mais seulement la lui promet. Et ce qu promet ici, il le lui donne et confère actuellement au XX de saint Jean, vers. 21 et 23, où Jésus-Christ parle à tous les Apôtres : « A quiconque vous pardonnen » péchés, ils seront pardonnes, et à quiconque vous 1 )» tiendrez, ils seront retenus. » Ainsi en la collation a( de la puissance qu'il avait promise, il bit les A;
égaux. Comme aussi du chap. XYIIl de saint Mait., vers. 18, il parle ainsi à tous ses Apôtres : a En vérité, je vous dis » que quoi que vous aurez lié sur la terre sera lié au ciel, )> et quoi que vous aurez délié sur la terre sera délié au » ciel. »
Est à noter que depuis cette promesse faite à saint Pierre les Apôtres ont contesté entre eux sur la supériorité; ce qu'ils n'eussent fait s'ils eussent entendu que par ces paroles le Seigneur eût promis la supériorité à Pierre, et ne se fussent opposés au commandement du Seigneur. Mais le sieur Arnoux pense mieux entendre les paroles de Jésus- Christ, que tous les Apôtres.
Aussi est-il faux que Jésus-Christ ait déclaré samt Pierre être la pierre fondamentale de TËglise. 11 ne dit pas « Super » te Petrum,!» mais a Super hanc Petram » Il ne dit pas « Sur » toi, Pierre, d mais «Sur cette pierre. » Ce qui est principalement clair au grec, où il y a iitï rotûrv) rf} nirp^ et non éjri roùra^ ru Tcirpai Car icirpoç en grec, signifîe aussi a une pierre ; » et ainsi l'allusion eût eu honne grâce. Mais le Saint-flsprit , conduisant la plume de saint Ifatthieui^ a mieux aimé perdre la grâce de cette, allusion que de nous laisser chopper à cette amhiguité.
Et certes TEglise de Dieu n'est point fondée sur un homme mortel. Elle était devant saint Pierre, et à la venue de saint Pierre elle n'a point changé de fondement ; et saint Pierre) mort, il eût fallu que le fondement de l'Eglise fût changé et beaucoup empifé. Nous ne sommes point fondés sur un autre fondement que saint Pierre était fondé ; or, il n'était point fondé sur soi-même. Et comme ainsi soit que l'Eglise dont est parlé en ce passage soit l'Eglise des élus; si saint Pierre était le fonc^ment des élus, il serait aussi le fondement de l'élection. Or qu'il est ici parlé de l'Eglise des éius, appert j)ar ce que Jésus-Christ dit que les portes d'enfer, c'est-à-dire la puissance du diable, n'auront point de puissance, contre elle, et par conséquent que le diable ni l'enfer ne peuvent précipiter en ,enfer pas un de ceux qui sont de cette -Eglise. Ce qui ne peut convenir à l'Eglise universelle visible, de laquelle Satan en séduit plusieurs, contre laquelle la bétc doit faire la guerre et la vaincre (Apoc. XLll)7\«
Nos adversaires mêmes disent que FAntechriêt abolira la messe; alors donc il prévaudra sur TEglise romaine.
Non pas que je veuille nier que saint Pierre ne puisse être appelé le fondement de l'Eglise visible, pourvu que par saint Pierre nous cntentlions sa doctrine, qui est le sens auquel Ventendent les Pères. Mais aussi en ce sens tous les Apôtres sont également fondements de TËgllse, comme il est dit au cbap. II aux Epbésiens, v. 20 : « Etant édifiés sur » le fondement des Apôtres et des Prophètes, Jésus-Christ D lui-même étant la maîtresse pierre du coin.» Notez ces mots LtJMiÊMÉ, mis exprès pour discerner Jésus-Christ d'avec les Apôtres , lesquels ne sont pas fondements « eux- » mêmes, » mais en leur doctrine.
Cette pierre donc fondamentale est Jésus-Christ, eonfessé par saint Pierre; car Jésus-Christ est ordinairement appelé la pierre , comme en la première épitre aux Corinthiens , chép. iO : K La pierre était Christ. » Voyez le Psaume CIYIII, vers. 22. Esaie, cbap. XX VIII, vers. 16. Rom.^ cbap. IX, vers. 35. Ainsi l'entend saint Augustin, au cbap. X, Traité sur la première de saint Jean : « Que veut dire : Sur cette » pierre j*édifierai mon Eglise? Sur cette foi, sar ce qtti a » été dit, tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant.»^ Voyez dassi le cbap. 50 et le cbap. 20 , Traité sur saint Je^n, et le treizième sermon des Paroles du Seigneur, où il insiste fort là-dessus. Et saint Hilaire, au sixièniie livre de là Trinité : « Sur cette pierre de la confession l'Eglise est édifiée. » Chrysostôme, en l'hom. 5S, sur le cbap. XVI de saint Matthieu : a Sur cette pierre, c'est-à-dire de la foi de la con- » fession. »* Et au sermon de la Pentecôte : « Il â dît sur » cette pierre , et non sur Pierre ; car il n'a pas fondé TE- » glise sut les hommes, mais sur la foi. » Vojez aîiast saint ARd>i*oi8e sur le cht^p. H aux Ephésîens.
^ Super hanc confessionis petram Ecclesîae aedîfîcatio est.
* EttI Tavrtj t? ir«Tp« oîxo^o/ryiTU fiorj tyjv ixxXrivMv. Tour* ién rtl
Set sncceMeorf de Vîerre.
ARNOUX
Sect. CXIV. — Cette dignité, qui ne peut mourir avecTierre, est nécessairement transmise à ses successeurs, parce que le Fils de Dieu n'a jamais changé la forme du gouvernement une fois établi de droit divin.
DU MOULIN
Si saint Pierre n*a point eu la dignité d'être la pierre fondamentale de TEglise, comme nous avons montré, il n'a eu l^arde d'avoir eu des successeurs en une dignité qu'il n'a point eue.
toutefois, posons le cas que saint Pierre ait été ohef et fondement de l'Eglise universelle : s'ensuit-il de là qu'il ait eu un successeur en cette qualité ? Muïse a été établi de Dieu en la charge de prince et de législateur et sacrificateur en Israël mais n'a point laissé de successeur, parce que Dieu ne l'avait point ordonné. Saint Jean-Baptiste n'a point eu «de successeur ; les autres Apôtres n'ont point eu de successf^urs en leur apostolat. Pourquoi dofic saint Pierre seul aùra-t-il eu un successeur au sien, vu que Dieu n'en a rien ordonné en sa Parole» et que saint Pierre, en ses deux Epltres qu'il écrit à TEgliàe universelle, ne recommande point aux cbré. tiens de teconnaître l'évoqua de Rome pour son successeur? T eut-il jamais royaume, ou souveraineté temporelle ou spifituelle établie au monde, sans que quelques lois aient été ^îtes touchant là succession et tddchant la forme d'élire ou de succéder? ici nous n'àvpntf rien de tel ù( aucune déclaration de la volonté de Dieu sur ce sujet.
Joignez à cela que si saint Pierre a été établi chef dé FËglise universelle, (*â été lorsqu'elle était petite et composée de peu de personnes, lequel Ordre n'a pu être gardé lorsque l'Eglise a commencé de s'épandre par toute là térte. H n'y a point d'épaules assez fortes pouf un st grand fardeau. La tête tournerait à un homme monté si haut.
Que si, après la mort de saint Pierre, il eût fallu un âtfccesseur en la charge de chrf de l'EgliM universelle ^\Qfû&
juge tout homme qui a quelque reste de jugement libre, si cette charge ne devait point appartenir à saint Jean ou à Jacques, que saint Paul aul Galates, chap. 2, appelle «les colonnes , )) et qui ont longtemps survécu à saint Pierre, plutôt que de la déférer à Linus, disciple de saint Paul, duquel on ne sait pour tout que le nom ? ou qu'à Clément, duquel on produit aujourd'hui des règlements touchant les crûttes de souris mêlées au sacrement, etc., ' des Epltrès qui disent que les biens et les femmes doivent être communs , et que les quatrièmes noces sont une manifeste fornication ? •
Au moins devait-on faire Thonneur àces excellents Apôtres de les appeler et de demander leur avis sur le choix d'un chef de TEglise universelle. Qui croira que le peuple de la ville de Rome ait eu le crédit de donner à l'Eglise de tout le monde un chef, de sa simple autorité, môme du vivant des Apôtres, et sans leur communiquer?
Et même après la mort de tous les Apôtres , lorsque, par le témoignage de toute Tantiquité, les évoques, et notamment celui de Rome , se choisissaient par les sufiTrisges du peuple de la ville, une populace romaine pouvait-elle donner un chef aux églises d'Asie, d'Egypte^ de Perse et des Indes, sans leur en communiquer ? Nul ne le croira que celui qui veut être trompé.
Si saint I^ierre a été à Rome et y a dressé l'Eglise et Téplscopat, comme on dit, Févêque de Rome peut être appelé successeur de saint Pierre, mais non en la qualité d* Apôtre ou chef de TEglise universelle, mais en la qualité d'évêque de la ville do Rome, qui est la plus haute qualité que prennent les anciens évoques de Rome en leurs Epltres. ' Et encore cette succession cQsse quand la doctrine vient à se corrompre.
Le sieur Arnoux, sur la fin de son livre, p. 120, pour appuyer la primauté du pape, amène un passage du 3* livre d'Irénée, chap. 3, , mais falsifié et corrompu selon sa cou-
^ Can. DiUctissimij Causa IS. Quœst. 1.
* Lib. 3, C(m.^t. Apostat cap, 2. Id quod supra trigamiam fit ma* nifesta fbmicatio judicatur.
• Voyez les Epîtres de Léon !•'.
bame, il fait dire à Iréoée « qu'il est du tout oécessaire que d toute FEglise convienne et adhère à celle de Rome , en 0 laquelle réside la prééminence de principauté. » Ce passage est faux. Le sieur Arnoux a ajouté le mot « d'adhérer » qui n'est point en Irénée. Item il traduit le mot convenire par « convenir, ï> au lieu qu'il signifie aborder ou venir de divers endroits en un lieu. A cette fausseté dans les mots il ajoute une corruption du sens ; car Irénée, par cette prééminente principauté, entend la puissance de la ville de Kome, à cause du siège de l'empire^ et non la primauté de 'évêque ou de son Eglise. Il veut dire qu'à Rome, à cause lu siège de T Empire et du sénats les chrétiens de toutes les églises abordaient par nécessité. Voici le passage tel qu'il ;st eo Irénée : « A cette Eglise il faut nécessairement que
> toutes les églises abordent, à cause de la souveraine » puissance »^ qui est la puissance de l'Empire. Qui est la aisoD pour laquelle le neuvième canon du concile d'Anioche ordonne que les évéques des grandes villes aientde la )rééminence*: « Parce que (dit le concile), tous ceux qui » ont des affaires abordent à la ville métropolitaine ; pour-
> tant il a ordonné que son èvèque ait prééminence d'hon- • neur. )>' C'est pourquoi l'Eglise d'Alexandrie marchait dorant Antioche encore que l'Eglise d'Antioche fût la plus iDcienne et fondée par saint Pierre, parce qu'entre les viles de l'empire romain, Alexandrie, selon l'ordre civil, îtait la seconde' après Rome. Le 17® canon .du concile de ^balcédoine y est exprès, où est ordonné que a Tordre des » diocèses ecclésiastiques soit accommodé à la forme civile » et publique. » ^ Suivant lequel règlement, les si:, oents rente évéques assemblés au dit concile ordonnent « que le » siège de Constantinople ait les mêmes prérogatives que le
> siège de l'ancienne Rome impériale, et qu'elle soit magni- » fiée autant qu'elle dans les choses ecclésiastiques, comme
1 Ad banc Ecclesiam, propter potentiorem principalitatem, necesse îst omnem-convenire Ecclesiam.
' Aià TÔ Iv Tfi /inrpoitàXtt ffuvrpéx*** Tt&vrctç roif$ rà ffpày/Mcralxov- '«$, 59cv iSo^t xal rf} rifiri itpoyuaBcti «cvr^v. «
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» étant la ville qui était la deuxième en rang après die.»
De la perpétuité de l'Eglise.
ARNOUX
Sect. CXV. — Telle maison de Dieu fondée sur cette pierre a pour sa marque infaillible que jamais on ne i'ébranlera, et que les portes d*enfer, c'est-à-dire les hérésies et les persécution^, n'auront aucun pouvoir contre elle. Si donc il y a quelque autre Eglise qui possède cette qualité d'une perpétuelle interruption et succession non jamais interrompue, 'qu'ils nous la marquent. STil n'y en a point, qu'ils arrachent ce texte de leurs Bibles ou biffent leur article qui, battant contre l'Eglise romaine, met h néant ]« promesse du Fils de Dieu.
DU MOULIN
Si par la succession l'adversaire entend uûe succession de personnes sans succession de doctrine , cette succession est nulle, et plutôt une corruption qu'une successioù. Telle est (au jugement de l'Eglise romaine) la succession de TRglise grecque, laquelle a duré depuis les Apôtres et dure encore, et est plus ancienne que la romaine. Mais si par la succession perpétuelle il entend un fil de succession de personnes persévérantes en même doctrine, cette succession n'appartient aucunement à l'Eglise romaine : les derniers évéques de Rome n'ont rien de semblable aux premiers, et semble que les derniers se soient élevés exprès
' pour condamner les premiers. Dans les premiers siècles, les évéques romains étaient-ils princes temporels ? portaient-ils une couronne royale ? se mélaient-ils de déposer les enipe-
'reurs et rois? tiraient-ils les âmes de purgatoire? donnaient-ils des pardons de sept ou huit cent mille ans? àpprouvaient-ils l'adoration des images? défendaient-ils au peuple la communion du calice et la lecture des Ecritures? faisaient-ils le service en langue non entendue ? adoraientils l'hostie d'adoration do latrie? invoquaient-ils les saints? peignaient- ils la Trinité ? appejaient-ils la vierge Marie reine des cieui ? Ces choses sont plaies cuisantes, auxquelles nul d^s adversaires n'a encore osé toucher ni entreprendre da
irodurre sur chacun de ces points un seul passage de Tan* îqnité. Ces messieurs donc ont mauvaise grâce de se vaner de durée pefrpétuelle, après avoir fait une nouvelle reigion et par conséquent une nouvelle Eglise?
Toutefois, posons le cas que TEglise romaine ait duré demis les Apôtres jusqu'aujourd'hui : s'ensuit-il de là que la lurée perpétuelle de l'Eglise romaine soit une marque do \a pureté? Car sommes-nous déjà au dernier jour ? Le sieur ^moux la veut-jl garantir entre ci et là de ruine ? Une ±ose ne peut-elle être appelée perpétuelle qui n'a encore turé jusqu'à la fin ? Ce docteur nous baille , pour marques [>résentes ^e l'Eglise, ses espérances pour l'avenir ; joint in'ïX 7 a plusieurs feusses églises qui ont duré dépuis Jésus- Christ et durent encore aujourd'hui.
De rîdolAtne de FSglîse remalne i et en eomlneB de sortei 11glue romatiie est îdolAtrei et oe <|ae e'ett cpi'îdolâtne.
SscT. GXYI. — L'article viogt-huitième de notre Cohfession dit qu'en l'Eglise romaine « toutes superstitions et » idolâtries ont la vogue. » Cette accusation n'est pas lé* gère, vu que l'Âpôtre, au chapitre YI de la f aux Corinthiens, dit que ce les idolâtres n'hériteront point le royaume » de Dieu<» Nous ne saurions donc traiter de matière plus importante , puisqu'il y va du salut et de l'exclusion du royaume des cieux. Que si ce mot a d'idolâtres rt offense nos adversaires, nous les prions de considérer que nous ne pouvons appeler les choses que selon que la Parole de Dieu les appelle ; et de croire que notre intention n*est pas de les offenser, mais de leur faire sentir leur mal, ce qui ne se peut faire en les flattant ou en déguisant la vérhè. Que s'ils s'offensent de ce que nous disons d'eux, Dieu s'offense beaucoup plus de ce qu'ils font contre lui. Et si, pour leur avoir proposé la Parole de Dieu, ils sont mué de haine contre nous, nous ne laissons d'être émus envers eux de compassion, et leur tendre la main secourable, au moins pour dé* chaîner nos consciences .
Je dis donc qu'en six choses l'Eglise romaine cotnmet fdotttrie : i« En adorant l'hoslie que le prêtre tient, et appelant
l>ef inots d'images et d'idole. Item des mots hébreux TUHMIlKATi dont Dieu se sert en sa foi.
Sect. GXVII. — Avant de parier des choses il faut enteO' dre les mots. Image est un mot latin, idole est un mot grec; l'un et l'autre en sa première origine, et selon qu'ils sont pris dans les bons auteurs anciens, signifient ressemblance et représentation. Tertullien, grand docteur des mots, appelle toute figure et représentation « idole, » au chap. III du livre de l'Idolâtrie. « Ido$ en grec siguifie une forme ou i**
Dieu ce qui ne Test pas; 2"^ en attribuant aux saints ThoDneur qui n'appartient qu'à Dieu, en les invoquant, en les appelant médiateurs, en demandant à Dieu le salut par leun mérites, en croyant qu'ils connaissent les cœurs et les pensées des hommes; 3° item en appelant la vierge Marie inventrice de grâce, la reine des cieux et la dame du monde ; car la royauté et empire sur toutes créatures n'appartient qu'à Dieu.
4<> Item en l'adoratiojn et culte des images; 5<> en l'adoration de la croix ; 6"^ en l'adoration des ossements, habits et autres reliques des trépassés. De la première sorte d'idolâtrie en sera parlé sur la fin de cette œuvre. De la deuxième et troisième sorte a été traité amplement sur le vingt-quatrième article de notre confession. Restent les trois dernières, à savoir l'adoration des images, de la croix et des reliques. Sur toutes lesquelles en général nous disons que nous appelons idolâtres ceux qui rendent un culte et service de religion à la créature, ou qui transportent, ou en tout ou en partie, à la créature l'honneur qui est dû à Dieu. Par laquelle . définition il apparaît que les créatures les plus saintes et les plus excellentes peuvent être transforçiées en idoles par les superstitieux ; jusques là que les anciens chrétiens appelaient les ariens idolâtres, parce que ne reconnaissant point iésus- Christ pour Dieu souverain et éternel, néanmoins ils l'invoquaient et lui rendaient un service religieux. Dont s'ensuit que ceux qui honorent les saints d'honneurs par lesquels Dieu est déshonoré, outragent les saints en les honorant, puisqu'en tant qu'eu eux est ils les transforment en idides.
De LA FOI. 345
» présentation, cToù vient le dhninutif îdo/oti, qui signifie » une petite forme ou figure, et partant toute figure ou for- » mule doit ^re appelée idole. »^ Cicéron de même, au IIrre !•' De finibus, dit : « Les images qu'ils nomment idoles, » par la rencontre desquelles nous voyons et pensons,»' prelant image et idole pour tout un. Gbrysostôme, sur le chapitre m de TEpître aux Pbilippiens , homélie iO : a Nous
> embellissons les maisons, y plantant partout des idbleç et
> des statues. »* Et saint Jérôme, enM'épftre à Marcella, ^ lit que les femmes fardées, idnla menliuntur^ semblent ou :;ontrefont les idoles. Et Xiphilinus, abréviateur de Dion, m la vie de Sévérus, pour dire qu'en la pompe funèbre de ^empereur Pertinax il y avait une image ou figure de cire représentant l'empereur défunt, dit « qu'il y avait une idole 9 de cire en équipage triomphal, td^ En tous ces passages et ane infinité d'autres, image et idole signifient même chose, et Ic'mot d'idole se prend en bonne part et signifie simplement ressemblance et représentation. Voyez Isidore, au lifre yni des Origines, au chapitre De diisgentium^ et Augustin m livre VIII de la Cité de Dieu, chap. 26. Pourtant Jean Bfolanus, commis à la censure et examen de là nomenclatare d'Adrien Junius, sur le chapitre des outils et meubles M^clésiastiques a mis cette censure : « Le nomenclateur n'a 0 pas mal fait de prendre pour tout un les mots de statue, • représentation taillée, image, simulacre, idole. Toutefois » le lecteur se doit souvenir que quelques-uns de ces mots » par l'usage de l'Ecriture et des auteurs ecclésiastiques, n sont pris en mauvaise part. )>*
Ces mots donc, en leur propre signification, signifient
1 Idos Graecè formulam sonat, ab eo' diminutiTum Iddlum deduc* lom, aequè apud nos formulam facit. Igitar omnis forma vel formula [dolum die! exposcit.
* Imagines quse idola nominant, quorum incursione non solùmvi^ leamus, sed etiam cogitemus.
* Ad Marcellam, de œgrotatione Blesiliœ.
* Statuam, sculptile, imaginem, simulacrum, idolum, pro iisdem liabet.
môme chose ; mais l'usage commua a reetrelot la gigniflcation du mot d'idole, en sorte que maintenant il se prend en mauvaise part. Et même au Nouveau-Testament grec, le mot d'idole se prend pour l'image d'un faux dieu, ou pour une image de laquelle on abuse à idolâtrie. De là vicot que celui serait estimé mal parler qui dirait que Jésus-Christ est l'idole de Dieu invisible, au lieu de dire l'image, ou qui dirait que Dieu a créé l'homme à son image et semblaDce. En ce sens et selon l'usage commun a image » est plus général que a idole, » et toute idole est image, mais toute image n'est pas « idole. )»
Les mots par lesquels Dieu en sa loi nous d^end de £|ir8 « image taillée, ni ressemblance n quelconque des choses qui sont au ciel ou en la terre, sont pksel et themurah, dont le dernier signifie toute image et ressemblance, mab le premier signifie une image taillée ou statue ; et ae se prennent point en mauvaise part, sinon quand la suite et circonstance du passage nous obligent à le prendre pour une image défendue et dont on abuse à idolâtrie. Pourtaiit le mot a pesel )> est traduit par l'interprète grec tantôt par yOum*» qui signifie une taillure ou une image taillée» coinnie au premier verset du XXVI du Levitique, et au IV du Deuténh nome, vers. 16 et 25, et au chap. V, vers. 8» et en înâais autres lieux ; tantôt par ttSoXov idolum, comme au XX do TExode, vers. 4 ; tantôt par eîxuy qui signifie « image » et « ressemblance^ » comme au XL d'Ësale, vers. 18 et 20. La version de l'Eglise romaine tourne ordinairement pesbl par iculpiile, c'est-à-dire statue taillée, et par a image » et « re- » présentation, » notamment dans les passages ci-dessus allégués de l'Exode, du Levitique, du Deutéronome etd'Esale.
Nos adversaires qui émeuvent une querelle sur les mots afin de reculer l'examen des choses, veulent qu'on traduise ainsi le second commandement de la loi : « Tu ne te féru » idole taillée, ni ressemblance aucune des choses qui sont » au ciel, tu etc., et disent que « idole d est la ressemblance d'une chose qui n'est point, mais qu'image est la représentation d'une chose qui est. En quoi ils contrarient à leur propre Bible. Voici les propres mots dans lesquels ce commandement est couché au chap. V du Deutéronome* yers. 8, en
De LA FOI. 34?
la Bible française de Louvain, approuvée par la Faculté de théologie : a Tu ne te feras représentation taillée ni ressem* 0 blance quelconque de ce qui est au ciel, d etc. ; et au IV du Deutéronome, vers. 16 : « Afin que par aventure étant » déçus ne vous fassiez similitude taillée, ou image de mâle » ou de femelle. Et au chap. XL d'Esaïe, vers. 18 : « A qui » donc avez-vous fait Dieu sembla|}Ie ? et quelle image lui » mettez-vous?» Dans lesquels passages le mot PESKLquo DOS adversaires veulent être traduit par a idole taillée, » est traduit en la Bible de nos adversaires par a sembiapce, ima- » ge et représentation taillée. » Même leur Bible latine porte : Non faciès tibi sculpiile, «c Tu ne feras entaillure, ou D image taillée. »
Ge qu'ils veulent, qu*en ce commandement idole signifle la représentation d'une chose qui n'est point, ne peut pro-^ céder que d'un aveuglement volontaire ; car les mots suivants : « ni ressemblance des choses qui sont au ciel, » etc. nionlre que Dieu parle des images de choses qui sont. Saint Paul voiremcnt, en la T® aux Corinthiens, chap. X, dit que l'idole n'est rien, parce que ce n'est rien de divin, ainsi seulement du bois ou de la pierre; mais cela se peut aussi dire des images des choses qui sont véritablement, lesquelles deviennent idoles quand un service religieux leur est déféré. Et il est certain qu'encore que le soleil et la lune soient en effet, que néanmoins adorer l'imago du soleil ou de la lune est idolâtrie.
l>ef îmagef de iHen et de la Trinité.
Sect. CXVIII. — Les temples de l'Eglise romaine sont pleins d'images de la trinité. On peint un vieillard assis en une chaire, vêtu en pape, avec la triple couronne et le manteau papal, afin qu'au moins il soit respecté à cause de son habit. On lui peint aussi un pigeon pendu à la barbe et un crucifix entre ses bras. Telles figures sont empreintes au front dea Bibles imprimées â Rome par autorité de Sixte V et de Clément YIIL Même elles servent d'enseigne aux cabareta, ce qui est chose vulgaire â Paris. On dit. a Monsieur est logé » à la Trinité et son train i la Téte-Dieu, » comme pour )s:|r
348 feOUCLlER
poser la Divinité en opprobre. Le titre du chap. VIII des images de Bellarmin est tel : a Qiie les images de Dieu ne sont » point défendues. » Cela semble être fait pour rendre à Dieu la pareille; car parce que Dieu a fait rhomme à sod image, l'bomme en contre-écbange fait Dieu à Tinfiage de rhomme. L'homme qui a pour guide l'aveuglement de sa raison ne pense pas servir Dieu dignement s'il ne le rend semblable à T-homme. Il veut avoir son Dieu devant ses yeux, figuré à sa fantaisie. Témoins les Israélites, qui au chapitre XXXII de lExode disent à Âaron : «Fais-nous des dieux 0 qui marchent devant nous.
Cette erreur s'est glissée depuis peu en l'Eglise romaine, à la faveur d'un siècle ténébreux, auquel les Saintes-Ecritures étant ôtées, le peuple n'avait -autre connaissance de Dieu que celle qu'on lui baillait en peinture. Le second concile de Nicée, auquel est ordonné que les images des saints soient ordonnées, laisse là les images de Dieu, comme chose dont on ne parlait point encore. Baronius en ses Annales, en l'année 726, rapporte deux épîtres du pape Grégoire II, grand défenseur des images, en la première desquelles il dit qu'on peint le Fils, mais qu'on ne peint point le Père, ft Pourquoi, dit-il, ne mettons-nous point devant les yeux, D et ne peignons point le Père de notre Seigneur Jésus- D Christ? parce que nous ne connaissons point quel il est, et » la nature de Dieu ne peut être peinte ni mise en vue. »* Sur quoi Baronius a bonne grâce d'annoter en marge que depuis cela la coutume est venue de peindre Dieu dans les églises, et trouve qu'on a eu raison de faire contre la détermination de ce pape. Nicépliore, nouvel auteur, aa livre XVIII, chap. 53, dit : « Les hérétiqiies arméniens peignent » l'image de Dieu le Père et du Saint-Esprit, qui est chose * très-absurde. »' Avcntin, au livre VII de l'histoire de Bavière, dit que Jean XXII, pape environ l'an 1318, déclara
^ Gur tandem Patrem Domini Jesu Christi non oculis sulijidinus ac pingimus? Quoniam quis sit non novimus, Deique natnra speO" tanda proponi non potest ac pingi»
* Imagines Patris et Spiritus-Sancti elBgiant, quod perqifam alxwdum est.
être aothropomorphites quelques-uns du pays de Bohême et d'Autriche, qui peignaient la Majesté divine eu forme de vieillard, avec un jeune homme et un pigeon, et les fit condamner au feu.* Même entre les nouveaux docteurs de l'Eglise romaine, Durand, Abulensis et Peresius condamnent ces images et\oudraient qu'on ne peignit la trinité en aucune façon.
i. Contre cet abus nous arons un commandement formel en la première table de la loi de Dieu, même selon la version do nos adversaires : a Tu ne te feras représentation » taillée ni semblance quelconque de ce qui est au ciel, » etc. (Deutér. V, 8). Pouvait-il défendre plus expressément de faire la semblauce de Dieu qui est au ciel? Ainsi au chap.IY, vers. 15 et 16 : « Vous prendrez bien garde sur vos âmes, » car vous n'avez vu ressemblance aucune au jour que TE- » teroel votre Dieu a parlé à vous en Horeb du milieu du )) feu, de peur que vous ne vous corrompiez et ne vousfas- » siez quelque représentation taillée ou image de mâle ou » de femelle. » Et en Ësaïe, chap. X« vers. 18 : a  qui fe- » rez-vous Dieu semblable/, et quelle image lui mettrezïi vous? » En tous ces passages est formellement défendu de faire aucune ressemblance de Dieu, et de le représenter par images; et cela selon la version même reçue en l'Eglise romaine, comme aussi selon la vérité hébraïque.
2. Pourtant aussi, ni au tabernacle ancien, ni au temple de Salomon, il n'y avait aucune peinture ni image de Dieu, combien que ce fût alors le temps des ombres et figures.
3. L'apôtre saint Paul , aux Romains , chap. I , vers. 23 , met ceci entre les causes pour lesquelles Dieu a aveuglé les Gentils, à savoir : parce (( qu'ils ont changé la gloire djai » Dieu incorruptible en la ressemblance de rhomm^jpr- » ruptible. »
4. Même sans Parole de Dieu la raison est évidente; car toute image et représentation doit avoir quelque ressem-
i Quosdam qui in Ûnibus Bohemiae atque Austriae supremam illam majestatem seois, adolescentis, columbse inoagine pingebant, Isesae religionis accersivit Anthropomorphitas es&e 4:eiiiu)ciavit, quosdam ad ignem condemnavit.
blanceavec ce qu'elle représente. Or, quelle peut être la ressemblance d'un esprit inOni avec une pièce de bois? d'une substance invisible avec une peinture visible et nuttérielle? d'un esprit immatériel avec une statue matérielle? Qui est le roi qui souffrit qu'on le représentât en ionue de grenouille ou de fourmi ? et toutefois entre le plus graud monarque du monde et le moindre animal , la distaticeei différence n'est point inûnie , puisque l'un et l'autre sont finis ; mais entre Dieu qui est infini et la créature finie, quelque excellente qu'elle soit, la distante et inégalité est infinie.
Sur cela nos adversaires apportent quelques menues excuses, non pour répondre, mais pour ne se taire point. ' 5. Us disent qu'en représentant Dieu, ils ne prétendent pas représenter son essence ; mais n'importe à quelle fin on représente Dieu par images, puisque la défense de Dieu de le représenter par images est générale et sans exception. Même il est certain que nul n'a jamais été si brutal que de croire représenter en peinture l'essence de Dieu/ vu que même il est impossible de peindre l'essence d'uu homme ou du moindre animal. Par cette distinction donc se trouvera que la défense, que Dieu fait si expresse et avec menaces de le représenter par aucune image, n'est faite à personne, puisque personne n'a jamais cru figurer Tessence de Dieu; et n'y a païen idolâtre qui ne se puisse sauver par 'la même excuse.
6. Ils ajoutent que FEcriture attribue à Dieu des pieds, des mains, des yeux et une boucbe, et pourtant que nous pouvons aussi représenter Dieu en même façon. Cet argument a aussi bonne grâce que s'ils disaient : Parce que l'Ecriture fait des figures en paroles, faisons aussi des images en pierre ; peignons Dieu avec des ailes et en forme d'oiseau, ou peignons-le comme un rocher, ou comme une fontaine, ou en forme de lion , puisque l'Ecriture dit que Dieu nous couvre de l'ombre de ses ailes, et l'appelle notre rocher, et la fontaine de vie, et le compare à un lion. Cette raison donc est sans raison; car la Parole de notre Dîen, qui attribue à Dieu des pieds, et des mains, et des yeux, s'expose elle-même , et déclare souvent ailleurs que Dieu
DK LA roi. 351
est esprit, et qu'il est infini ; mais les images de Dieu ne s'exposent pas elles-mêmes, et il n'y a point d'autres images qui parlent pour prévenir l'erreur et les pensées grossières. Le peuple de Dieu et tous les patriarcties et prophètes n'ont point entendu cette subtilité, car de ces paroles figurées avec lesquelles Dieu parlait à eux, ils n'ont point tiré des conséquences si énormes, et ne se sont point licenciés par là à dresser à DiQU des images.
7. La raison qui suit, qui est celle dont ils font plus de parade, fait même contre eux. Ils disent que Dieu est quelquefois apparu en forme d'homme; comme à Daniel en forme de irieillard. Dont ils. infèrent que nous pouvons peindre Dieu en la même forme qu'il est apparu. Mais ils devaient plutôt argumenter ainsi, et dire que Dieu est apparu à Daniel en forme d'homme, et néanmoins r£glise d'alors n'a point représenté Dieu en cette forme , mais a obéi au commandement de Dieu, qui défend « desecor- » rompre en faisant à Dieu image de mâle ou de femelle x> (Deutér. IV). Nous devons donc faire comme l'Eglise d'alors et obéir au commandement de Dieu. Car ici il ne s'agit point de ce que Dieu a fait, mais de ce que Dieu veut que nous fassions. Les commandements de Dieu et non ses actions sont règles de notre vie. Par ses commandements et non par ses apparitions nous serons jugés au dernier jour. La religion est frénétique qui, violant le commandement de Dieu, contrefait ses actions : comme qui mépriserait la .loi de Dieu et contreferait le tonnerre. Et même je ne trouve pas que jamais Dieu soit apparu en la forme en laquelle TEglise romaine le représente. Jamais il n'est apparu coiffé d'une mitre à trois couronnes, ni affublé du manteau papal, ni assis en chaire pontificale.
8. Bellarmin n'a point eu de honte d'argumenter ainsi : Dieu a fait l'homme à son image : donc nous pouvons faire des images de Dieu.^ Mais ce cardinal, qui se joue avec Dieu et expose en risée sa Parole, n'ignore point que l'homme^a été créé à l'image de Dieu, en tant que son âme était éclairée de connaissance et sa volonté ornée de justice et sain-
1 Lib, II, de Reliqniis et Imaginibus sanctorum, eȍ. ^^^"^^
tcté. Ce sont là les Iin(^amentg et traces de Timage de Dieu. En ce sens il est bon et nécessaire que l'honrime se forme à l'image de Dieu. Mais de ce que Dfeu a créé Thomme a^ec justice et sainteté, inférer que riiomme peut peindre Dieu à l'image de l'homme, c'est avoir plus besoin de médecin que de maître, et de purgation que d'instruction.
S'il est permis de planter en l'églîse des statues, et îmagei au saints trépassés, pour aides de piété et dévotion.
Sect. GXIX. — Les temples de l'Eglise romaine sont pleins d'images et statues diversement équipées, Tune avec une épée, l'autre avec des clefs, l'autre avec un pourceau, comme saint Antoine ; l'autre avec un chien, comme saint Roch ; l'autre avec des rats et souris, comme sainte Radegonde : et ces animaux ont aussi part à l'encens, et sont, autant que l'image du saint , éclairés de chandelle^. Saint Antoine ne savait lire , ^ et néanmoins, au frontispice de l'Âbbaye Saint-Antoine près Paris, il est représenté ayant un livre en main. Se voient force images de saintes malhonnêtement vêtues ; d'un même saint se voient plusieurs images : l'une vêtue de soie et ornée de clinquant et qui change souvent d'habit ; l'autre poudreuse et à qui on n'allume guère do chandelles. Près d'une image vêtue de damas blanc on verra un pauvre tout nu, lequel est Timage de Dieu. En la mort d'un prince, on voit les saints et saiotes vêtues de deuil , et Notre-Dame avoir part à rafQiction. On dit que ce sont aides à la dévotion, et néanmoins on les cache en temps de carême qui est le temps de dévotion. On les appelle livres des ignorants, mais qui ne remédient point à l'ignorance. Même j a force images de samta qni n'ont jamais été au monde, et qui sont saints sans jamais avoir été hommes : comme les trois rois, saint Loogîs, sainte Ursule, sainte Catherine, sainte Marguerite, saint
■., -^ 1 August, lib, de Doet. Chr, in Prologo : Àntonius vîr sanctos et perfectus monachus xgyptius sine ulla scientia litteramm Scr^ ras audiendo tenuisse praedicatur. At haec si quis falsa arl»tretiir, MV Sigo pugnaciter.
OE LA 'foi. 353
Martial , saint George , saint Christophe , et les onze mille vierges, etc. Que si l'idole est l'image d'une chose qui n'est point, il est certain que telles images sont idoles, et par conséquent ceux qui les servent sont idolâtres.
L'inclination naturelle de l'homme a enfanté cet abus, mais la cautelle et la ruse des évéques de Rome en a été la nourrice ; car naturellement l'homme aime les images : les petits enfants même aiment les poupées, surtout si elles sont bien vêtues; et, les ayant placées en quelque lieu éminent, leur portent je ne sais quel respect. Cette humeur enfantine est passée en la religion ; et de fait, comme les poupées sont les idoles des enfants, aussi les images et statues sont les poupées des hommes, lesquelles sont plus honorées quand elles ont un bel habit. Car parce que toute notre connaissance vient par les sens , l'homme veut voir nn objet d'adoration sensible et avoir devant ses yeux quelque chose qui oblige son attention. Â quoi aussi invite le plaisir de l'œil et la facilité; car il est plus aisé de voir des peintures que de compr<«ndre des doctrines , et former des pierres à Timage de l'homme, que réformer l'homme à l'image de Dieu.
La ruse des papes s'est servie dextrement de cette inclination pour soustraire au peuple la lumière de l'Ecriture, afin de poser durant une nuit épaisse' les fondements de son empire. Car le peuple s'est passé plus aisément d'instruction lorsqu'on lui a donné de la récréation, et s'est accoutumé à avoir des statues pouf des livres sacrés, et des peintures pour des doctrines , et des chandelles en plein jour au lieu de la clarté de l'Ecriture-Sainte qui écarte les ténèbres de l'ignorance. Et de fait on voit, par les histoires, 4ii'à mesure que l'ignorance est accrue, les images aussi so sont multipliées, et l'empire papal s'est fortifié.
Contre cette licence à remplir Téglise d'images nous avons le commandement de Dieu, qui non-seulementdéfend de servir les ia|)f£es ou les adorer, mais aussi de les faire; car la première table de la loi est faite exprès pour régler la religion et le service de Dieu. Je dis donc qu'eu \x\^V\^\^ de religion Dieu défend de faire des images. LçismoN.^^ ^^v^. tormelê : «r Ta ne te feras image taiV\èe, lù Te^^a^n^sX^^^
354 BOtfCLIER
» quelconque des choses qui sont là-haut au ciel, ni ci-bss j » en la terre, ni dans les eaux dessous la terre; tu netepro- I » sterneras devant elles et ne les serviras, d Là il est clair qu'en matière de religion et de piété il défeud deux choses : l'une, de faire aucune image ni ressemblance des choses qui sont au ciel ou en la terre ; Tautre, de les servir et adorer. 11 ne dit pas : a Tu ne te feras image taillée pour D l'adorer, » mais il dit : « Tu ne te fer|is image taiHée et » ne l'adoreras. » Car encore que la fin pour laquelle les images sont défendues en matière de religion, soit de peur de tomher en idolâtrie en les servant, si est-ce que Dieu, coonaissant l'homme penchant naturellement vers Tidolâtrie, n'a pas seulement défendu de servir les images mais aussi de les faire, et a défendu les moyens et acheminements, de peur de parvenir à la fin. Semblable défense est faite au chap. xkvi du Lévitique :« Vous ne vous ferez point d'idop leset ne vous dresserez point d'image taillée, ni de statue, D et ne mettrez point de pierre peinte en votre paroi, pour r> vous prosterner devant : car je suis l'Eternel votre Dieu.*
Pourtant aussi les Israélites n'avaient ni au temple ni aux synagogues l'image d'Abrabam, ni de Jacob, ni de MoisCi Di de Samuel, ni de David, personnes néanmoins qui valaient bien autant que saint Juniperus ou saint Àmador.
Qui plus est, du temps de la primitive Eglise, par là étaient notés les hérétiques gnostiques et les carpocratiens, de ce qu'ils avaient l'image de Jésus-Christ. Irénée, au livre f, chap. XXIH et XXIV, dit que les gnostiques « avaient oer- » taines images peintes et d'autres faites d'autre matière, » disant que c'était la figure de Christ faite par Pilate. »*
Saint Augustin, au livre des Hérésies, chap. VU, parlant des carpocratiens : a Ils servaient les images de Jésus, les D adorant et encensant. »' Les coUytidiens sont blâmés de cela même par Epiphane, en l'hérésie 79 ; lequel aussi, étant à Anablata, déchira un voile en une église où il y avait la ' peinture soit de Christ, soit de quelque sainL disant que cela
1 Êtiam imagines quasdam depictas, quasdam de reliqaa materia £)Jbricatas, dicentes formam Ghristi fectam à Pilato. ' Golebant imagines 3esu e^â «à»ranàs) ^\.\\ififi»siiia ponendo.
était contre l'autorité des Ecritures, comme il récite en une épttre traduite par saint Jérôme, et qui se trouve au tome f I des épitres dudit Jérôme.
Le 36"« canon du concile Elibérin, de même temps que le premier de Nicée, parle ainsi : « Il a été ordonné quMl n'y y> ait point de peinture en l'église, de peur que ce qu'on ii sert ou qu'on adore ne soit point les parois, n^ Notez qu'il défend simplement toutes peintures en j'église.
Les raisons de nos adversaires à rencontre sont plutôt excases et subterfuges que preuves. Ils disent que les images sont les livres des ignorants, et disent vrai, car elles entretiennent l'ignorance. Il est malaisé que ceux qui ont pris des pierres pour docteurs puissent parvenir à aucune instruction. Comme dit saint Augustin : « Ainsi méritent d'être sé- » duits ceux qui ont cherché Jésus-Christ et ses Apôtres, y> non point dans les Saintes-Ecritures, mais aux murailles » peintes. »' Les livres des ignorants sont bons quand ils remédientà Fignorance; tels sont les livres sacrés de l'Ancien ei du Nouveau Testament, lesquels on cache au peuple de peur qu'ils n'instruisent les ignorants. Et ce n'est point sans mystère qu'en carême, qui est le temps des prédications, on cache les images pour montrer que les images doivent se cacher«t disparaître devant la prédication de l'Evangile ; et certes elles disparaîtraient entièrement si ce qu'on prêche en l'Eglise romaine était la doctrine de l'Evangile. Le prophète Habacuc, chap. II, appelant les images des idolâtres, des « enseigne-mensonges, r> répond sans doute aux païens et aux Juifs idolâtres qui se servaient de la même excuse. Et de fait Athanase, en l'oraison contre les Gentils, dit que les païens idolâtres amenaient cette excuse, disant que les images «servent aux hommes au lieu de lettres, dans » lesquelles lisant ils puissent comprendre la connaissance
* Placuit inihièlesia picturas esse non debere, ne quod colitur aîut adoratur in parietibas pingatur.
s Aug. de Consensu Evang. îib. /, cap^ 10. Sic omninô errare merentur, qui Ghristum et A4[K)fitQlos €jus non insanctis codicibos^ sed in pictis^parietibus quaesierunt.
356 ÔOUCLIER
B de Dieu. »> Et peu après : a Si ces choses vons servent do » lettres, comme vous dites faussement, pour contempler » Dieu. »*
Ils disent aussi que Moïse par Ib commandement de Dieu fit un serpent d'airain, lequel était figure de Jésus-Christ, en ce qu'il guérit les morsures de l'ancien serpent qui est le diable. Ces messieurs parlant ainsi se répondent à euxmêmes et réfutent leurs images, car ils disent que Moïse a fait ce serpent par le commandement de Dieu exprès; mais eux proposent en Téglise des images des saints sans commandement de Dieu, et même contre son commandement. Même il est faux que ce serpent fût image de Jésus-Christ; car quello ressemblance de la forme d'un serpenta Thumanité du Fils de Dieu ; vu même que nos adversaires disent que les idoles sont figures de choses qui ne sont point, mais que les images sont figures de choses qui sont ? Or, alors rhumanité de Jésus-Christ n'était point encore. Le serpent^ d'airain n'était point image de Jésus-Christ, mais la vertu salutaire que Dieu déployait en ce serpent était un exemple et figure de l'efficace salutaire de Jésus-Christ et de la guérison de nos âmes par sa vertu. La figure était non en cette masse de cuivre, mais en la guérison.
On allègue aussi les images des chérubins ou anges posées sur Tarche par le commandement de Dieu. Mais que fait cela pour les images des saints que Dieu n*a point commandées? Encore est-il faux que ces chérubins fussent images d*aucun ange ; car qu'on me dise de quel ange ces chérubins étaient figures? Joint que la ressemblance des anges, qui sont esprits invisibles et incorporels, ne se peut faire en figure corporelîe. Il faut donn dire que ces chérubins n'étaient point images d'aucun ange, mais étaient symboles et caractères de leur office, en même façon qu'on peint les vertMS et les vices. Ainsi on peifit l'envie maigre, Torgoeil enflé, la justice avec une épée et des balances; lesquelles peintures symboliques ont produit plusieurs|ii|its,etcomme
va
ivvùDfTùLt ytvùvxtiv nipt r^$ roC 6eoC xecredili^suç.
saint Chrystophe, sainte Marguerite et saint George qui ne sont point image d'aucun saint qui ait jamais été au monde» mais figures et caractères du chrétien et des coml^ts de la foi, comme Baronius même en son Martyrologe est contraint souvent de confesser.
Déboutés de si faibles preuves, ils en reviennent toujours là, qu'il faut traduire : «Tu ne te feras idole taillée, » et non (( image taillée. » Mais qu'est- il besoin de disputer, vu que le mot suivant vide la dispute? car Dieu ajoute : ni ressemblance ou similitude quelconque. Ces paroles tranchent net et ne souffrent point d'exception. Joint que nous avons montré ci-dessus que la Bible de nos adversaires tant latine que française traduit comme nous : a image taillée et repré- » sentation. » ^
Nos adversaires mêmes montrent assez que ce commandement leur déplaît, puisqu'ils l'ont ôté de leurs heures et offices qu'ils mettent en main au pauvre peuple. Yoici mot à mot comme la première table de la Loi est couchée dans les Heures de Notre-Dame à l'usage de Rome et qui sont aujourd'hui les plus usitées.
V^ Commandement.
(( Je suis le Seigneur ton Dieu : tu n'auras ni adoreras p autre Dieu que moi. »
If" Commandement.
« Tu ne prendras point le nom de Dieu ton Seigneur en >» vain. »
III® Commandement.
<x Souvienne-toi de sanctifier le jour du sabbat et fêtes. « Avec pareille corruption ils ont mis en rime les commaodemcnts de Dieu, ' où la défense de faire image taillée est du tout omise. Ainsi le concile d'Augsbourg qui est au dernier tome des Conciles, tenu l'an 1548, met les commandements de Dieu en allemand comme il les faut proposer au peuple,
1 La Iatin0^w7p/t76 au oh. XX. de TExode ; la française a représentation au einp. y du Deutéronome.
* Un seul Dieu tu adoreras et aimeras parfaitement. Dieu en vain ne jiureras, etc.
OÙ il n'est aucunement parlé d'images, ni de ressemblance des choses qui sont dans les deux ou en la terre.
Ici nos adversaires font comme celui qui de dix sacs d'argent en aurait dérobé un, et*puis mettrait l'un des neuf en deux sacs, afin que son larcin ne fûl point aperçu ; car ayant soustrait un des dix commandements de la Loi, ils coupent le dernier en deux, faisant de la convoitise de la femme le neuvième commandement, et de la convoitise de la maison, du serviteur et de la servante, etc., le dixième. Par ce moyen ils pouvaient faire jusqu'à quatorze commandements, si de chaque chose dont Dieu défend la confoitise ils voulaient faire un commandement à part. Mais Dieu par sa providence a ô(é à nos adversaires toute excuse; car au chap. XX de l'Exode, la convoitise de la femme dont ils font le neuvième commandement est fourrée au milieu du dixième et mise après la convoitise de la maison ; dont s'ensuit que selon l'Eglise romaine, au chap. XX de TExode, il n'y a point de neuvième commandement.
Sur quoi nous aurions beau sujet de faire des exclamations ampoulées à leur imitation ; car que diraient-ils do nous, ou plutôt que n*en diraient-ils point, si nous avions été si téméraires que d'oser retrancher ou supprimer une seule syllabe de cette Loi tant sacrée que Dieu a prononcée (le sa bouche et écrite de son doigtsurlapierre,qu'il a publiée parmi le feu et la tempête avec une majesté extraordinaire? Des vermisseaux de terre osent-ils corriger la Loi de Dieu ou y trouver quelque chose de superflu? Ces hommes entreprennent-ils de rogner et changer la loi souveraine par laquelle ils doivent être jugés au dernier jour, afin qu'ils soient coupables d'avoir non-seulement transgressé la Loi par désobéissance, mais aussi l'avoir écourtée par mépris; voire l'avoir écourtée d'un commandement auquel Dieu parle avec plus de majesté, s'appelant fort et jaloux, et y ajoutant ses menaces et ses promesses?
l>e l*adoratîon des images , et du service et Vénératûm
qui leur est rendue.
Segt. CXX. L*Ecriture-Sainte parle de deux adorations,
Tune civile, l'autre religieuse. L'adoration civile est celle qui se rend aux princes et supérieurs, et même aux méchants. Ainsi au chap. XXIll de la Genèse, Abraham se prosterne devant les llétbiens, et au chap. XXXIII, Jacob se prosterne devant son frère Esaû; dans lesquels passages le mot hébreu est le même mot que nous traduisons par adoreb, quand il s'agit du service de Dieu.
L'adoration religieuse est une action de religion par laquelle la créature raisonnable s'humilie devant quelqu'un, l'invoquant et le-servant de service de religion, comparaissant devant lui comme devant celui qui connaît son cœur et sa pensée, et qui peut exaucer ses prières. Quand on dispute de l'adoration des images, on entend parler de l'adoration religieuse; car cette adoration se fait en l'église et par l'ordonnance des pasteurs, et est un acte de religion par lequel en servant les images dès saints on croit faire service à Dieu.
En ce point, l'Eglise romaine s'est débordée sans mesure et s'est bandée formellement contre Dieu. Le deuxième concile de Nicée, que l'Eglise romaine met entre les conciles universels, et dont le pape Adrien! a été promoteur, ordonne plus de vingt fois que les imagés soient adorées. Enfin se fait pour conclusion cette décision qui se trouve en la septième action : « Nous tenons qu'il faut adorer et » saluer les images de la vierge Marie, mère de Dieu im- » pollue, et même des glorieux anges et de tous les saints. » Que si quelqu'un a un autre sentiment, mais branle et » doute sur l'adoration des images vénérables, notre saint » et vénérable synode Tanatbématise. » En ce mémo concile il y a une Epître du pape Adrien à Tharasius, patriarche de Constantinople,oû ledit pape parle ainsi : « Que votre béatlp tude poursuive de servir et adorer les images de tous les » saints. » ^ Là aussi les images sont élevées en tt^l degré d'excellence et sainteté, qu'en la quatrième action il est dit que « les images sont de pareille valeur que les évangiles. »
^ Imagines omnium sanctorum beatitas vestra colère et adorare pergat.
Item Major tsl imago quam oralio, ^ Et aGn qu'on puisse craindre les anges, il est dit en rAction V « que TKgUse tient » que les anges sont corporels et non invisibies» ayant un » corps d'air ou de feu. » '
Or, afin que par « adorer & on n'entende pas seulement tu vénérer » ou « honorer » ou a respecter, » mais aussi leur rendre un service religieux ; le patriarche Tharasius, qui présidait au concile, prononce celte sentence en la 4' action : a Tous ceux qui confessent qu'ils vénèrent les images. » et néanmoins leur refusent l'adoration, sont regardés par » le saint Père Ânastase comme hypocrites; car quand ils » refusent vraiment Tadoration qui est marque d'honneur, )> on connaît qu'ils font le contraire, à savoir qu'ils disent » injure aux saints. »
Suivant cette doctrine, nos adversaires ont écrit plusieurs livres de Cultu imaginum, du Service religieux des Images. Le cardinal Bellarmin, au chap. XXII da livre des Images, veut que les images soient adorées non-seulement à cause de ce qu'elles représentent, mais aussi en elles-mêmes. « L'adoration x> (dit-il) a ordinaire qu'on rend aux images » externes est en elles-mêmes, et proprement. » Et au chap. XXI, il pose en grosses lettres cette maxime, que <t les images de Christ et jdes saints doivent être vénérées, n non-seulement par accident et improprement, ûiais en » elles-mêmes et proprement; tellement que la vénération » se termine en l'image considérée en elle-même, et nonm seulement en ce qu'elle représente son exemplaire. » '
Le jésuite Grégoire de Valence, au deuxième livre de l'Idolâtrie, chap. Vil, a ces mots : a II n'y a point d'absurdité » à penser que saint Pierre ait voulu dire que quelque » service religieux des simulacres (qui sont les sacrées y* images) est bon, quand expressément il a voulu détour-
^ Ut etiam mec judicio cum sanctis Evaugeliis et veneranda cruce aequivaleant.
* Ecclesia sentit non omnino esse corporis expertes et invisibiles, verùm tenui corpore pracditos aereo sive igneo.
' Imagines Ghristi et Sanctoruni venerandse sunt non solùm per accidens, vel impropriè, ita ut ipsse terminent venerationem ut in se considerantur, et non solum ut vicem gerunt exemplaris.
» ner les fidèles du culte illicite des idoles. » *■ Sa raison est : puisque saint Pierre défend le culte illicite des idoles^ c'est signe qu'il y en a un licite.
Voici pire, et pour faire hérisser les cheveux. Le jésuite Vasques soutient que toutes choses, même les inanimées et irraisonnables, peuvent être adorées avec Dieu comme étant son image. Tellement que, selon l'opinion de ce docteur, ^ on peut adorer une grenouille et une souris, en les considérant comme images de Dieu, et comme Dieu étant présent en elles. Même il va jusqu'à soutenir qu'il est loisible aux chrétiens d'adorer un fétu, a En vain » (dit-il) les D WiclefiTites objecteraient aux chrétiens servant les images » qu'ils pourraient aussi bien adorer un fétu de paille, parce » qu'il y apparaît quelque trace de la Trinité ; car Léontius » eût volontiers confessé touchant un fétu de paille ce quMl )> eût confessé de toute autre chose, tant s'en faut que cela » doive être trouvé absurde. »
Puis donc que les docteurs mêmes sont frappés d'un tel aveuglement, ce n'est point de merveille si la superstition du peuple après les images est furieuse ; car on se prostefne devant les images, on leur allume des cierges, on les charge d'habits précieux, on leur porte des offrandes. Le peuple, au commencement du carême, va en procession à l'image de Notre-Dame pour avoir permission de manger du beurre. Les bonnes femmes frottent leur chapelet contre le pied d'une image, puis le baisent. Plusieurs fid^èles, qui sont l'image vivante de Dieu, ont été brûlés pour ne s'êti^e voulu
* Edit, Paris, pag. 1610. Née absurdum putaveris B. Petrum insinuasse cultum aliquem simulacroruin [nempe sacrarum iihaginmn] rectum esse, cùm fidèles nominatim ab illicitis idolorum cultibus deterrere voluit.
i Vasques de jtdoratione^ lib. 3, disp, i, c. % p, 458, excusus Moguntiœ, an. 1601, in-8. Non solùm imago depicta, et res sacrs authoritate publica in cultum Dei exposita, sed qusevis etiam alia rea mundi, sive inanima et irrationalis, sive rationalis ex natura rei, et secluso periculo rite cum Dec sicut imago ejus adorari potest. Ibid. § 8, p. 455. Quid, quaeso, obstare potest quominus quameunque rem mundi cum Deo qui in ea est secundum essentiam, et quam continua sua virtute conservât , secluso periculo adorare et colère possimnftt
prosterner devant les images mortes des hommes. Le catéchisme du concile ^ de Trente trouve bon que , devant limage d'un saint ou d'une sainte , on dise a Notre Père qui » es dans les cieux. » C'est chose ordinaire de parler à du bois et à une imago peinte comme si elle entendait. Il y a des oraisons particulières qui se font à l'image du visage de Jésus-Christ empreinte sur un linge, où les mots s'adressent directement au linge peint et à l'image, et ne peuvent convenir à Jésus-Christ. L'oraison dit : « Je te salue, ô sainte m face du Rédempteur [ imprimée en un linge blanc, donnée D à la Véronique en signe d'amour ; purge-nous des vices, » et nous joins à la société des bienheureux. 0 béate image » et heureuse figure! fais-nous voir la foce de Jésus- » Christ.» * Avec pareil abus, quand on lève l'image de la croix, on dit : Àve lignum iriumphalej a Je te salue, bois D triomphal. » Et : 0 ave cruœ spes unica, « Je te salue, croix T» unique espérance , augmente la justice aux fidèles et » donne pardon aux coupables. y> Cet abus commençait déjà à fourmiller dans l'esprit de quelques particuliers du teftips de saint Augustin, desquels il parie ainsi au cbap. XXXIV du premier livre des Mœurs de l'Eglise catholique: «Je )» sais qu'il y a plusieurs adorateurs de sépulcres et peintu- » res ; j'en sais plusieurs qui boivent hcencieusement sur j> les morts. y> *
Contre un abus si prodigieux et un aveuglement si lamentable, nous avons le commandement de la loi de Dieu, que nos adversaires ont retranché de leurs heures et offiees : a Tu ne te feras image taillée, ni ressemblance aucune des » choses qui sont là-haut dans les cieux, ni ici-bas en la )> terre, ni dans les eaux dessous la terre ; tu ne te proster-
^ Cap. de Ùratione. VÀ\m ad imaginem sancti alicujus oratioBein dominicain pronunciat, ita tu m sentiat se ab ilio petere ut secum oret.
* Salve, sancta faciès nostri Redemptoris, in qua nitet species divini splendoris, impressa panniculo nivei candoris. Salve, vultus Domini, imago beau. Nos deduc ad propria, ô felix figura, ad videadom faciem quse est Christi para.
> Novi muitos esse sepulcrorum et picturarum adoratores , novi miûtm qui super mortuos iuxuriosissimè bibant.
> Deras point devant icelles et ne les serviras.» Cette parole, )rononcée avec foudres et éclairs, foudroie encore l'idolâ- :rie et éclaire les ténèbres. Ainsi Jésus-Christ disait au diat>le : « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et à lui SEUL tu 9 serviras. » (Voy. Lévit. XXVI, 1.)
Contre cette parole de Dieu si claire et accompagnée de menaces horribles, nos adversaires se couvrent de menues raisons, comme on se cache en l'eau contre la pluie.
1. Ils contestent sur le mot d'idole et d^image, mais leur Bible même traduit « Image taillée et représentation, d Puis la défense générale de faire aucune ressemblance des choses qui sont au ciel ou en la terre, qui est ajoutée, bouche toutes échappatoires.
2. Item ils disent qu'ils réservent à Dieu Vadoration de latrie, et défèrent aux saints et à leurs imagés l'adoration de (iulie, qui est un service religiejix Inférieur; mais la Parole de Dieu ne parle que d'un service religieux, et icelui déféré à Dieu seul. Quant la défense d'adorer les images est générale en la loi, ce n'est point à l'homme d'y apporter des exceptions et restrictions tirées de son cerveau. Telles distinctions sont recevables quand elles sont contenues en la Parole de Dieu. C'est au législateur et non aux sujets d'apport€$r des exceptions à la loi. Or, nos adversaires n'apportent aucun passage de l'Ecriture, ni aucun commandement de Dieu, ni aucun exemple qui approuve ou établisse en aucune façon l'adoration religieuse des créatures. Mais, au contraire, en l'Ecriture ce service religieux, que nos adversaires appellent dulie, est expressément réservé à Dieu seul, avec défense de l'attribuera autre qu'à Dieu. Aiosi, au premier livre de Samuel, chap. YII, il y a au grec Itoc/mkhcts
rkç xotpBlxç b/Âtév icpbç xOpcoy , xocl SouXtùvart âurft» /u^vw, ^ DiS-
» posez VOS cœurs vers le Seigneur, et rendez dulie à lui » seul, p Et l'Apôtre, aux Galates, chap. lY, vers. 8 : t6t< /lïv
lux tiSàrti rbv Gsàv l^ouAeujare roU ^^ ^U7(c oxrnt BtoXi. H LorS-
0 que vous ne connaissiez point Dieu , vous rendiez du- » lie, c'est-à-dire vous serviez à ceux qui de leur nature 0 ne sont point dieux.» Au contraire, l'Ecriture, par «la- 0 trie, 9 entend le service qu'on rend aux hommes. Comme au chap. XXVIILdu Deuleron., vers. 48:i«TffMr«gT^c hfie^t
(ToO, « Tu rendras latrie ou service à tes ennemis. » Même quiconque entend la langue grecque, sait que latrie est moins quedulie, parce que latrie signifie simplement service d'honneur et révérence et de sujétion ; mais dulie emporte outre cela la servitude d'esclave. Saint Augustin, voirement au vingtième livre contre Faustus Manichéen, chap. XXI, et aux questions sur Genèse, livre premier, cbap. LXI, se sert de cette distinction, mais en un autre sens que nos adversaires; ^ car il dit que «dulie » se rend aussi aux hommes vivants , et par conséquent par le mot de « dulie» il n'entend point un service de religion. Mais quand ee docteur, par le mot a dulie, d entend un service de religion, alors il soutient que la « dulie » doit être rendue à Dieu. Voici ses mots au livre des Questions sur Exode, question 94 : « Dulie est due à Dieu comme à celui qui est » maître; et latrie est due à Dieu en tant'qu'il eai Dieu. » ' Et au livre de la Vraie Religion : a Nous honorons les saints » en les aimant, mais non en leur rendant services. » * Par ces mots il ôte aux saints la dulie; car a dulie» signifie « service.» Et au bout, qui ne voit la perversité de cette procédure? Après avoir supprimé le second commandement de la loi, si quelqu'un vient à le mettre en vue au peuple, on lui jette dans la vue une distinction fourchue de paroles de mauvais grec, que le peuple n'entend pas, et que \es savants savent être mal prises, émouvant une nuée de poudre avec leur latrie, dulie et hyperdulie, afin de se sauver dans cette obscurité. Vouloir éclaircir- et interpréter un commandement clair par une distinction obscure, c^est vouloir blanchir la craie avec du charbon.
Que si ces deux sortes d'adoration religieuse sont reçues, les preuves dont l'Ecriture se sert pour prouver la divinité de Jésus-Christ deviendront faibles et inutiles.
^ Augustinus , quœst. in Levit., qu, 66. Servira hominibus qoo servi serviunt, quod non est AarpcUiv, sed SovXtUw^ Scriptura noa prohibet.
* AouAiioe debetur Dec tanquam domino : Xarptlat ver6 non nisi Dec tanquam Deo.
' flonoramuâ eoa cb%ntate> non servitute.
€omine quand rAp(^tre, aux Hébr., chap. I, prouve la divinité de Jésus-Christ, parce qu'il est écrit de lui : « Que D tous les anges du ciel Tadorent ; » les ennemis de la divinité diront qu*il est parlé d'une adoration inférieure, et qui petit être déférée à la créature.
4. Item ils disent que Thonneur qu'on fait aux images tourne à l'honneur de la chose représentée, c'est le langage de tous les idolâtres ; ainsi parle la mère de Mica au chap. XVII des Juges, se proposant de faire une image de fonte en l'honneur de Dieu: «J'avais» (dit-elle) «entièrement dé- » dié de ma main cet argent à l'Eternel pour mon fils, pour » en faire une image taillée. » Et Mica là-dessus se promet que FEternel le bénira. Appert, par les 5 et 6" vers, du chap. XVIil, que les prières faites devant cette image s'adres* saientà Dieu. De cette même excuse se sert un païon%'agenouillant devant une image, en saint Augustin, sur le Ps. CXIII : «Je ne rends point de service à l'image, mais par » l'effigie je me représente la ressemblance de la chose que 9 je dois adorer. »
5. Que si vous considérez quels honneurs on rend aux images des saints, vous trouverez que l'honneur se fait pror prément à l'image, et que le saint n'en est pas plus honoré, et que Bellarmin a raison de dire que l'image est vénérée i cause d'elle-même ; car, quand on habille une statue, le saint n'en est pas mieux orné : si on fait des offrandes à l'image, le saint n'y a nulle part; si on éclaire Timage de chandelles, Te saint n'en est pas éclairé. Que si quelqu'un parle à une image, le saint ne s'en estime non plus honoré que le roi s'estimerait honoré si on parlait à son portrait.
6. L'abus est évident en ce que nos adversaires, pour se développer eux-mêmes, entortillent des paroles non intelligibles, nous bâillent une adoration de latrie, unededulle, une de hyperdulie , et chacune de celles-là ou absolue, ou relative, tellement que ce sont six sortes d'adoration religieuse, que le peuple n'entend ni ne pratique ,- lequel, so prosternant devant une image , y porte toute sa dévotion, et ne coupe point son intention en tant de pièces.
Quiconque entrera en Texamen de ces adorations trouvera qu'il y a non-seulement de la fraude et embarras Inu-
tile, mais aussi de Tineptie manifeste ; car le dernier refuge de nos adversaires est de dire que Tadoration des images est une adoration relative et qui a égard à la chose représentée par rimage. Mais cela n'est rien dire; car adorer relativement une image, est toujours adorer nipage; et adorer «ne statue ayant égard au saint qu*elle représente, n'est pas adorer le saint. Et de fait , puisque Fadoration de rimage est relative, mais l'adoration du saint est absolue et non relative, il s'ensuit que Tadoration du saint et l'adoratioD de son image sont deux sortes d'adoration. Qui plus e8l,8i celte adoration relative est reçue, il n'y a créature au monde qu'on ne puisse adorer : on adorera le soleil et la lune , les animaux et les plantes, en disant que cette adoration est relative à Dieu, et qu'on les adore à cause de celui quiksa créés et ayant égard à lui.
7. Joint que toutes ces distinctions tendent seulement à montrer quelle est l'intention de l'Egtise romaine , mais non à fonder cette intention sur la Parole de Dieu , ni à montrer que Dieu ou les saints approuvent cette adoration relative; car quand même il serait loisible d'adorer les saints, encore avant qu'adorer leurs images d'adoration relative, il faudrait être assuré que les saints veulent être ainsi honoré$ ; vu qu'il n'y a point d'apparence qu'un roi s'estimât honoré par celui qui ferait la révérence à son portrait , ou qui parlerait à son manteau, quoiqu'il dit que cet honneur est relatif, et que cette révérence est respective.
8. Us ajputent que si l'outrage fait à l'image redonde sur celui qui est représenté par l'image, il s'ensuit par la raison des contraires que l'honneur fait à l'image tourne à Thonneur de celui qui est* représenté par Timage. Je réponds qu'il est faux que l'outrage fait à l'image redonde toujours sur celui qui est représenté ;car souvent celui même qui est représenté hait sa représentation. Ainsi le roi ordonne que son image, imprimée sur un faux aloi, soit ciselée et fondue. On adorait le serpent d'airain en l'honneur de Dieu, et néanmoins Ezéchias fit bien de rompre ce serpent ; car il n'est pas croyable que ceux qui vénéraient ce serpent d'aîraio crussent qu'une pièce de cuivre fût le Dieu souverain ; mais
il lui déféraient une> adoration inférieure en mémoire de la vertu que Dieu y avait déployée.
9. Ils n'amendent nullement leur marché en disant qu'Us ne vénèrent pas les images des faux dieux comme faisaient les païens ; mais les images des amis et serviteurs de Dieu. Car il ne faut transporter le service religieux dû à Dieu seul, non plus à ses amis qu'à ses ennemis. Si c'est mal fait d'honorer les choses mauvaises, ce n'est point mal fait d'abuser des choses bonnes, et se servir des amis de Dieu pour le provoquer à jalousie. Et de fait, l'idolâtrie est appelée adultère en l'Ecriture; or, unefemme n'est pas moins coupable pour ne se prostituer qu'aux amis de son mari. Cette excuse donc sera recevablc quand ils auront montré que Dieu veut qu'on adore les images de ses serviteurs.
10. Ils allèguent aussi un tas de faux miracles faits par les images. Mais quand même ils seraient vrais , faut-il adorer tout ce par quoi Dieu a fait des miracles? Il fallait donc adorer la mâchoire d'âne, dont se servit Samson, et la verge de Moïse, et l'eau du Jourdain qui guérit Naaman, et plusiettrs choses semblables.
df . Dépouillés déraisons, ils ont rjecoursà TEcriture, espérant qu'elle leur servira sans raison. Le ^ concile de Nicée et le pape Adrien , qui a fait un traité exprès pour la défense de ce concile, amassent avec une subtilité récréative force passages de l'Ecriture pour l'adoration des images. Au deuxième livre des Cantiques il est dit : « Montre-moi ta D face, et me fais ouïr ta voix. » Au deuxième livre de la Genèse il est dit, que «Dieu a créé l'homme à son y> image. » Et au chap. XXXII de la Genèse, Moïse adore Jethro, son beau-père. Au seizième livre aux Rom., saint Paul dit que u Toutes les choses qui sont prescrites sont )» proscrites pour notre endoctrinement. » Et au Ps. XLYII : « Comme nous avons ouï , ainsi nous avons vu. » Et au chap. XVllI de saint Luc : Nul, aprè^ avoir allumé » le chandelle, ne la couvre du boisseau. » Sur ces passages, ces vénérables Pères fondent Tadoration des images. Ils ont oublié le combat de Goliath et les renards de Samson ; car cela pouvait être aussi employé à propos pour te«
images. Quiconque ne reconnaît point l'absurdité de ces preuves est plus aveugle que les images.
12. Les nouveaux venus se servent d'autres armes. Bellarmin, au chap. Xil du livre des Images, dit que les Juifs adoraient les chérubins posés sur l'arche. ^ 1. Si cela est vrai, il faut que Dieu Tait commandé ; mais cela ne se trouve point. 2. Item si les Israélites ont adoré les chérubins, ils ont, à plus forte raison, adoré les anges fîgurés (comme oo veut) par ces chérubins, ce qiie nous avons montré ci-dessus être îaui. 3. D'abondant, si les Israélites ont adoré les deux chérubins posés sur l'arche, il faut que ces chérubins aient été images de certains anges, de peur d'adorer ce qu'ils ne connaissaient point. Ainsi en l'Eglise romaine on ne révère aiH cune image dont on ne sache le nom, et qui est le saint qui par lé est représenté ; mais ces chérubins n'avaient point de nom, et n'étaient la figure d'aucun ange particulier. Les servir eût été servir le chérubin inconnu, comme à Athènes on servait le Dieu inconnu. 4. Ajoutez à cela que si les Israélites adoraient ces images, il fallait qu'ils les vissent. Or, les chérubins étaient enfermés au sanctuaire, et le peuple ne les voyait point, non plus que ceux qui étaient peints dans les courtines au lieu saint. Depuis Salonion , par plus .de cinq cents ans le peuple ne les avait point vus. Dieu, en les ôtant de devant les yeux du peuple, avait obvié à l'idolâtrie. 5. Finalement, posé le cas que le peuple adorât Tarcl^ (ce qui néanmoins est faux), si est-ce que de là ne s'ensuivrait pas que ce peuple ait adoré tes chérubins posés sur l'arche. Celui qui salue le roi, salue-t-il son chapeau ou sod habit? il n'y a ni raison ni apparence.
13. Enfin, déchus de toutes leurs preuves, ils ont recours à deux insignes falsifications de l'Ecriture. Ils diseut qu'au Ps. XGXVIH, vers. 5, il y a : a Adorez l'escabeau de ses y* pieds. » Dont ils tirent cette conséquence ridicule : qu'il faut adorer les images. Mais il y a, selon l'hébreu : « Adorez » vers l'escabeau de ses pieds.» Ainsi est appelé le lieu saint, vers lequel le peuple tournait la face en adorant. Eq méoie
^ Imagines Chérubin super arcam existentes necessâri6 adon- Jbântur ab iis qui arcam adoi^bdxA.
façon et en mêmes termes qu'il est dit au detnier verset du même Psaume : « Adorez vers la montagne de sa sainteté. » Le Paraphraste Chaldaïque traduit ainsi , Nicolas de Lyra, Pagnin et Arias Montanus de même. Bien est vrai qu'adorer Dieu, et adorer ou se prosterner devant Dieu sont une même chose. Et même quand il s'agit de Tadoration civile, adorer le roi ou se prosterner devant le roi est tout un. Mais quand il s'agit des choses inanimées, se prosterner devant un autel ou devant une montagne, n'est pas adorer Tautei ou la montagne; surtout en matière d'adoration religieuse, laquelle Dieu s'est réservée à lui seul, et qui est réglée par son commandement.
14. Avec pareille fausseté et à même fin on allègue le 21* verset du chap. XI aux Héhreux, où il est dit, selon la version de l'Eglise romaine, que Jacoh mourant a bénit chacun » des fils de Joseph et adora le litput de son bâton.»^ Mais il y
a au grec 7rp09sx^v]7et ini rà àxpov rfiç px^S^oO^ùrou, « il adora SUf
» lehout de son bâton. » Le second concile de Nicée, en la 2* Action, traduit fidèlement : Jacob in summilate virgœ adora^' vil, et non summilalem. Saint Augustin même au 1*' livre des Questions sur la Genèse, quest. 162 : Jac(A adôravil «mpra capilevirgœ suœ, a Jacob adora sur le bout de son bft- 9 ton. n Ribera et Emmanuel Sa, jésuites, sur ce passage traduisent comme nous ; car la chose est claire comme le jour, et la falsification du passage évidente.
l>e l'adoratî<m de la croix. Ztem du signe de la eroîz en l'air.
La croix de Christ est la gloire des fidèles, l'appui de leur espérance et'leur principale consolation. Cette croix est la terreur des diables, la vi(;toire des enfers, la mort de la mort éternelle. Elle est le corps des ombres de la loi , la vérité des figures, la substance des prophéties, le fondement de l'alliance de Dieu, le sommaire de l'Evangile. Car en cela gît notre savoir^ de connaître Jésus-Christ, et icelui crucifié. Cette croix vaut mieux que les couronnes. des rois : les
^ Adoravit fastigium vîrgae ejus.
souffrances du Fils, de Dieu surpassent les triomphes des monarques ; sa mort vaut mieux que la vie de tous les hommes.
Mais par la croix de Christ j'entends non une pièce de bois, mais les souffrances et la passion du Sauveur: «car » le bon plaisir du Père a été de réconcilier par hii toutes » choses à soi, ayant fait la paix par le sang de la croix » (Goloss. I). Dieu a lavé nos âmes en son sang et enseveli nos péchés en sa mort. Il n'y a rien de plus doux à dos con* sciences que la souvenance de cette amertume^ rien de plus honorable que cet opprobre.
Les anciens chrétiens dès le temps de Tertuliien, c'est* à-dire deux cents ans après la naissance du Seigneur, se marquaient le front du signe de la cro», pour témoigner qu'ils n'étaient point bonteux de la croix de Christ. Peu de siècles après on est venu à en peindre la figure. Le Imbmrum ou étendard de guerre des empereurs romains, même avant Constantin, était formé en croix,* mais Constantin y ajouta le nom de Christ, ce qui a fait dire à quelques-uns que Constantin avait arboré à son étendard le signe de la croix. Les rois ont empreint ce signe sur les monnaies , et l'ont élevé .dans les enseignes des navires des chrétiens. Jusquelà il n'y a rien qui ne puisse être bien pris.
Mais selon que la dévotion dégénère incontinent en superstition , chaque siècle ajoutant toujours quelque chose de nouveau, depuis qu'une fois on a pris la prudence ou la bienséance pour règle, au lieu de s'assujettir à la Parole de Dieu, ce signe de croix, Jant en l'air qu'en peinture, a insensiblement changé de nature. On a commencé à faire le signe de croix en l'air par forme de conjuration, pour chasser les diables ; et à faire sur l'hostie et sur le calice multitude de signes de croix par un nombre précis et réglé : si un prêtre faillait au nombre, le mystère serait gâté. Le pape Innocent III, au 2* des xMystères de la messe, chap. 58, dit ^ que le prêtre fait des signes de croix sur l'hostie |KHirré-
^ Effîcit super ea cruels signaculum ut per crucis virtutemomiies conatus diabolicae malignitatls eflfugiat, ne contra sacerdoteçi vel sacriûcivuoi aliquo modo prsevaleat.
sîster à Teffort des diables, de peur qu'ils ne prévalent contre Le prêtre ou contre l'bostie, qui est Jésns-Cbrlst si on le croit. Ce secours vient fort à propos à Jésus-Christ. Ce n'est pas un petit bienfait qu'un prêtre défende son Dieu avec des signes de croix en l'air coHtre Teffort du diable.
Avec un abus encore pire, on adore de petits morceaux de bois qu'on dit être du bois de la vraie croix, d'adoration de latrie, c'est-à-dire de l'adoration souveraine qui appartient à Dieu seul, ^ comme enseignent quasi tous les docteurs de l'Eglise romaine. Même on adore l'image de la croix d'adoration religieuse, comme dit le cardinal Bellarmin au 30*^ chap. du livre des Images : ^ a Nous adorons toutes les » croix, parce qu'elles sont toutes images de la vraie croix.» Voire les croix simples sans crucifix : a Nous adorons (dit-il) » la croix même sans Christ crucifié. » Pourtant aussi on lui offre de l'encens, comme on voit au Pontifical. Et quand on élève la croix , on dit : Ecce crux, adoremus. Même on parle au bois de la croix en disant : Ave lignum Iriumpkaie^ a Dieu te garde, bois iriumphal. « Item , O ave, erux $pei ttfiica, auffe pii$ jwsliliam, reisque dona veniam, a Je te salue » croix, notre unique espérance, augmente la justice aux » fidèles, et donne pardon aux coupables. » Faut noter qu'on n'adore point l'image de la croix qu'après qu'elle a été consacrée, et que celui même qui l'a consacrée l'adore incontinent après , comme enseigne le Pontifical au chapitre de la Bénédiction d'une nouvelle croix; et qu'en bénissant cette croix il demande à Dieu que ce signe de croix soit un remède salutaire, la rédemption des âmes et une défense contre les flèches des adversaires. ^
Nous donc qui, par tant d'afflictions et persécutions, avons appris à porter la croix de Christ et à nous glorifier
1 Thomas, Zpart.y qu. 8, art. 3 0f 4, et Cajetanui in Thomam ibidem. Alex. 3 part., qu. 30, ari, ult. Bonaventura, JUarcellut» Almajn, Carthusianus, Capreolus in 3 dist, 9. Henricus guocttfbetj ico. 10, 4, 9. Nanclantusin Episi ad Rom., cap, 1.
< Omnes cruces adoramus quia omnes sunt imagines verae crucis.
' Hoc sigmim crucis tuse sit remedium salutare generi humano, sit soliditas fidei, profectus bonoruua, operum redemptio animarumt solatium et protectio ac tutela contra sseva jacula inkokonooi.
de son opprobre, et qui disons avec l'Àpôtre aux Galates, chap. Yl : « «fa ne m'advienne que je me glorifie sinon en la » croix de notre Seigneur Jésus-Christ, par lequel le monde » m'est crucifié, et moi au monde, » avons à cause de l'abus laissé le signe de la croix en Tair, non comme mauvais de sa nature, mais comme non nécessaire et non pratiqué ni commandé par Jésus-Cbrist ni par les Apôtres. Car nous croyons que les choses nécessaires no doivent être abolies pour quelque abus qui y soit survenu ; mais, qu'elles doivent être rétablies en leur ancienne pureté. Mais quant aux choses non nécessaires qui, par la ruse de l'ennemi, sont devenues précieuses, c'est prudemment fait de les ôter, afin d'arracher à Satan les outils dont il s'est servi pour séduire, puisque Ijs service de Dieu demeure entier sans cela. Le signe de la croix ne nous est point odieux; mais l'infirmité humaine nous est suspecte. Ayant par expérience reconnu le lieu où Satan tend ses filets, nous prenons autre chemin. Pour même raison, nous ne peignons point le signe de la croix en nos églises, sachant combien ce pas est glissant et ce lieu penchant vers l'idolâtrie; et ne sommes curieux à rechercher des lopins de la vraie croix, sachant combien en cela l'imposture est aisée et la superstition crédule, et les effets dangereux , jusqu'à adorer un morceau de bois de l'adoration qui est due à Dieu seul.
3. Pour donc commencer par l'adoration des morceaux de la croix, Tapôtre saint Paul aux Romains, chapitre lY, dit que « tout ce qui est sans foi est péché; » et dit cela touchant l'usage des viandes, auquel, pour ne pécher point, il veut que l'homme en use eu foi, c'est-à-dire avec assurance que Dieu a agréable ce que nous faisons, et que cela n'est point contraire à sa Pjarole ; à plus forte raison faut-il avoir cette assurance en matière d'adoration, et quand il est question de déférer un service religieux à la créature : or est-il impossible que celui qui adore un copeau de bois l'adore avec cette assurance. Car, premièrement^ comment sera~t-il assuré que ce copeau de bois soit de la vraie croix? vu que si tout le bois de la croix qu'on garde aujourd'hui en reliques et que les particuliers porteat était ramassé, il y en aurait assez pour charger ciih
quante charrettes, vu principalement que de ce bois un trafic tout public s'est exercé du temps de nos pères, et que ce bois s'est débité comme une marchandise. En Tan 1239, Jean de Brennes, se disant roi de Jérusalem, ayant besoin d'argent, vendit à grand prix au roi Louis neuvième, prince débonnaire, justicier et religieux selon le temps, mais aisé à circonvenir, la couronne d'épines, et aux Vénitiens la vraie croix, lesquels la revendirent le double audit roi Louis, qui pour ces reliques a fait bâtir la Sainte- Chapelle du Palais de Paris.
Secondement, il est impossible d'adorer des morceaux de bois avec assurance que Dieu ait cette adoration agréable, vu que Dieu ne Ta point commandée, et n'y en a un seul mot en sa parole; vu même que Dieu a défendu d'adorer et servir autre que lui , comme nous avons prouvé en la section précédente ; et que les prophètes condamnent partout ceux qui adorent le bois ou la pierre.
5. Joint que si un morceau qu'on présuppose par conjecture être de la vraie croix doit être adoré de service religieux , à plus forte raison la croix entière : et si aujourd'hui un morceau de bois vermoulu doit être adoré, à plus forte raison la croix entière lorsqu'elle était debout et encore sanglante et chaude du sang de Christ ; et toutefois les Apôtres ne l'ont point alors adorée, ni commandé aux fidèles de l'adorer. 11 leur était aisé de couper chacun un copeau de ce bois pour le porter sur soi et s'en servir de préservatif contre le mauvais air, contre les foudres et contre les diables. Mais ils ne s'en sont point avisés. Ainsi nonseulement eux, mais aussi les chrétiens après eux par trois cents^ans entiers ont laissé cette croix , sans se mettre en peine de la chercher. Certainement nos adversaires, avec leur diligence scrupuleuse, accusent les Apôtres de mépris et de négligence.
Bellarmin, au livre des Images, chap. XX et XXII, a bien vu qu'en ceci il y a de l'abus, et s'oppose à cette multitude de docteurs qui veulent que la croix soit adorée d'adoration de latrie, qui est due à Dieu , mais veut que la croix soit adorée d'adoration inférieure, faisant par ce moyen Tadoralion de la croix être une autre adoration que celle doat
on adore le crucifié, lequel doit ^tre adoré d'adoration sonveraine. Joint que par là il brouille l'imaginattoa du peuple, lequel , adorant la croix , pense ne faire qu'une adoration ; mais Bellarmip veut qu'il en fasse deux en même temps , et coupe sa dévotion en deux pièces. Et, quelque chose qu'il dise , adorer la croix d'un service religieux inférieur est toujours déférer un service religieux à la créature, et encourir les peines portées par la Loi de Dieu contre ceux qui servent à la créature au lieu de servir à Dieu seul.
Ne sert de dire que le bois de la vraie croix eat adoré parce qu'il a touché le corps de Jésus-Christ. Si cela est, la partie de la croix qui a touché le corps du Seigneur doit être plus adorée que celle qui ne l'a point touché ; et faudra, par même raison, adorer la terre sur laquelle Jésus-Christ a marché, et la rivière où il a été baptisé, et les mains de ceux qui l'ont souffleté, et même la bouche de Judas, qui l'a baisé. Et faudrait avoir là-dessus quelque commandement de Dieu d'adorer les choses qui ont touché le corps du Sei« gneur.
Certes, si le corps du Seigneur, par son attouchement, a sanctifié les choses inanimées jusques à les rendre adorables, beaucoup plus eût-il sanctifié ceux qui, portés d'amour envers lui, l'eussent touché. Pourquoi donc eût-il privé Marie Madelaine de cette grâce, lui disant : « Ne me touche point» » car je ne suis encore monté à mon Père? » (Jeaji XX, 13). L'Eglise romaine n'adore point les calices vides » encore qu'elle croie que le sang de Jésus-Christ ait été dedans. Elle n'adore point le prêtre, lors même qu'elle croit qu'il a Jésus-Christ dans son estomac. Et certes, après la mort d'un ' prêtre, c'est merveille que sonjestomac, qui a été le domicile ordinaire de Jésus-Christ, n'est mis en reliques, et n'est consacré par cet attoucbenient.
Quant à l'adoration de l'image de la croix, nous l'avons déjà convaincue d'idolâtrie par tout ce que nous avons apporté contre l'adoration des images. Que s'il y a de l'idolâtrie à adorer l'image d'une chose vivante et animée, beaucoup plus à adorer l'image d'une chose inanimée» et voudrais bien savoir à qui on parle , quand on dit , en l'Eglise romaine: a Je te salue, bois.» Parle-t-on à Jésus-Christ?
maïs Jésos-Cbrist n'est pas du bois. Parle-t-on à du bois? mais ce bois n'entend point. Parle-t-on à ce bois en l'bonneur de Jésus-Cbrist? mais ce à quoi on parle en l'honneur de Jésus-Christ doit entendre ce qu'on lui dit : nul, s'il n'est insensé, ne parle au bois de la chaire du roi en Thonneur du roi. Mais surtout il serait digne d'être lié des liens d'Hippocrate, s'il parlait à une chaire en peinture, et lui faisait la révérence. C'est ce qu'on fait en l'Eglise romaine, où nonseulement on parle à la croix, mais aussi à l'image de la croix, en l'adorant.
Bref, faut toujours revenir au commandement de Dieu et à la défense de faire image ni ressemblance des choses qui sont au ciel ou en la terre, et se prosterner devant elles, et leur rendre aucun service.
Sur cette coutume de porter un nK>rceau du bois de la vraie croix, notez, en passant, que le naturel des ftiusses religions est de changer les vertus en mines, et la piété nécessaire en cérémonies superflues. Ainsi, pour obéir au commandement du Sauveur qui veut que nous portions sa croix , en l'Eglise romaine on porte un morceau de bois pendu au col. On porte la croix flottante sur le ventre « mais ce ventre est ennemi de la croix de Christ. Mais quant à la vraie croix dont Jésus-Christ parle , qui est l'affliction pour l'Evangile, l'Eglise romaine nous la fait porter, persécutant ceux qui disent que la croix de Christ est notre seule satisfacti<iD, notre seul mérite, notre seul sacrifice propitiatoire.
l>ef reU(|aef et de leur adoration.
Sect. CXXII. Notre différend n'est pas s'il faut garder avec honneur les reliques des saints, ou si leur sépulcre doit être en lieu décent, et leur mémoire honorable. Cela est hors de dispute. Car si nous visitons avec .une curiosité louable les sépulcres des anciens empereurs païens et personnages célèbres ou en vertu militaire ou en savoir, et en cela la curiosité n'est point blâmée, combien plus verrions-nous volontiers les tombeaux des Apôtres, et de ces organes du Saint-Esprit , qui parlent encore a|}rè& tost
mort? Que si leurs sépulcres étaient en lieu malhonnête oo exposés à l'insulte et à la risée des inGdéles , ce serait un office pieux et une bonne œuvre de les transporter en quelque lieu plus bonnéte et plus sûr. Que si Vigilance a dit que les os des saints doivent être rejetés à la voirie „ et si Jérôme a rapporté au vrai et sans passion Topinion de ce personnage, il n'y a pas un de nous qui n'ait des paroles si profanes en abomination. Vrai est que nos adversaires nous objectent que durant les troubles et guerres civiles nous avons brûlé les reliques des saints et fondu les châsses où elles étaient encloses. Mais quand même ces reliques eussent été vraies et dignes d'adoration , si est-ce qu'ils ont tort dUmputer à la religion ce qui s'est fait par l'insolence de quelques soldats, desquels une bonne partie , étant de l'Eglise romaine, et servant au premier venu, portait parmi les nôtres la licence pour avoir part au butin, ils se devraient aussi souvenir que ces choses se faisaient pour revenge des massacres et brûlements , lesquels se sont faits plusieurs années devant que nous eussions pensé à nous défendre. C'est peu de chose de piller des temples, au lieu de brûler et massacrer des fidèles qui sont le temple de Dieu. Et est malaisé depuis qu'une fois on a couru aux armes de retenir des personnes irritées dans les bornes de médiocrité. Mais le principal est que toutes ces reliques qui ont été dissipées étaient de même nature que celles qui sont restées, c'est-àdire fausses reliques de vrais saints, ou vraies reliques de faux saints, qui ont vécu depuis peu, et qui doivent au pape la qualité de saint; lesquelles, si ceux qui les' servent avaient ensevelies sous une perpétuelle oubliance , ils auraient guéri la chrétienté d'une grande plaie, et aboli une étrange superstition. Joint que par ce dissipement de reliques qu'on nous objecte, le nombre des reliques en est plutôt accru que diminué; car peu après on en a forgé d'autres en plus grand nombre, lesquelles, comme plus nouvelles et moins usées, doivent être de plus grand prix, et avoir plus de vertu. •'
Ici, qui pourrait représenter l'énormité de cet abus? En l'Eglise romaine on adore des os, des haillons, du lait et des cheveux : on parle à ces reliques, on les baî^, on les en*
censé, on leur fait offrande , on les porte en procession. Quand on montre au peuple co qui les enclôt , toujours le bassin est auprès, où chacun met une pièce d'argent. Le sor cond concile de Nicée, tenu l'an 787, en l'Action IV,* veut « que les os, les cendres et les haillons soient adorés, d Bellarmin, au chap. IV du livre des Reliques, appuie l'adoration des reliques sur ces mots de Chrysostôme du sermon sur Juventius et Maximus : a Tumulos marlyrum adoremus, )> ^Adorons les tombes des martyrs; » mettant iiadoremut'» pour « adomemus, » par une insigne fausseté. Le cardinal Baronius, au tome IX, en l'année 821, dit que le pape Clément VIU l'envoya pour reconnaître et adorer le vénérable corps de Cécile.^ Hors le chœur de l'église de Saint-Paul, à Paris, à main gauche, sont dépeints les miracles de saint Roch, avec cette inscription : a qu'on est guéri de la bosse » en adorant son précieux corps. » Le catéchisme du concile de Trente,, en Texposition du troisième commandement, approuve la coutume de jurer par les reliques. Or, jurer par quelque chose, c'est la prendre pour témoin de la pureté de notre conscience, et pour vengeresse en cas de parjure, ce qui ne peut convenir qu'à Dieu, duquel voici le comoiandément, au chap. VI du Deutéronome : a Tu craindras l'E- » ternel, ton Dieu, et le serviras, et jureras par son nom.» C'était là le formulaire de jurement usité en Israël : « L'E- » ternel est vivant , » et a Aussi vrai que Dieu vit , » et « J'appelle Dieu à témoin ; » mais jamais on ne jurait par la créature. Dire que jurer par les reliques , c'est jurer par Dieu qui les a sanctifiées, est une excuse frivole; car, par même moyen, on pourrait jurer par le soleil, et par le ciel, et par la terre, contre la défense de Jésus-Christ, au ch! Y de saint Matthieu, et puis s'excuser en disant qu'on entend jurer par Dieu, qui a créé ces choses. Joint que quand on parle à ces reliques, en les adorant, on leur dit choses qui ne peuvent aucunement convenir à Dieu. Quand on dit :
^ Tom. 3, Conc. Edit, Colon,^ p. lOi. Ossa, cineres, pannes, sangiiinem, sepulcra denique martyrum adoremas.
' § 14. Me tante licet munere indignissimum praemisit explonure et adorare venerandum Caeciliae corpus.
378 BoucuEft
« Dieu te garde, bois triomphal , » on ne parle point à Dieu» lequel n'est pas de bois. Ou si on parle à du hôis en l'honneur de Dieu , il faut toujours que la chose à laquelle on parle en l'honneur de Dieu entende co^qu'on lui dit. L'adoration des reliques doitéfre relative, se disent la plupart de nos adversaires. Adorer donc des reliques n'est pas adorer Dieu , car il faut adorer Dieu d'adoration absolue et pour l'amour de lui-même. Ainsi l'oraison qu'on adresse au fer de lance est couchée en termes qui ne peuvent convenir i Jfésns-Christ, car après lui avoir dit : « Je te salue, fer trîom- » phal» !» on lui demande : « qu'il nous blesse de l'amour de » celui qu'il a percé. » *
A ces reliques, le peuple va avec telle ardeur que le service de Dieu n'est que froideur au prix. Tous les anges ensemble n'ont pas le quart de l'honneur que le peuple de Paris rend aux châsses de sainte Geneviève et de saint Marcel.
Que si on vient à fouiller ces reliques, on admire les ingrédients et la diversité des béatilles. Les cautèlés de It messe ordonnent que si les souris ont mangé le corps da Seigneur, ces animaux soient pris et brûlés, et leurs cendres mises au reliquaire. Le môme commandement est fait touchant le vomissement par lequel le prêtre, par ivrognerie, ou le malade, par Inûrmité, aura revomi son Dieo. A iieauvais, en Beauvoisis, il y a une dent de saint Christophe si grosse, qu'une douzaine de telles dents feraient la gueule d'un four. A Rome, à Saint-Joan-de-Latran , on garde le prépuce de Jésus-Christ. En l'église qui est dans le parc du bois de Vincenncs, on garde de la poudre du manteau de saint Martin et une dent de lait de Jésus -Christ. A Courchiyerni , près de Blois , y a du han de Joseph , c'est-à-dire de son ahanement, quand il fendait du bois. Nos pèlerins rapportent de Galice des plumes des poules de la race du eoq qui chanta quand saint Pierre renia Jésus-Chrisr. Le cardinal Baronius, en l'année 912, parle d'un floquet de la barbe de saint Pierre, qui faisait miracle, « quoique » (dit-il) « ceux )» qui sont assis en son trône tâchent à le ruiner par de
^ In hymne Ave fermm triumphale.— Félix hasta, nos anoreper te Hxi saucia.
» méchantes mœurs. »^ Et ces reliques se gardent depuis tant de siècles sans se corrompre. On voqt que le lait de la Vierge Marie ait duré seize cents ans sans s'en aigrir ; cependant, on voit les hosties, qu'on appelle Jésus-Christ, se moisir en peu de jours, sans que la présence de Jfésus-Cfarist, qui est la vie même, garantisse les accidents de cette corruption ridicule, par laquelle on veut que de la rondeur, de la largeur, de la blancheur et des lifiçnes se moisissent et engendrent des vers; c'est-à-dire que des accideûts se changent en substance. Or, est-ce depuis peu que les reliques sont devenues incorruptibles ; car Grégoire de Toars, sur la fin de son histoire, dit qu'ayant revu les reliques de l'église de Saint-Martin de Tours, il les trouva fort pourries. Mais 4)lusieUrs siècles après, elles étaient tout entières.
De ces reliques, la fausseté paraît non-seulement en l'absurdité, mais aussi parce qu'elles sont contredites par la vérité des histoires anciennes, et même par nos adversaires.
A Chartres , on garde la chemise de la vierge Marie a|h portée en France de Constantinople par Charles-le-Chauve, ce disent ceux qui la gardent , et après eux Fauchet en l'onzième livre de ses Antiquités françaises, chap. 7. liais Charles-le-Châuve ne fut jamais à Constantinople ; et niéme du temps de la vierge Marie on ne portait point de chemise, ce qui causait l'usage des bains si fréquents, à cause de la sueur.
Le concile de Constance.* en la session 10, dit que le dief de saint Jean est au monastère des Nonains de Saint-Sylvestre de Rome i mais Amiens et Arras se Vantent de l'avoir : et saint Jean d'Angeli a été longtemps célèbre pour la même relique.
Qui décidera le procès entre Trêves en Allemagne et Argenteuil près Paris , qui se vantent toutes deux d'avoir la tunique sans couture du Sauveur ? Baronius, en ses Annales en Tan 1052, amène une bulle du pape Léon IX, par la-
1 Quantumlibet ipsi qui supra ejus sedem sedent eam impngiient morUms praTis.
* Tom. 3, Cône. EdU. Colon., p. 813.
quelle il déclare que ceux de Saînt-Denis-les-Pari» s'alNisent de prétendre avoir le corps de saint Denis Aréopagtte, et dit que le corps de ce saint est tout entier à Ratisbonne, à un doigt près.
Tous savent que, du tenips de saint Jean-Baptist^ il n'y avait point d'autel en Jud<>e, fors les deux qui étaient au temple de Jérusalem : ce néanmoins le livre des Indulgeoccs romaines, imprimé à Rome, dit qu'à Saint-Jean-de-Latran est gardé l'autel sur lequel saint Jean-*Rapti8te faisait le service au désert.
Baronius, en sa prolocution sur ses Annales, au tome l*', allègue un pas«age de Cbrysostôme qui dit que la crèche en laquelle Jésus-Christ est né était de terre ce qu'il réfuie, parce que celle qui est gardée à Rome est de bois. ^
Sigonius, au livre 9 de son Histoire d^Italie, dit qu'à Gènes on garde une coupe d'émeraude en laquelle notre Sei' gneur fit sa Sainte-(.ène. Mais Baronius , en Tannée 34 de SCS Annales, $63, dit après Brada que c'était un calice d'argent ayant deux anses, et que l'éponge est daos. le calice.
À Cologne on va adorer les corps des trois rois, qui ne furent jamais. On les nomme Gaspar, Melchior, Balthazar, dont les deux premiers noms sont Allemands. Cette fable est convaincue de faux par toutes les circonstances du tempe, du lieu, et du récit de l'histoire en saint Matthieu, et par toute l'antiquité.
L'Espagne se vante d'avoir à Compostelle en Galice le corp.4 de saint Jacques l'Apôtre, frère du Seigneur, lequel on tient y être mort après avoir converti la reine Lupa â'Espagne et planté le christianisme en Espagne. Mais le pape Innocent P' nie qu'aucun autre Ap6tre ait enseigné dans les Gaules ou en Espagne que saint Pierre. * Et do fait il n'y avait alors ni roi ni reine en Espagne, laquelle
^ § 5. Christi natalis nobilissimum monumentum in ligne confectum, nullaque argent! vel auri caclatura contectum, post multa tempera inde translatum; Roma possidet.
' Dist. 12. Can. Quisnesciat. Legant si in bis provindis nllitt Apostolus invenitur aut legitur docuisse, etc.
était alors tout entière sous Tempire romain. Et la mort de saint Jacques , advenue peu après la mort du. Seigneur (Act. XII), ne lui a donné le loisir de faire de si longs voyages. De ce saint Jacques en Galice les pèlerins rapportent des coquilles , comme de Saint-Claude des sifflets, et de Rome des grains bénits. Est bon là-dessus d'ouïr le jésuite Vasques au .3* livre de TAdoration : « Quant à ce que (dit- ^ il) quelquefois parmi quelques-uns les reliques sont incern taines, cela n'empêche point que nous ne devions servir o-avec révérence celles que nous tenons être certaines par » conjectures et raisons humaines. Bref, tout ainsi qu'en D la première dispute au 3« chapitre, nous avons dit que ce x> n'est pas un péché d'idolâtrie d'adorer un rayon de lu- » mière sous lequel le diable est caché, quand quelqu'un » pense que c'est Jésus-Christ : ainsi si quelqu'un pense » que ce soit une particule de quelque saint, ce qui ne Test » pas ne perd pas pour cela le mérite de sa dévotion. » ^
Georges Cassander, en sa Consultation au chapitre de la vénération des reliques, après avoir dit que jadis, lorsque la mémoire des martyrs était fraîche et leurs reliques certaines., des miracles se faisaient à leurs sépulcres, mais que l'abus s'y est glissé. Que dès le temps de Basile, Ambroise et Augustin, les assemblées aux mémoires des martyrs se sont changées en foires et en fostins, où le peuple s'enivrait. Que, pour amorcer le peuple, on a supposé de fausses reliques et de faux miracles, et que souvent, par illusions diaboliques, les superstitieux ont été abusés. Que des coureurs pour le gain ont fait traflc des fausses reliques. Que la coutume de mettre lea corps des saints sous l'autel s'est changée, et que maintenant on les met sur Tautel. Enfin il ajoute ces mots : a Aujourd'hui que tout sem-
1 ZKjp. 4. Can, 8, § 114. Quod verô apad aliquos incerta aîiquando reliquia sint, non obest quominus eas quas humanis conjecturis et rationibus certas habemus, reverenter colère debeamus. Denique sicut in prima disputatione, c. 3, diximus non esse peccatum idololatrise adorare radium luminis sub quo dsemon delitescat, )uando quis putat esse Christum ; eodem modo si quisputans aliqnam esse particulam sancti, quae rêvera non est, mérite suae devotionis non caret.
yt ble ôtro plein de reliques de saints, il est à craindre que 9 si les évéqiics et les princes prenaient la peine qu'ils doin vent à rechercher et à examiner les vraies reliques, de » grandes et détestables impostures ne se manifestassent, » comme il est advenu en quelques lieui ; et comme jadis » il est arrivé à saint Martin, lequel s'étant transporté en n un lieu de son diocèse, célèbre à cause du sépulcre d'un » certain qu'on disait être martyr, il trouva que le peuple D révérait et fréquentait non le sépulcre d'un martyr, mais • d'un méchant brigand, lequel il fît, incontioent raser et » abattre. »^ Ce témoignage en la bouche de nos adrersaires est fort considérable.
Béfutalîim de octto.adoratkm de relîqacf par la yaioh
de iNea.
Segt. CXXXni. — Outre les passages produits dans les sections précédentes , par lesquels est défendu de déférer aucune adoration ni service religieux à autre qu'à Dieu, il y en a de particuliers pour l'adoration des«reliques«
i. En r Ancien-Testament ou voit que les corps des saints patriarches et prophètes ont été enterrés et mis dans les sépulcres de leurs pères. Joseph mourant ordonne que set os soient gardés jusqu'à la sortie d'Egypte (Gen. LVIII« 2S).
2. Moïse étant mort, Dieu n'a voulu que les Israélites connussent Fendroit de son sépulcre, de peur qu'ils n'en abusassent à idolâtrie. *
3. Au deuxième livre des Rois, chàp. 23, lé roi Josias défend de déterrer le corps d'un prophète^ mais veut qu'on
^ Hodic verô cùm passim omnia reliquiis sanctoram plena videstur, verendum est ne, si Episcopi et principes is verts reliquiis ioquirendis et dijudicandis eam quam debent opemm adbiberenti l>gentes et detestandse imposturae pateflerent, quemadmodum ta nonoullis locis factum est, ut olim B. Martine accidtt, etc.
* AugtuHnus aut quitquisest author libri de Mirâbilibus Scrtpturœ^ lib. 10, eap. ult. Mortis ejns et sepolchri nemo consdas ent, ne sepulchrum ejus populus Israël , si cognovisset nU esset, sAh rareU
le laisse où il était enterré. Il do fit nul transport de ses os, nulle vénération, nul service, nulles offrandes, nulle adoration ; ce qui soit dit en général de tous les corps des saints, comme d'Abraham, d'Isaac,de Jacob, de Samuel, de David, les os desquels n'ont été remués, ni adorés, ni séparés par. pièces, afin que plusieurs villes en eussent leur part. Saint Pierre, au deuxième livre des Actes, témoigne qu'encore de sou temps on voyait le sépulcre de David, duquel les os n'avaient encore changé de lieu.
4. Au premier livre des Rois, cbap. XIII, Dieu ressuscite un mort par raltpuchement du corps mort d'Elisée, Dieu voulant par ce miracle autoriser la doctrine de ce prophète. Pour cela il ne se trouve point que ce corps ait été tiré du monument, ou posé sur un autel, ou que le peuple se soit prosterné devant ces os, ou y ait porté des offrandes, ou les ait baisés, ou portés en procession.
5. Si quelqu'un estime que leà corps des saints sous rAncien-Testaqient aient été poilus ou moins saints que les corps des fidèles en ce temps, il est convaincu par cet exemple ; car si jamais sépulcre peut être dit avoir été sanctifié de Dieu, c'a été celui d'Elisée, auquel Dieu a déployé une si admirable vertu. Dès lors la mort des justes était précieuse devant Dieu, comme il est dit au Psaume GXVI. Et même nos adversaires montrent assez qu'ils p'estîment pas les os des saints sous l'Ancien-Testament moins saints que les autres, puisqu'ils en ont encore parmi leurs reliques prétendues. Et au bout cette échappatoire ne peut servir que pour les os des patriarches et prophètes, mais non pour leurs habits et meubles, lesquels on ne gardait point alors en reliques comme ou garde aujougjl'hui des menus haillons et des chemises des Apôtres et autres saints.
6. Le prophète Esaïe, au chap. XIV, vers. 19, et Jérémie» cbap. X.VIl, 19, mettent ceci entre les menaces et malédictions de Dieu, de n'être point enterré. Gomment donc ce que Dieu met entre les malédictions est-il aujourd'hui converti en honneur t Pourquoi ôte-t-on les os ûca saints du lieu de leurs repos? Pourquoi les met-on en vue? Pourquoi les sépare-t-on en diverses pièces ?
.7. Et pour venir au Nouveau-Testameai; aw WvXâ^siba
384 fiOUCLIER
livre des Actes, quelques hommes craignant Dieu portent en terre le corf>s de saint Etienne lapidé, mais n'adorent point ce corps et ne le démembrent point pour répandre ses os en diverses églises.
S. Au dix-neuvième des Actes, guérisons se fpnt par l'attouchement des couvrechefs et linges de saint Paul. Pour cela ces linges ne sont point mis en reliques, et duI service ne leur est rendu. Ces miracles tendaient non à faire adorer ces linges, mais à autoriser la prédication de l'Apôtre.
9. Bref, le prophète Esaïe, au chap. YIII, vers. 19 et 20, après avoir repris les devins et enchanteurs qui pour les vivants allaient aux morts, ne leur dit pas : « Pourquoi ne )) vous adressez-vous plutôt aux reliques des saints trépas- » ses?» mais les renvoie à' la loi et au témoignage, s'ils veulent que la vraie lumière les éclaire.
iO. Et de fait sur cette adoration de reliques nos ndversaires, pressés de nous apporter un seul mot de la Parole de Dieu, demeurent arrêtés et se taisent ; ou s'ils apportent quelque chose, c'est plutôt pour se moquer de Dieu que pour instruire les hommes. Bellarmin, au chap. IV du livre des reliques, dit faussement et contre toute vérité que TEcriture-Sainte approuve le culte ou service religieux rendu au sépulcre ^u Seigneur, et au bord de sa robe, et à l'ombre de saint Pierre, et aux couvrechefs de saint Paul. ^ Un homme savant ne peut affirmer cela qu'en parlant contre sa conscience ; car il sait que de service rendu à ces choses il D'y a un seul mot en l'Ecriture. Et est merveilles, puisqu'entre les reliques adorables il met l'ombre de saint Pierre, que l'Eglise romaine ne garde quelque part des pièces de cette ombre, aussi bien que de l'ahanement de Joseph.
Le même cardinal, au commencement du chap. VHf, allègue à faux le chap. XI d'Esaïe, vers. 10, en ces mots : « Son sépulcre sera glorieux. » Il y a selon la vérité hébraïque : a Son séjour ne sera que gloire. y> Joint qu'un sépulcre peut être honoré sans l'adorer.
Cependant le lecteur équitable considérera quelle peat
^ § Ad tertium. — Scriptura approbat cultum sepnlcri et fimbriae Christ!; item umbrae Pétri, sudariorum et semidntiorum.PaiiU.
)tte religion qui cache ao peuple les écrits des Apôt lui montre leurs os; qui ensevelit leur doctrine et sieurs ossements. Gomme si un fils gardait soigneusetes vieilles bottes ou une pièce du test de son père, et mait son testament Les meilleures reliques de<*8aint et de saint Paul sont leurs écrits divinement inspirés ; seul doit être cbéri et recherché, c'est cela seul qu'on ^ à l'imitation des Juifs qui ornaient les sépulcres des (tes et persécutaient ceux qui suivaient leur doctrine. )i notez la ruse ; car on recherche et adore les os des s, au lieu de rechercher leurs écrits; parce que ces arlent point, mais leurs écrits parlent et disent choses 9S à ces messieurs.; parce aussi qu'à ces os on en peut uer d'autres, mais ces messieurs ne sauraient faire itre Sainte-Ecriture; parce aussi qu'il n^st pas si trafiquer de passages de l'Ecriture que de morceaux lues, desquelles on vend même la vue, et se fait trafic narchandise sans la livrer.
ARTICLE XXliX
DE &A COVraSSIOH D9 VOI.
nt est de la vraie Eglise, nous croyons qu'elle re gouvernée selon la police que notre Seigneur Christ a établie: c'est qu'il y ait des pasteurs^ des lants et diacres, afin que la pureté de la doo it son cours , que les vices soient corrigés et ré- ;; et que les pauvres et tous autres affligés soient us en leurs nécessités; et que les assemblées se : au nom de Dieu, esquelles grands et petits édifiés.
rersaire passe cet article, et n'y trouve rien i re-