‹ Bouclier de la foiChapitre 36 sur 68 · ARTICLE XXX · texte numérisé non relu

ARTICLE XXX

DB LA DOVIKATIOn DES PRELATS SB L»io&I8B mOHAIBS

INous croyons tous vrais pasteurs, en quelque lieu qu'ils soient, avoir même autorité et égale puissance sous un même chef, Jésus-Christ, et pour cette cause que nulle église ne doit prétendre aucune domination ou seigneurie sur Tautre.

ARNOUX

Sect. CXXIV. — Cet article introduit en It maison de Dieu Tanarchie, la division, la désobéissance, le désordre, et renverse la façon de gouverner, établie de droit divin en saint Matth. XVI, et saint Jean XX, par mépris de l'unité et subordination, qui ne peuvent être sans quelque chef visible, tel qu^il est promis par ces mots : c II n'y aura qu'une bergerie et un pasteur. «

DU MOULIN

L'expérience nous justifie contre cette accusation. Les églises de France qui ont présenté cette confession au roi François II, ont vécu et vivent sous ce règlement en paix et sans confusion. Cet ordre, pour n'être point une monarchie, n'est pas pourtant une anarchie, puisque chaque pasteur conduit son troupeau, et que les pasteurs sont sujets au syqode, et que le synode est conduit par un modérateur.

Est faux que cette égalité renverse la façon de gouverner établie en saint Matth., chap. XVI, et Jean , chap. XX ; car en ces chapitres il n*est nullement parlé de supériorité ni de subordination. Ce sont les faussetés ordinaires de ce docteur.

Ce qu'il dit qu'un chef visible est promis par ces mots : ail n'y aura qu'une bergerie et un pasteur, )» est plutôt allégué pour se moquer de l'Ecriture que pour s'en servir. Ce seul pasteur n'est point le pape, mais Jésus-Christ ; cette bergerie assemblée sous un pasteur n'est pas l'EgUse romaine,

mais TEglise chrétienne assemblée des Juifs et des Gentils. Au reste, il faut savoir que Tégalité des pastours, en ce qui est de l'autorité d'annoncer TEvangile et d'administrer les sacrements, et, quant à Tusagc des clefs , est tenue nécessaire entre nous; car le baptême et la sainte Cène, et Fannonciation de la rémission des péchés est d'égale dignité en la bouche des pasteurs, soit qu'ils soient de grande ou de petite autorité. Mais, quant à la police ecclésiastique , nous ne tenons point l'égalité des pasteurs être absolument nécessaire. Nous n'estimons point cet ordre être un point de la foi, ni de la doctrine de salut. Nous vivons , Dieu merci, en concorde fraternelle avec les églises voisines qui suivent une autre forme, et où les évêques ont quelque supériorité.

ARNOUX

Sect. CXXV. — Textes cotés en marge, 1 Corinth. I, 24: « Non point que nous ayons domination sur votre foi, mais nous aidons k votre joie. » Matth. XVIII, 14: « Jésus ayant appelé- à soi un petit enfant le met au milieu d'eux, et puis dit : En vérité je vous dis que si vous n'êtes changés, et ne devenez comme les petits enfants, vous n'entrerez point au royaume des cieux. Par. quoi quiconque se sera humilié soi-même comme ce petit enfant, c'est celui-là qui sera le plus grand au royaume des cieux. >» Et chap. XX, vers. 2 : «cil ne sera pas ainsi entre vous, mais que quiconque voudrs être premier entre vous, soit votre serviteur. » 1 Pierre V, 3 : c Non point ayant domination sur les héritages du Seigneuï; mais tellement que vous soyez pour patron du troupeau. » Tous ces textes recommandent l'humilité en ceux qui sont appelés aux charges ecclésiastiques.

DU MOUUN.

Cela est vrai ; mais, en recommandant l'humilité, il noua oblige à fuir les occasions d'orgueil , et par conséquent la domination sur ses frères.

A ces passages il faut ajouter ceux-ci: Matth., chap. XXIII, vers. 8 : a Ne soyez point appelés notre Maître ; car un seul » est votre Docteur, à savoir le Christ ; et , quant à voua, « vous êtes tous frères. » Et Luc, chap. XXIf, vers. 24, 95 :

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1» 11 advint une contention entre eux, lequel d'entre eux se- » rait estimé le plus grand; mais il leur dit : Les rois des » nations les maîtrisent, et ceux qui usent d'autorité sur m icellessont nommés bienfaiteurs; mais il ne sera point B ainsi de vous, mais quelle plus grand entre vous soit comme » le moindre, et celui qui gouverne comme celui qui sert. »

ABNODX.

Sect. CXXVI. — Ces textes, comme il appert par la seule lec iure, présupposent une ^supériorité, laquelle manquant, tels avis seraient en vain donnés.

DU MOUUN.

Les avis qui défendent Taffectation de supériorité ne présupposent point nécessairement qu'il y faille de la supériorité. Par même raison , les défenses de vouloir commettre adultère présupposeraient qu*il fout nécessairement qu'il y ait des adultères.

AHNOUX.

Sect. CXXVII.— Texte contraire, SsiiniMeiiih.XIU, 11: tNotre Seigneur parlant à ses Apôtres, vrais pasteurs : Celui qui est (ditil) le plus grand d'entre vous, soit votre serviteur. »

DU MOULIN

Ce passage est faussement coté, il ne se trouvera rien de tel en le verset 11 du cbap. XIII de saint Matthieu. C'est un passage pris du chap. XX de saint Matth., vers. 25, 26; mais couché en autres termes. Voici le passage au vrai : t Vous » savez que les princes des nations les maîtrisent , et les » grands usent d'autorité sur icelles; mais il ne sera point » ainsi entre vous. Mais que quiconque voudra être grand » entre vous, soit votre ministre; et quiconque voudra être TU premifwr entre vous, soit votre serviteur. »

^Celui qui allègue sur la foi d'autrui est sujet i tomber en

telles fautes. Toutefois voyons ce qu'il veut inférer de ce passage.

ARNOUX

Sect. CXXVIII. — Ne voyez-vous pas que ces deux choses ne sont nullement incompatibles, être le plus grand de tous à raison de la charge qui autorise le commandement, et néanmoins le serviteur de tous, à cause de l'humilité et de là charité, par laquelle celui qui est en charge» ne se préférant en son cœur à personne, va s'immolant pour le bien et salut de ceux qui lui sont donnés en garde?

DU MOULIN

Saint Matthieu ne dit pas : « Celui qui est le plus grand, » comme le sieur Arnoui lui fait dire ; mais a quiconque vou- D dra être le plus grand, v Et quand même il y aurait : <c Cey> lui qui est le plus grand, » cela se pourrait entendre de celui qui est le plus grand en savoir, ou en âge, ou en ordre de séance, sans supériorité de juridiction.

Je confesse que grandeur et humilité s'accordent fort bien. Celui qui est parvenu à une souveraine grandeur n'a plus que ce moyen, de croître, à savoir en s'humiliant; car son humilité est d'autant plus louable, parce qu'il a plus d'occa* sion de s'enorgueillir ; mais il ne faut pas que son humilité soit ambitieuse, tâchant, par le mépris de l'honneur, se rendre plus honoré : de telle sorte est l'humilité du pape, qui lave les pieds des pauvres^ et cependant fait baiser ses pieds aux empereurs; qui s'appelle serviteur dea serviteurs, et cependant fait du roi des rois, donnant et ôtant les royaumes; qui se dit vicaire de Jésus-Christ, et cependant met la croix de Jésus-Christ à sa pantouffle; qui se prosterne devant Thostie, et cependant la fait porter sur tin bidet en la procession , en laquelle il se fait porter sur les épaules des princes. Si cela s'appelle humilité, il est malaisé de dire c^ que c'est que l'orgueil. Pour imiter Téloquence du sieur Arnoux, je demande si le pape, se comportant ainsi, sMmpiole pour le satut de ceux qui lui sont donnés en garde?

mais plutôt notre docteur s'immole à la risée publique avec son éloqueoce d'enfant.

ARNOUX

Sect. CXXIX. -^ Et au chap. X de saint Matthieu, vers. 2 : c Or, les noms des douze Apôtres sont ceux-ci. Le premier est Simon, nommé Pierre. Pouvait-il plus formellement combattre l'article qui établit l'égalité?

DU MOULIN

Saint Pierre a pa être le premier en âge^ ou en zèle, ou en science, ou en éloquence, ou ea vertu, ou en priorité d'ordre et de préséance, sans puissance de juridiction sur les autres Apôtres. Nous ne rejetons point cette inégalité, et notre article ne dit rien au contraire.

Or, que saint Pierre n'a point eu de supériorité ni puissance de juridiction sur les autres Apôtres, et n'a point été chef de l'Eglise universelle ; l'Ecriture le montre si clairement, que pour y contredire il faut contester coatre ses propres yeux, et démentir son sens et sa raison.

1. Nous avons deux Epitres de saint Pierre, dans lesquelles il n'y a un seul mot qui sente sa souveraineté. Son langage n'est pas le langage de maître ni de supérieur. Il ne prend autre titre que d'Âpôtre dé Jésus-Christ et d'Ancien. Un souverain écrit-il à ses sujets de longues lettres stfns jamais parler en souverain? sans prendre aucune qualité de prince? sans faire aucun commandement?

2. Et quand les Apôtres contestèrent entre eux sur la primauté, un jour avant la passion du Seigneur, le Seigneur ne leur dit pas : Pourquoi disputez-vous de la supériorité, puisque vous êtes mémoratifs que j'ai déjà donné la primauté à saint Pierre? IViais il leur dit seulement : a Les rois des na- » tiens les maîtrisent , mais il ne sera pas ainsi entre vous » (Luc XXII). C'était alors le temps ou jamais de commander aux Apôtres de se tenir en leur degré , et n'inquiéter point saint Pierre sur la supériorité. Ainsi, au chap. XXIU de saint Matth., il leur dit : a Ne soyez point appelée notre mat- » tre; car un seul est votre Docteur, à savoir le Christ; et, » quant i vous, vous êtes tous frères, »

chap. VIII des Actes, les Apôtres envoient Pierre et écher en Samarie. Le pape aujourd'hui prendrait-il le commission? s'assujettirait-il à d'autres évéques voyâssent prêcher en Suisse ou en Pologne? itibien de fois en l'Ecriture les autres Apôtres sontdevant Pierre? comme en la deuxième Epître aux : « Jacques, Céphas et Jean qu^sont estimés les cos. )) Gomme aussi saint Jean, au chap. I, vers. 44, dré devant Pierre : « Philippe était de Bethsaïde, l'André et de Pierre. » Et en la deuxième Epître aux ., chap. IX : « Les frères du Seigneur et Céphas. » e parler qui serait aujourd'hui de mauvaise grâce si ait révoque de Paris devant le pape de Rome, la deuxième Epître aux Corinthiens, chap. II, vers, t dit qu'en Cerinthe les uns disaient : a Quant à moi, s de Paul; d'autres disaient, et moi je suis d'ApoUos ; itres disaient, je suis de Pierre. & Preuve évidente ^aul, ni Apollos n'avaient pas instruit les Corinthiens naître Pierre chef de l'Eglise universelle; xar ceux ient, je suis de Paul, eussent sans doute cru PauU onséquent eussent reconnu Pierre pour être chef et jr de Paul ; car Paul leur eût enseigné d'honorer »lus que Paul.

la ménie paraît par la répréhension que saint Paul là-dessus; car il ne dit pas : Pourquoi dites-vous, je ^aul plutôt que de Pierre, vu que Paul vous a déclaré lit sujet à Pierre? Mais il les renvoie à Jésus-Christ, }f de l'Eglise : a Christ est-il divisé ? Paul a-t-il été ié pour vous ? ou avez-vous été baptisés au nom de »

même Apôtre, en la deuxième Epître aux: Corinth., [, vers. 5 : a J'estime» (dit-il) «que je n'ai é(é en oindre que les plus excellents Apôtres. » Disant en n'excepte rien, afin qu'on ne dise pas que saint end seulement qu'il n'était pas moindre que saint m doctrine, ou en la charge d'administrer la Parole icrements. Pourtant Jérôme, en son Commentaire suxième Epître aux Calâtes, introduit saint Paul se mt ainsi à saijirt Pierre : « Je ne lui suia-en rien infé-

» rieur ; car nous sommes établis au ministère par un même *) Dieu. 0 *

8. L'Epttre aux Galales est fort expresse sur ce sujet. Au chap. II, vers. 6, saint Paul dit : « qu'il n'a chose aucune x> différente de ceux qui semblent être quelque chose, quels » qu'ils aient été. » Certes, si saint Pierre eût été en puissance de juridiction sur saint Paul, il y eût une grande différence entre eux.

9. 11 ajoute que « ceux qui sont en estime ne lui ont rien 1» apporté. D Saint Pierre donc n'a point donné de puissance à saint Paul, et ne lui a conféré aucune autorité.

10. Là méme^aint Paul dit que a la prédication de l'Evan- » gile du prépuce lui a été commise, comme celle de la cir- » concision à Pierre.» Ces deux Apôtres dont partagent entre eux le travail : à l'un échéait de prêcher aux Juifs ; â Fautre échéait de prêcher aux Gentils. Ce serait un bel exemple et digne de rbumilité apostolique, si quelque évêque divisait avec le pape la charge par moitié. Encore U charge qui échéait à saint Paul est plus importante; car quelle comparaison d'une poignée de Juifs commis à saint Pierre, avec le reste des nations? Ce qui montre en passant que saint Pierre ne résidait pointa Rome; car alors les Juifs en étaient bannis, comme témoigne saint Luc au chap. XVIII des Actes, vers. 2. Saint Pierre, pour prêcher aux JTuife, n'eût pas choisi pour sa demeure une ville où il n'y avait point de Juifs.

11. Peu après, au vers. 6, l'Apôtre dit que o Jacques, Pierre 9 et Jean (qui sont estimés les colonnes) lui ont donné eti » Barnabas la main d'association ; » c'est-à-dire les ont reçus pour compagnons. Y a-t-il aujourd'hui prélat qui osât appeler le pape son compagnon ? Notez aussi que non-seulement Pierre est nommé après Jacques, mais aussi que Jacques et Jean sont estimés colonnes de l'Eglise autant que Pierre. Comme aussi au concile. d'Ephèse est insérée une Epttre au concile d'Alexandrie, qui dit que « Pierre et Jean » sont d'égale dignité l'un envers l'antre, d ^

^ In nullo sum illo iuferior, quia ab uno Dec sumus in ministerio ordinali.

* PetniB et Joannes aequalis sunt ad alterutrum dignitatis.

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