‹ Bouclier de la foiChapitre 43 sur 68 · Mais qui croira que Jésus-Christ célébrant la sainte · texte numérisé non relu

Mais qui croira que Jésus-Christ célébrant la sainte

Cène ait institué deux sacrements par une même action ?

Deux divers sacrements doivent nécessairement être insti-

. tués par paroles diverses et par cérémonies différentes. On ne

* Christum eliam in ipsa cruce sacerdotem vocal secundùm ordincm Melchisedec.

peut par m/^mcs paroles et actions administrer le baptême et le mariage, confénT la confirmation et rextréme-onction.

10. Que si les Apôtres ont été établis sacrilicateurs quand Jésiis-Cbrist leur a dit : a Faites ceci en mémoire de moi, » il s'ensuit qu'ils ont pu chanter messe ( comme on parle aujourd'hui ) pendant que Jésus-Christ était en croix ouia sépulcre; ce qui pose nécessairement eti mAme temps, un Jésus-Christ souffrant en croix , et un Jésii»-Christ ne souffrant point en l'hostie; l'un mort au sépulcre, l'autre vivant en la messe en même teniips.

11. De là aussi s'ensuivra que les Apôtres aaroot été quelque temps prêtres sans clefs, pouvant chanter messe sans pouvoir donner l'absolution ; car la puissance de remettre les péchés, qui leur avait été promise au chap. XViil de saint Matthieu, ne leur a été actuellement conférée qu'au chap. XX de Saint Jean, vers. 23, plusieurs jours apfès la résurrection du Seigneur.

12. Je prie le lecteur soigneux de son salut de bien consi* dérer ce que je vais dire. C'est que saint Matthieu et saint Marc, récitant comment Jésus-Christ a.institué et célébré l'eucbaristio entre ses disciples, ont omis ces mots faites CECI, et n'en font aucune mention. Si donc par ces roots (( Faites cçci » le Seigneur a établi des sacrificateurs de son corps et institué la sacrificature du Nouveau-Testament, comme veut le concile de Trente, et si par ces mêmes mots Jésus-Christ a institué un sacrement, il faudra dire que en deux organes du Saint-Esprit, dont l'un, à savoir saint Matthieu, était présent en l'action, nous ont baillé un récit de cette institution qui est manque au principal, et ont omis r.institution de ce sacrifice tant important et de cette sacrificature du Nouveau-Testament. S ils eussent fait comme saint Jean qui n'a point du tout parlé de Tinstitution de la Cène, on trouverait moins étrange que saint Matthieu nt saint Marc eussent omis tant l'institution de la sainte Cène que de la sacrificature. Mais en récitant l'institution de la sainte Cène, et omettant ces mots formels par lesquels on veut qu'il ait institué une sacriGcature, et un sacrifice, et un sacrement, il est tout clair qu'ils ont ignoré cette sacrificature et ce sacrifice imaginaire.

3. Je voudrais aussi qu'on me dise qui a conféré à ra|>ôsaint Paul la charge de sacriHcatenr, et qui lui a donné ssance de sacrifier le corps de Jésus-C^hrist; qar il n*était nt à table avec les Apôtres, qnand le Seigneur leur dit : aites ceci' en mémoire de moi. » Nous voyons dans les ;e8 comment Jésus-Christ l'a appelé, comment il Ta établi

l'Apostolat, en laquelle charge il se dit établi non par lun homme, mais par Jésus-Christ. Et la charge à laquelle us-Christ l'appelle n'est pas d'être sacrificateur de son ps, mais « d'être un instrument élu, pour porter son nom levant les Gentils, devant les rois et les enfants d'Israël s> r;t. IX, 15). Ainsi voilà un apôtre sans sacrificature auquel us-Christ n'a jamais dit : « Sacrifie-moi en mémoire de loi. »

4. Et puisqne nos adversaires tiennent que Jésus-Christ ^lébré la messe en Emmaiis avec ces deux disciples dont parlé au chap. XXIV de saint Luc, je demande si en cette ion il a établi ces deux disciplessacrificateursdesoncorps. m leur disant « Faites ceci » il ne les a point établis sa- 3cateurs, s'ensuit que ces mots « Faites ceci » ne signifient nt, sacrifi'ez-moi ; mais si par ces paroles il les a établis rificateurs, voilà des sacrificateurs qui n'ont point eu leur :ation de saint Pierre.

5. L'apôtre saint Paul, en la première Epître auxCorin- ?ns, chap. 11, récite l'institution de ce saint sacrement, 1 que les Corinthiens s'y conformassent. Là il témoigne ; Jésus-Christ disant : a Faites ceci en commémoration de loi, » parle à tous fidèles ; car ceux-là auxquels il veut que

paroles s'adressent, sont ceux-là mêmes auquels il comnde au verset suivant d'annoncer la mort du Seigneur, le manger de ce pain et boire decette coupe après s'être ouvés ; qui est un commandement fait au peuple, et au- ;1 chaque fidèle est obligé. Parce moyen chacun du peuple a sacrificateur et pourra chanter messe.

6. Que si ces mots : « Faites ceci en mémoire de moi » ient des paroles d'ordination de sacrificateurs, toutes et lotes fois que nous exhortons les fidèles en cette sainte ion de faire en ménioire de Jésus-Christ ce que Jésus-

Christ a fait, nous établirions autant de sacrificateurs qu'il y a de communiants.

, 47. Contre cette sacrifîcaturo inventée par les hommes, l'Apôtre aux Hébreux est formel ; car outre ce qu^au cbap. V il dit, que « nul ne prend cet honneur s'il n'y est appelé de » Dieu comme Âaron» » il donne au chap. VII deux raisons péremptoiress pour lesquelles les sacrifices et la sacriflcature de la Loi doivent être abolis. L'une est que les souverains sacrificateurs de la Loi étaient sujets à mourir, et que la mort les empêchait de durer ; l'autre est qu'ils étaient obligés de sacrifier premièrement pour leurs péchés, et puis après pour ceux du peuple; ce qui convient aussi aux sacrificateurs inférieurs, lesquels étant pareillement mortels et pécheurs ont aussi été abolis. Qu'y a-t-il en cela qui ne convienne aussi aux sacrificateurs de l'Eglise romaine qui sont mortels et entachés de péché? et quelles excuses poorra-t-on apporter pourquoi ils doivent être soufferts, qui ne puissent servir également à souffrir et entretenir la sacrificatùre de la loi? L'Âpôtre aurait-il été destitué de sens de ne voir point qu'en parlant ainsi contre la sacriflcature légale il parlait aussi contre la sacrificature sous l'Evangile? N'eûtil pasôté ce scrui>ule et prévenu cette objection?

18. Bref, les évêques de l'Eglise romaine en sont encore là, et n'ont encore pu montrer leur pouvoir, ni où est la charge que Jésus-Christ leur ait donnée d'établir en TF^lise des sacrificateurs du corps du Seigneur. Qui eût vu du temps des Apôtres un sacrificateur tondu en rond, et graissé en croix, revêtu d'allégories et d'habits mystérieux, tournant le dos au peuple et parlant une langue non entendue, se vantant de manger Dieu après l'avoir sacrifié, et de donner Dieu au peuple sans lui pouvoir donner le salut, eût pensé songer, et ne l'eût jamais pris pour un pasteur de TEgiise chrétienne.

SDu faerifiee de la messe.

Sbct. CLY. Le concile de Trente, en la vingt-deuxième session, deuxième canon, fulmine anathème contre tons ceai qui nient que le Seigneur par ces mots : « Faites ced

» en mémoire de moi » ait conféré Tordre de prêtrise aux Apôfrcs, ni commandé de sacrifier son corps et son sang.

L'exposition ordinaire qu'on donne à ces mots « Faites » ceci en mémoire de moi, » est « Sacrifiez mon corps et » mon sang réellement sous les espèces du pain et du vin, » en sacrifice propitiatoire pour les vivants et pour les » morts. » Aitisi exposer l'Ecriture, n>st pas tant la tordre que s'en jouer. Ces messieurs, contre toute apparence, veulent que telle ait été Tifitention de Jésus -Christ, laquelle néanmoins les paroles du Seigneur ne peuvent souffrir aucunement.

1. Car on ne peut sacrifier Jésus-Christ en mémoire de Jésus-Christ. Les mémoriaux des choses sont autres que les choses, comme les portraits des personnes ne sont pas lesi personnes ; et n'y a rien plus absurde ni plus extravagant que le dire de ces docteurs qui tiennent que Jésus-Christ en la messe est la figure de soi-même ^ et est le signe et la chose signifiée, comme qui dirait que le roi est son portrait.

2. Joint que la mémoire est nécessairement des choses absentes. Ou bien faire commémoration des prouesses du roi en sa présence, mais cef te commémoration n'est pas la corn-* mémoratiôn de la personne du roi présente, mais de ses actions passées ; ainsi les sépulcres des martyrs étaient appelés mémoires des martyrs, parce qu'ils ramentevaient leurs souffrances passées. Ne se peut dire sans abus que la personne du martyr fut en la tombe, dont la meilleure partie est au ciel et ce qu'il en reste est dissout. Les cendres d'un martyr ne sont point la personne d'un martyr.

5. Ces mômes mots « Faites ceci » sont exposés par l'apôtre saint Paul si clairement, qu'il n'y a plus rien à dire après; car en la première Rpttre aux Corinthiens, chap. II, vers. 25 et 26, après avoir dit : « Faites ceci en commémoration de moi,» il ajoute pour exposition : « car D toutes et quantes fois que vous mangerez de ce pain et » boirez de ce calice , vous annoncerez ta mort du Seigneur

1 Bellar,, lib, % de Euch., c. 8i. Idem Christus fîiit figura siii ipsias. Et S. Terîia. Est vers corpus Domini et signum ejusdem corporis.

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» jQsques à ce qu'il vienne. « Faire donc ceci en mémoire » de Jésus-Christ, est manger le pain et boire le calice pour annoncer et célébrer sa mort, et non point le saciifler.

4. Pourtant aussi en toute Faction de ce sacrement, on ne voit nulle trace ni apparence de sacritice : 1** Jésus-Cbrist ne parle point de sacrilicu ni d'olTrande; 2^ Jésus-Christ ne présente rien à Dieu, mais hien à ses disciples, disant: «Prenez, mangez.» Or, quiconque fait sacrifice é Dîeu, lui présente quelque chose et demande à Dieu qu'il ait son offrande agréable.

3^ Jésus-Christ ne fait aucime élévation d'hostle« coutume usitée en tout sacrifice. 4" Les Apôtres n'adorent point d'hostie, maisdemeurent assis à table sans faire aucune adoration; car, encore qu'ils eussent Jésus-Christ ordinairement présent, si est-ce qu'ils ne l'avaient encore jamais mangé, et n'avaient jamais assisté à tel sacrifice; que si tout sacrifice requiert adoration, combien plus un tel et si admirable sacrifice? principalement en une action qui devait servir de patron en TEglise, pour s'y conformer à l'avenir? Et de fait, si quelqu'un, lorsqu'on lève l'hostie pour se conformer à l'eiemple des Apôtres, demeurait assis, comme ont fait les Apôtres, sans faire aucune adoration , ne serait-il pas estimé profane? et s'il était en Espagne ou en ïtalio, ne serait-il pas envoyé à l'inquisition? Et toutefois en la personne d'un tel homme on ferait le procès aux Apôtres.

5. Est fort considérable que si le corps de Jésus-Christ est réellement sacrifié en la messe, il est nécessaire que le pain soit consacré avant que de le sacrifier; et de cela nous sommes d'accord avec nos adversaires. Cela posé j'argumente ainsi : Quiconque offre à Dieu une oblation , parle nécessairement à Dieu. Or, en cette action, depuis les paroles qu'on dit être consécrantes , Jésus-Christ ne parle point à Dieu. Donc en cette action, depuis les paroles consécrantes, Jésus-Christ n'offre point d'oblation à Dieu. L'action de grâces et bénédiction du pain a précédé les mots qu'on dit être consécrants; partant, elles ne peuvent étro de ce sacrifice. Joint que bénir du pain et rendre grâces à Dieu n'est pas le sacv'\(\et èi b\Qu\ cette bénédiction est

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usitée en tous repas, et Jésus-Christ Ta pratiquée en 1^ distribution des pains au désert (Matth. XIV, 19. LuclX, 16).

' 6. Est à noter que le concile de Trente dit que ce sacrifice est vraiment propitiatoire, et qu'au canon de la messe le prêtre dit qu'il offre un sacrifice « pour la rédemption X» des âmes. » ^ Si la messe est un sacrifice de rédemption, il faut nécessairement qu'elle soit ainsi appelée , ou parce que la mort de Jésus-Christ nous y est appliquée, ou parce que Jésus-Christ meurt en la messe et y souffre pour notre rédemption. Or, n'est-ce point parce que Jésus-Christ meurt en la messe; « car Jésus-Christ étant ressuscité des morts » ne meurt plus» (Rom. VI, 9). Reste donc que la messe soit propitiatoire et un sacrifice de rédemption, parco qu'en icelle nous est appliquée la mort de Jésus-Christ, laquelle seule est le prix de notre rédemption ; mais si cela est, le baptême et la prédication de rEvangile, et la foi eu Jésus- Christ seront aussi sacrifices de rédemption, et sacrifices vraiment propitiatoires. Joint que pour nous appliquer le sacrifice de la croix qui est la mort du Seigneur, il n'est ni convenable ni possible de sacrifier le Seigneur de rechef. Car, comme pour appliquer un emplâtre ou un paiement il ne faut pas un autre emplâtre, ni un autre paiement : ainsi, pour nous appliquer le sacrifice réel du corps de Christ, il ne faut pas sacrifier réellement le corps de Christ. Par même raison, pour nous appliquer la mort de Jésus-Christ, il faudrait faire mourir Jésus-Christ de rechef; et faudrait en chose si importante être fondé sur la Parole de Dieu, et montrer que Dieu veut que nous nous appliquions la mort du Seigneur en le sacrifiant réellement en l'eucharistie.

7. N'y a rien plus absurde que de s'appliquer une rançon payée pour nous en payant de rechef ; cependant c'est ce que fait l'Eglise romaine, voulant que les fidèles s'appliquent le rachat ou rédemption payée pour eux en la croix, en offrant de rechef ce même rachat, et sacrifiant de rechef Jésus-Christ en sacrifice de rédemption.

J8. Qui plus est, ce que nos adversaires font est tout contraire à ce qu'ils prétendent faire ; car offrir Jésus-Christ à

* Hoc sacrificium taudis pro redemptione animarum.

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Dieu, n'est pas so l'appliquer et approprier i soi-mtaie. Entre eeé deux clio.ses il y a «lutant de différence qu'entre donoer à autrui et retenir pour soi; et de fait, ea la sainte Cène nous nous appliquons h* sacrifice de Jésus-Christ en le recevant et l'acceptant par Toi, comme se donnanl à nous, et non pas en l'offrant à Dieu en sacrifice.

9. Et de fait, qu'on me dise si la rédemption ou rachat que le prêtre offre à Dieu en la messe est le même rachat que celui que Jésus-Christ a offert en la croix , ou si c'est un autre; si c'est le même, il faut nécessairement que lo prêtre offre en sacrifice réel la mort de Jésus-Christ : ce qui est impossible, car Jésus-Christ ne meurt point réellement en la messe; que si c'est un autre rachat et rédemfH tion, voilé deux prix de rédemption, et un, autre rachat de nos âmes que la mort de Jésus-Christ, et, sous ombre de nous appliquer la rMemption faite en croix, substituer une autre rédemption, et ainsi forger un autre Evangile.

10. L'Âp6tre aux Ilébreux est excellent en cette matière ; c'est déjà beaucoup qu'il parle de la sacrificature de Melchisédec, sans parler de l'eucharistie; dont s'ensuit que l'eucharistie n'est point le sacrifice de Melcbisédec; et qu'il Diit consister le sacrifice selon l'ordre de Melcbisédec en la mort de Jésus-Christ (Hébr. Y, 7, 8 et 9).

11. D'abondant au chap. X , vers. 14, il est dit que Jésus « par une seule oblation a consacré pour toijyours ceux qui » sont sanctifiés. » Voilà une seule oblation et sa vertu pour toujours ; et afin d'exclure la réitération» il dit au verset 10, « que nous sommes sanctifiés par l'obiation du corps de » Jésus-Christ une fois faite, p

12. On répond qu'il s'est offert une seule foissanglamment, mais qu'il est offert plusieurs fois non sanglanmient. Abus; car s'offrir plusieurs fois non sanglamment est toujours s'offrir plusieurs fois, et ainsi contredire à l'Âpôtre. Joint que le sacrifice sanglant se trouve en l'Ecriture , mais de sacriflce non sanglant de Jésus-Christ, il n'en est fait aucune mention. Eluder l'Ecriture par des distinctions sans Ecriture, est corriger l'Ecriture sous ombre de Tinterprôler; et de fait nos adversaires, après avoir donné la géhenne aux paroies de rinslUuUou d<àVdL i^aÂuUàC^wv^^u'^ trouvent au

bout que leur condamnation ; car alléguer les paroles de Jésus-Christ, disant : a Ce calice est le Nouveau-Testament » en mon sang qui est répandu pour vous, » pour fonder lo sacrifice non sanglant , est se condamner soi-même, vu que ces paroles parlent d'effusion de sang , non donc d'une oblation non sanglante. Prouver un sacrifice auquel le sang ne s'épand point , par un passage qui parle de sang épandu, est disputer d'aussi bonne grâce que si pour excuser le larcin on alléguait la loi qui dit : a Tu ne déroberas » point.»

15. Pourtant aussi le même Apôtre vient au-devant de cette échappatoire, car au chapitre IX, vers. 25 et 26, après avoir dit que Jésus-Christ ne « s'offre point souventes fois )) soi-même ; » il ajoute : a autrement il lui eût fallu souy> ventes fois souffrir,» montrant clairement qu'il ne reconnaissait autre sacrifice de Jésus-Christ que sa passion ; et pour trancher toute difficulté, il ajoute : a Et tout ainsi » qu'il est ordonné à tous hommes de mourir une foi^ , et yi après cela le jugement ; pareillement aussi Christ ayant » été offert une fois pour ôter les péchés, apparaîtra pour » la seconde fois, etc. » Où est maintenant la distinction d'oblation sanglante et non sanglante? puisque l'Apôtre montre que comme on ne peut mourir qu'une fois , aussi Jésus-Christ ne s'offre qu'une fois? Combien ridicule serait celui qui dirait que l'homme peut mourir une fois sanglamment, mais plusieurs fois non sanglamment !

14. Le même Apôtre, au même chapitre, vers. 22, après -avoir parlé de sacrifices et de purifications de la loi, conclut par cette maxime générale : «Sans effusion de sang il ne se fait )> point derémission de péchés. » Si donc U messe est un sacrifice non sanglant, il ne s'y fait point de rémission de péchés ; notez qu'il parle au présent, a il ne se fait point de » rémissiop de péchés, 0 de peur [qu'on ne pense qb'il parle seulement des sacrificesjudaîques déjà abolis. L'Apôtre veut que cette règle soit certaine, même au temps présent. Re- ' marquez aussi que l'Apôtre ne dit pas qu'il ne se fait point de rémission de péchés qu'en vertu du sang , mais il dit que dans les sacrifices ne se fait point de rémission de péchés sans effusion de sang, il veut donc que du sang y soit

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répandu, et exclut tout sacrifice non sanglant. N'est â propos de chercher en l'Ancien-Te^tament des exemple! de sacriûces propitiatoires, où nul sang ne s'épandait : oomiDe le houe d'Azazel qu'on envoyait vif au désert chargé dei péchés du peuple (Lévit. XYl). Gela n'est pas disputer eostre nous, mais contre l'Apôtre ; joint que ce bouc n'éiait qu'une partie du sacrifice. Des deux houes Tun était tué, l'autre lâché, tous les deux ne faisant qu'uD sacrifke: comme au sacrifice de deux passereaux^ dont, l'un était tué, l'autre lâché vif (Lévit. XIY) : l'un pour représeDter te mort du Seigneur, l'autre pour figurer sa résurrection ; cet deux choses ne pouvant être représentées par uu seul animal. Que si nos adversaires trouvent des raisons pour leiquelles les sacrifices propitiatoires non sauglaots doivest être pratiqués sous le Nouveau-Testament, les mêmes raisons se trouveront de pareille force sous l'Ancien-TesUneot, où, toutefois, ils n'étaient point soufl'erts.

15. Le lecteur, soigneux de son salut, considérera quelle est cette religion qui fait deux sacrifices de rédemption auxquels Jésus-Christ est réellement sacrifié ; deux sacrificeide Jésus-Christ différents en espèce et en définition « en pnn priétés et accidents, et en efficace; car le sacrifice de h croix est la mort de Jésus-Christ ; mais le sacrifice de h messe n'est point la mort de Jésus-Christ. L'un est avM doulejar, l'autre sans douleur; l'un sanglant. Vautre noi sanglant; l'un où le corps de Jésus-Christ est rompu, i'autn où il demeure entier; l'un visible, l'autre invisible; l'afl fait une fois, l'autre qui se fait mille millions de fols; Tui fait immédiatement par Jésus-Christ, l'autre parla mam d'un prêtre; l'un qui une fois offert a été suffisant pour la rédemption de tout le monde l'autre qu'on répète mille foii pour tirer une seule âme du purgatoire ; l'un qui s'est fait gntuitement, l'autre qui se vend à purs dénieras l'un offert pour la rémission des péchés et pour le salut des âmes, l'autre qu'on offre pour un cheval malade, pour les blés nMlés, pour le succès d'un voyage ; bref, qui sert à tout , hormis au salut de l'âme. Le hlanc n'est pas plus contraire au noir, et le ciel n'est pas plus éloigné de la terre, qu'il y a de différence entre ces deux sacrifices.

.16. Aussi ce prétendu sacrifice non sadglanft est contraire à la nature de tout sacrifice proprement ainsi appelé ; car tant nous que nos adversaires tenons qu'en tout sacrifice profH'ement appelé sacrifice, il faut que la chose offerte soit Tisible, ^ et que cette chose visible soit détruite par le sacrifice. Ici tout le rebours : car en ce sacrifice Jésus-Chris^ qui est la chose ofi'erte, ne se voit point, et est imperceptible. Tant s'en faut qu'il soit visible sous les espèces jou accidents du pain, qu'au contraire ce sont ces accidents qui le cachent et le rendent invisible, si on croit les adversaires. Aussi ce qui est détruiten la messe n'est pas la Chose qu'on off^e à Dieu. Le CQrps de Jésu&-Ghrist, qu'on préteujd sacrifier, ne souffre en la messe aucune destruction ; car d'une< chose tivante la destruction nVst autre chose que sa mort : les accidents seuls se détruisent, lesquels ne sont pas offerts à Dieu. Que si (comme disent ces messieurs) l'être sacramentel de Jésus-Christ est détruit» il s'ensuit que cet être sacramentel est sacrifié. Cet être donc sacramentel sera le prix de notre rédemption ; car ce qui est' sacrifié à Dieu doit être le prix de notre rédemption. Or, Jésus-Christ est notre rédemption en son être naturel , lequel a été détruit en la croix , et non en un être sacramentel , c'est-à-dire significatif, qui est une chimère et une pure imagination. Tellement que rien n'est détruit au sacrifice de la messe qui puisse être notre rédemption. Joint que )a destruction des espèces ne se faisant qu*en l'estomac du prêtre , quand les espèces se dissolvent par la digestion , il faudra dire que le sacrifice ne se fait que quelques heures après la messe achevée, et que l'estomac du prêtre eât Fautel, et que le sacrifice se fait quelques heures après midi.

17. Puis quand ce vient à définir en quelle action ou partie de la messe consiste formellement le sacrifice , on Be Vit jamais rien si empêché que ces docteurs, quelque subtils qu'ils soient. S'ils n^ettent le sacrifice en l'élévation de l'hostie, Jésus-Christ n'aura point sacrifié, car il n'a fait aucune élévation. Si en la fraction de l'hostie consacrée, Jésus-Christ

1 BelL, lib. iy de MùsOj cap. 2, § Secundum. In omni sacrificio propriè dicte requiritur res aliqua sensibi^s c^sâi^ QfS!^\»S^\.

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n'aura point fait de sacrifice » car il a rompo le pain afvt que de prononcer les mots dans lesquels l'Eglise romiM met la consécration. Que si ce qu'on rompt en l'euchiriitie est sacrifié, Jésus-Christ à ce compte n'aura facriflé queéi pain. Joint que Jésus-Christ demeure entier sous les eipèces, et par conséquent n'est point rompu aoua les espèeM: il n'est donc point sacrifié.

liais s'ils mettent le sacrifice en la manducationt la bouche du prêtre sera l'autel du sacrifice , et autant de fidèla qui communient seront autant de sacrificateurs.

Ils ne sont pas moins empêchés sur la consécration, in- Toir si en la consécration consiste formellement le sacrifice; car ils ne sont pas d'accord quelles sont les parolel par lesquelles Jésus-Christ a consacré. Innocent III, pape» au cbap. VI du quatrième livre de la messe, estime que iésus-Cfiriit n'a pas consacré par ces paroles : «Ceci est mon corps,» mais qu'il avait auparavant consacrée par sa vertu divine. * Et tous les anciens d'un accord tiennent que la consécration se fait par la prière. Dont aussi les Grecs appellent U consécration « l'invocation et l'oraison. » Aujourd'hui od tient que la consécration se fait par ces mots : « Ceci est moQ » corps , » lesquels ne sont point mots de sacrifice ni d'oblatioo, vu qu'ils n'offrent rien à Dieu et ne s'adressent p^at à Dieu , mais aux Apôtres : a Prenez, mangei, ceci est moD » corps, qui est rompu pour vous.» Que si consacrer est sacrifier, la consécration des jours^ et du temple, et de sei vaisseaux sont autant de sacrifices.

18. Sur laquelle consécration nous avons une raison iovincible, et qui tient ces messieurs liés sans ae pouvoir défaire. Ils disent, et ont raison en cela, qu'en tout sacrifice ce qu'on sacrifie à Dieu doit être consacré. Or, en la messe ce qu'on sacrifie à Dieu n'est point consacré. En la messe donc rien n'est sacrifié à Dieu. Que rien de conspcré n'est

^ Sanè dici potest, quod Christus virtute divina confècit : et po»tea formam expressit sub qua poster! benedicerent. Ipse nanupie per se virtute propria benedixit , nos autem ex lUa virtute qnarn indidit verbis.

Catharinus et Capite Fontium ont fait deux livres exprès sur ce

sujet.

■i^ offert à Dien en la messe, appert parce qne si quelque chose ^ de consacré est offert à Dieu en la messe, il faut que ce soit ou jr le pain, ou les accidents du pain, ou le corps de Christ; non ^ le pain, car il n'est plus après les paroles dites; non les ac- 0i cidents du pain, car ils ne sont pas offerts à Dieu : la coih- It leur, la largeur, la rondeur du pain sans pain n'est pas une

offrande propre pour notre rédemption ; non le corps de J^ il 8us-Ghrist, car jll ne peut être consacré > vu qu'au contraire ili c'est lui qui nous consacre, comme dit l'Apôtre (Héhr. X,

d4) : « Par une seule. oblation il a consacré pour toujours 0 T» ceux qui sont sanctifiés. » Ainsi il ne se trouve rien de c($nkf sacré en la messe que le prêtre puisse offrir à Dieu. Là ces il messieurs demeurent accrochés, et disent bien que la con- ,1 sécration se fait sur le pain , mais ne disent pas quelle chose t consacrée est offerte à Dieu en la messe.

yg^ttvei que nof adversaîrei emploîent pour le f aorifiee

de la messe.

Sbct. GLVI. C'est chose déplorable d'ouïr les preuves de DOS adversaires sur ce sujet, et voir de quel biais ils allèguent l'Ecriture.

1. « Melchisedec » (disent-ils) « a sacrifié pain et vin. » Posons le cas. Mais qu'infèrent-ils de là? Par là ces messieurs concluent que le prêtre sacrifie en la messe le corps et le sang de Jésus-Christ. Cette conséquence est ridicule et faite comme par dépitr; de là plutôt il s'ensuivrait que le prêtre ne sacrifie que du pain et du vin, non plus que Melchisedec.

Je pourrais montrer par Philon,^ juif, par Josèphe, par la paraphrase cbaldaîque, et par plusieurs de nos adversaires, notamment par Quges de St-Victor et par le cardinal Cajetan, et même par la Bible de l'Eglise romaine, qu'au chap. XIY de la Genèse, vers. 18, d'où ce passage est pris, il n'est point dit que Melchisedec sacrifia, mais qu'il « tira hors ou « proposa du pain et du vio, » et ce pour la réfection d'Abraham et de ses soldats, non pour en faire une offrande à Dieu. Je pourrais aussi montrer que l'Apôtre aux Hébreux*

1 PhUo, lib. de Abraham. Joteph,, lib. 1, Àntiq»

au chap. YII, compare Melchisédec à Jéans-Cbrist, nooei ceqii'fl gacrifia pain et vin, mais en ce qu'il est propoié comme étant sans père et sans mère. Item en ce qu'il étoil roi et sacrificateur. Item en ce qu'il bénit Abraham et prit dtmes de lui comme supérieur.

Je pourrais aussi ^ montrer que la Bible de l'Eglise romaine a falsifié ce passage ayant mis un enim pour et, tradoî* sant: «Car il était sacrificateur du Dieu souverain,» to Heu de a et il était sacrificateur du Dieu souverain, » selon l'hébreu, et selon la paraphrase cbaldaîque; ou, comme traduisent les LXX :' «Or, il était sacrificateur.» Mais il n'est besoin de tant travailler à aflaiblir un argument ridicule, et qui même tend à prouver que la messe est un sacrifice de pain et de vin , et non un sacrifice du corps de Christ;' tellement que cet argument détruit entièrement la messe. Une chose en doit être omise : à savoir que no8 adversaires mettent deux sortes de sacrifices : l'un sanglant, l'autre non sanglant; l'un selon l'ordre d'Aaron, l'autre selon l'ordre de Melchisédec ; l'un moins excellent, l'autre d'une souveraine excellence ; et disent que la messe est ce sacrifice excellent, selon Tordre de Melchisédec. Par ce moyen ils font la messe plus excellente que k mort de Jésus-Christ : laquelle est un sacrifice sanglant, et qui par conséquent n'est point un sacrifice selon l'ordre de Melcbisé* dec. Mais l'Apôtre, aux vers. 6 et 7 du chap. Y, fait le sacrifice de Melchisédec être sanglant. Car là il montre que Jésus-Christ en sa mort a exercé cette sacrificature.

Cependant, puisque la sacrificature de Melchisédec dure éternellement (Ps. CX, 4. Héh. V, 6), je ne vois point com-

^ Pererius jesuita in Genesin,, e. 14, v. 18 et SO. Hebraea lectio Latine ad verbum conversa sic expressithunc locum : «Et Meichisedec rex Salem protulit panem et vinum, et ipse erat sacerdos Dec altissîmo. » Et paulo post Caêtanus quasi vulgatam translationem non approbans : » Quod [inquit] in vulgata editione subditur, nt causa oMationis, erat enim sacerdos Dei altissimi , in Hebrso non habeCnr ut causa, sed ut separata clausula.

* La version des LXX.

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ment nos adversaires peuvent dire que la messe est le sacrifice de Melchisédec, vu qu'ils tiennent qu'elle ne se fera pins après le jour du jugement , et que-même avant le jour du jugement TAntechrist Fabolira.

2. Avec pareille subtilité ils emploient aussi l'agneau de Pâque, pour prouver que Teucbaristie est un sacrifice. «L'agneau» (disent-ils) de Pâque était sacrifié; donc l'eucharistie, qui ei4t sul)stituée en sa place, est un sacrifice. Ces messieurs prouvent ce qui n'est pas en question. Le point du différend est si en l'eucharistie le corps de Christ :est réellement sacrifié, et non si l'eucharistie est un sacrifice.

3. U font aussi parade du onzième vers, du ohap. I de Malachie : « Depuis le soleil levant jusqu'au soleil couchant, » mon nom sera grand entre les nations, et on offrira en » tout lieu parfum à mon nom, et oblation pure. » En tout ce passage je ne vois point qu'il soit parlé de sacrifier le corps de Christ, ni de faire sacrifice propitiatoire pour les privants et pour les morts. Au Nouveau-Testament, en plus d'une douzaine de passages, les prières, les aumônes, la pureté et innocence de vie et Tœuvre du ministère sont appelés sacrifices. En ce sens je ne doute point que la sainte Cène ne puisse être appelée sacrifice, mais sacrifice d'eucbaristie, c'est-à-dire d'action de grâces. Et de fait, le mot d'oblation, en Malachie, est minha , qui signifie un gâteau avec aspersion d'huile, lequel ne s'offrait point en sacrifice propitiatoire, mais pour action de grâces.

Cette exposition déplatt à nos adversaires ; car ils veulent que cette oblation pure soit le sacrifice de la messe, où Jesus^Christ est sacrifié; interprétation tirée de la parole non écrite ; car l'Ecriture ne parle point de sacrifier le corps de Jésus-Christ en la messe, et n'y en a trace aucune ep ce passage.

Les raisons pour lesquelles ils rejettent notre expcj^ition, quoique fondée en TEcriture, sont parce que les prières et aumônes ne sont point choses nouvelles, vu qu'elles étaient pratiquées sous l' Ancien-Testament ; or, il est ici parlé d'une oblation nouvelle. Je réponds que le ministère de l'Evangile et la profoiBioo de foi cbrétienne sodt choses noqvellea^

et non usitées sons rAncien-Testament Or, ces choses 60o( aussi appelées sacrifices (Rom. XV, 15, 16). Je dis le même de la sainte Cène, qui pour même raison peut être appelée sacrifice de louange et d'action de grâces. Et même quanta [ la forme de prier au nom de Jésus-Christ , elle a commencé avec la publication de TEvangile; notamment ce que Maltchie spécifîe est nouveau, à savoir que les oraisons et sacrifices spirituels ont commencé à être offerts à Dieu depuis le soleil levant jusqu'au couchant par la vocatioo des Gentils.

Ils ajoutent que les oraisons, aumônes et sacrîGces spirituels ne peuvent être cette oblation pure, puisque nous tenons que nos meilleures œuvres sont souillées, et qu'il y i de rimperfection. Je pourrais montrer qu'ils nous imposent en cela, mais il me suffit pour maintenant que le ministère de l'Evangile et le sacrement de la sainte cène ne peuvent être appelés impurs ou souillés sans blasphème, car encore que celui qui les administre soit péeheur , ils ne changent point de nature pour cela. La pureté de l'Evangile et des sacrements ne dépend point de la pureté de ceux qui Tannoncent.

4. Les autres passages qu'ils allèguent du Yieui-Tesfament semblent plutôt allégués pour rire que pour enseigner. Au premier livre de Samuel, chap. 11, Dieu prédit à Elie qu'il lui ôtera la sacrificature, et se suscitera un nouveau sacrificateur, auquel il édifiera une maison assurée. Au chap. IX des Proverbes : « La sapience a bâti sa maison , elle a im- » mole ses victimes , elle a mêlé son vin , elle a dressé sa D table. » Ergo , le prêtre sacrifie Jésus-Christ en la messe. S'instruire par tels passages est se chauffer à la lune.

5. Venons au Nouveau -Testament. En premier lieu, onaï* lègue ces mots : a Ceci est mon corps. » Nous parlerons cidessous du sens de ces mots quand nous traiterons de la transsubstantiation. Maintenant posons le cas que par ces mots le pain soit transsubstantié au corps de Christ, car que fait cela pour le sacrifice? partout où est le corps du Seigneur est-il sacrifié? Et certes, quand même le corps de iésus-Christ serait réellement entre les mains du prêtre, si est-ce que ce n'est pas au prêtre de le sacrifier, si Dieu ne

Ta commandé; et c'est ce commandement que nous demandons, et qu'on ne nous a pu encore produire.

6. Déboutés de là, ils insistent sur les mots qui suivent: « Ceci est mon corps, qui est donné pour vous, » ou <cqui v> est rompu pour vous. » Dont ils infèrent que puisque ces niots sont conçus au temps présent , il a fallu que Jésus- Christ rompit au temps présent son corps, et le donnât à ses disciples.

Cela est vraiment se jouer de TEcriture, et renoncer à sa Bible et à sa croyance ; car ceux qui disputent ainsi devraient apprendre de la Bible de l'Eglise romaine, et de la messe même, et de leurs propres docteurs, que Jésus-Christ en ces mots parle de donner son corps en la mort, et de la rupture de son corps en la croix. Car ce que saint Paul dit <c qui est rompu pour vous, » la version romaine le traduit « quod pro vobis traditur, qui sera donné pour vous. » Et en la consécration du calice, au lieu de « qui est répandu, » tant la Bible romaine que la messe tournent « effundbtcii^ » qui sera répandu, o pour donner à entendre qu'il parle de l'effusion qui n'était encore faite, mais qui devait être fait» en sa mort. C'était la coutume du Sauveur de parler ainsi. Au chap. XKYI de saint Matthieu, vers. 26, devant qu'aucun fût venu pour mettre la main sur lui, il dit : «Voilà, le Fils Y> de rhomme est livré entre les mains des pécheurs. » Et Jean , <îhap. X , vers. 17 : « Je laisse ma vie , afin que je la » prenne derechef, n Et au chap. XYII, vers. 11 : oMainte- » nant, je ne suis plus au monde. » Et peu après : a Quand D j'étais au monde avec eux , etc. » Et saint Paul , S Tim., chap. IV : « Je suis déjà fait aspersion de sacrifice, i» ^ parlant de sa mort prochaine. Surtout Jésus-Christ administrant ce sacrement avait sujet de parler de sa mort comme présente, parce qu'il en était à la veille. Ainsi l'a entendu Cbrysostôme, au sermon 83 sur saint Matthieu : ' « Ceci est » mon sangn (àit-il) « qui est répandu en rémission des 9 péchés. Il disait cela pour montrer que sa passion et sa

* ToCro Sï lAcycv xavrcCOsy Siotwç &fia 6r% /ttivn^pcov iorc rè nifioi ïuàà avaatpài*

D croix est un mystère, n Le jésuite Sa , sur les mots de saint Matthieu : o 11 y a au grec : Qui est répandu : le préspot » pour l'ayenir. » Le cardinal Gajetan, sur le chap. XXII de saint Luc : ^ «Tout ainsi que les évangélistes ont eiprimé » par le présent refTusion de sang future, en disant est ié- 1» JPÀTtDu; tout de même, Paul disant est bompu, signifie )i par le présent la rupture de son corps qui se devait faire en y* la croix. » Le jésuite Barradas, au tome lY de sa Concorde 1» desévangélistes, livre troisième, chap. IV : * aLeSei- » gneur se sert du temps présent au lieu da proche faffor; » car les mots doivent être entendus de sa passion future » et prochaine, en ce sens : Ceci est mon corps , qui len T» tantôt donné pour vous à la passion et à la mort. »

Ne se peut dire que ces mots e^t donné et est romfu se peuvent entendre an présent et au futur; car un même mot ne peut être présent et futur. Joint que la messe et la Bible romaine auraient eu grand tort de traduire ces mots au fûtur 8*ils se doivent entendre au présent. Tout fidèle tradoeteur^qui traduit ce qui est dit au présent par le futur le fiK parce qu'il y a de Tinconvénient à l'entendre au présent, et î s'arrêter à la lettre. Et ne faut point douter que si celui qui a couché cette pièce au Canon de la Messe eût cru lo sacrifice réel , comme on le croit aujourd'hui, il eût laissé le mot effundiiur au présent , pour appuyer son opinion, et ne se fût dépouillé de ce peu de faible défense qu'on Iroave dans l'Evangile.

Je dis faible défense, parce que ces mots, lus an présent, et traduits selon le grec , ne sont rien pour le sacrifice réel du corps de Christ en Teucharistie. Car l'action même , qui est un sacrement, nous oblige à croire que ce sont paroles

-^ Eadem ratione qua Erangelistae faturam in cmce effitsionen sanguinis significaverunt in praesenti effunditur, eadem ralîone Panlua futuram in cruce fractionem carnis Christi significat in prassenti, dicendo, frangitub.

* Utitur Dominus praesenti tempore pro paulo post Aituro : de fùtura ebim et propinqua passions sunt yerba intelligenda. Hoc sensu, hoc est corpus meum quod pro vobis passieni et morti ptulè po6t dahitur.

DE Là foi. 479

sacramentelles, et que le sens de ces mots est qu'en l'eucbaristie le corps du Seigneur est rompu, et son sang répandu sacramenfellement, et pour représenter la fraction et l'effusion faite en la croix» en même façon que le pain, au même lieu, est appelé le corps de Christ, et le calice une alliance. C'est pourquoi il est expédient de traduire au présent, afin que toute la locution soit sacramentelle, et conforme à la nature de l'action.

A l'éclaircissement de la vérité rien ne sert tant que la diversité des mots dont saint Luc et saint Paul se sont servis, l'un disant est donné , l'autre disant est rompu ; car si saint Luc entend qu'au sacrement le corps du Seigneur soit réellement et actuellement donné, il faut dire aussi que saint Paul a entendu qu'en ce sacrement le corps du Seigneur est réellement et actuellement rompu, ce que l'Eglise romaine ne croit pas. car ce sont choses incompatibles de dire que lo corps du Seigneur se rompt réellement sous les espèces, et néanmoins qu'il demeure entier sous les espèces. Le corps du Seigneur n'est point rompu sous les espèces, puisqu il demeure entier sous les espèces. Ils s'embarrassent de m^me'snr l effusion de sang; car ils disent que le sang du Seigneur est épandu en l'eucharistie, et néanmoins qu'il ne bouge, et qu'il ne sort point du corps ni des veines; qu'il s'épand sous les espèces, et néanmoins qu'il ne bouge sous les espèces. Et comme ainsi soit que toute effusion soit un mouvement , ils font une effusion sans mouvement. Us disent que le sang du corps de Christ s'épand, et néanmoins qu'il n'en sort pas une goutte. Ces gens se fâchent quand on leur contredit, et cependant se contredisent à eux-mêmes ,* ils veulent être crus, et cependant ne croient pas ce qu'euxmêmes disent.

Et ceci se trouvera encore plus absurde quand on saura que la créance de l'Eglise romaine est que corps est tout entier en chaque goutte du calice , et que dans le calice le sang n'est point hors du corps ; tellement que c'est le corps qui s'épand, et le prêtre boit de la chair et des os ; et si le prêtre trempe sa moustache dans le calice, le corps de Jésus-Christ, aussi grand qu'il était en la croix, demeure tout entier pendu à chaque poil. 11 semble que c^ \si»mûs^%

aient eu peur d'être crus, et se soient égayés à entasser des conceptions absurdes.

7. Quelques-uns pensent être subtils en argumenbnt ainsi : Toute effusion de sang faite pour la rémission des péchés est un sacrifice propitiatoire. Or, Jésus-Christ dit qu'en l'eucharistie son sang est épandu pour la rémission des péchés : donc l'eucharistie est un sacrifice propitiatoire.

La première proposition n'est pas universellement vraie. Car il y a une effusion de sang sacramentelle et non réelle, qui sert à la rémission des péchés, laquellese faitpourr^ présenter l'effusion de sang faite en la croix,: celle-là n^est point un sacrifice propitiatoire. Pour donc ôter l'ambiguité, il fallait concevoir ainsi la première proposition : « Toute ef- » fusion de sang réelle , faite pour la rémission des péchés, » est un sacrifice propitiatoire. » Et encore après cela, cette proposrtion souffrira des exceptions. Car en la circoncisioD de Jésus-Christ s'est faite effusion réelle du Seigneur pour la rémission de nos péchés, et toutefois la circoncision n'était point sacrifice. Alors l'effusion réelle du sang est sacrifice propitiatoire quand elle se fait par la mort de la victime sacrifiée.

La deuxième proposition aussi est fausse; car Jésos- Christ dit bien en l'eucharistie que son sang a été épandu, mais ne dit pas qu'il ait été épandu en l'eucharistie, puisqu'il s'agit en cette question d'une effusion réelle : car sans cela il n'y peut avoir de sacrifice réellement propitiatoire.

8. Communément on nous objecte le chap. Xill des Actes» vers. 2, où il y a : « Eux donc servants au Seigneur; » et ea la Bible de l'Eglise romaine : « Minislrantibus iilis Domino, » c'est-à-dire, comme ils servaient au Seigneur en leur ministère , conformément au grec >etTOupyouvTMy aùruy r^ XupUi.

On veut et sait pourquoi que ce service soit la messe , car ces messieurs en ordonnent ainsi. Posons le cas, quoiqu'il n'y ait ni raison ni apparence, et croyons que là il soit dit que les Apôtres étaient assemblés pour chanter messe. Mais toujours la difficulté demeure, à savoir si en ce sacrifice ils sacrifiaient le corps de Jésus-Christ. Au reste, je ne sais qui les meut d'interpréter Aaroupystv par .sacrifier j car, (f r même raison , \\ faudra dire qiie les angea ebanteat

messe et sacrifient Jésus-Christ, puisqu'au chap. I" aux Hébr. les anges sont appelés esprits servants ou administrateurs, AsiToupyixà 7rv8û/A0ira. Faudra aussi dire qu'Ëpaphrodite sacrifiait et cbansait messe, vu que saint Paul aux Philippiens, chap. H, vers. 25, l'appelle Xurovpyov, administrateur. Mais saint Paul réfute cela, et s'expose, ajoutant : « Il est administrateur de mes nécessités, d^

9. Quelques-uns se servent de ces mots du chap. XIII aux Hébr., vers. 10 : «Nous avons un autel duquel n*ont poipt » de puissance de manger ceux qui servent en tabernacle. » Par cet autel ils veulent que TApôtre entende le sacrifice de la messe, et qu'en cette messe Jésus-Christ soit sanctifié, qui sont de grandes suppositions sans preuve. Mais le cardinal Bellarmin, au chap. VI du premier livre de la Messe, rejette ce passage, et tout ce qu'on pourrait amener de cette Epitre pour le sacrifice de la messe. Car il reconnaît que TApôtre aux Hébreux ne parle aucunement de l'eucharistie en toute TEpitre, disant que «l'Apôtre ne fait point de men- T» tion du sacrifice de pain et de vin. « Et peu après: «L*A- » pôtre a omis exprès l'oblation de pain et de vin , de peur 9 d'être contraint d'expliquer le mystère de Teucharistie , » lequel était trop haut pour pouvoir être compris par ceux n auxquels il écrivait. y> ^ Lisez le passage de l'Apôtre tout entier, et tous verrez qu'il parle de la mort que Jésus- Christ a soufi'erte hors la porte. De ce sacrifice Tautel est la croix : donc aussi il ne parle que d'un autel au singulier. A ce sacrifice, l'Apôtre dit que ceux qui servent aux cérémonies n'ont aucune participation. '

Commeiit et en quel sens la sainte Crène peut être

appelée sacrifice.

Sect. CL VIL L'Ecriture-Sainte appelle sacrifices les au-

s § Respondeo et § Acciditi « Apostolns non meminit sacrifidi panis et yini. » Etpaulè post : «Apostolns dedita opéra omisit oblationem panls et vini , ne cogeretur explicare mysterium Enchtristi» qood altiiis ent quam ut ab illis capi tanc poaset.

mônes, les prières, le cœur contrit et humilié, le martyre, le ministère de l'Evangile et généralement toute sorte de bon* nés oeuvres (Phil. IV, 18. Héb. XIII, 16. Ps. Y, 19. S Tin XLVI. Rom. XV, 46).

Maia il y a des causes particulières pour lesquelles It sainti Cène peut être appelée sacrifice. I. Premièrement» parce qiM ce sacrement a été institué pour annoncer la mort du Sô* gneur jusqu'à ce qu'il vienne (1 Cor. XI). Par ainsi la sainte Cène peut être appelée sacrifice, puisqu'elle représente le sacrifice de la mort du jSeigneur : selon que les Rigoes et représentations prennent ordinairement le nom de ce qa'ellei signifient.

II. Item il se peut dire qu'en la sainte Cène nous offrooi Jésus-Cbrist à Dieu, en tant que nous prions Dieu qu'A reçoive pour nous le sacrifice de sa mort.

m. En troisième lieu, la sainte Cène est un sacrifloed'aocharistie; c'est-à-dired'action de grâces pour les béoéfiees de Dieu, et principalement pour le bénéfice de notre rédeibption par Jésus-Cbrist.

IV. L'ancienne Eglise a^it une raison particulière d*appeler la sainte Cène sacrifice ; car la coutume était que chaque fidèle apportât ses dons et présents sur la table, dont une partie étiaiit employée pour la sainte Cène , le reste était pour la nourriture des pauvres : et ces présente étaient appelés sacrifices et oblations. Saint Cyprien, en la neuTiène Epltredu premier livre, commande aux^lerct que, «reeen vant les offrandes du pei^ple contribuant, ils ne se dépip- » tent point de l'autel et des sacrifices. » Et au Sennon de l'aumône : «Toi, femme ricbe, qui penses célébrer la Cène » du Seigneur, quineregardes'pointseulementàmettre l'of- D frande , qui viens à la Cène du Seigneur sans sacrifice, » qiy prends part au sacrifice que le pauvre a offert, t Voyez Tbéodoret au troisième livre de son histoire, cb« XII, et au quatrième livre, cbap. XIX. Pour ces causes « les anciens appellent ordinairement ce saint sacrement sacrifice. Ce qu'Us faisaient plus volontiers, parce que par ce moyen ils apprivoisaient à la religion cbrétienne les païens, qui tenaient une rebgioQ sans sacrifices être une pure irréligioiii foi est le reproche qiM tea i^iia faisaieel aux chfétiaaif

•o rapport ë'Orlgène^ au huitième livre contre Celaua» que lefi chrétieus n'avaient ni autels, ni statues, ni temple. Ainsi au dialogue de Ilinutius Félix, le païen Cécilius parle ainsi: Cwr nuUas ara$ habent ehrUtianif nulla tompto, nuUa nota i»mulacra?fi D'où vient que les chrétiens n'ont point d'autels, 9 ni de temples, ni d'images qui apparaissent?» Et au commencement du septième livre d'Arnobe, les païens parlent aÛDsi : « Estimez-vous donc qu'il ne faut point faire de sa- 3 crifices? » Et là-dessus les chrétiens répondent : « Point » du tout. D^ . '

Pourtant y ayant deux' sortes de sacrifices : l'un pro|Mtiatoire et rédemption , l'autre eucharistique et d'action de grâce, la sainte Gène est un sacrifice propitiatoire en sacrement et commémoration, en même Âçon que le caliée .est le testament^ et que le pain est le corps de Christ, et que la eirconcision était l'alliance dé Dieu, et que la pierre dont eoulaient les eaux était Christ, comme parle FEcritnre. Mais, à parler proprement , la sainte Cène est un sacrifice d'action de grâces ; et comme il est dit au canon de la messe, êoerificium laudU, « un sacrifice de louange, n Dont aussi les anciens l'qpt appelée eucharistie, c'est-^-dire action de grâces.

Ne faut pas trouver étrange qu'une même action soit appelée sacrement et sacrifice ; car entre un sacrement et un sacrifice il y a telle différence, qu'entre prendre et donner. Ainsi la Gène peut être sacrement en tant que Dieu notis y donne et communique ses grâces ; et sacrifice, en tant que nous lui offirons nos louanges et actions de grâces.

Croyanoe àt» «leîeiis touchant le tacrifioe de l'Suehanstîe.

. Sbgt. CLTin. C'est ici un point auquel chacun fait du savant; car il n'y a rien plus aisé que d'amasser des passages des anciens, copiés sur la foi d'autrui, et ainsi faire un livre ; mais de puiser dans la source et reconnaître dans les

* Quid erget Saerifida oeasetis mdla oamino eme ftcieidat Eesp. NuUa.

anciens le style du temps, le changement des moU et dei coutumes, selon les siècles, leur intention, les occasions et progrès des abus que les siècles suivants ont éclos, cstoM chose où peu de gens arrivent, et à quoi vingt ans d'étade ne sont guère.

Pour les quatre causes sus déduites , les Pères appellent Teucharistie sacrifice, et sacrifice du corps de Christ, et sacrifice de notre prix. Mais où l'occasion se présente ih donnent assez à connaître que leur croyance est saine, et du tout éloignée de Topinion de nos adversaires. J'en produirai quelque peu de passages.

. Le livre de la Foi à Pierre le diacre , soit qu'il soit d*Âogustin ou de Fulgentius, son disciple, parle ainsi au cbip. XIX : a L'Eglise universelle par tout le monde ne cesse d'o^ » frir un sacrifice de pain et de vin en foi et charité; car » en ces hosties charnelles (de FAncien-Testament) il y i » eu une représentation de la chair de Christ, laquelle luin même, étant sans péché, devait offrir pour dos péchés, el » du sang qu'il devait répandre en rémission de nos pécbéf. » Mais en ce sacrifice (leucharistie) il se fait une action de » grâces et une commémoration de la chair de Christ, qu'il » a offerte pour nous, et du sang que le même Dieu a Y> épandu pour nous. » ^ Notez surtout qu'il dit qu'on olh« un sacrifice de pain et de vin, et en commémoration de il chair du Seigneur.

Lui-même, au chap. XYD du dix-septième livre de la Cité de Dieu : « Manger le pain , au Nouveau-Testameot, » est le sacrifice des chrétiens. »'

Lui -même, au vingtième livre contre Faustus Manichéen, chap. XXI : « D'icelui la chair et le sang devant la venue de

1 Sacrificium panis et vini in fide et charitate sancta Ecclesia citholica per universum orbem terrse offerre non cessât. In illis enia camalibus victimis 6guratio fuit çamis Christ! , quam pro peccttis nostris ipse sine peccsrto fùerat oblaturus, et sanguinis quem enl effusurus in remissionem peccatorum nostrorum. In Isto anloi sacrificio gratiarum actio atque commemoratio est Garnis QM quam pro nolns obtulit, etc.

* Manducare panem est in novo Testamento sacrificium cbiirtiinorum.

» Christ était promis par la ressemblance des sacrifices ; en ni la passion de ChHst il a été exhibé en vérité. Après l'as- S cension de Christ il est célébré par le sacrement de com- "b mémoration. » *

^ Lui-même, en TEpître à Boniface, qui est la vingt- troisième : « Souvent nous parlons ainsi quand la Pâque ap- '» proche : Demain ou après est la, passion du Seigneur, » combien qu'il y ait tant d'années, et que cette passion ne » soit advenue qu'une fois. De fait , au jour du dimanche » nous disons : Aujourd'hui le Seigneur est ressuscité , » combien que tant d'années soient passées depuis sa résur- » rection. Pourquoi personne n*est-i! si inepte de nous ar- 31 guer d'avoir menti quand nous parlons ainsi ? sinon » parce que ce jour est appelé ce même jour, lequel n'est 9 pas le même, mais semblable à icelui par révolution de -» temps? Christ n*a-t-il pas une fois été sacrifié en soi- )» même? Et toutefois il est sacrifié au peuple en signe-sa- 9 cré, non-seulement à chaque.solennité de Pâques, mais » aussi à chaque jour. Et celui ne ment point lequel en-* » quis répond qu'il est sacrifié ; car si les sacrements n'a- 1» vaicnt quelque ressemblance des choses dont ils sont sa-* 9 crements, ils ne seraient point du tout sacrements. Or, à 9 à cause de cette ressemblance , le plus souvent ils pren- 9 nent nom des choses mêmes. » *

Et pour montrer comme il entend le mot de sacrement, il parlo ainsi au dixième livre de la Cité, chap. Y : «Le sacri- 9 fice visible est sacrement ; c'est-à-dire signe sacré du

1 Hujus carq et sanguis ante adventum Christi par victimarum similitudinem promittebatur, in passione Christi per ipsam veritatem reddebatur : post ascensum Christi per sacramentum memoria celebratur.

* Nonne semel immolatus est Christus in seipso? et tamen in sacramento, non solum per omnes Paschae solemnitates, sed omni diepopulis ininiolatur ? Nec utique mentitur qui interrogatus eum responderit immolari? Si enim «acramenta qijianidam similitudinem hanim rerum quarum sacramenta sunt non haberent, omnino sacramenta nonessent. Ex hac autem similitudine. plemmqiie etiam ipsarum Domina acdpiunt.

)> sacrifice invisible.))* Et peu après : « Ce qneleshonnB » appellent sacrifice est un signe du vrai sacrifice. i* Eta . la cinquième Epltre à Marcellin : « Les signes , quand il 1 . » appartiennent aux choses divines, sont appelés sacn- » ments. »

Au canon Hoc ut, tiré ,de saint Augustin en la deuxiètt distinction de la consécration , se trouvent ces mots : «1/ » sacrifice de la chair, qui se fait par les mains dn pr^ » est appelé la passion , la mort et la crucifixion, non point T» en vérité, mais en mystère signifiant; de même quels D sacrement de la foi , par lequel nous entendons le tMp- » téme, est la foi. » *

Au livre des Sentences de Prosper, recueillies de siint Augustin, en la même distinction, est allégué ce passage:* «Jésus Christ n'a été sacrifié qu'une fois en soi-même; et » toutefois il est tous les jours sacrifié en sacrement;! c'est-à-dire comme il a exposé ci-dessus, « en signe sacré. > Et là-dessus les gloses anciennes do l'Eglise romaine annotent en marge : «Christ est sacrifié, c'est-à-dire son sacri- » fice est représenté ; on fait commémoration de sa pn- » sion. » •

Pourtant aussi les Pères ne disent pas seulement que le sacrifice qui se fait en l'EgJise est le sacrifice du corps de Christ; mais aussi disen|;que le sacrifice qu'ils offrent est sa mort et passion. Saint Cyprien, en la troisième Epttre du deuxième livre : « En tous les i^acrifices que nous offirons n nous faisons mention de sa passion ; car le sacrifice que » nous offrons est sa passion. » ^ Et Chrysostôme , en l'homélie 21 sur les Actes, parlant de la sainte Cène : «Pen-

1 Sacrificiiim visibile est invisibilis sacrificii sacnmeiitimi, id eit sçicrum signum.

* Ulud quod ab hominibus vocatur ^crificium, signum êSt veri sacrificii.

* Yoeatur ipsa immolaUocarnis quae sacerdoUs manlbus fit, GhrW passio, mors crucifixio, non rei veritate, sed significante mysteiio.

^ Can. Semel, Dist. 2, ds CoMêcrat.

* Ghristus imniolatur, id est, immolaUo ejus repnesentatnr, et fit memoria passionis.

* Passio est Domim sacrificnim quod oHérimiis.

DE LA FOI tô7

» dant » (dit-il) « cfue cette mort se parfait, et ce sacrifice » eflT^oyable, et ces mystères iiiefflables.ii* Le corps donc de Jésus-Christ est pris et sacrifié en Peucharistie en même teçon qu'il y meurt ; à savoir, comme a dit ci-dessus le Décret romain : «Non en vérité, mais par un mystère signi-> » fiant. )>

' Ghrysostôme, en !*faomélie dix-septième sur l'Epttre aux Hébreux : «Nous faisons toujours le méihe sacrifice, ou, '» pour mieux dire, nous Oiisons la commémoration de ce » sacrifice. »*

Eusèbe , au chap. X du premier livre de la Démonstration èvangélique : « Vu que nous avons reçu la mémoire dç ce T» sacrifice, pour la célébrer en la table d'icelui par les si- » gnes de son corps et de son sang*, selon l'institution du » Nouveau-Testament, nous sommes instruits par le pro- » phète David, disant : Tu as préparé ma table, » etc. Et est à noter que ce chapitre, qui est fort long , ne parle que des sacrifices tant de l'Ancien que du Nouveau-Testament , mais ne parle point de sacrifier le corps du Seigneur en Feucharistie, mais seulement d'en célébrer la mémoire.

Le livre de Clément, des Constitutions apostoliques, livre sixième, chap. XXIII : « Le Seigneur, au lieu d'un sacrifice 9 sanglant, a Institué un sacrifice raisonnable et non san- » glant, et mystique, lequel se célèbre en la mort du Sel-- 3» gneur parles signes de son corps et de son sang, t» *

Justin Martyr, contre Triphou : «L'ohlation du gâteau de 9 fine farine était figure du pain de l'eucharistie, que Jésus- » Christ nous a commandé de faire pour comménioration 9 de sa mort.»

C'est le propre des grammairiens, et surtout de ceux qui font des dictionnaires, de nommer les choses par leur nom et de parler simplement. C'est ce que fait le grammairien

^ Tou Oavàrou iisirt\ovfiivov ixtivov r^$ fpviriiç Ou9ioe$, r&v àfAvw

flU9TV)p(6)V.

* OvK éixXn¥ BiWMv xie9oeiri|» b «px<^^« eUilaT^y «ùruvcuà iroco^/Acy, /tAXXov Sï «va (ivv)9(v Ipyct^à/itBet Bvviêtç, i

' Pro sacrificio cnieAto rationaie et incmentum ae «lysticum sacriûdum iastitoit, qaod in mortem Domini per sgrmbola corporis el sanguinis soi celeluratar.

Suidas, au mot ecclbsia. « L'Eglise » (dit-il) « fait oMition » des signes du corps et du sang d'icelui , saoctiliaDt ioate » la masse par les prémices. » ^

Le prêtre m^me en la messe parle comme oe croyant pas que ce qu'il sacrifie soit le corps de Jésus-Christ, puisqu'il offre ce sacriûce par Jésus-Christ ; puis aussi qu'il demande que les anges présentent à Dieu cette oblation, la portant en son autel céleste. Car Jésus-Christ n'a pas besoin de Tinterventioii des anges pour être présenté à sco Père. Celi même parait en ce qu'il appelle son oblation « des dont et » des présents, » au pluriel : voire «des dons que Dieu bénit, » crée, vivifie et sanctifie toujours.»* De toutes lesqueUei paroles rien ne peut convenir à Jésus-Christ.

Car il est malaisé de comprendre comment l'hostie consacrée peut être appelée « tous ces biens,» si cette hostie est Jésus-Christ. Et encore plus malaisé de comprendre comment Dieu crée toujours Jésus-Christ; et comment il bénit et vivifie Jésus-Christ par Jésus-Christ. Ces paroles sont bonnes, dites sur le pain et sur le vin et non sur Jésos- Christ ; que si par ces mots le prêtre entend parler du pain et du vin, et rend grâces à Dieu de ce qu'il crée toujours et vivifie ces choses, il tombe en trois absurdités iaévitablei: Tune est qu'il rend grâces à Dieu de ce qu'il crée le pain et le vin de l'eucharistie lorsque ce pain et ce vin n'est plus; la deuxième, qu'il démontre le pain et le vin comme présents, en disant « tous ces biens, a lorsque ces biens ne soot plus, étant transsubstantiés en chair et en sang. Ajoutez que ces paroles se disent à l'instant même que le prêtre vient lever Thostie pour la faire adorer. Or, n'est-ce pas chose contre toute raison et apparence, que lorsqu'on adore l'hostie, lorsqu'on sacrifie à Dieu le Fils éternel de Dieu pour la rédemption des âmes, au Heu de louer Dieu pour un si grand bénéfice, on lui rende grâces de ce qu'il fait croître le

* Fer Ghristum Dominum nostnim par quem hsec omnii. Domine, semper bons créas, sanctificas, vivificas, benediciSy et prMias Dobis.

pain, et qu'il le crée et bénit continaellemetit? Gela a aussi bonnegrâcequesi, lorsque Dieu admet quelqu'un en son Eglise par le baptême, on rendait grâces à Dieu de ce qu'il a créé l'eau et fait couler les fontaines et les rivières.

Bref, la vérité est si forte, que nos adversaires , hors la chaleur de la dispute, parlent ordinairement comme nous. Lisez Lombard au quatrième livre des Sentences, en la distinction dou^Eième, à la lettre G ; et Thomas d'Âquin en la troisième partie de sa Somme, question 83, article premier : et vous verrez qu'ils s'accordent entièrement avec nous, et qu'ils tiennent que reiïcharistie n'est appelée sacrifice pour autre raison que parce que commémoration y est faite du sacriûce de la croix, et parce que le sacrifice de la mort du Seigneur nous y est appliqué, pour être participants de ce bénéfice.

DU sArrÊMS ST DS SA uàomuurrà.

Le même article XXXV de notre confession traite du baptême, et particulièrement du baptême des petits enfants en ces mots :

Néanmoins parce que Dieu reçoit en son Eglise les petits enfants avec leurs pères , nous disons que par Taulorité de Jésus-Chrisl les petits enfants, qui sont engendrés des fidèles, doivent être baptisés.

Contre cela le sieur Àrnoux s'émeut en ces mots.

ARNOUX

Skct. CLIX. — Par cet article ils prétendent d'avérer que les enfants nés des fidèles sont reçus en la foi de leurs pères.

DU MOULIN

Faux : nous ne prétendons point d'avérer cela ; aussi n'est-ce pas là notre croyance. Le baptême est conféré à plusieurs entants, dont les pères et mères sont sans foi et

MD9 piété. C'était là voirement ropinioo de Bernard en ft pttre LXIYII : « Qui ne sait » (dit-il) <& que, ^uant aui p»v tita, la seule foi de leurs parents leur a pfoficé, f oiie ut même suffît?» mais nous ne parlons poîot ainsi.

ABNOUX.

Par cet article aussi ils prétendent avérer qu'encore qi/on âén baptiser, néanmoins, s'ils ne le sont, ils ne laîssent d'ôtre sauvés ■ans baptême, qui est un point de leur créance.

Sect. CLX. — Texte contraire. En saint Jean III, 8 : c Eb mérité, en vérité je te dis, sinon que quelqu'un soit né de recM il ne peut voir le royaume de Dieu. » Il faut note* de r9ck9ft ^li prouve h Vœïl que celui-lk, qui n'est pas régénéré par le baptême, n'est pas reçu en l'Eglise. Et plus bas, vers. 5 : c En véritéi 0B vérité, je te dis, sinon que quelqu'un soit né d'eau «et d'esprit, il m peut entrer au royaume de Dieu. » Et au vers. 7: « Il vous fiiat ^tre nés de rechef. > A quoi sert donc pour ce regard d'être séi des fidèles ?

Teàite ecté. Matth. XIX, 14. Mais Jésus leur dit : c Laisses lei petits enfants et ne les empêchez point de venir à moi, car àteb estle royaume descieux.!^ S'ensuit-il qu'ils soient reçus avec lenn pères, ni qu'il les faille baptiser comme nous le tenons par la seule tradition; ni au contraire qu'ils soient sauvés sans baptême? »

1 Cor. VU, 14 : Car je mari infidèle est sanctifié en la femme, et la femme infidèle est sanctifiée par le mari, autrement tos eifants seraient poilus; or, maintenant ils sont saintsw Si le mol 4e saint n'était équivoque, œ texte aurait quelqu«s peinture de formel; mais il est trop clair que le mot de saint, quand il est parlé des enfants, doit être pris au même sens qu'un peu auparavanten ce même verset, où et quand il est parlé du mari et de la femme. Or, est-il que, ni l'un ni l'autre, étant infidèle, n'est proprement et véritablement sanctifié par celui qui est fidèle; toute cette sanctification donc, tant des maris que de leurs enfants, consiste en et que comme le mariage est saint, parce qu'il est légitime, en ce sens les mariés sont sanctifiés Tun par l'autre; aussi les enfants nés de ce mariage sont saints, parce qu'ils sont légitimement engendrés et issus dfun mariage saint. Où vraiment l'Apôtre veut dire que si le fidèle se séparait par divorce de l'infidèle à raison de sa seule infidélité, deux maux s'en ensuivraient : l'un, que l'infidèle abandonné n'aurait pas le moyen de se convertir, et être sanctifié par la conversion du fidèle; l'autre, que les enfants délaissés entre

les mains de l'infidèle qui les tirerait à soi, ne pourraient pas être filevés en- la foi et culte de Dieu, comme ils le sont, tandis que leurs père et mère vivent ensemble.

DU MOITLIN.

9e la sîgiiifieatîon du mot de baptême.

Ce discours est embarrassé et tissu de maoTaise grâce, auquel Quiconque répondra exactement, aura égard noà à la âoliditô de ces raisons, mais à l'importance de la matière. Pour y procéder avec ordre, je traiterai premièrement des mots de baptême et de baptiser, puis de la cbose^

Baptiser est un mot grec qui vaut autant que plonger et laver. En ce sens général les lavements de TÂncien-Testa-* ment sont appelés baptêmes (Marc VII, 4 ; ^ Hébr. IX, 10 *)•

Quelquefois le mot de baptême est pris figurément pour affliction et persécution pour l'Evangile. Ainsi au cbap. X de saint Marc, vers. 58 : a Pouvez-vous boire de la coupe Y> que je dois boire, et être baptisés du baptême dont je » dois être baptisé? » parlant de la participation à ses afflictions (voyez Luc XII, 50). Souvent aussi baptiser se prend pour repurger et sanctifier les cœurs et y verser les grices du Saint-Esprit ; ainsi Jésus-Christ, au premier chapitre des Âetes, promet à ses disciples « qu'ils seront baptisés du D Saint- Esprit dans peu de jours ; » et Jean-Baptiste dit que Jésus-Christ a nous baptise d'esprit et de £eu, » c'est-ànlire d'esprit échauffant et purifiant les cœurs (Matth. IlL 11).

Mais ordinairement le mot de baptême se prend pour le sacrement de notre entrée en l'Eglise chrétienne, et du nettoiement de nos péchés par le sang de Jésus-Christ et par Tefficace de son Esprit, sacrement que Jésus-Cbrist a sanctifié en sa personne et établi par son ordonnance ; lequel a auccédé à la circoncision que saint Paul appelle sceau de la justice de foi (Rom. IV, 11).

Ce baptême se confère en plongeant ou faisant «sperm d'eau sur celui qu'on baptise, en disant : « Je te baptise a » nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit» (Xatth. XXVIII, 19).

A prendre le mot de baptême généralement pourunliTement ou aspersion, ou à le prendre en sens figuré, pour les afflictions ou pour Teffusion des grâces du Saint-E^ nous confessons qu'il y a plusieurs baptêmes. Dont au» FApAtre aux Hébreux, cbap. VI, parle de la « doctrine des )» baptêmes » au pluriel ; mais à prendre le baptême poor cette aspersion d'eau qui est marque du cbristianisme, et sacrement de notre entrée en l'Eglise, il n'y a qu'un seul baptême; comme dit l'Âpôtre aux Ephésiens, chap. IV:iD » y a un Seigneur, une foi, un baptême, un Dieu et Pende » tous. » ^ Le grec porte : « Le baptême est unique. »

De ce baptême on dispute s'il est nécessaire à salut. Now parlerons de cette nécessité, premièrement sur les persooiM capables d'instruction, et puis sur les petits enfants.

9e la néoessîté du baptême des personnes âgte .

Sbct. GLXl. Touchant ceux qui sont déjà parvenus ealge capable d'instruction, l'Eglise romaine fait mine de ûîwméei avec nous, mais au fond elle tient avec nous que le bapténe d'caune leur est pas absolument nécessaire, et qu'un bomiM âgé qui meurt sans baptême ne laisse d'être8auYé,poorTuqae ce défaut ne soit arrivé par mépris ou à faute de volonté, mais par faute de moyen et de commodité. Le concile de Trente, en la sixième session, cbap. IV, dit que « l'homme » ne peut être admis en l'état de grâce sans le lavement de )» régénération ou sans le vœu, m * c'est-à-dire que nul ne peut être en grâce avec Dieu sans baptême, ou à défaol ài baptême sans le vœu et désir d'être baptisé ; et Thomas» es son Commentaire sur le chap. III de saint Jean, dit que pour

* Quae quldem UaiYi^\2XV> ^%xlS.N^TL^elium promulgatam iiae Itvacro regeneratioiû&) wX ôïj&n^î^û ^wv\kssii\ft\isA.,

f eotrer au royaume de Dieu il faut qu'il soit baptisé, vel in li re, vel in volo, vel in figura, « ou en eiïct, ou en désir, ou en r » figure. » Au titre XLlll des Décrétales, au chap. Aposlalicam, ^ le pape Innocent 111 déclare qu'un prêtre mort sans avoir été baptisé jouit de la gloire céleste, parce qu'il avait persévéré eu la confession du nom de Cbrist. Sur quoi au même chapitre est allégué saint Augustin disant au chap. YIH de la Cité que Baplismus invisibililer minislratur^ quem non conlemplus religionis, sed terminus necessitalis excluait, « Le » baptême est administré invisiblement. lequel a été forclos » non par mépris de la religion, mais par le terme de la » nécessité ; » et là-dessus la gl«se des docteurs canoniques remarque que l'empereur Valentinien est mort sans bap-

' téme, et que néanmoins Ambroise, en son oraison sur la mort de cet empereur, dit qu'il était bienheureux au ciel. Ce qui est de plus remarquable en cette histoire est que Ya< leotinien était né chrétien, et avait eu mille et mille fois commodité de se faire baptiser s'il eût voulu.

A même On, et pour rendre le baptême d'eau non nécessaire, l'Eglise romaine parle de deux autres baptêmes qui suppléent au défaut du baptême d'eau, qui sont le baptême de l'esprit qui est la sancÛGcation et renouvelleuLent intérieur par l'Esprit de Dieu, et le baptême de sang qui est le martyre. Mais ces deux baptêmes allégoriques ne sont pas

. sacrements; car la conversion et renouvellement du pécheur ne se confère point par le ministère des hommes, mais est une œuvre de TEsprit de Dieu. Là il n'y a point d'élément

'ui de parole ajoutée à Télément; ce ne peut être un sacrement du Nouveau-Testament, puisque le même renouvel-

. lement spirituel était nécessaire sous l'Ancien ; et ne se peut dire que cette œuvre du Saint-Esprit dans les cœurs des

^jDdèles supplée au défaut dû baptême, vu qu'il est uécessaire à salut, soit qu'on soit baptisé, soit qu'on ne soit soit point baptisé.

^ Presbyterum qucm sine unda baptismatis cxtrcmum diem clausisse sjgniûcasli, quia in sancta matris Ecclcsiai lidc et Christi nominis oonfessione perse veraverit, ab original! peccalo &olwv»sûk v^v. cœlestù patnx gaudium esse adeptum asseriuius \\ic>3kSi<(:\aL\LVx^\ .

Le martyre n'est non plus sacrement ilu Nouveao-Tflili' ment, puisqu'il était déjà sous l'Ancien. Joint que le ooodb de Trente déclare que les sacrements ne se confèrent poiri, si celui qui les confère n'a intention de les conférer;! n'est-il pas croyable que les bourreaux aient inteolioDà conférer un sacrement, et n'y a nulle apparence que de des martyrs, dont l'un est baptisé et l'autre n^est point baptifé, le martyre d^ l'un soit un baptême, et l'autre ne le soit poîd. Je ne vois pas aussi comment le martyre d'un homme oojé ou étouffé sans aucune effusion de sang peut êtreappelén baptême ou lavement en son sang. Qui plus est, nous noa trompons souvent en ce nlbt de martyr ; car l'Apôtre, eili première Epitre aux Corinthiens, chap. XIII, montre qo'ua homme peut donner son corps pour être brûlé et n'aToir point de charité. Ce n'est pas chose nouvelle que k souffrir pour acquérir réputation. Parmi une multitude de fidèles massacrés en leur lit sans leur donner le loisir de parler, il est malaisé qu'il n'y en ait eu quelques-uns qui eussent fléchi par crainte, si on leur eût donné le loisir d'j penser; tellement qu'en appelant martyr celui qui ne fest pas au jugement de Dieu, nous donnons le nom de baptême à des souffrances indignes du nom de martyre.

Bref, la règle tant de fois répétée en l'Evangile que (( quiconque croira en Jésus-Christ aura la vie éternelle, • ne souffre point d'exception. Partant celui qui a la foi de martyr, aimant Dieu plus que sa vie, encore que Diea l'exempte du martyre, ne laisse pas de recevoir le même salaire ; car Dieu ne salarie point les douleurs, mais la verto, parce que les douleurs peuvent être souffertes par des hypocrites, mais la foi est propre aux enfants de Dieu, ils* quelle est promise la vie éternelle, sans que le défaut du baptême par faute de moyen puisse annuler la promesse de Dieu.

9e la néocâuité du baptême dei petîti enCmli.

Sect. CLXII. Sur le baptême des petits enfants il y a pins de discord. Nos adversaires disent que le baptême d'eau leur est simplement nécessaire à salut ; jusque-là que Lombard dit

^e si l'enfant qu'on porte au baptême meurt en chemin, il ^ra damné. ^ Cela disent-ils de parole, mais le nient en effet ; iiar ils tiennent que le martyre suppl^^e au baptême d'e^u, et qu'un enfant non baptisé d'eau entre au royaume de Dieu par le martyre. Témoins les petits enfants de Betléhem et des environs tués par Hérode depuis la naissance jusqu'à rflge de deux ans, lesquels l'Eglise romaine révère pour saints et martyrs sans aucune distinction de ceux qui étaient circoncis d'avec ceux qui ne l'étaient point ; et eux-mêmes ne voudraient pas exclure du salut tous les enfants morts avant le déluge , bien qu'il n'y eût alors aucun sacrement qui suppléât au lieu du baptême.

Mais puisqu'on TEglise romaine le parrain croit pour Tenfant qu'on baptise, et renonce au diable pour lui, disant : Credo Si ab^renuntiOf je m'ébahis pourquoi le même parrain pe pourra aussi vouer pour Tenfant , vu que le concile de Trente enseigne que le vœu supplée au défaut du baptême.

Est aussi fort notable que nos adversaires tiennent que le baptême que Jésus-Christ conférait par les mains de ses disciples (Jean lY) n'était point nécessaire à salut. Bellarmin, au chap. Y du premier livre du Baptême, dit * que le baptême de Christ n'était ni un moyen nécessaire ni un commandement nécessaire devant la mort de Jésus-Christ ; et le pape Léon I, en la quatrième Epltre aux évêques de Sicile, chap. ni, dit que ^ Jésus-Christ a commencé par sa résur- » rection le don de régénération ; » ' il appelle ainsi la grâce que Dieu donne au baptême. Or, il n'y a nulle apparence que le baptême qu'aujourd'hui confère un païen, ou un juif, ou une femme, soit plus nécessaire et ait plus d'efficace que celui qui était administré par Jésus-Christ et par ses Apôtres. Ne sert de dire que la circoncision suppléait alors à ce qui défaillait au baptême que Jésus-Christ conférait ; car TEglise

f Lombard, i tent, DUt i, liit. E. Si absque baptismo fùerint defuneti, etiam cùm deferentur ad baptismum daranabuntur.

* Baptismus Christi non fîiit necessarius necessitate medii aut praecepU ante Christi mortem.

' Christam regenerationis gratiam ex s\iaL Tei&\]LTt^\À<(sû!^<:»ss^^sfe«

romaino lient que la circoncision * par la vertu deTictioi ne conférait point la grâce justifiante ; et le pape InnoceDtlQ dit ' que par la circoncision on ne parvenait point au royaume descieux ; elle n'a donc pu suppléer à ces défauts qu'on dit avoir été au baptême de Christ, vu qu'elle les avait aunl

Phisieurs docteurs de TEglise romaine, vaincus parTéiidence de la vérité, ont cru que les enfants peuvent être sauvés sans le baptême d'eau. Telle est l'opinion de Gersoi,' chancelier de l'Université de Paris, en son sermon deb Nativité de la Vierge, et de Gabriel BicI, sur le IT' des Sentences, Dist. 4, quest. 2, et de Lombard, Maftredes sentences, lequel soutient la nécessité du baptême, nétomoins forcé par la vérité, au quatrième livre Otstinctioo i, en ia lettre E, dit « qu'il est certain que Dieu n'a pointât- » taché sa puissance aux sacrements, » et que saint Augustin, sur le Lévitique, dit apertement que « quelques-ans » ont la sanctification invisible sans le sacrement visible, i ^

Cependant nos adversaires aiment mieux se contredire à eux-mêmes que de s'accorder, avec nous et avec la vérité; 1 et là-dessus bâtissent aux petits enfants morts sans bap- ^ tême un logis imaginaire qu'ils appellent le limbe deifttits enfants, forgé sans Parole de Dieu dans le cerveau des hommes, où ces pauvres enfants gisent en ténèbres éternelles , en un cachot souterrain, privés de la vue de Dieu et du salut éternel , sans tourment et sans douleur, et par conséquent sans regret, car le regret perpétuel de la perte

* Ex opère operato.

2 Extra de Baptismo et ejus effectis. TU, 42, c. Majores, Per(û^

euncisionis mysterium et damnationis periculum vitabatur non tamen perveniebatur ad regnum cœlorum.

• Gerson, t. 3. Serm. de Natimtate Virginis, Consider. 2. Coastal Deum misericordiam salvationis suse non ita legibas commanONH

. traditionis christianae , non lia sacramentis ipsis alligasse , quio absque praejudicio logis cjusdem possil pueros nondum natos eitra utcruin intus sanclificare gratiae suse baptismo.

^ Deus suam potentiam sacramentis non alligavit. Quod vero iovisibilis sanctificatio sine visibili sacramento quibusdam insit, aperté Augustiuus tradit super LeviticuiA, dicens invisibilem sanctificationem quibusdam proftiisse sine visibilibus sacramenUs.

du souverain bien est un tourment perpétuel ; et si sans Ibegret d'être rejetés arrière de la présence de Dieu, donc âlissi sans connaissance de Dieu et sans amour de Dieu, qui est le souverain mal en la créature raisonnable.

Ce limbe est un champ propre à exercer la subtilité des docteurs, et un sujet digne de disputer à jeun, pour savoir ce que font ces âmes enfantines en cette prison sous terre, vu qu'elles n'ont point de communication avec Dieu ni avec lés saints du paradis, ni aucune mémoire des choses qu'elles aient vues et ouï^s en terre, puisqu'elles n'y ont rien vu ni oui, Item si ces enfants ressusciteront au dernier jour ; B^ils comparaîtront devant le siège judicial de Christ. Quelle sera la sentence di^ juge, et comment ils pourront ouïr ou comprendre cette sentence? s'ils seront encore en ce cachot souterrain lorsque la terre ne sera plus ; ou si 1^ pape leur a marqué quelque autre logis. A quoi leur serviront leurs yeux et leurs oreilles en ce limbe après la résurrection ? Si le pape en peut tirer par indulgence , aussi bien que Grégoire I'' a tiré d'enfer l'âme de Trajan , emp^ur païen , si on croit nos adversaires. Quand a commencé^rotte coutume horrible qui se voit eu THôtel-Dieu de Paris, où on précipite les enfants morts sans baptême eu un puits profond , comme indignes de sépulture ? Finalement , si quelqu'un est revenu de ce limbe qui en ait apporté de si certaines nouvelles, vu que Dieu ne nous en a rien enseigné ?

La clémence a suggéré cette invention , afin de traiter 'les enfants morts sans baptême plus doucement que ne fait saint Augustin, lequel tient que tous les enfants morts sans baptême sont tourmentés dans les flammes de l'enfer éternellement. En quoi l'Eglise romaine le condamne aussi , bien qu'en ce qu'il estime l'eucharistie être nécessaire aux petits enfants, et qu'un enfant mort sans participer à la Sainte-Cène est damné éternellement.

JMcîsîoB de oe différend par l'Zeriture-Samte.

Sbct. CLXIII. — L'Ecriture nous tire de cette difficulté. I. Au 17 de la Genèse, v. 7, Dieu dit à Abraham : « Je serai » ton Dieu et de ta postérité après toi. » Or, de la postérité

d'Abraham ne peuvent ôtre exclus les enfants morts avanth circoncision. Dieu donc aussi est leur Dieu, et par conséquenl ils sont héritiers de la vie. « Car Dieu n'est pas le Dieu dei )) morts, mais des vivants, » a dit Jésus-Christ au cb. XIII de saint Matthieu. Ainsi au I[« des Actes, saint Pierre dit aux Juifs convertis à la foi : a A vous et à vos enfants est » faite la promesse. En parlant des enfants eo général,! comprend aussi bien les nouveaux-ncs que ceux qui avaient reçu le baptême. Si donc Dieu se déclare sans exception être le Dieu dos enfants des ûdèles et les reconnaît pour siens, et si à eux appartient la promesse et l'alliaocede Dieu, n'est-ce pas un jugement téméraire et une cmanté injurieuse contre la bonté de Dieu, de les coodamoer i po^ ditioh éternelle?

II. L'apôtre saint Paul, en la 1'* aux Cor. cbap. VH, v. 11, parlant d'un mari et d'une femme dont Tua est fidèle, Tautn infidèle, et des enfants naissants de ce mariage, dit que leurs enfants sont saints. « Autrement (dit-il) yos enfants » seraient poilus, or maintenant ils sont saints. » Si les enfants naissants d'un mariage où une seule partie est fkMe sont saints par le jugement de l'Apôtre, quelle apparence d'estimer que ceux qui naissent de deux parties fidèles ne soient point saints , et qu'ils soient exclus de la grâce de Dieu sous ombre qu'ils sont morts sans baptême? Plusieurs de nos adversaires, pour se sauver, disent que, par le mot de « saints» sont entendus les enfants a légitimes», et que par les enfants poilus l'Apôtre entend les bâtards et illégitimes. Ainsi ils se jouent de TEcriture et se répugnent i eux-mêmes ; car TEgliso romaine tient avec nous que les mariages entre païens sont légitimes et leurs enfants légitimes. Saint Jean-Baptiste disait à Ilérode qu'il ne lui était loisible d'avoir la femme de son frère Philippe (Matth. XIY, V. 4). 11 estimait donc que le mariage entre Philippe et sa femme Ilérodias était insoluble , et par conséquent légitime. ^ Les anciens chrétiens reconnaissaient leé enfants

< Distinct, 26. Can. Una tanfum. loapiies Baptista, dàm Herodem ab incestu pTobibeiel Oâceu&:l^Qiii>à«x^5Mv\flùsw&>KiM»m.tc^ tris lui, evidenter osleiiàil \ii\fct VsA^^V«» <^w^>s«»^

Sis empereurs païens être légitimes successeurs de Temre, et leur obéissaient ; ce qu'ils n'eussent été tenus de Mre s'ils eussent estimé les mariages des païens illégitimes. Si donc les enfants des païens sont légitimes, et l'Apôtre ippelle a saints » tous enfants légitimes, oomme veulent nos adversaires, les enfants des Turcs et des païens seront Miints. Certes, le but de l'Apôtre n'est pas de donner des • moyens par lesquels les enfants soient légitimes, mais de donner les moyens par lesquels les enfants de Dieu soient consacrés à Dieu. Car aussi l'Ecriture-Sainte n'appelle ja- • mais un enfant saint pour être légitime. Mais c'est chose ordinaire en l'Ecriture d'appeler saintes les personnes et les choses consacrées à Dieu et dédiées à son service : ainsi en la loi tout premier-né ouvrant la matrice était saint à Dieu. En même sens, le temple, et ses vaisseaux, et les sacrifices, et le jour du sabbat, étaient saints à l'Eternel. Il est le même des enfants naissants de pères et mères fidèles , lesquels, puisque Dieu connaît saints, comment est-ce que l'Eglise romaine les estime profanes et exclus de l'alliance de Dii^nT Os naissent voirement avec le péché originel ; mais saint Jean dît que le sang de Jésus-Christ nous nettoie de tout péché, duquel sang et de l'efficace de sa mort la vertu n'est point attachée à l'eau, en sorte que, quand le temps et les moyens d'être baptisé défaillent, Dieu ne puisse faire sentir sa grâce et déployer sa vertu envers les enfants des fidèles nés en Talliance de Dieu.

Par cela est réfuté le discours du sieur Ârnoux, qui dit que les enfants sont appelés saints , parce qu'ils sont légitimement engendrés et issus d'un mariage saint. Bien lui accordons-nous qu'en ce passage les enfants sont appelés saints en même sens qu'au même lieu il est dit que le mari infidèle est sanctifié en la femme; car l'Apôtre enseigne par là que la fidélité et sainteté d'une des parties fait que le lien du mari avec la femme est sanctifié, en sorte que les enfants qui en naissent sont consacrés à Dieu.

m. Au chap. XIX de saint Matthieu , vers. 14 , Jésus dit : « Laissez venir Jes petits enfants à moi, elw^Vos^^mv^Oofoi^ 9 point: car à tels est le royaume dea c\q\xx.«i^ Cift& ^\iX«:^

qu'on lui présentait n'avaient encore été baptisés par loi, ni par les Apôtres, et néanmoins il déclare que le royaoni des cieux leur appartient. De vrai, il ne paraît point ik étaient circoncis ou non, mais cela n'importe» puisque dm adversaires tiennent que la circoncision n'introduisait poiot au royaume des cieux. A ces enfants donc le baptême était nécessaire pour entrer au royaume des cieux, si on croit nos adversaires. Joint que Jésus-Gbrist ne dit pas que le royaumede Dieu appartient aux enfants circoncis, mais simplementan enfants, il considère en eux l'enfance et non la circoncision.

IV. A cela servent les passages de la Parole de Dieu ({oi disent que Dieu ne punit jamais les innocents pour les coupables, et ne punit point le fils pour le péché du père, quand le fils ne participe point au même péché ; comme il dit au chap. XVIII d'Ezéchiel, vers. 20: «L'âme qui aura pécbé À sera celle qui mourra ; le fils ne portera point l'iniquité » du père, et le père ne portera point l'iniquité du fils.» Contre -cette règle pèche l'Eglise romaine, voulant qu'un enfant soit exclu à jamais du royaume des cieux, parce que son père a été négligent à le faire baptiser; cela est punir l'innocent pour le coupable. L'exemple du péché d'Adam, qui a attiré tant de maux sur sa postérité^ ne fait point contre cette règle, car Adam ne péchait pas comme homme particulier, mais comme représentant tout le genre humain en son origine. Ayant reçu des biens pour soi et pour sa postérité , il les a perdus pour soi et pour sa postérité ; joint que le mal découle d'Adam sur nous par propagation naturelle , de tout cela rien ne peut convenir au péché de négligence à faire baptiser son enfant.

Y. Si nous voulons des exemples formels en l'Ecriture sur ce sujet, elle nous en fournit. Chacun sait que la circoncision était aux fidèles de l'Ancien-Testament ce que nous est aujourd'hui le baptême; cependant infinies personnes ont été sauvées sous FAncien-Testament, sans circoncision, comme toutes les femmes fidèles, et ceux qui se sont vraiment repentis entre les Ninivites.

YI. La circoncision se conférait au huitième Jour après la naissance; durant ces huit jours grand nombre d'enfants mouraient; selon la doctrine de nos adversaires, ces enflants

^ jpont tous perdus éterneîleTnent. La bonté de Dieu envers ■■ tous, mais principalement envers son peuple et envers ceux ^ qui le craignent, nous oblige à croire que si la circoncision f eût été nécessaire à salut, Dieu eût commandé qu'on cir- ^ conctt les enfants peu après la naissance. 11 n'eût pas exclu *^ de sa grâce, par un délai de huit jours, des millions d'âmes nées de parents fidèles et de la postérité d'Abraham, à la- ' quelle était promise^ la bénédiction de Dieu ; car Dieu ne prend pas plaisir à la perdition de ses créatures, moins encore à perdre des enfants nés en son alliance ; que si le peuple d'Israël eût cru ce que l'Eglise romaine croit, il eût demandé à Mo!se Taccélération de la circoncision , et sur les enfants morts avant le huitième jour, il y eût eu en Israël des pleurs et des lamentations extraordinaires ; et est clair que le peuple de TEglise romaine ne croit pas ce qu'on lui enseigne, vu que les mères, auxquelles des enfants sont morts devant le baptême, se consolent si aisément, et 6e travaillent si peu de la perdition éternelle de leurs enfisinta. TH. Surtout les enfants d'Israël morts au désert soBtan bel exemple. Ce peuple a omis Tusage de la circoncision par quarante ans entiers, durant lequel temps sont nés et morts au désert plus de six cent mille hommes. Les âmes de toute cette multitude sont perdues éternellement, par tè jugement de l'Eglise romaine. Et néanmoins ces hommes sont ceux pour lesquels la manne descendait du ciel, et que Dieu couvrait de jour de la colonne de nuée, et éclairait de nuit de la colonne de feu ; qui offraient à Dieu sacrifices, et desquels Dieu avait le service agréable; auxquels, sans doute. Moïse n'eût jamais permis de demeurer incirconcis, s'il eût cru que sans la circoncision ils ne pouvaient être sauvés.

, VIII. Mais qu'y a-t-il de plus contraire à Dieu et à sa Parole que de vouloir que Dieu soit sujet aux hommes, vofre qu'il soit F\x]ei à la volonté de ses ennemis, en sorte qu'il ouvre et ferme l'entrée du paradis , selon leur volonté. Cependant, telle est la créance de l'Eglise romaine, car le pape Nicolas I«' a défini que le baptême conféré par un juif ou par un païen est bon et valable , pourvu qu'il ait bap-

tîsé au nom de la Trinité ou seulement au nom deChrâl.^ Par ce moyen, si un païen ou un Turc a un enfant cbrébo^ en sa puissance , il peut sauver Tâme de cet enfant oo h perdre : s'il lui plaît de baptiser cet enfant, il sera saafé; mais s'il ne lui plaît pas, ce pauvre enfant mourant est iocontinent précipité dans les ténèbres éternelles. I.e saint donc d'un enfant chrétien dépendra de la volonté d'un Turc et d'un païen, desquels il n'est croyable .qu'ils puissent conférer le baptême autrement que par risée ou par dépit.

IX. Semblables absurdités suivent du baptême des sagesfemmes, lesquelles recevant un enfant mourant, ont le salut de l'enfant en leur puissance. A ce compte les Apôtres, avec tous leurs miracles et avec toute leur sagesse et doctrine, n'ont jamais fait plus de bien à aucun homme, qu'un tri païen ou une telle femme font de bien à un enfant qui, sans eux, fût mort sans baptême.

X. Mais ne peut-il pas aisément advenir qu'un juif ou un mahométan se fasse baptiser par hypocrisie? estimons-Dous qu'il soit plus agréable à Dieu pour avoir profané le sacrement de son alliance, et que mourant là-dessus il aille droit en paradis? ^

Sxamen de ce que les adTersaîres prodnîsent de l'Xentani pour la nécessité absolue du baptême.

Skgt. CLXIV. Le sieur Arnoux, pour prouver que nul oe peut être sauvé sans le baptême d'eau , allègue les versets 3 et 5 du chapitre \\l de saint Jean , où Jésus-Christ dit à Nicodème : a En vérité, je te dis que sinon que quelqu'un » soit né de recbef, il ne peut voir le royaume de Dieu, a Item : a Sinon que quelqu'un soit né d'eau et d'esprit, il ne p peut entrer au royaume de Dieu. » Et aii verset 7 : « Il » vous faut être nés de rechef. 0

Mais nos adversaires se servant de ce passage détruisent ce qu'ils ont bâti ; car l'Eglise romaine ne tient pas que œ passage prouve la nécessité absolue du baptême d'eau à

*■ De CoMêcr. Dût, a, Can, A quodam Judseo, nesdtis ntmm christiano an pagano, multos in patria vestra baptisatos asseritis, et quid sit inde agendum consulitis, etc.

|toates personnes, puisqu'elle tient que les martyrs peuvent Ptre sauvés sans baptême d'eau. Item, ceux qui ont fait ,1^œu d'être baptisés, mais n'en ont pas eu la commodité; item, ceux qui sont sanctifiés par le Saint-Esprit, comme BOUS avons montré ci-dessus. Tous ceux-là donc peuvent ^tre sauvés sans être baptisés d'eau ; bierr plus, car notre Seigneur Jésus parle à Nicodème, et 'toutefois nos adversaires tiennent que le baptême d'eau n'était point néces- Mire à Nicodème, parce qu'il était circoncis, et que le baptême de Jésus-Cbrist n'a été nécessaire à salut qu'après sa résurrection, comme nous avons montré. Surtout est considérable que' Jésus-Christ ne parle pas seulement à Nicodème, mais aussi pour Nicodème , lequel parlait de soimême et pour son égard, quand il disait : Conmient peut l'homme naître quand il est ancien? Par là se découvre là nature de i'ebreur , qui est de s'entrecouper et défaire ce qu'il a fait ; car il est évident que le Seigneur parie d'une renaissance, sans laquelle Nicodème ne pouvait être sauvé. Or, nos adversaires tiennent que Nicodème pouvait être sauvé sans baptême, d'autant qu'il était circoncis. Quel moyen de croire ces docteurs, puisqu'ils ne se croient pas eux-mêmes, et ayant posé une règle générale pour prouver que nul ne peut être sauvé sans être baptisé d'eau, puis après ils détruisent cette règle par une multitude d'exceptions?

Le sens de ce passage est clair : Jésus-Christ parle à Nicodème, et en sa personne à toutes personnes capables d'instruction, et leur déclare qu'ils ne peuvent entrer au royaume des cieux s'ils ne renaissent en une nouveauté de vie, cf ne sont régénérés par le Saint-Esprit, duquel l'effusion en nos cœurs est un baptême, sans lequel nul ne peut être sauvé; et est certain que cette règle ne souffre point d'exception. Or, comme au chapitre lil de saint Matthieu, verset 11, il est dit que Jésus-Christ nous baptise « d'esprit p et de feu, » ^ pour dire d'esprit échauffant et pQrifiant les cœurs; ainsi, en ce passage Jésus-Christ dit que pour entrer au royaume des cieux il faut renaître a d'eau et d'esprit »

^ C'est la figure Mw. iwx^ usitée au Nouveau^Testament.

( 1 Corinth. 11,^) , pour dire a d'un lavement spirituel» (1 Jean XIV, 6) ou d'un esprit lavant et purifiant les cœurs. U mot de a naître de rechef» (Ephés. f, 6) ne peut recevoir autre exposition : car naître de rechel' ne signifie point être baptisé d'eau, mais être renouvelé et régénéré en unenooveile vie par TEsprit de Dieu. Et de fait, Jésiis-Christ mootR assez qu'il ne parle que de l'eflicace de l'Esprit agissant secrètement en nos cœurs , quand il ajoute au versets : iLe vent souffle où il veut, et tu ouïs le son d'icelui, mais tooe » sais d'où il vient , ni où il va; ainsi en prend-il de tout » homme qui est né de l'esprit. » Naître donc d'eau et d'esprit, par l'exposition que Jésus-Christ même apporte, vaut autant que naître simplement d'esprit, et cette comparaison du veut se mouvant imperceptiblement ne peut conveoir qu'au seul esprit de Dieu.

Toutefois pour gratifier nos adversaires, posons le casque Jésus-Christ veuille dire en ce passage, que sans le sacrement du baptême d'eau on ne peut entrer au royaume des cieux, pourquoi n'apportent-ils ici la même équité d'esprit et la même discrétion qu'ils apportent à exposer les passages auxquels ils tiennent que Jésus-Christ parle de la nécessité de l'Eucharistie? Au chap. VI de saint Jean, vers.Sl, Jésus-Christ dit : « Si vous ne mangez la chair du Fils de » l'homme et ne buvez son sang, vous n'aurez point la vie. > Là nos adversaires restreignent cela aux personnes âgées et capables d'instruction, et qui ont le moyen de participer à 1 Eucharistie. Disons donc ici le même, à savoir que Jésus-Christ parle aux personnes venues en âge d'instruction, et à ceux qui ont moyen d'être baptisés, lesquels ne peuvent être sauvés s'ils méprisent le baptême. Par ce moyen la dispute sera finie, et serons d'accord avec nos adversaires touchant la nécessité du baptême ; et c'est ce que reconnaît le Maître des sentences, à savoir, que ce pas8a|:e « se doit entendre seulement de ceux qui peuvent être bap- » tisés, et méprisent le baptême.» ^

Le mariage de Torgueil avec la superstition a engendré

^ Lomb., lib. 4. Sententiarum. Dist. 4, litt, E, lUud inleUi)seBdum est de iilis qui possunt et cootemnunt baptisari.

cet abus ; car l'orgueil tâche d*exalter la nécessité du minis- ^Hère des hommes, et de persuader que la grâce de Dieu passe nécessairement par leur main. Et la superstkion s'attache toujours à l'action extérieure, comme si Dieu ne faisait rien sans cela.

Mais cependant queTEglise romaine exalte lanécessitédu

baptéme,-elle en avilit le prix, persuadant que le bénéfice

de Jésus-Christ nous est appliqué en ^orte par le baptême,

que par là nous ne sommes point exempts de satisfaire à la

justice de Dieu pour la peine des péchés commis après le

baptême. On à raccourci le bénéfice de Jésus-Christ pour

faire place au trafic. On dit qu'il n'est pas raisonnable que

le bénéfice du Rédempteur exempte également de punition

ceux qui ont péché devant le baptême par ignorance, et ceux

qui pèchent avec connaissance après le baptême. Mais ne

peut-il pas advenir que quelqu'un pèche sciemment devant

- le baptême, et par ignorance après le baptême? Pourquoi

g donc le péché commis sciemment devant le baptême sera-t-il

. remis sans aucune satisfaction ; mais de celui qui a été com-

'^, mis par ignorance après le baptême Dieu exige des peines

j satisfactoires?

Item l'Eglise romaine a avili le baptême, permettant aux ^ femmes, voire aux païens, de l'administrer, au lieu que la ^ confirmation, inventée par les hommes , ne se donne que ^ par les évêques. Item en y mêlant du crachat et du sel, et ^ BOufQant dedans l'oreille , et en baptisant les cloches et les ar galères , comme s'ils envoyaient le baptême aux galères. Ainsi le livre des Cérémonies sacrées, en la septième section du premier livre, chap. YIII, dit que le pape baptise des agneaux de cire.^

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