‹ Bouclier de la foiChapitre 42 sur 68 · livre. Gassander, au vingt-deuxième article de sa Consulta · texte numérisé non relu

livre. Gassander, au vingt-deuxième article de sa Consulta

tion, récite la forme de l'ancienne onction des malades digne

d*étre ici insérée. «Jadis» ^dit-il) « le malade était oint do

» rhuile qu'on appelait l'huile des infirmes ou des éncrgu-

» mènes par tous les autres membres, mais principalement

» en la partie où la douleur pressait, et lors s'ajoutait ce

» formulaire de paroles : Je t'oins d'huile sacrée au nom

D du Père, et du Fils, et du Saint Esprit, priant la miséri-

» corde de Dieu seul notre Seigneur et Dieu, que toutes

» douleurs et incommodités de ton corps déchasséi*s, tu re-'

» couvres la vigueur et la santé, en sorte qu'étant médecine

» par l'opération de ce mystère, et par l'onction de cette

9 buile^crée, et par notre prière, tu puisses reprendre ta

9 première et plus robuste santé, par notre Seigneur. »

Paroles qui témoignent que la fin principale de cette onction

était la guérison du corps. A cela même* tendent la plupart

A Sevenis Proculum christianum , qui Toparchion cognomiiiabatur, Euhodiae procuratorem, qui eum per oleum curaverat, requisivit , etc.

* iEgram Intuens dari sib! oleum postulat , quod cùm bénedixis-

set, in 06 puellaî vim sancti liquoris infudit. ^ s Hic à sancto Nepotiano yisitatus, et san

sancto olee pemnctus redditnr sanitati.

* Deus qui fomulo tuo Ezecbiae ter quinos annos ad vitam donasti, lui et hune foraulum tuum à lecto aegritudinis erigas ad salutem. — ResfHce, Domine, famulum tuum in inflrmitatc corporis laborantem, Qt castigationibus tuis emundatus conUnuù se sentiat tua medîdna ûnatum.

des oraisons que le prêtre dit sur les nmiados, notamment celle par laquelle îl prie que le malade soit guéri par cette médecine.

5. A cela ne répugne point ce que saint Jacques ajoute : « Et s'il a commis des péchés, ils lui seront pardonnes;» car ces mêmes paroles valent autant que : «La santé lui » sera rendue, les péchés pour lesquels Dieu l'avait affligé » lui étant pardonnes. » Jésus-Christ même nous apprend cela au chap. IX de saint Matthieu, où il dit que dire i nn malade : « Tes péchés sont pardonnes ; » et lui dire : a Lève-toi et chemine, » sont choses équivalentes; caria cause du mal ôtée, le mal cesse par néc^ssité. Saint Jacques donc en ce passage a ensuivi le langage de son mattre. Joint qu'il attrihue cette rémission de péchés, non à la vertu de l'huile, mais à la prière faite en foi, disant : « La prière de » foi sauvera le malade, ot le Seigneur le relèvera ; et s'il a » commis des péchés, ils lui seront pardonnes. »

6. Nos adversaires là-dessus nous demandent pourquoi saint Jacques ne parle ici que des malades, et non des sourds et aveugles. Mais , cela n*est pas disputer contre nous , mais { interroger saint Jacques et lui vouloir làire rendre raison de son dire. Peut-être que TApôtre, par une espèce d'iofir* mile corporelle, a entendu aussi tes autres ; p^ut-étre aussi que l'onction n'était employée que pour les malades au lit, mais que pour les sourds, aveugles et impotents, ils ne sa servaient point de ce remède, comme on voit en ce boiteux dont il est parlé au chapitre lll des Actes.

Ne sert de dire que plusieurs , aussi bien que les prêtrfs, avaient les dons de guérison, et qu'il n'eût pas été besoii de les appeler pour faire cette onction ; car Dieu alors revêtait de ces dons plus communément et avec plus grande mesure les pasteurs do l'Eglise, afin d'autoriser leur prédication.

N'est non plus à propos de dire que si toutes et quaniesfois que les prêtres oignaient les malades, ils eussent été giiéfiii personne no fût mort en ce temps-là ; car plusieurs n'ivalent pas la volonté de les appeler, plusieurs n'avaient ptf la commodité, ni le loisir. Et saint Jacques ne promet pis qu'ils guériront tous san§ exception. Ainsi , au chapitre Q

DE Là FOI. 453

le saint Marc, les Apôtres ne purent guérir un démoniaque ; ^éme il est croyable que quand Dieu avait révélé à un ipôtre que Theure du malade était venue, cet Apôtre s'abs- ;enail d^user d'un remède qu'il savait qe devoir proûler.

Keste le deui^iéme point, qui est desavoir si l'onction iont se servaient les Apôtres et leurs disciples peut être appelée sacrement.

Sur cela je dis que si on prend le mot sacrement au sens |ue les anciens et la Bible de l'Eglise romaine le prennent ordinairement, à savoir, pour un mystère ou pour un signe acre, rien n'empêche que cette onction ne soit appelée sairefnent,vu que c'était un signe sacré de la grâce etassismce de Dieu.

Mais cette onction ne peut être appelée sacrement au ens que le baptême et la sainte Gène sont appelés sacrenents, c'est-à-dire signes sacrés et sceaux de l'alliance de >ieu en Jésus-Christ, institués par Jésus-Christ même, pour ^tre observés perpétuellement en l'Eglise. Je dis qu'en ce ;ens cette onction dont parle saint Jacques ne peut être ippelée sacrement

i. Car les sacrements pris en ce sens ne sont institués |iio pour le salut de 1 âme, mais cette onction servait premièrement et principalement à la santé du corps.

2. Item des sacrements (comme du baptême et de la lainte Cène) se trouve en l'Evangile non-seulement la pratique, mais aussi l'institution par Jésus-Christ. Or, nul les évangélistes ne récite l'institution de ce prétendu sacrement, ni où, ni quand, ni comment Jésus-Christ Ta institué; seulement on voit une pratique de cette onction pour la guérison des malades, laquelle, d'une médecine miraculeuse, a été changée en un sacrement ordinaire, chargé de mille cérémonies, selon la coutume de la superstition, qui est de multiplier les cérémonies après avoir perdu la vertu. Jene nie pas que cette Oj^tiou n'ait été commandée par Jésus-Christ, n'étant pas ffoyable que les Apôtres aient rien fait sans son commandement. Mais tout ce que Jésus-Christ a commandée ses disciples n'est pas un sacrement. 11 a commandé à ses Apôtres plusieurs choses qui leur étaient personnelles, et qui ne deyaieul èU^ ^^^x."^

454 fiOUCLIKR

tiifîlles. Comme quand il leur a commaDdé d'aller prêcher rRvaogile, sans argent et sans aucune provision; que si cette onction était un sacrement perpétuel, les évangélistcs en eussent soigneusemeni récité Tinstitution, et le comniand(^nent d'en perpétuer l'observation en l'Eglise.

3. Ajoutez que les sacrements de TËglise chrétienne se doivent administrer en l'Eglise; mais cette extrême-onction ne s'administre jamais que dans les maisona particulières.

4. Le fruit aussi et usage de cette eitréme onction témoigne qu'elle n'est point sacrement; car le concile de Trente, en la session 7, au canon 6 et 7, dit que les sacrements contiennent la grâce qu'ils confèrent, et qu'ils la confèrent à ceux qui les reçoivent duement. Dont aussi les mots sacramentaux des autres sacrements sont conçus an temps présent, comme en la confirmation , Signo te tigno erueis, et confirmo te ehrismate salutis, «Je te marque du )» signe de la croix, et te confirme avec le cbréme de salut;! et au baptême : « Je te baptise au nom du Père , etc. : 9 H ainsi en tous les autres. Il n'y a que ce seul sacrement qui ne confère point la grâce, mais seulement la demande qui ne dit pas : «Je te guéris, ou je t'absous, » mais qui seulement demande la guérison du malade et la rémission de ses péchés ; c'est donc un sacrement optatif, et non un sacrement collalif de la grâce de Dieu ; un sacrement anomal, qui, par des signes, figure nonxles grâces, mais des demandes ; car ces Messieurs ont bien vu que s'ils eussent dit: « Je te guéris, n ils eussent été réfutés par l'expérience, va que peu de malades échappent après l'extréme-onction, laquelle on n'apporte qu'aux malades désespérés, comme B ce sacrement était pour finir la vie, et non pour la prolonger. Ils ont aussi considéré que s'ils disaient : « Je te remets » tes péchés, » ce sacrement enjamberait sur le sacrement de pénitence. 0

5. Cependant par cette façon de parler optatire, ils plantent un scrupule dans les esprits; car puisque de deux choses que le prêtre demande à Dieu, à savoir, la guérison du malade et la rémission de ses péchés, il appert que Dieu ne Texauce guèrd en Tunei comment serons-nous assurés que Dieu

de; la foi. 455

Texauce en Tautre? vu que le passage de saint Jacques, sur lequel ils se fondent, promet également la guérison du malade et la rémission de ses fautes?

6. Finalement, puisque devant ce sacrement le malade a reçu rabsoliition par laquelle tous péchés-sont remis, quels sont les péchés qui restent encore à remettre par cette extréme-ouctiou? Si par le sacrement de pénitence sont effacés les péchés mortels , pourquoi le même sacrement n*aura-t-ii effacé les péchés menus et véniels? Pourquoi ce qui fait le plus ne pourra-t-il faire le moins? Par lise voit clairement que ce sacrement est inutile, et est un emplâtre sur une plaie consolidée, et qu'il sert à demander la rémission d'un péché qu'on dit être déjà pardonné.

7. Or, que ce sacrement est nouveau et inconnu en l'ancienne Eglise , appert parce qu'il ne s'en trouve aucune trace en toute l'antiquité, car les canons du concile de Mcée, traduits d'Arabie, sont une invention du jésuite Turri*nius, auquel, si on ajoute foi, nul avant lui n'a su quels sont les canons de ce tant célèbre concile. Innocent K% qui écrivait en Tan du Seigneur 407 ou 408, parle de cette onction, mais ne l'appelle point sacrement. Joint que chacun sait combien toutes ces décrétales sont suspectes de fausseté et de peu d'autorité. Bellarmin amène un passage de Chrysoetôme, du troisième livre du Sacerdoce» mais- qui ne met point cette onction entre les sacrements. Les passages de saint Augustif qu'il amène sont tirés des sermons de f^mpore, et du livre du Miroêr, et du hvre de la YisitatioD des infirmes, qui sont livres supposés. Le plus ancien témoin qui en parle est le concile de Chdlons-sur-Saônis, tenu huit cent$ 8n9 après Jésus-Christ , encore est un synode particulier. Nonobstant lequel concile , les docteurs canonistei qui ont glosé les décrétales, tiennent que l'extrême-onctioQ n'est point up sacrement ^ a qui empêche (disent-ils) qu'elle )) ne soit réitérée, vu qu'elle n'est point sacrement?»

1 Tit. 9t, de secundis Nupitiis, eap. Virtutem, in Gl^stfi, Qaid

enim impedirei hanc itejrari, cùm non sit sacramentJum ?

Ihi taorement" dei ordref.

Srct. GLII. La collation des ordres sacrés est appelée sacrement en l Eglise romaine. Ces ordres sont sept : les portiers, left lecteurs, les exorcistes, les acolytes, les sous-diacres, les diacres, les prêtres, sous lesquels Bont compris les évéques: car l'Eglise romaine ne fait point deux ordres de la prêtrise et de l'épiscopat.

De cesdits sept ordres nos adversaires ne disent pas que Jésus-Christ les ait tous institués : cependant tout sacrement est nul, qui n'a Jésus-Christ pour auteur. Seulement, ils disent que Jésus -Christ a géré et exercé ces sept charges, et en a fait les fonctions : que Jésus-Christ a fait ofHce de portier, quand il a dit : « Je suis la porte des hrebis )> (Jean X, 7) ; qu'il a fait office de lecteur, quand il prit le livre du prophète Esaïe, et y lut en la synagogue (Luc lY, 16 et 17); qu'il a fait l'office d'exorciste, quand il a chassé les esprits malins. Le pape innocent III, au premier livre des Mystères de la messe, chap. 111, dit que Jésus-Christ a fait TofRce d'acolyte, quand il a djt : «Je suis la lumière du monde; » car rofhce des acolytes est de porter les cierges. Et au ehap. IV il dit que Jéf us a fait l'office de sous-diacre, quand il a lavé les pieds à ses disciples. Il dit aussi au chap. V que Jésus a fait l'office de diacre quand il a distribué le sacrement, et quand il a réveillé ses disciples dormants (Luc XXII, 45 et 46). Finalement, tous disent que Jésus-Christ a fait office de prêtre quand il sacrifia son corps en l'eucharistie, sous les espèces du pain. Mais quelle de ces sept charges falsait-il en prêchant TEvangile? Cela est un point dont ces docteurs tant subtils ne se sont pas mis en peine; aussi n'est-ce pas chose nécessaire, car on ne peut être prêtre sans être prédicateur. Ne restait plus que faire Jésus-Christ abbé, ou cardinal , ou pape, car TEcritureeût bien fourni à ces docteurs des passages qu'ils eussent plies avec pareille dextérité.

Or, chacun de ces ordres se confère par t^érémonies et paroles entièrement dilTéreûtes : dont s'ensuit que chaque ordre est un sacrement à part, et que c'est un abus de ne compter que sept sacrements de l'Eglise romaine, vu qu'elle en a treize.

Eiaminer chacun de ces ordres à part serait remuer des fétus, etêlre diligent sans besoin. Le seul ordre de prêtrise mérite que nous nous y arrêtions, puisque de la pureté et exercice légitime de la prêtrise dépend l'intégrité de tous les autres ordres, et la pureté de toute la religion.

8î l'ordre de prêtrise est sacrement.

Segt. GLIII. La charge de pFêtre, ou ministre, ou pasteur de

TEglise se confère par Fimposition des mains de ceux qui con-

rèrent Tordre et établissent un pasteur eu sa charge. Celte

inifiosition des mains était pratiquée en l'Âncien-Testament,

. comme on peut voip au cbap. XXVIl des Nombres et au

chap. XXXVII, du Deutéronome, où, par le commandement

de Dieu, Moïse impose les mains à Josué pour l'établir en sa

charge. Cette coutume a été pratiquée par les Apôtres en

établissant des pasteurs. L'apôtre saint Paul parle ainsi à

son disciple Timothée, en la première Epitre, chap. IV :

tt Ne mets point à nonchaloir le don qui est en toi , lequel

0 a été donné par prophétie, par l'imposition des Uiainsde-

» la compagnie des anciens. » Et au chap. V, vers. 22 :

a N'impose point hâtivement les mains sur aucun. »

On dispute si cette ordination peut être appelée sacrement. Je réponds que si ce mot de sacrement est pris simplement pour un signe sacré ou pour un mystère , qui est le sens auquel ce mot est pris ordinairement dans les Pères latins et en la version de l'Eglise romaine, nous souffrons aisément que cette imposition des mains soit appelée sacrement, puisque c'est un signe \\si\t\e d'une grâce invisible , pratiqué par les Apôtres.

Mais pour être appelée sacrement au même sens que le baptême et la sainte cène, plusieurs choses lui défaillent,' car cette imposition des mains n'est point un signe sacré de l'alliance de Dieu en Jésus-Christ, et n'est point commune à tous fidèles. Elle ne figurait ni conférait la rémission des péchés : elle ne peut être un sacrement du Nouveau-Testament, puisque cette cérémonie était pratiquée sous le Vieux (Nomb. XXVH, 18. Dcut. XXXIV, 9), et son institution ex-

presse ne se trouve point en Thistoire do TEvangile; car Jésus-Cbrist n'a point établi ses Apôtres en Tapostolat, en leur imposant les mains, mais en soufflant sur eux, et leur disant : « Recevez le Saint-Ksprit. A quiconque vous par- » donnerez les péchés, ils seront pardonnes, etc. d

Particulièremenl, l'Eglise romaiKO a intérêt de ne mettre point les ordres sacrés entre les sacrements; car, en défendant le mariage aux clercs, et appelant le mariage d'un prêtre un sacrilège , elle fait combattre les sacrements, et fait que Tun exclut l'autre, et le fait devenir un sacrilège.

liais cette dispute, si l'ordination des prêtres peut être | appelée sacrement, n'est pas le principal différend, et serions contents de l'appeler sacrement , pourvu que la prêtrise ne changeât point de nature, et que ses fonctions fussent réglées et limitées par la Parole dé Dieu. Mais la corruption y est si grande, que la prêtrise n'est plus aujourd'hui le ministère de TEvangilc. Les prêtres, de prédicateurs de l'Evangile et administrateurs des sacrements, sont devenus sacrificateurs du corps de Jésus-Christ en sacrifice réel et propitiatoire. Leur charge est de faire Jésus-Christ avec des paroles , pour le sacrifier à son Père. Par même corruption, l'épiscopat est devenu une principauté terrienne et une dignité de prince de la monarchie temporelle du pape. Cela mérite bien un chapitre à part.

l>e l'ordre de prêtrise de l'Eglise romaine , et de

sa sacrificature.

Sect. CLIV. En l'Ecriture, la charge des prêtres est de <( travailler en la Parole» (1 Timot.V, 17), et de cipattre le )» troupeau du Seigneur» ( Act. XX, 17). Au chap. II des Actes, les fonctions des pasteurs sont de « persévérer en la 0 doctrine des Apôtres et en la communion et fraction du » pain, et dans les prièi^s. »

Aujourd'hui, la charge de prêtre ne consiste plus à prêcher l'Ëvangile ; car en l'Eglise romaine une grande partie des prêtres ne prêche point. Pour être prédicateur, il faut oo^re la prêtrise avoir (\u<È\i\u^ ^uU^ di%uUé, Par la forme

de leur ordination ils sont établis sacrificateurs du corps de Jésus-Christ.

L'évéque leur met en raain la parète et le calice, disant : a Reçois la puissance d'offrir sacrifice à Dieu, et de célébrer » messes tant pour les vivants que pour les morts, n^

Par ces paroles, l'évéque confère une charge que Jésus- Christ n'a point instituée, voire une charge qui surpasse toute la dignité et puissance des Anges, desquels toute la vertu et excellence n'est rien au prix de faire Jésus-Christ, et l'offrir à Dieu en sacrifice , ce qui méritait bien un commandement formel et une institution de Jésus-Christ bien expresse. Mais rien de tel ne se trouve en l'Ecriture.

i. Car TApôlre, au chap. IV des Epbés., vers. 1i, et en la première aux Corinth., chap. XII, vers. 18, fait un dénombrement des choses que Jésus;Christ a établies en son Eglise. « Lui-même « (dit-il) « en a donné les uns pour être Ap6- » très, les autres pour être Prophètes, les autres pour être )> évangélistes, et les autres pour être pasteurs et docteurs.» De sacrificateurs du corps du Seigneur n'est fait aucune mention ni là ni ailleurs.

2. Qui plus est, au même lieu sont déclarées les fonctions auxquelles Dieu veut qu'ils vaquent. « Pour Passemblage » (dit-il) « des saints, pour l'œuvre du ministère, pour Tédifi- » cation du corps de Christ. » Mais non pour sacrifier le corps de Christ

3. Et n'est pas sans cause que souvent au Nouveau-Testament tous les fidèles sont appelés sacrificateurs, mais ne se trouve aucun passage où les pasteurs de l'Eglise soient expressément appelés sacrificateurs, le Saint-Esprit prévoyant que des pasteurs s'élèveraient qui prendraient <;e titre en un sens injurieux contre le Fils de Dieu.

4. Car pour ne parler de l'injure faite au sacrifice de la croix, dont il sera parlé ci-après, je dis que par cette charge de sacrificateur du corps de Jésus-Christ le prêtre se met |Nir-dessus Jésus-Christ. Car il est clair que sacrifier est chose plus excellente qu'être sacrifié , comme Aaron était

1 Acdpe potestatem efferre« sacrificinm Dec, missasque celebrare, Uun pro vivis quam pro mortuis.

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plus excellent que ses vicfimes; car Aaron représentait J^

sus-Christ sairifiant, tout ainsi que la yictimo repréw^ntsit J^sus-l'lirist qui devait être sacrifié. La dignité du sacriHcAteur rend la victime agréable. Le prêtre donc , sacrifiant Jé$ns-( Jirist , se met f ta r-dessus Jésus-Christ, puisque le prêtre est le sacrificateur, et Jésus-Christ f hostie sacrifiée; car encore (ju'en la messe on prétende que Jésus-Cbrist est aussi sacrificateur, si est-ce que ceci demeure, que le prêtre sacrifiant Jésus-Christ en la messe est plus excellent que Jésus-Chrisl en tant qu'il est sacrifié. Même quand on aura épluché toutes les actions par lesquelles le prêtre prétend sacrifier, comme sont la prononciatioh des mots consocrants, l'élévation de Thostie, les oraisons qui demand<*nt que Dieu ait cette offrande agréable, la fraction et la manducation ; on trouvera que le prêtre fait toutes ces choses, et qu'elles ne peuvent être attribuées à Jésus-Christ. Dont s'ensuit que Jésus -Christ au sacrifice de la messe n'est point sacriQcateur.

5. Appert aussi qu'en la messe le prêtre s*élève par-dessus Jésus-Christ, en ce qu'il a Ihostie en sa puissance; il la j rompt quand il veut, il l'emporte où il veut, et quand il voudra la jeter au feu ou la fouler aux pieds, il peut le faire; car ce Jésus-Christ qu'il prétend sacrifier est immobile , et ne se peut défendre : il ne peut respirer, ni ouvrir les yeux, ni remuer les mains. Quand même le prêtre serait meurtrier, ou incestueux, ou sodomite, si est-ce que (selon l'opinion de l'Eglise romaine) il a Jésus-Christ en sa puissance.

6. Que si on demande à nos adversaires en quoi consiste la sacrificature du Nouveau -Testament, et cette sacrificature perpétuelle selon Tordre de Melchisédech , ils répondent qu'elle consiste en ce que tous les jours le prêtre sacrifie le corps du Seigneur sous les accidents du pain et du vin en TEucharistie. Comment donc se fait-rl que TËpttre aux Hébreux, qui est des plus longues, et qui ne traite quasi d'autre chose que de la sacrificature continuelle du Nouveau-Testament et de la sacrificature de Melchisédech, ne parle nullement de feucharistie , ni du sacrifice de pain et de vin, ni d'aucun sacrificateur c\u'v soit en terre, mais ne

parle d'autre sacrificateur que Jésus-Christ, ni d'autre sacrifice que sa mort? Comment oublie-t-il ce en quoi seul on fait aujourd'hui consister la sacrificature de l'Eglise chrétienne? L'Apôtre donc à ce compte fait comme si quelqu'un écrivant du devoir des rois ne parlait point de sujets ni de royaume: ou comme si quelqu'un écrivait de Tart d'écuyer sans parler de chevaux ; car TÂpôtre a écrit bien au long de la sacrificature continuelle de l'Eglise chrétienne, sans parler du sacrifice de Feucharistie , en quoi seul on veut que consiste cette sacrificature.

7. Qui plus est, l'Eglise romaine ne reconnaît au sacrifice de Melchisédech que la messe. Mais l'Apôtre, traitant du sacrifice de Jésus-Christ selon Tordre de Melchisédech, fait ce sacrifice consister en la mort de Jésus-Christ. Cela se voit assez clairement au chap. V, vers. 6, 7 et 9, où ayant dit : « Tu es sacrificateur éternellement selon Tordre de Melchi- » sédech, » tombe dans les lignes suivantes sur ses cris et larmes, et sur sa mort, et sur l'obéissance qu'il a apprise par les choses qu'il a soufi'ertes, que Bellarmin reconnaît franchement au premier livre de la Messe, chap. VI, où il parle ainsi : «L'Apôtre, au chap. Y aux Hébreux, appelle Jésus- » Christ même en la croix sacrificateur selon Tordre de p Melchisédech. » ^

8. Ajoutez que nos adversaires enquis quand ce sacrement de Tordre de prêtrise a été institué, répondent que Jéâus- Christ Ta institué quand il a célébré l'Eucharistie entre ses Apôtres, et disent que lors ils ont reçu Tordre de prêtrise. Mais où est en cette action aucune collation d'ordre? Où est l'imposition des mains, ou quelque autre cérémonie qui supplée à ce défaut? Où sont ici les instructions touchant la charge de prêtre, vu que la prêtrise a beaucoup d'autres fonctions que sacrifier le corps du Seigneur ?

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