ARTICLE XXXVII
Nous croyons (ainsi qu'il a été dît) que tant en la Cène qu'au baptême Dieu nous donne réellement et par effet ce qu'il y figure. Et pourtant nous conjoignons avec les signes la vraie possession et jouissance de ce qui nous est là présenté. Et par ainsi tous ceux qui apportent à la table sacrée de Christ une pure foi, comnoe un vaisseau, reçoivent vraiment ce que les signes y testifient : c'est que le corps et le sang de Jésus-Christ ne servent pas moins de manger et boire à Tâme^ que le pain et le vin sont au corps.
ARTICLE XXXVllI.
Ainsi nous tenons que l'eau étant un élément caAic ne laisse pas de nous testîfier à; la Térité le lavement intérieur Olô tvovtÇi tev^ ^m ^auç de Jésus-Cbrist par TeiBcacede soxi¥i^t\V\^^^\^\^^\^xab:«ii&
f tant donnés en la Cène nous servent vraiment de nourriture spirituelle, d'autant qu'ils nous montrent comme à Toeil la chair de Jésus--Ghrist nous être notre TÎande et son sang notre breuvage. Et rejetons les fantastiques et sacramen ta ires, qui ne veulent recevoir tels signes et marques, vu que notre Seigneur Jésus-Christ prononce : c Ceci est mon corps, et ce calice est mon B sang. 9
De ces trois articles, auxquels est comprise la créance do nos églises touchant la sainte Gène, le sieur Ârnoux s'attache seulement au dernier, et discourt ainsi.
9e Panûm réeUe des fidèles avec «Tésus-Christ , et de la maadacatîon et partîeîpatîon de son corps.
Sect. CLXV, — Tout cet article exclut la vérité et réalité du corps et du sang (pour nous servir de la seule figure par laquelle nous sommes retenus dans les éléments des Juifs et des ombres Tides de corps). £t encore que les ministres de la dernière saison , disciples de Calvin, ont introduit à son exemple, par une subtile méthode, Tinvention de parler comme nous, disant que le corps de Christ en substance, et non-seulement par effet, est donné et uni aux fidèles en la Cène : toutefois , quand on les presse de répondre si ce corps est présent localement aux signes, ils répondent que non, et qu'il en est distant comme le ciel de la terre, d'où suit la contradiction manifeste, et est découvert l'abus par ce syllogisme.
Il est impossible que deux substances, éloignéesTune de [l'autre comme le ciel de la terre, soient intimement et substantiellement conjointes Tune à Tautre.
Or, le corps du Fils de Dieu est distant des signes ou espèces du pain et du vin comme est le ciel de la terre.
Il ne peutdoncpar elles être conjoint intimement et substantiellement au corps de ceux qui reçoivent les signes. En vain donc disent'ils pour abuser le monde que le corps est donné en substance, puisque, par leur article , il est porté que le pain et la coupe sont donnés pour montrer & Toeil que le corps et le sang sont notre nourriture.
Si je voulais simplement suivre la piste de ce docteur et me contenter de le réfuter, cet ouvrage serait fort maigre et de peu d'instruction ; car il ne comprend ni notre créance ni la sienne, et contredit autant à son église qu'à la nôtre, et n'a ni ordre, ni suite, ni sens en son discours.
il nous fait dire que nous excluons la vérité du corps de Christ pour nous servir de la seule figure , qui est tout le contraire de ce que nous croyons. Cependant que les signes sont présentés à nos yeux et à nos bouches» Jésus-Christ est présenté à notre foi, et donné réellement à nos âmes : pir un contrat, ou par des lettres royales une maison ou un héritage nous peut être réellement donné, encore qu'il soit éloigné. Le soleil se joint réellement à notre vue, encore qu'il soit au ciel et nous en la terre. La tête est réellefflent unie avec les pieds par le moyen d'une noiéme âme qui les fait être un même corps, encore que leur situation soit éloignée. Le mari est réellement un corps et une chair avec sa femme, encore qu'ils soient absents l'un de l'autre. Si dans les choses naturelles se trouvent des unions réelles et substantielles entre, choses éloignées de lieu, combien plus dans les choses divines? Jésus-Christ ne pourra*t~il se joindre réellement à nos âmes, et par nos âmes à nos corps par Tintervention de son Esprit habitant en nos cœurs? Ne poumt-il s'unir à nous sans se faire dévorer par ses ennemis, et se faire mâcher à belles dents, et s'enclore en une oublie qui peut être emportée par les bêtes? L'Ecriture dit que nous sommes un corps avec Jésus-Christ, et qu'il est le chef et nous les membres; laquelle union je crois que nos adversaires ne voudraient appeler imaginaire et figurative , mais ils la reconnaissent réelle et véritable, et néanmoins cette union est aussi bien hors Teucharistie qu'en l'eucharistie. Car ils sont cobtraints de retenir les mots, encore qu'ils ea ignorent la chose, et en comlmttent le fruit et la vertu; et par des esprits charnels ne reçoivent autre union réelle avec le corps de Christ que celle qui se fait en mâchant , comme si Jésus-Christ était fait, pour les ventres et non pour les consciences , ou comme si ce n'était point le privilège des enfants de Dieu d'être réellement conjoints au Fils de 0îen; car ils font que les méchants elles hypocrîtes maDgeotauisi
Jésus-Christ et participent réellement à son corps ; estimant que les morts peuvent manger le pain de vie , et que les ennemis de Dieu peuvent être réellement joints avec le Fils de Dieu. Estimant la manducation par la bouche, qu'ils appellent réelle, être chose beaucoup plus excellente que celle qui se faitmr la foi : combien que celle qui se fait par la bouche soit commune aux bons et mauvais, mais celle qui se fait par la foi soit propre aux fidèles ; et que la manducation par la bouche sans celle par la foi soit nuisible et tourne à condamnation , mais celle par la foi soit toujours salutaire et nécessaire à salut.
Quelques esprits grossièrement subtils se moquent de l'union spirituelle de Jésus-Christ avec nous, comme si c'était une pure imagination , et disent que par même raison l'Esprit de Christ sera substantiellement avec toutes les créatures parce qu'il est partout. Ce qu'ils disent sans raison ; car encore que l'Esprit de Dieu soit partout et en toutes créatures, toutefois il n'est pas uni avec toutes ; il n'y a que les âmes qui soient capables de cette union : comme dans les formes naturelles autre chose est assister, autre chose informer ; ainsi en l'Esprit de Christ autre chose est d'être présent à quelque chose, autre chose de s'unir à elle pour la vivifier et sanctifier, a Celui qui est adjoint au Seigneur » dit l'Apôtre, (1 Cor. YI, 17), « est fait un même esprit avec 1» lui. » Or, par l'union de l'Esprit de Jésus-Christ avec les nôtres, son corps aussi est fait un corps avec les nôtres , comme quand les deux chaînons extrêmes sont joints par l'intervention d'un troisième.
Le sieur Arnoux n'a pas meilleure gr^ce quand il nous fait dire que le corps de Christ en substance et non-seulement par effet est donné en la Cène; comme si donner" Jésus-Christ en substance et le donner par effet n'était pas même chose. Il parle comme si je disais : Un tel n*a pas seulement été décapité, mais aussi il a eu la tête tranchée.
Appert aussi qu'il n'entend pas sa propre créance, quand il trouve mauvais que nous ne croyions pas que Jésus- Christ soit localement présent aux signes, car l'Eglise romaine ne le croit non plui que nous.
510 BoucLiEa
Le syllogisme qu'il bâtît n'est point un syllogisme, car U conclusion est composée de pièces qui ne se trouvent point dans les propositions. En aucune des propositions il n'est point parlé a du corps de ceux qui reçoivent les signes;! or, rien ne doit être en la conclusion qui ne se trouve dus les propositions.
Certes autre chose est de parler de l'union du corps de Jésus-Christ avec les signes, autre chose de-parler de l'unioo du corps de Jésus-Christ avec nos âmes, et pj|r nos ânnes avec nos corps. Les signes sont joints avec Jésus-Christ d'union sacramentelle, tel qu'est le rapport de l'eau au baptême avec le sang de Jésus-Christ ; mais le corps de Jésus- Christ est uni à nos âmes par une union spirituelle et réelle.
11 suit sa pointe et étale nos passages.
I>e la pvéfenee rédie du oovpt de Cttimt en la Oèai> el de la transnibftantîatîon.
Sbct. CLXVI. Texte coté en marge de la Confisiion. Jean TU 81 :
« Nos pères ont mangé la manne au désert, ainsi q.u'il est écrit : Il leur a donné à manger le pain du ciel. » 1 Cor. XI, 4. Jésus pritda paio, et ayant rendu grâce le rompit et dit : Prçnez, manges, ceci est mon corps, qui est rompu pour vous; faites ceci en commémoration de moi (Matth. XXVI, 26). Et comme ils mangeaient, Jésus prit le pain, et après qu'il eut rendu grâces, le rompit et le bailla à ses disciples, et dit : Prenez, mangez, ceci est mon corps.
T a-t-il en tous ces textes aucun texte formel par lequel il soit dit que la 6gure seule nous soit donnée? que le pain et le via nous sont donnés en viande? que le pain et le vin noat mon* irent à l'œil la chair et le sang? Je presse encore un coup; ai sont ces mots formels en chose de si grande conaéqueiiceTeidi quel courage pourront tous les ministres du monde souOiir le reproche du Fils de Dieu, quand au jour du jugement amva^ sel il leur dira: J'ai enseigné par quatre miens écrivains irréprochables, et desquels vous avez fait état que j'avais dit de ma propre bouche, en l'institution du sacrement d'amour et d'union : Ceci est mon corps, ceci est mon sang, et mon Eglise l'a cru par tint et tant de siècles, et vous êtes venus sur votre propre crédit qMreliant mon Eglise, et disant que j'avais touIu dm :. Ceei est di
DE Là foi. 511
pain, ceci est du vin, ceci montre ma chair, ceci montre mon sang. Et de quoi vous a servi de faire passer en figure ce que j'avais donné en vérité? et quel mal vous fût advenu de laisser croire au monde à ma Parole nûment et simplement entendue en matière où je ne pouvais l'employer avec équivoque, et à double sens, Kans encourir le blâme d'imposteur.
Texte contraire. Jean VI, 56 : c Ma chair est vraiment viande, et mon sang vraiment breuvage. Qui mange ma chair et boit mon aang , il demeure en moi et moi en lui. » Il ne se peut rien dire de plus exprès, et je ne saurais concevoir une glose plus formelle que ce texte Test tout seul sans aucun, c'est-dire, ni conséquence ni figure.
DU MOULIN
Le point de la sainte Cène où la vérité est plus claire qu'en aucun autre, est celui sur lequel Satan a versé plus de ténèbres, ayant d'un lien de concorde fait une semence de discorde, et d'un aide à élever notre foi à Jésus-Christ en ayant fait un moyen d'abaisser Jésus-Christ et le mettre en la puissance des hommes.
Nous avons traité cette matière en un livre exprès qui n^a point encore ou de réponse ; ici nous en dirons ce qui suffira pour éclaircir ce différend, et défendre la vérité contenue en notre confession de foi.
Groyanee des parties.
Sect. CLXYII. L'Eglise romaine tient qu'immédiatement après ces paroles, Hoc est enim corpus meum, prononcées, la substance du pain se change au corps du Seigneur par transsubstantiation, et la substance du vin au sang du Seigneur ; en sorte néanmoins que par concomitance le corps aussi est tout entier en chaque goutte du calice, comme le corps est entier en chaque miette et sous chaque point de rhostie; et cela en vertu des paroles, lesquelles prononcées tant sur la substance du pain que sur les accidents n'agissent néanmoins que sur la substance, tellement que les accidents demeurent sans sujet; non pas que le corps de Jésus-Christ qui est assis à la dextre de Dieu vienne en Thostie, mais il s'y lait par transsubstantiation.
A condition toutefois que le prêtre ait intention de coi- ^acrer ; car san^ cela la consécration ne se fait point, el cependant le peuple, par une pieuse présupposition, nelaisM d'adorer l'hostie à tout hasard.^ Bellarmin, au premier livre des Sacrements, chap. XXYIl, * estime qu*il suffit que le prêtre ait intention de faire comme FEglisc do Genève.
Pour confirmer cette transsubstantiation et présence réelle, ' nos adversaires amènent force niiracles, auxquels l'hostie étant piquée a saigné à grosses gouttes, et ausqueb l'hostie est apparue comme un enfant, entrant en la bouche des personnes, et disent que des bergers, ayant prononcé sar le pain de leur repas les paroles de consécration^ le trao»* rouèrent en chair. ^
Or, parce qu'il arrive des inconvénients, ou que le calice consacré se gèle, ou que l'hostie consacrée se dérobe, ou est mangée par les souris, ou revomie par infirmité, les einous pénitentiaux et les cautèles de la messe ont donné des règlements sur chacun de ces inconvénients, * et disent qu'il ne faut pas trouver étrange si les rats et les chiens peuvent manger Jésus-Christ tout entier, maintenant qu'il est assis à la deitre de Dieu en sa gloire, vu que durant son infirmité les puces pouvaient sucer des gouttes de son sang, et les chiens pouvaient lécher son sang découlant de la croix.
 Paris, le 14 de février de cette présente année i620, en l'église commendataire de saint Jean de Latran, neuf hosties consacrées furent dérobées avec le ciboire d'argent, pour lequel attentat contre Jésus-Christ, le larron eut le 29 do
* Conc. IVfd., $$8$, 7, ean, 11.
* Extra de cel^r. Miss. Tit. 41, cap. De homine, § Pete$.
* Platine in Leone 111. Jodœus Coccius. Maithœus Paris^ ami. 1247, pag, 713.
^ Durandus Bation. lib. 4, cap. 35 , et Innoe. lil^ lib. 3, é myster. Myssœ^ cap. 1. Canon Pœnitentialis 39.* Quando mus co* médit vel corrodit corpus Cbristi.
^ Cautelae Missae , Species distinguantur et reverenter sumantar, et Tomilus coburatur, etc. Tolet., de Instruct. sacerd., lib^ a, eef. 25. Posset consecrare sacerdos multos copbinos panis el vini dolium si prsesenlia ista babcret.
même mois, lo poing coupé devant ladite église, et puis fut l>endu et son corps brûlé. Alors ces pauvres gens demandaient à ce larron de Dieu ce que Laban demandait à Jacob : « Pourquoi as-tu dérobé mes dieux?» (Gen. XXXI, 30.)
Par cette doctrine le prêtre peut faire ce que tous les anges et les saints ensemble ne sauraient faire : car il peut faire Jésus-Christ, et ayant fait Dieu par des paroles, il a Dieu en sa puissance. De là viennent ces façons de parler de lever Dieu, et le manger, et prendre son Créateur ; de là vient cette doctrine prodigieuse, qu'un prêtre peut transsubstancier des tonneaux de vin, et changer en chair tout le pain du marché. De là vient l'adoration de l'hostie entre les mains du prêtre, mais non depuis qu'il est entré en son estomac, encore qu'il y soit aussi bien présent qu'en l'hostie.
Quant à la façon en laquelle le corps du Seigneur est en l'Eucharistie, ils dkent qu'il y est en corps, mais non corporellemeut, qu'il y est en corps, mais spirituellement, avec autant de raison que s'ils disaient qu'un esprit est présent corporellcment. Item ils disent qu'il est en ce lieu, mais non localement ; qu'il y est visible sous les espèces, et néanmoins que les espèces en empêchent la vue ; qu'il y a une longueur sans étendue, que c'est un corps sans place, qu'il a en chaque point de l'hostie toute sa grandeur, et qu'il est en chaque miette de Thostie aussi grand et aussi gros qu'il était en l'arbre de la croix, qu'il a les deux yeux sous un même point; qu'il ne peut se remuer ni respirer sous l'hostie ; qu'il est tout entier au ciel et tout entier en la terre, sans toutefois être en la région d'entre deux, et que néanmoins il n'est pas séparé de soi-même; qu'en Ttiostie il y a QuarUitas et nihil guanlum^ de la longueur et rien de long, de la saveur et rien do savoureux, de la blancheur et rien de blanc ; c'est ce qu'on appelle les accidents sans sujet. Voilà la théologie de ce siècle. ^
Une des plus grandes grâces que Dieu nous ait faite, est de nous avoir développés d'un si étrange abus, et de ce qu'en
1 tnnœ, Itl, lib. 4, de JHyster, missŒy cil. Est enim hic color et saper quantitas, et qualitas, cum nihil alterutro sitcoloratom aat sapidam, ant quantum, aut quale.