‹ Bouclier de la foiChapitre 46 sur 68 · BOUGUER · texte numérisé non relu

BOUGUER

nos églises oo ne parle point de faire Dieu avec des paroitti ni d'adorer un Jésus-Christ iail par les hommes» et de ce que nous croyons un Jésus-Christ, lequel est vrai homme et a un vrai corps humain et qui par ce moyen est notre frère par la conformité avec notre nature et par l'union de kni Esprit, lequel étant monté au ciel reviendra à nous pour II seconde fois au dernier jour.

Quant à la sainte Cène, nous croyons avec TÂpôtre (i Cor. XI, 36) que nous mangeons du pain pour annoncer la mort du Seigneur ; et (1 Cor 1^1, 16) « que le pain que nous rom- » pons est la compfiunion du corps de Christ, » lequel piin est appelé le corps du Seigneur, parce que c'en est la cobmémoration, comme Jésus-Christ ajoute pour s'exposer. Selon la coutume de TEcriture-Sainle qui est de donner aox signes le nom de ce qu'ils signifient; non .pas que nous croyions que ces signes soient seulement figures dénuéei de la vérité, mais nous croyons avec l'Âpôtro que rompant ce pain nous communions au corps de Christ. Ces signes ae sont pas seulement figuratifs, mais aussi exhibitilsde Jésas- Christ et de son bénéfice; car encore que Jésus-Cbrist ne soit enclos dans ce pain, si ne laisse-t-il d'être fait nôtre, pourvu qu'avec vraie foi et amour de Dieu nous participlooi à ce saint isacrement, et mettions toute notre fiance en h mort do Jésus-Christ. Pourtant nous n'adorons point le sacrement, mais Jésus-Christ qui est au ciel, prenant pour exemple les Apôtres qui n'ont point adoré d'bostie en li sainte Cène, comme aussi Jésus-Christ n'a point commandé de l'adorer et n'a lait aucune élévation.

Vreorede la doctrine de nof églûei pur les paroles é» rîiutîtutîon de ce sacrement.

Sect. CLXVill. Notre Seigneur Jésus, après la dernière Pftque célébrée entre sqs disciples, a institué un autre sacrement que saint Paul appelle la Cène du Seigneur, auquel il veut qu'entre les fidèles du pain soit rompu et mangé, etuD calice distribué en mémoire de lui, et pour annoncer sa mort jusqu'à ce qu'il vieuue. C^VX^ vc^vlution se trouve au dii|K XXVl de saint Matihku, avxâ^.^V^ ^w.\X>iKS!^^w^^SMa^

^XII de saint Luc, et en la première Epiire aux Corinthiens, ehap. XI, de ces passages produits non par lopins comme font nos adversaires, mais tout entiers, et comparés ensemble se doit tirer la vérité.

Saint Matthieu dit que Jésus-Christ «prit du pain, le bénit, » et le rompit, et le bailla à ses disciples, et dit : Prenez, » mangez, ceci est mon corps. Saint Luc dit qu'il a ajouté : .« Qui est livré pour vous ; faites^ceci en commémoration de » moi. » Et saint Paul, au 4ieu de qui est livré pour vous, n met <x qui est rompu pour vous. » Le Saint-Esprit qui a con* duit la main et l'esprit des Apôtres et évangélistes, a usé de cette diversité afin qu'elle servit d'éclaircissement, et afin jqu'un éyangéliste servit à entendre l'autre.

Ov, toutes les paroles des évangélistes sont vraies, nonseulement prises ensemble, mais aussi chacune à part. £iaminons-les donc premièrement par pièces, et puis toutes ensemble.

4. Je dis donc que l'Evangile témoigne que Jésus-Christ prit du pain, et le bénit, et le rompit ; puis donc que Jésus- Cbrist a pris et rompu du pain, d'où vient qu'en TEglise romaine on tient que le prêtre ne rompt point de pain, et que ce n'est plus ps^in lorsque scfait la fraction du sacrer ment?

2. Item, l'Evangile dit que Jésus-Christ a prit du pain, et » le rompit, et le donna ; » il est donc vrai qu'il donna du pain, et cela encore contre l'Eglise romaine qui tient qu'en la messe le prêtre ne donne j)oint du pain. Et notez ces mots : a que Jésus-Christ donna du pain, » car on ne donne point qu'après la consécration ; c'est donc encore du pain après la consécration.

3. Ensuite saint Matthieu témoigne que Jésus-Christ m prit p du pain, le bénit, le rompit, et le donna à ses disciples, et ï) dit : Prenez, mangez, ceci est mon corps, rt II faut donc croire que le pain que Jésus-Christ a rompu et donné était 8on corps, et non comme l'Eglise romaine qui croit que ce n'était plus pain> mais seulement le. corps de Jésus-Christ fait par la conversion du pain. Quiconque veut n'être point coupable 4u renversement des paroles de l'Evangile^ doit tenir ferwea ces deux vérités portées pax Y£àX«si^^\\>â3ûJ6.

que Jésus-Christ a donné du pain; l'autre; que ce pain qu'il a donné était son corps; et ne faire point comme l'Eglise romaine qui, sous ombre de se tenir à la deuxième de ces vérités, renverse la première et sHmagine une transsubstantiation par laquelle le pain est aboli.

4. Ces seules paroles : a Ceci est mon corps » sur lesquelles ils s'appuient, ne peuvent souffrir cette transsubstantiatioD; car ce sont paroles déclaratives de ce qui est, et non effectives de ce qui n'est point, et qiii présupposent que ce pain était déjà le corps du Seigneur avant qu'il prononçât ces paroles.

5. Et de fait, tant nous que nos adversaires sommes d'aecord que le pain est fait le corps de Christ par la consécration. Or, la consécration ne se fait point par ces paroles : i Ceci » est mon corps, » mais par la prière et bénédiction qui a précédé, comme reconnaît le canon de l'Eglise romaine qoi commence par Corpus^ en la deuxième distinction de la Consécration : a Nous appelons corps et sang de Christ, ce » qui étant pris des fruits de la terre et consackè par la n PRIÈRE mystique est pris droitement par nous pour le salot » spirituel en mémoire de la passion du Seigneur ; » ^ et le pape Innocent IH, au quatrième livre des Mystères de li messe, cbap. VI, tient que Jésus-Christ n'a pas consacré par ces paroles : « Ceci est mon corps, n mais qu'il a consacré par sa vertu divine avant que proférer ces paroles. Et certes' la raison y est claire, car il faut être perclus de sens pour ne reconnaître que pour consacrer du pain à Dieu, il vaut mieu parler à Dieu qu'au pain. Mais nos adversaires aiment mieux résister à la raison, à leurs papes, à leurs décrets, que d'obéir à l'Evangile, et mettent la consécration en ces mots: a Ceci est mou corps, » par lesquels le prêtre ne parle poiot à Dieu, mais au <( pain. »

^ Corpus et sanguinem Christi dicimus illud quod de firoctibis terrae acceptum et prece mystica sanctificatum rectè sumimus ni salutem spiritualem in memoriam domiuie» passionis.

* Voyez le livre de Capite Fontium qui dit, en la préf^M», qninnocent et Gatharinus, et Gabriel Biel, et les anciens tiennent que U consécration se £ût par la prière.

6. D'abondant, nul ne peut nier que quand' Jésus-Christ disait : « Ceci est mon corps, » par ce mot ceci il n*ait entendu ce qu'il tenait en ses mains. Or, tant nous que nos adversaires reconnaissons que quand Jésus-Cbrist prononçait ce mot CECI, il ne tenait que du pain ; dont s'ensuit que par ce mot ceci, il entendait « ce pain, » et par conséquent que ces mots a Ceci est mon corps » signifient a Ce pain est 0 mon corps, » et non a Sous ces espèces est mon corps, » ou « Ceci sera transsubstantié en mon corps, » comme entendent nos adversaires. Le décret de Tuiglise romaine parle comme nous, et dit que Panis est corpus ihrisli^ a le pain » est le corps de Cbrist. » Ce qu'on voit )> (dit le canon) « est » du pain et un calice, selon que les yeux le rapportent ; » mais quant à l'instruction que la foi demande, le pain est » le corps de Cbrist. » ^

7. Puis donc que le sens de ces mots : «Ceci est moA D corps, )> est a ce pain est mon corps , » il faut savoir comment ce pain peut être le corps de Jésus-Cbrist. Lui-même le déclare en tous les mots qui suivent, que nous éplucherons par le menu.

8. Jésus-Christ donc, selon le rapport de l'apôtre saint Paul, ayant dit : «Ceci est mon corps,» ajoute «qui est rompu » pour vous. 2)

11 est nécessaire que le pain de la sainte Cène soit le corps de Christ, en même façon que le corps de Cbrist est rompu en la sainte Cène. Or, n'y est-il point rompu réellement, car il est impossible; mais il est rompu sacramentellement ; pareillement donc le pain n'est pas réellement le corps de Christ , mais sacramentellement et selon que les signes prennent ordinairement le nom des choses signifiées, en même façon qu'en la ligne suivante le calice est appelé un testament, comme la circoncision est appelée l'alliance de Dieu (Gen. XYII, 9, 10). Comme l'agneau de Pâque est appelé le passage (Exod. XH, 11, 21. 2Ch. XXX, 15), etc. Comme l'arche est appelée l'Eternel (2 Sam. YI, 2. Ps. XXIY), parce

^ De Conseer. Can. Qui manducant, Quod Videtur panis est et calix, quod etiam oculi renuotiant : quid autem fides postulat m^ trueuda, panis est corpus ChristL

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que c'était le signe de la présence favorable de Dieu au milieu de son peuple. Gomme TÂpôtre (1 Cor. I, 4] dit que « la pierre était Christ,» parce qu'elle était figure de Jé«is- Christ. LTcriture est pleine de tels exemples ; c'est son style ordinaire de donner aux signes le nom de ce qu'ils représentent. Et la raison le veut; car qu'y a-t-il déplus naturel que dans les sacrements user de paroles sacramentelles, et en une action qui est une ûgure se servir d'une figure conforme à Faction? afin que nommant les signes du nom de ce qu'ils signifient, nous apprenions l'union du signe avec la chose signifiée ; parce que Dieu en même temps représente à nos yeux les signes, el présente à notre foi la chose signifiée. Sur cela les paroles d'Âlcazar, jésuite , sur le cb. 1 | de l'Âpoc, sont notables : « En la façen de parler de l'Ecri- ' » ture dans les énigmes et sacrements, le verbe substantif J • se rapporte à la signification ; et en Teucharistie les espè- * » ces , c'est-à-dire le pain et le vin, signifient le corps et le » sang de Christ, car Jésus-Christadit:Ceci est mon corps.» Toujours la vérité donne quelque coup de géhenne à ces messieurs.

Dire que c^est ouvrir la porte aux hérésies et favoriser les Marcionites, qui pourront, par même moyen, interpréter figurément ces paroles de saint Jean : «La parole a été faite » chair ;i> c'est parler hors propos, car saint Jean en ce passage ne parle point du sacrement ; c'est pourquoi les Ch çons de parler sacramentelles n'y sont point convenables. Ce reproche doit être fait à nos adversaires, qui, pour établir leur transsubstantiation, tordent toutes les paroles de l'institution de l'eucharistie, et y introduisent une douzaine de figures inusitées et prodigieuses, comme nous verrons ci-après.

Pour donc retourner à ces mots , qui est komru jpoa vous, faut savoir que la version de l'Eglise romaine et le texte de la messe ont corrompu ce passage, ayant traduit an futur ce que Jésus-Christ a dit au présent , et mis «sen )) rompu » pour « est rompu ; frangelur » pour « frangUfw; » laquelle traduction, quoique saine en la foi, empècbe néanmoins de reconnaître que le propos de Jésua-Chiist est

sacramentel, et que le nom de la chose signifiée est attribué au signe.

9. Pour donc mettre la vérité en évidence, nous demandons à nos adversaires si le corps de Jésus-Christ est réellement rompu et mis en pièces en Teucharistie? ou bien s'il y est seulement rompu sacramentellement et en mystère signifiant. S'ils disent qu'il est rompu sacramentellement, ils sont obligés d'interpréter de mém^ ces paroles : a Ceci est » mon corps, » et dire que ce que Jésus-Christ donnait à ses disciples était son corps sacramentel et sa commémoration. Mais s'ils veulent que le corps du Seigneur soit réellement rompu en la messe, ils tombent en trois inconvénients : le premier est, qu'ils outragent Jésus-Christ, lequel étant impassible ne peut plus être rompu ; le deuxième est qu'ils contredisent à leur messe et à leur Bible, laquelle a traduit sbba rompu, au futur, parce qu'il n'y a point d'autre fraction réelle du corps du Seigneur que celle qui se devait faire le lendemain on la croix ; le troisième est qu'ils se contredisent à eux-mômes , car l'Eglise romaine croit que le corps de Jésus-Christ ne peut être rompu, et que quand le prêtre rompt l'hostie il n'y a que les accidents qui se rompent, et que le corps du Seigneur demeure entier en chaque pièce. Tellement que c'est pour se moquer qu'ils disent que le corps du Seigneur est rompu sous les espèces, vu qu'ils tiennent qu'il demeure entier sous les espèces. Ce qui demeure entier sous les espèces n'est point rompu sous les espèces. Ainsi ils parlent d'aussi bonne grâce qui si je disais qu'une épée est rompue sous le fourreau, lorsque le seul fourreau s'étant rompu, l'épée est demeurée tout entière.

Ils doivent donc ici donner gloire à Dieu et céder à la force de la vérité , et reconnaître , puisque le corps du Seigneur ne se peut rompre réellement au sacrement, qu'il y est rompu sacramentellement, enmêmefiiçon que le pain est le corps de Christ. C'est une fraction relative à celle de la croix, et qui prend le nom de ce qu'elle représente.

10. Je dis le même des mots dont se sert saint Luc : « Ceci » est mon corps qui est livré pour vous; » car Jésus-Christ •n'a pas voulu dire : aCeci estjnon corps, que je vous donne » à manger; » mais a dit : « Ceci est mon corps qui^ livré

» pour VOUS. » Lesquels mots, POUR vous, valent autant que a pour votre rédemption. » Ce qui ne s'est fait réelleroeot qu'en la croix, mais se fait sacramentalement en la sainte Cène, et par commémoration, comme Jésus-Christ ajoute: Faites ceci en comiiéuoration de moi.

Ces mots sont décisifs de la question; car si ce que Jésai- Gbrist donne est la commémoration de Jésus-Christ, ce n'est pas Jésus-Cbrist : nulle chose n'est la commémoration de soimême. Et n'y a rien si absurde que ce que disent nos adversaires, ^ que Jésus-Cbrist en Teucttaristie est la figure et commémoration de soi-même ; comme qui dirait que le roi est son portrait, et qu'il est l'image de soi-même: ne sert d'alléguer ici des divers respects, et dire que Jésus-Cbrist en la messe est la figure de Jésu»-Cbrist en croix. Car, quelque diversité de respects qu'on puisse alléguer, si est-ce que le roi à table ne sera jamais figure de soi-même à cheval. Et si le roi représentait lui-même une de ses batailles, il ne serait pour cela figure de soi-même, maiB son action présente serait figure de son action passée. Joint que les choses visibles peuvent être figuces des invisibles; mais ici on veut que Jésus-Cbrist, invisible en la messe , soit Bgnre de Jésus-Cbrist en croix où il était visible.

11. Ajoutez que la mémoire est des choses passées ou absentes, comme dit Âristote ^ au cbap. 1 du livre de la Mémoire et Réminiscence. Ainsi quand les anciens appelaient les tombes des martyrs des mémoires, ils déclaraient par là que ces martyrs étaient au ciel. Et la manne réservée eo l'arche n'était point mémoire de cette portion de manoe qui était en l'arcbe, mais de la nourriture miraculeuse do peuple au désert. Et quiconque loue les prouesses du roi en sa présence, renouvelle la mémoire non de la personne du roi présent, mais de ses actions passées. Ainsi avoir souvenance de Dieu est se souvenir de ses merveilles , de ses

^ Bell., lib. 2, de Ettch., c. 24. Idem igitnr Christas taïi fignn sui ipsius.

* HSk lAviiiifi ro^ ycvo/Aéyov, rà^g Trâpov ^ iràpccoty oToy to^« rè Jifuth

promesses ou commandements. Le même se trouvera en tous autres exemples.

Ne se peut aussi nier que la mainte Gène ne soit une commémoration aussi bien de la personne de Jésus-Christ que de sa mort, vu que comme TApôtre nous commande de manger de ce painpour annoncer sa mort (1 Cor. XI, 2-^), aussi Jésus-Christ dit : « Faites ceci en mémoire de moi. n

Nous avons donc l'exposition de ces mots : « Ceci est mon » corps, » donnée par Jésus-Christ même, à savoir que «ce » pain qu'il donnait était la commémoration de son corps.»

12. Sur quoi il est nécessaire de faire une remarque qui ferme la bouche aux esprits les plus endurcis et résolus de contredire. Faut donc savoir que la- langue des Juifs, sous rAncien-Testament, était la langue hébraïque, laquelle n'a , pas laissé d'être appelée hébraïque lorsqu'elle est déchue de sa pureté par le mélange du syrien. En cette langue hébraïque ce mot SIGNIFIE ou BEPRÉSENTE uc se trouve point; mais l'Ancien-Testamout hébreu , au lieu du mot de signifie, se Sert toujours du mot EST. Ainsi Joseph, au chap. XL de la Genèse, vers. 12 , interprétant les songes de l'échanson et du pannetier de Pharaon, dit : «Les trois sar- » ments sont trois jours.» Et au vers. 18 : a Les trois corbeii- » les sont trois jours ;» c'est-à-dire signifient et représentent trois jours. Et au chap. XLI, vers. 16 : « Les sept belles » vaches sont sept ans, » et << les sept beaux épis sont sept » ans. Et les sept vaches maigres et laides qui montaient D après celles-là sont sept ans ; et les sept épis vides et flétris )» du vent d'Orient sont sept ans de famine. )> Eu ce passage par quatre fois le mot sont est mis pour « signifient »^ou c( représentent, p Ainsi, au chap. XXXVII d'Ezéchiel, vers. 11 : « Ces os ici sont toute la maison d'Israël, » pour dire qu'elle est représentée et figurée par ces os. Et au chap. II de Daniel, vers. 38 : (( C'est toi, ô Roi ! qui est la tête d'or, » pour dire c'est toi qui est signifié et figuré par la tête d'or. Et au chap. IV, vers. 20 et 22 : « L'arbre que tu as vu , » c'est toi, ô Roi I » Et au chftp. VII, vers. .17 : « Ces quatre » grandes bêtes sont quatre rois. » Et vers. 24 : « Les dix D cornes sont dix rois. » Et au chap. VIII, vers. 20 et 21 : « Le bélier que tu as vu avoir deux cornes, ce sont les rois

» des Perses et des Médes , et ce bouc est le roi de JaTiB.i En-tous CCS passages et plusieurs autres, le mot de Ém vaut autant que a signifier » ou « représenter. » De là iieot qu'encore que la langue grecque n'ait point faute deniott pour dire a signifier, figurer » ou «représenter,» si est-ce que le Nouveau -Testament grec, qui imite souvent la pfame hébraïque, dit ordinairement est pour a signifie. » Aiui l'Apôtre (1 Gorintb. X, 4), parlant de la pierre dont coulaient les eaux au désert, dit que a la pierre était Christ,! puce qu'elle était figure de Jésus-Cbrist. Et au chap. IV aux Calâtes, vers. S2 et 24, il est dit que la servante et la francbe, à savoir Âgar et Sara, sont les deux alliances. Et au ch. ivn de l'Apocalypse : « Les sept t^tes sont sept montagnes mr » lesquelles est assise la femme. Et la femme que tu as fue T» est la grande cité. » Et pour n'aller guères loin, en ee même passage Jésus-Cbrist, distribuant le calice, a dit : «Ce » calice est la Nouvelle -Alliance ;)» car un calice, ni ce qui est dedans, n'est point une alliance en effet, mais seulement en sacrement et commémoration.

Jésus-Christ donc, ne pouvant dire en sa langue: «Ceci D signifie ou représente mon corps,» parce que ces mots ne sont point en sa langue, a parlé selon quMl était possible, et suivi la forme de parler usitée entre les Juifs, et perpétuelle en l'Ecriture-Sainte ; mais prévoyant que Satan par ces mots planterait Tidolâtrie en l'Eglise, a ajouté que ce qu'il faisait était une commémoration : ce qui vaut autant que s'il avait dit : « Ceci est la commémoration de moa » corps, n

13. Suivons les paroles de Tinstitution de ce sacrement, et venons à la seconde partie, qui est la distribution du ci- I lice. Saint Matthieu, au chap. XXVI, vers. 27, la décrit en ces mots : i

a Puis ayant pris la coupe et rendu grâces, il U lev » bailla, disant : Buvez-en tous ; car ceci est mon sang, k » sang du Nouveau •Tcstamen^ lequel est répandu pour plo- » sieurs en rémission des péchés.»

Saint Luc, qui a écrit depuis, rapporte ainsi ces paroles tu chap. XXII : a Ce calice est le Nouveau-Testameot en noo

» sang qui âst répandu pour tous. » Et saint Paul de même en la première Epître aux Gorinth., chap. XI.

Ces deux organes de l'Esprit de Dieu, saint Paul et saint Luc, qui ont écrit les derniers, servent d'expositeurs et font une paraphrase des paroles du Seigneur rapportées par Mint Matthieu. Car il est à présupposer que celui qui écrit ^près quelqu'un n'écrit pas pour obscurcir, mais pour éclair- «ir. Ce serait un grand abus do vouloir qae Jésus-Christ |IAt expositeur des paroles de saint Paul, vu que saint Paul • écrit exprès pour exposer les paroles de Jésus-Christ, et ■fiiire qu'il fût entendu.

Jésus-Christ donc ayant dit que le calice était son sang» l'apôtre saint Paul nous apprend en quel sens cela doit être pris, c'est que : «Ce calice est le Nouveau-Testament ou la t nouvelle alliance en mon sang, n

Ces paroles de saint Luc et de saint Paul : ce cauce est XE Nguyeau-Testahent, ou : «Ce calice est une nouvelle » alliance » (car le grec emporte l'im et l'autre), nous mènent droit à la connaissance de vérité.

14. Car je demande à nos adversaires si ce qui est dans le ^udice est une alliance sacramentellement et en mystère signiflant , ou bien s'ils veulent que ce soit le Testament et •l'alliance de Dieu en effet. Si ce qui est dans le calice est Fal- 4iance de Dieu non réellement, mais en mystère signifiant et sacramentellement , il faudra dire de même que ce que Jésus-Christ a rompu et mis dans les mains de ses disciples n'était pas le corps de Jésus-Christ réellement, mais sacramentellement et en mystère signifiant.

Mais s'ils veulent que ce qui est au calice soit réellement une alliance ou un testament, et que le sang de Jésus-Christ, qu'ils prétendent être dans le calice, soit un testament, ils disent par là choses qu'eux-mêmes ne croient pas. 1® Car veulent-ils que le vin soit transubstantié en une alliance, ou qu'il devienne un testament? 2^ Peut-on dire chose plus absurde que de vouloir que le sang de Jésus-Christ soit une alliance ou un testament, vu qu'une alliance et un testament sont une relation ou une action, mais le sang du Seigneur est une substance. 5*^ Item, un testament consiste en clauses et promesses, ce qui ne peut convenir au sang du Seigneur.

4<> Quelle absurdité d'appeler Jésus-Ghrisf; un testament, ti qu'il est le testateur; ou de rappeler une alliance, vo qs ralliance est entre lui et nous! 5® Que si une des pirliei | contractantes peut être appelée Talliance, les fidèles ma f pourront être appelés l'alliance, puisque ralliance est ooitractée avec eux. 6"^ Que si le sang du Seigneur estl'alliiM et le testament, le prêtre faisant le sang de Jésus-Cbristfeii tous les jours Talliance de Dieu et le testament de JéM»' Christ. Or l'alliance de Dieu ne se fait plus, elle est étemelle, et le testament du Fils de Dieu est irréitérable, et pour Vi^ pliquer, il ne faut pas le faire. 7"^ Joint que si le sang du Seigneur au calice est réellement le Nouyeau-Testament, il faudra que le Nouveau-Testament ait alors commencé; et toutefois le Nouveau -Testament était déjà auparavant; car devant l'institution de ce sacrement, l'Evangile était déjà annoncé, lequel porte sur le front cette inscription : t Le » Nouveau-Testament, p Et déjà le baptême était institué, lequel est un sacrement du Nouveau-Testament. 8« Quoi plus? Saint Matthieu dit que « ce qui est au calice est le Hog » du Nouveau-Testament, y> dont s'eilsuit que ce sang D*esl pas le Nouveau-Testament. Car comme le manteau de Philippe n'est point Philippe, ainsi le sang du Nouveau-Testament n'est pas le Nouveau-Testament. Et néanmoins es messieurs, résolus à errer> affirment avec opiniâtreté oh durcie que le sang du Seigneur qu'ils disent être au calice est vraiment et réellement une alliance, et que le vioot transsubstantlé en une alliance.

15. Cependant la vérité est si forte qu'elle leur échappe sans y penser. Car ils disent que le calice est appelé ralliance, parce que par ce calice l'alliance est confirmée « et que c'eo est le sceau, qui est la même chose que nous disons , et pir laquelle nous prouvons que le calice n'est point ralliance réellement, mais en est le sacrement; car la confirmatioB d'une chose n'est pas la chose même, et un sceau apposée des lettres n'est pas leis lettres. En tout cas, ils nousdonneit par là gain de cause, car puisque le calice est appelé l'ailiance, parce que c'en est le sceau, il faut aussi que le piio soit appelé le corps de Christ, parce que c'en est le sceau et la confirmation ; ce qui est notre créance, car les aaorements

^iont sceaux, témoin la circoncision, que TApôtre aux Ro-

, mains, cbap. tV, appelle « sceau de la justice de foi, )> encore

I qu'il n'y ait nulle transsubstantiation.

^ 7 16. Et de fait, en disant que le calice est le sceau de l'al-

liaoce, ils confessent, sans y penser, que le calice n'est pas

léellement le sang de Jésus-Christ. Car les sceaux et confir-

■Mtions d'une alliance, et les signatures d'un testament

doivent être visibles et exposées au sens ; or ce sang du ca-

Kce est invisible; car non-seulement il est cacbé sous les ac-

eidents et apparences du vin ; mais aussi il est caché dans

le corps, car nos adversaires tiennent que le corps est dans

le calice, et que le sang qui est dans le calice est dans les

Teines du corps en -son lieu naturel.

17. Que si ces choses n'étaient plus claires que le soleil, si est-ce que les paroles qui suivent sont assez fortes pour forcer les esprits les plus endurcis, et pour faire voir les aveugles ; car l'Evangile dit : a Ce calice est le Nouveau-tes- » tament en mon sang. »

Ces mots «en mon sang^ ne laissent plus de doute, et montrent évidemment que ce qui est au calice n'est pas réellement le sang de Jésus-Christ. Car posons le cas que par «ce calice» il faille entendre « ce sang, » et voyons ce qui s'en ensuivra. N'est-ce pas vouloir rendre ridicules les paroles du Seigneur que de lui vouloir faire dire : a Ce sang » est la nouvelle alliance en mon sang?» Quoi! le sang de Jésus-Christ est-il au sang de Jésus-Christ? Faudra-t-il faire ici deux sortes de sang de Jésus-Christ, comme fait Bellarmin, de peur de mettre le sang de Jésus-Christ au sang de Jésus-Christ? Car il est clair que ce qui est en quelque chose, soit qu'il y soit contenu , soit qu'il y soit fondé, soit qu'il y adhère, n'est pas une même chose avec elle. Certes, puisque l'Evangile témoigne que <( calix est in san- » guine ChriHi, il dit clairement que ^i calix non estsanguit » Christi. d Un calice qui est.au sang de Jésus-Christ n'est pas réellement le sang de Jésus-Christ, mais sacramentellement, et par commémoration, comme il est ajouté.

* Beîl.j lib, 1, de Euch.j c, 1. § Àdquartum, Sanguis acdpitur ânobois modisia his duobos locis.

18. Nos adversaires donc, pressés d'absurdités, se saimil par rimpiété, laquelle les précipite en d'antres absordiléL i ^ Ils veulent qu'il soit ici parlé de deux sangs de Jésus-Chnk, J ^ dont l'un est au calice, l'autre a été épandu en la croix, doit ' ' l'un soit fondé sur l'autre, dont l'un soit le testament, Fntre ne le soit pas. Mais toujours c'est le niAme sang. Si cet divers respects diversifiaient le sang de Christ » il y aunik mille sortes de sang, l'un à la table , l'autre en la nacelie, l'autre après la résurrection, etc. Que si le sang du calice t cet honneur que d'être l'alliance, pourquoi priverions-nooi le sang de la croix du même honneur? Ici donc faudra encore forger deux sortes d'alliance, et ainsi se glisser dans les épines comme les couleuvres, et se couvrir de mille entortillements contre l'effort de la vérité.

19. Saint Matthieu ajoute que ace sang,» ou, eomne disent saint Luc et saint Paul , <t ce calice est épandu pour n plusieurs en rémission des péchés. » L'intelligence de ces paroles dépend des précédentes; car puisque nous avons prouvé que le Seigneur donne aux signes le nom des cboseï signifiées, il est nécessaire que comme le calice est le tn% de Jésus-Christ sacramentellement, aussi il soit épandu ncramentellement; car notez que les Evangélistes disent «eri » répandu, » et parlent au présent, disant «e/fmuitljMr, » ci non a effundelur , » comme porte la messe et la version do l'Eglise romaine; car encore que cette eflTusion sacramentelle du sang de Christ pour la rémission des péchés soi relative à l'effusion faite en la croix, si est-ce qu'il faut tnduire fidèlement. Joint que la traduction au présent espêche de reconnaître que le propos du Sauveur est sacftmentel, et que le nom de la chose signifiée est attribuées signe.

20. ici nos adversaires se trouvent fort empêchés; car a cette effusion est sacramentelle et par commémoratk», nous avons gain de cause , et avons pour nous les docteoii de l'Eglise romaine, qui ont glosé le décret, en la dcuxièmi distinction de la consécration, où ils disent : « Simguiê e|te* » dtïuf , id ett effundi gignificatur^ Le sang est épandu, c'eit* » à-dire qu'il est signifié ou représenté que le sang eit D épandu. » La messe mêmoi traduisant au fiitur « <|M^

DE f.A FOI. 527

;,» tur, sera répandu , ))^ nous y mène droit ; car c'est pour

redonner à entendre que Teffusion que lé Seigneur faisait au

g sacrement était une effusion significative et représentative

^ de Teffusion qui devait être faite le lendemain en la croix.

âl. Contre cela néanmoins s'aheurtent ces messieurs, et

affirment que réellement et en effet le sang de Jésus^Christ

,. est épandu en Teucharistie. Là dessus enquis si en Toucha -

H ristiele sang sort du corps ou des veines, ils répondent que

non; et ainsi se contredisent, et confessent que le sang n'y

J est pas réellement épandu. Eux-mêmes appellent Teucharis-

. tie un sacrifice non sanglant, ce qui serait faux si du sang

y était réellement épandu. Ils ne se contredisent pas moins

en ce qu'ils disent que le sang du Seigneur ne- bouge en

l'eucharistie et ne se meut points et néanmoins qu'il est

épandu, car toute effusion est un mouvement.

22. En cette perplexité» leur refuge est de ne répondre jamais à propos ; car enquis si le sang du Seigneur s'épand en la messe , ils répondent qu'il s'épand sous les espèces. Mais ^ on ne leur demandait pas sous quoi le sang se répand, mais s'il se répand. Joint qu'un sang qui ne sort point du corps sous les espèces, et qui ne bouge lïous les espèces, n'est point épandu sous les espèces.

25. Ils disent donc que les accidents qu'ils appellent espèces s'épandent , qui est une philosophie capricieuse , de s'imaginer que le prêtre verse des lignes, du goût et de la couleur de vin sans vin , et que le sang soit épandu sans sortir du corps, tellement que le prêtre verse et boit des os, de la chair et un corps humain liquide et potable, qui est tout entier en chaque goutte.

24. Le Seigneur clôt son propos par une clause qui juge définitivement le procès, et lève toute difficulté. H dit donc en saint Matthieu, chap. XXYI, vers. 19 : «Je vous dis que p depuis cette heure je ne boirai plus de ce fruit de vigne. » El saint Marc de même. Le Sauveur ne pouvait dire plus clairement que c'est du fruit de vigne qu'il a bu, et non du sang; car du fruit de vigne et du vin sont même chose. Yrai est que saint Luc parle de deux coupes, l'une de la Pàque^

i Can. ft. QuattUeunq^.

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