VI. Ces considérations nous remettent en mémoire l'aver
tisseroent prophétique du Seigneur Jésus, au chap. XIIY de aaiol Matthieu, qu'il viendra de faux prophètes faisant signes et miracles, qui diront : Voici, le Christ est ici ou est là, et
il est dans les cabinets; lesquels il nous défeod de croire. Quand donc on nous dit : Voilà Christ en Tbostie, ou voilà Dieu qui passe, oa il est au ciboire, ou au cabinet enfermé sous la clef, et que là-dessus on nous parle do miracles, oooi admirons la parole prophétique du Fild de Dieu, et adoroM ses jugements sur Tendurcissement des hommes.
Briève et oertaîne ezpontioii de oes paroles : GBCS EST MON GORF8.
Sect. CLXXI. De tout ce que dessus il est aisé de recueillir une brève et certaine exposition de ces mots : a Ceci est 0 mon corps, » tirée des mots très-exprès de l'Ecriture.
L'iiftelligence de ces mots dépend de la droite expositioa du mot CECI, item de Texposition des mots mon cobps.
Par ce mot ceci, il est hors de doute que Jésus-Christ entendait ce qu'il rompait et donnait à ses disciples, et ce qu'il leur commandait de manger. Or, TEvangile témoigne que Jésus— Christ rompit du pain : a II prit du pain, le bénit » et le rompit ; » et saint Paul (1 Cor. X, 16) : a Le pain que » nous rompons ; )> et Actes^ XX, 7 : « Etant assemblés pour D rompre le pain ; » item rEvangiie témoigne que Jésus- Christ donna du pain : « Il prit du pain, le bénit, le rompit. » ET LE DONNA ; » item l'Apôtre saint Paul (1 Cor. XI) témoigno que c'est du pain qu'on mange : a Quand vous mangera » de ce pain ; » item : a Que l'homme s'éprouve soi-même, » et ainsi mange de ce pain. » Voilà donc le sens de ce mot CECI, à savoir : « Le pain que je romps et que je vous donne D à manger. »
Par conséquent, ces mots ceci est mon corps valent autant que : « Ce pain que je romps et que je vous donne i » manger est mon corps; » laquelle proposition no pouvant être vraie si on la prend au sens littéral, vu que du pain n'est pas en effet le corps du Seigneur, il est nécessaire qu'en ces mots il y ait une figure.
Or, pour savoir quelle est cette figure, il faut l'apprendre des mots suivants, auxquels Jésus-Christ ajoute : « Faitei » ceci eu commémoration de moi» » et de la nature de l'action
présente, qui est un sacrement et signe sacré, auquel par conséquent les paroles sacramentelles sont convenables. On appelle paroles sacramentelles quand le signe est nommé du nom de la chose signifiée, en môme façon qu'en la ligne suivante le calice est appelé Talliance, parce qu'il est signe et sacrement de l'alliance ; qui est la coutume et façon de parler usitée en l'Ecriture, comme nous avons montré.
Voici donc l'exposition de ces mots « Ceci est mon corps » tirée de l'Ecriture : <( Le pain que je romps et que je vous » donne à manger est la eommémoration de mon corps. i>
Laquelle exposition quiconque rejette résiste à tant de passages exprès de l'Ecriture, et à la nature du sacrement; et pour éviter une figure simple, naturelle et usitée en l'Ecriture» et convenable à Faction présente, en introduit une multitude d'autres fîgures inusitées, et sans exemple, et contraires à la nature du sacrement, comme nous allons montrer. Et veut que Jésus-Christ se soit mangé soi-môme, et que le corps du Seigneur et le diable soient entrés en Judas en même temps ; et que le Seigneur ait eu un corps infirme qui était assis à table, et en même temps ait eu un corps sans infirmité et impassible dans- les bouches et estomacs des Apôtres; laquelle obstination de personnes résolues à errer, Dieu a punie d'un tel aveuglement, qu'ils sont venus jusqu'à croire que les rats peuvent manger le corps du Seigneur maintenant qu'il est au ciel assis à la dextre de •Dieu.
Aveo qaeUe licence nos adversaîrei forgent des figures | et tordent les paroles de Jésus-Christ et des Apôtres.
Segt. GLXXIL Nos adversaires déclament contre nous de ce que nous prenons ces paroles « Ceci est mon corps » en un sens figuré, combien que la figure que nous y mettons soit ordinaire et perpétuelle en l'Ecriture en matière des sacrements, et que Jésus-Christ ne pouvait parler autrement, n'y ayant point en sa langue de mot pour dire «Ceci » représente ou signifie mon^ corps, » et que Jésus-Christ s'expose soi -même, disant que c'est une commémoration, et que toute l'action, et tous les mots de l'institution, et
toutes les expositions ajoutées par les Apôtres nous forcent à rentendre ainsi, comme nous avons montré.
Cependant eux-mêmes, pour éviter cette figure usitée et naturelle è Taction présente, forgent une multitude de figures inusitées et contraires à la nature de raction, et n'y a quasi parole en l'Ecriture touchant cette matière à laquelle ils ne donnent un coup d'ongle, et où ils ne forgent quelque figure qui défigure le sens et corrompt la doctrine.
1 . En ces mots « Ceci est mon corps, » ils veulent que par « Ceci » on entende a Sous ces espèces, » . et que a Ceci t soit un individu vague qui n'est rien de certain et dont le sens est en suspens jusqu'après les paroles achevées.
2. Item ils veulent que par le mot est on entende sbra, car ils disent que la transsubstantiation ne se fait qu'après les paroles.
3. En ces roots : «i II prit le calice, disant : ce calice est la » nouvelle alliance, » ils veulent que ce mot de calice soit une parole à deux ententes, et que la première fois le mot de calice signifie le vin, et qu en la deuxième fois il signifie le sang.
4. Ainsi quand saint Matthieu dit : a Ceci est mon sang, le r> sang du Nouveau-Testament, » par le mot de Testament ils entendent l'alliance de Dieu. Mais quand saint Luc et saint Paul disent: a Ce calice est le Nouveau-Testament en mon » sang, » ils veulent que le Testament soit Jésus-Christ même, et que le Testament et le Testateur soit tout un.
5. En ces mêmes mots : « Ce calice est le Nouveau -Testa- » ment en mon sang, » ils veulent que par le calice on entende le sang de Jésus-Christ en l'eucharistie, et que par « mon sang » soit entendu le sang répandu en la croix, faisant un sang de Jésus-Christ fondé au sang do Jésus- Christ.
6. Et quand le Seigneur appelle fruit de vigne ce qu'il a hu, ils veulent que par le fruit de vigne on entende le sang, parce qu'il a été vin avant la conversion ou parce qu'il en a l'apparence.
7. Pour les mêmes raisons, quand saint Paul dit par trois fois consécutives que nous mangeons du pain, ils veulent que ce\not de « pain i» si^uiûe le eor^ de Christ.
DE LA foi. 539
8. Et quand saint Paul dit : « Le pain que nous rompons » est la communion au corps de Christ, » ils disent que par le pain faut entendre le corps, et nient que ce pain se rompe,
"fuisqu'il demeure entier en chaque pièce de Tbostie.
9. Ainsi quand Jésus-Christ déclare par tant de fois qu'il jfeisse le monde et ne sera plus au monde, ils ajoutent «visiblement, » et ainsi par l'addition d'un mot ils renversent et énervent tant de passages.
lO.Etquand le Seigneur, au chap. VI de saint Jean, vers. 51, ditque « si quelqu*un mange sa chair il vivra éternellement,» ils voient bien que si en ces mots Jésus-Christ parle de la participation du sacrement, il s'ensuivra que Judas et plusieurs hypocrites qui y participent vivront éternellement; pour donc échapper, ils cousent une queue aux paroles du Seigneur, et disent qu'il entend que qui mange la chair du Seigneur dignement vivra éternellement ; mais nous soutenons qu'on ne peut manger la chair du Seigneur indignement, puisqu'il ne se peut manger que spirituellement en croyant, ce qui ne se peut faire indignement; pourtant l'Ecriture parle bien de manger le pain indignement, mais nullement de manger indignement la chair du Seigneur.
11. Ainsi quand au verset 53 le Seigneui;dit : a Si vous ne V mangez la chair du Fils de l'Homme, vous n'aurez point y> la vie, » ils voient bien que s'il est là parlé du saint sacrement, le bon brigand et plusieurs fidèles qui meurent sans ](^ouvoir y participer seront exclus de la vie. Pourtant ils cousent encore ici une pièce, et veulent que Jésus-Christ ait voulu dire : « Si vous ne mangez ma chair quand vous en » aurez le moyen, vous n'aurez point la vie.»Mais la sentence du Seigneur est vraie simplement et sans exception, car quiconque ne mange par foi la chair du Seigneur n'a point la vie.
12. Et quand au même lieu le Seigneur dit : « Si vous ne » buvez mon sang vous n'aurez point la vie, » pour n'être obligés par cette sentence de donner le calice au peuple, ils veulent que par ce 'mot de boire le Seigneur entende « prendre sans boire , » parce que le sang est aussi en rhostie.
Où sont maintenant ces geùs si eim^m^ à»b %É9ij(a^% ^
gi|0 BOUCLIER
qui se collent si scrupuleusement à la lettre ? Mais eneela
ils pensent avoir privilège; car ils tiennent que l'Eglise ro- | I^
maine ne peut errer en ses interprétations. Dont aussi li , ^
Glose des décrétales^ dit franchement que le pape «pe»i | ^
» dispenser contre l'Âpôtre et contre rAncien-Testaineot,i ? voire «qu'il dispense de l'Evangile en lui donnant interpré-
» tation. » ^
Qwt U traiigfliibftantîatîoii abolît lliuiiuukîté de JëfasXlwt
et Texpoie à un grand opprobre.
Sect. CLXXIII. Le grand mal est que par cette doctrine l'humanité du Sauveur est abolie, et la dignité des prêtres exaltée aux dépens de la gloire du Fils de Dieu. C'est la première de toutes les hérésies ; car abolir la nature humaine de Jésus-Christ est couper le lien qui nous rejoint avec Dieu, et boucher le canal par lequel Dieu fait détfouler jusquesà nous ses bénédictions célestes. Dieu ne nous reconnaît poor ses enfants pour autre raison, que parce que nous sommes frères de son Fils. Or, nous ne serions point frères du Fils de Dieu s'il n'était homme comme nous, et n'avait une nature humaine semblable <à la nôtre. Il a voulu participai notre nature humaine, afin que nous fussions participants de sa nature divine, et s'est revêtu de chair pour nous rev^ tir de son Esprit. C'est ce que dit l'Apôtre aux Hébreox. chap. II, vers. 17 : « Qu'il a été fait semblable à ses frères » en toutes choses. « Et au chap. IV, vers. 15 : « Il a été tenté T» de même que nous en toutes choses, hormis le pécbé;i afin qu'il compatit à nos infirmités, et qu'ayant nn frère héritier du royaume des cieux , nous fussions ses cohéritiers en vertu de cette alliance.
Cette transsubstantiation donc sape la piété par les fondéments et frappe droit au cœur de la religion.
* TU, S. Dé Concess. prœhendœ. ProjyosuU , in Gîoisà» Pips contra Apostolum dispensât, item contra vêtus Testamentum; et Disi. 3i. Can, Lector. Papa potest contra Apostolmu dispensire. Et CatAsa 25. Qu<pst. 1. Can. cunt qtiidam. Dispensât in Brang»- Ko, isterptetanAo Vpwna.
Dl: LA FOI. 541
1. Car Jésus-Christ n'a plus un vrai corps humain si les parties de son corps ne sont différentes en situation , et si en chaque point de l'hostie son corps est tout entier, tellement qu'il ait les pieds et la tôtc par toute l'hostie, et les pieds et la tète sous un même point.
2. Oter à un corps les choses par lesquelles il est différent d'un esprit, c'est faire qu'il ne soit plus corps, mais esprit. Or, par la transsubstantiation le corps du Seigneur est dé* pouillé de toutes les propriétés et différences par lesquelles un corps est différent d'un esprit ; car sous les espèces on le fait être sans étendue et sans circonscription : ne tenant aucune place, n'ayant point de dimensions, ni d'étendue) ni de parties situées en leur lieu à part.
3. Et comme ainsi soit qu'un point n'ait longueur ni largeur, quiconque met un corps humain tout entier sous un point, lui ôte toute longueur et largeur, et par conséquent fait qu'il n'est plus corps.
4. Même on fait le corps du Seigneur en l'eucharistie être plus spirituel que les âmes; car une âme n'est qu'en un lieu, elle n'est jamais séparée de soi-même, ni éloignée de soi-même« comme on veut que soit le corps du Seigneur, lequel est tout entier au ciel, et tout entier en cent mille lieux en la terre, et n'est point en la région d'entre deux.
5. Item tout corps humain a ses parties intérieures situées en leur lieu naturel, le cœur enclos dans le péricarde^ le cerveau qui remplit les membranes et la capacité intérieure du test. Si cela n'est point en Jésus-Christ, il n'est pas homme. Puis donc qu'il appert que les parties intérieures du corps de Jésus-Christ occupent un espace, et sont circonscrites par le lieu qui est la superficie intérieure du corps qui les contient , n'est-ce pas se contredire à soimême que croire que les parties du corps de Christ remplissent un espace et occupent une place, mais que tout le corps ne remplit aucun espace et n'occupe point de place? comme qui dirait que chaque partie <i'un corps est blanche, mais que tout le corps est noir.
6. Qui plus est, par la transsubstantiation on £ait et produit un corps qui était déjà devant qu'on le fasse. Le corps -de Jésus-Christ étant déjà au ciel, le prêtre le fait en terre :
comme si pendant qno le sieur Arnoux esl à Paris, quelqu'un l'engendrait à Rome. |
7. Item nous avons montré que cette doctrine donne à ; Josus-Cbrist deux corps contraires en même temps: do ( corps assis à tai)le, ci l'autre dans les bouches des Apôtres qui n'était point assis ; un corps parlant et remuant, et l'autre qui ne parlait point et rie pouvait se mouvoir ;ur corps inllrmeet passible, et un corps impassible et sans infirmités; un corps qui souffrait et suait des grumeaux de sang, ^çt l'autre dans les estomacs des Apôtres qui ne souffrait rien du tout : lequel de ces deux est notre Rédempteur?
8. Et quand ils disent que l'hostie consacrée est ronde, qu*entondent-ils par l'hostie? entendent-ils Jésus-Christ? mais Jésus-Christ n'est pas rotid ; ou entendent-ils les accidents? mais CCS accidents ne sont pas l'hostie. A peine en cette matière peuvent-ils dire trois mots sans se contredire à eux-mêmes.
9. No sert de donner au corps de Jésus-Christ deux êtres: un être naturel et un sacramentel ; car outre ce qu'une chose ne peut avoir qu'un être, et que ' donner à Jésus- Christ un être sacramentel , c'est-à-dire signlûcatif, est forger des chimères; nos adversaires confessent que sous les espèces Jésus-Christ a aussi son être naturel ; dont s'ensuit que même en cet être naturel, qui est sous les espèces , ces choses lui conviennent de n'occuper aucun lieu, ne tenir aucun espace, avoir toute sa lohgueur sous un point, et semblables choses incompatibles avec un vrai corps.
10. Le pis est qu'en épardant le corps du Seigneur en plusieurs lieux, l'Eglise romaine rend non-seulement douteuse, mais aussi ridicule toute l'histoire de l'Evangile; car si le corps de Jésus-Christ a pu être en divers lieux éloignés, et néanmoins demeure un vrai corps bumain , qui me pourra assurer que lorsque Jésus-Christ était en croix il n'était point ailleurs se promenant? Si, quand il était devant Pilate en Jérusalem, il ne dormait point en Alexandrie? Si, étant au ventre de la bienheureuse Vierge, il n'était point aux ventres d'autres femmes? Et pourquoi Jésus-Christ aliait-li si souvent ^<b ^^Wb» V )toffia&fl«L<, tu que, sans
bouger de Galilée il pouvait être en Jérusalem ? Pourquoi Joseph et Marie, Tayant laissé en Jérusalem sans y penser, rebroussérent-ils chemin pour le ramener, vu qu'il pouvait demeurer à Jérusalem , et néanmoins les suivre par le chemin ?
il. Car c'est un abus de nous alléguer qu'alors le corps du Seigneur n'était encore glorifié, vu qu'en Tinstitution de ce sacrement il était encore infirme et non glorifîéy et néanmoins on veut qu'alors son corps ait été tout entier sous chaque point de l'hostie et en chaque houche de ses disciples.
13. Si là-dessus on dit, Dieu n'est- il pas assez puissant pour ce faire? je répondrai semblablement , que Dieu n'est pasmohis présent pour faire qu'il soit autrement, et qu'il *est sage pour n'en rien faire. Tout ce qui est en l'AIcoran peut se prouver deméme façon, en disant que Dieu est tout-puissant pour faireque cela soit ainsi. La puissance de Dieu n'est point la règle de noire croyance, mais sa volonté. C'est un grand abus d'obliger la toute-puissance de Dieu à foire tout ce que nous voulons nous imaginer, et la lier de liens ridicules en la rendant captive sous ombre de l'exalter. Dieu est tout puissant parce qu'il fait tout ce qu'il veut, et non tout ce que nous lui voulons prescrire. Or, nous avons vu ci-dessus que la volonté de Dieu est tout le rebours de ce qu'on veut qu'il veuille.
13. Et quand même nous devrions seulement tâcher A exalter la toute-puissance de Dieu sans nous enquêter de sa volonté, si est-ce qu'il se trouvera que nous exaltons la puissance de Dieu et de notre Seigneur Jésus-Christ, et que nos adversaires la ravalent et diminuent.
Car il est bien plus convenable à la puissance de Jésuch Christ de se communiquer à nous sans se rendre en terre, comme le soleil est beaucoup plus admirable en se rendant ptésent à nous de si loin et nous faisant sentir sa vertu, que s'il approchait son corps de terre.
14. Joint que sous l'hostie Jésus-Christ non-seulement est mis en la puissance d'un homme, mais aussi rendu tellement impuissant, que nos adversaires reconnaissent que 0OUS les espèces il ne peut respirer ni se moQVOhr, ni ouvrir
544 boucLiKa
les ycui ; car commeot y changerait-il de lieu « vu qu'il oe tient point de lieu? comment marquerait-il sous lea.espè- ( ces, vu qu'on le met tout entier sous un point qui n'a point ; de longueur? car tout mouvement se fait par quelque Ion- i giieur.
15. Mais eslHse exalter la majesté et grandeur du Fib éternel de Dieu de Tassujottir à la volonté d'un prêtre qui n'est pas toujours bomme de bien, lequel fait Jésus-Christ quand il veut, le porte où il veut, et le tient enfermé sous la clef? et de faire des caulèles et canons qui pourvoient aux inconvénients qui peuvent arriver, si le sangserépsnd ou se gèle, ou si les rats rongent ou mangent Jésus-Christ, ou si le prêtre revomit son Dieu par infirmité ou par ivrognerie? Est-ce là honorer Dieu et son Fils éternel, que d'appeler Dieu une hostie, laquelle peut être dérobée ? peut recevoir des coups de couteau, comme le Jé8u»-€hrist des Billettesde Paris; peut être emporté par les bêtes; peut tomber en la fange, et, étant tombé, ne peut se relever. Car encore qu'on dise que Jésus-Christ ne soufi^e rien par tout cela, parce qu'il est impassible, si est-ce que par là il est grandement déshonoré, et le Fils de Dieu est eiposé en opprobre et fait la risée des ennemis de l'Evangile.
16. C'est aussi déshonorer Jésus-Christ de faire croire que des os et des lambeaux des saints trépassés il y a douxe et quinze cents ans, durent par tant de siècles sans se pou^ rir, et cependant reconnaître par expérience que l'hostie m moisit en peu de jours, et que la présence de Jésus-Christ ne la garantit point de la vermine et des morsures des bêtes.
17. Surtout Jésus-Christ est vilipendé et méprisé en ce qu'en la procession papale ^ l'hostie est portée sur un bidet avec une lanterne , mais le pape est porté sur les épaules des princes et des rois, ou de leurs ambassadeurs. Et qu'en la me^e papale le pape est dix fois plus honoré , et on lui fait dix fois plus de révérences et d'honneur religieux qu'au Dieu qu'il tient entre ses mains.
^ Cette procession est dépeinte au livre !•' des CMmcniei sacrées, livre i, aeckioikt.
18. Les anciens ont parlé du corps du Seigneur avec plus de respect; car tant s'en faut qu'ils crussent qu'il peut être fliangé par les rats, que même ils ont cru que les profanes ne le mangent aucunement, encore qu'ils prennent le sacrement. Saint Augustin, au livre des Sentences recueillies par Prosper : a Celui qui discorde d'avec Christ ne mange point » la chair de Christ, et ne boit point son sang, encore t|u'il » prenne le sacrement d'une si grande chose à sa condam- » nation. » Et au 59* traité sur saint Jean, il dit que les diseiples mangeaient le pain, qui est le Seigneur, mais que Judas mangeait le pain du Seigneur contre le Seigneur. ' Car ce docteur croyait que Jésus-Christ ne se mangeait que par foi.
4^'aa eha^pître VI de saînt Jean îl n'y a rien qnî faise pour la transsulMtantîatîoni et «fu'îl n'y est point parlé de manger la chair de Jésus-Christ par la boudie.
Sect. CLXXIV. Les Juifs capernaïtes étaient venus à Jésus-Christ au désert, non pour écouter sa parole, mais pour être repus de pain. Mais Jésus-Christ, se servant de leur gourmandise pour leur instruction, prend de là occasion de leur parier d'une autre nourriture et d'un pain céleste, duquel quiconque mange vit éternellement, et ce pain c*est luimême. Et est à noter qu'alors la sainte Cène n'était encore instituée, et ne l'a été que quelque deux ans après. Le différend entre nous et nos adversaires est sur cet te manducation. Nous disons qu'il n'ost ici parlé que d'une manducation spirituelle qui se fait par la foi : en même façon qu'au chap. lY, Jésus-Christ parle à la Samaritaine d'une e^u, de laquelle quiconque hoira n'aura jamais soif; où il ne parle point d'une eau matérielle, mais d'une grâce spirituelle. Mais nos adversaires veulent qu'en ce chapitre soit parlé de deux sortes de manducation : l'une spirituelle et par la foi,
^ Qui discordât à Christo, nec carnem Christ! manducat, Dec sanguinem bibit, etsi tantae rei sacramentum ad judicium sut quotidie accipit. lUi manducabant panem Dominuia, ille vianem BomiulcnioL-trat Doaunum.
546 BODGLIIflB
dont est parlé depuis le vers. 82 jusqu'au 50 ; rautre co^ porelle qui se fait par la bouche du corps, par laquelle Jésus- j Christ est mangé réeUcment par la bouche eo Teucharistie, ! dont ils Yeulent que Jésus-Christ parle au l'esté du chapitre.
Mais si nous repassons tout le propos de Jésus-Cbrist, nous n'y trouverons aucune clause qui oé contrarie à cette manducation de Jésus-Christ parla bouche.
1. Aux vers. 32 et 50, il se dit être le pain descendu du ciel : montrant que ce pain n'est pas seulement la chair de Jésus-Christ (car elle n'est pas descendue du ciel), mail aussi sa divinité. Si donc ce pain descendu du ciel doit être mangé par la bouche, il faudra aussi manger la divinité.
2. Au vers. 55 il dit : a Je suis le pain de vie; n paroleB qui servent à rintelligence de ces mots': « Ceci est mon » corps;» car, si par ces mots: «Ceci est mon oorps^» H fallait entendre : « Ceci est transsubsttntié en mon corps ; » il iliQdrait aussi par ces mots : « Je st^is le pain , » entendre que Jésus-Christ est transsubstantié en pain.
3. Jésus-Christ ajoute : « Qui croit en nKn n'aura jamais » soif. » Là manifestement il met «croire» pour « boire,» puisqu'on croyant il dit que la soif s'étanche. Le fil de sob propos et la suite naturelle requérait qu'il dtl : « qui boit » n'aura jamais soif ; )> mais il a mis « qui croit » an lieu de « qui boit » : pour enseigner qu*il parle d^un breuvage qui se prend en croyant. Beliarmin le reconnaît, et confesse qu'en ce passage il n'est point parié du sacrement, mais de la foi en l'incarnation. ^
4. Le vers. 4>7 n'est pas moins exprès, où le Sefgnenr dit : « Qui croit en moi a vie éternelle, je suis le pain de vie. j» Il montre que ce' pain se prend en croyant; car d'autant que celui qui croit en lui a vie étemelle, il recumllê de li qu'il est le pain de vie.
5. Il ajoute, au vers. 50 : « Si quelqu'un mange de ce pain, » il ne mourra point ; » et au vers. 54 : « Celui qui mange » ma chair a vie éternelle. » Les méchants donc ne man-
^ Bêll., Ub, 1, d€ Euchar., e. 7. Yerba qnae dtmtiir mm peitlnent ad sacrameyilum pTO\^t\^, ^edi aâi Mi^mm^î^ksi&atàcmlt.
gent point la chair du Seigneur, puisqu'ils n'ont point la vie éternelle. Là certes est clair que Jésus-Christ ne parle point de la manducatiou par la bouche ni de Teucharistie ; car plusieurs en mangent qui n'ont point la yie éternelle. Témoins Judas et infinis hypocrites.
Nos adversaires pour s'en sauver ajoutent une pièce tirée jle leur cervelle qui ne se trouve point en la Parole de Dieu ; car ils disent que Jésus-Christ entend, que qui mange sa chair dignement a la vie éternelle. Mais ce mot dignement est ajouté indignement et contre vérité, puisque par là ils présupposent qu'on peut manger indignement la chair du Seigneur. Car puisque manger la chair du Fils de l'homme c'est se fier en sa mort, comme nous Tavons prouvé, et nos adversaires le confessent, il est évidept que nul ne peut croire indignement en Jésus-Christ, vu qu'à se fier en Jésus- Christ git toute notre dignité. Saint Paul, en la 1'® aux Corinthiens, H, parle voirement de manger le pain indignement, mais non de manger indignement le corps du Seigneur : on peut bien prendre indignement le signe, mais non la vérité. Pourtant, comme pour se sauver du passage de saint Jean, ils font une addition à la Parole de Dieu : aussi pour se couvrir contre ce passage de saint Paul, ils y trouvent une figure. Encore après ce mot dignement ajouté, ce passage ne laisse d'être contraire à l'Eglise romaine, laquelle croit que plusieurs qui ont pris l'hostie indignement ne laissent d'être damnés.
6. Le verset 53 n'a pas moins de force, où Jésus-Christ dit : « Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et ne » buvez son sang, vous n'aurez point vie en vous-mêmes. » Là il est clair qu'il ne parle point d'une mahducation par la bouche au sacrement, car il parle d'une manducation nécessaire à salut, et sans laquelle on ,ne peut avoir la vie. Or plusieurs parviennent à la vie qui n'ont jamais participé à ce sacrement, comme Jean-Baptiste, le brigand crucifié avec Jésus-Christ, et plusieurs fidèles qui sont morts avant d'y participer. Si nous ne mangeons la chair du Seigneur qu'au sacrement, que deviendront tant de fidèles qui n'y ont point participé ? Ici donc faudra encore coudre quelque pièce, et ajouter à la Parole de Dieu; ces Messieurs veulent que Je-
8U8-Ghri8t ait touIu dire : a Si vous ne mangez la chair da )> Fils de rbomme quand vous en avez le moyen, vous n'ao- V rez point la vie. » Il n'y a sentence en TEcriture si expresse qui ne puisse être pervertie en y fourrant quelque mot, et y ajoutant du nôtre. Et encore après cette addition ce passage ne laisse de condamner l'Eglise romaine, laquelle ne croit pas que tous ceux qui ne font leurs Pâques quand ils en ont le moyen, soient damnés. L'Eglise romaine ne dbone jamais l'hostie consacrée aux criminels condamnés à mort, néanmoins nos adversaires ne croient pas qu'ils soient damnés.
7. Le Seigneur ajoute au verset 56 : « Qui mange ma » chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. » Rien de cela ne peut convenir à la manducation par la boacbe, soit au regard des hypocrites, soit au regard des vrais fidèles ; car si un hypocrite a pris le sacrement il ne demeure point en Jésus-Christ pour cela. Si un tidèle Ta pris, l'Eglise romaine ne croit pas que Jésus-Christ demeure en lui ; car elle tient que sitôt que les espèces sont changées dans l'estomac, le corps de Jésus-Christ n'y est plus.
8. Finalement, Jésus-Christ, pour avertir ses disciples que ses paroles ne doivent être prises en un sens charnel et grossier, mais sont paroles spirituelles et vivifiantes, leur dit : « Ces paroles sont esprit et vie. » Elles ne donnent point la vie si elles ne sont prises selon l'esprit.
9. Notez aussi qu'en tout ce discours où il promet de donner sa chair à manger, il parle aux Juifs capernaïtes , auxquels il n'a jamais administré l'eucharistie, et lesquels sont demeurés obstinés au judaïsme. Certes, Jésus -Christ n'est pas menteur; s'il eût promis aux Capernaïtes de leur administrer le sacrement, il eût accompli sa promesse, et l'indignité des Capernaïtes n'eût pu empêcher le Seigneur qu'il ne leur eût au moins offert le sacrement selon sa promesse, ce que toutefois il n'a jamais fait. Par ainsi, nos adversaires, en tant qu'en eux est, font Jésus-Christ menteur.
10. Faut aussi se souvenir que l'eucharistie n'était encore instituée, et ne Ta été que quelque deux ans après, et néanmoins Jésus-Christ dés lors était vraiment le pain de vie; car au vers. 35 il dit : « Je suis Le pain de vie. » Et au vers.
50 : « C'est ici le pain ^ etc. i» Ainsi au vers. 54 : a Celui qui % mange ma chair, etc. » Dès lors donc ee pain se mangeait jMir les fidèles, encore que l'eucharistie ne fût encore instituée.
Ne se faut ébahir s'il parle quelquefois au futur, disant : c Le pain que je donnerai , i> etc., car il avait égard à sa mort, en laquelle il se devait donner pour la vie du monde.
Ne se faut non plus ébahir si le Seigneur dit que sa chair est vraiment viande, car ce mot de a vraiment » n'empêche point que le mot de viande se prenne figurément , non plus que quand Jésus-Christ, au chap. XV de saint Jean, dit : « Je suis le vrai cep, » où le mot vrai n'exclut point la figure. Les paroles figurées ne laissent d'être véritables. Joint que la chair du Seigneur crucifiée est vraiment viande de nos âmes. L'âme a deux principales facultés, l'entendement et la volonté : Tentendement se nourrit par instruction ; la volonté par consolation. La chair du Seigneur crucifiée foufnit ces deux nourritures; car par la mort de Jésus-Christ nous sommes informés et instruits du moyen que Dieu a ordonné pour se réconcilier à nous , et cela même est notre souveraine consolation, sans laquelle les âmes languissent et sèchent de désespoir, comme un membre tombé en atrophie, ou comme un corps destitué de nourriture.
Ne se faut non plus ébahir si Jésus-Christ s'est servi de cette allégorie, vu que peu auparavant il s'était servi d'une semblable, parlant à la Samaritaine d'une eau de laquelle quiconque boira n'aura jamais soif, et que c'est l'ordinaire de l'Ecriture d'appeler la Parole de Dieu et ses grâces, tantôt du pain, tantôt du lait, tantôt une viande solide. Outre cola, Jésus-Christ avait des causes particulières de parler ainsi aux Gapernaîtes, qui l'avaient porté comme par force en cette allégorie, en lui demandant importunément s'il pouvait faire comme Moïse qui leur donna le pain du ciel. Joint qu'ils étaient incrédules, auxquels il avait accoutumé de parler par figures et paraboles , comme dit saint Matthieu, chap. XIII : «Il ne parlait point à eux sans simili- )> tudes. m
Nos adversaires mêmes reconnaissent que jusquesau verset ^ Jésus-Christ ne parle point de la manducation du sa-
crement qui se fait par la bouche, mais de celle qui letft par la foi-; mais dans les versets suivants ils veulent qa'i parle de la mandiication par la bouche. Cependant il D*yi nulle trace en tout le chapitre de deux manducatioDS, il rien qui empêche de prendre tout ce propos de méffle façon.
Et m'ébahis * comment ils osent ainsi contredire au pape Innocent III , lequel , au chap. XIV du quatrième livre des Mystères de la Messe, déclare qu*en ces mêmes versets qee . nos adversaires allèguent pour la manducation par la bouche, il est parlé de la manducation spirituelle qui se l^it par la foi : « Le Seigneur » (dit-il) « parle de la manduea- l v tion spirituelle, disant : Si vous no mangez la chair do ' » Fils de l'homme et ne buvez son sang, vous n'aurez point » la vie en vous. En cette seule façon les bons mangent le 9 corps du Seigneur, dont aussi il dit : Qui mange ma chair y> et boit mon sang demeure en moi et moi en lui ; car qui B demeure en la charité demeure en Dieu et Dieu en loi. » Pourquoi apprétes-tu la dent et le ventre? Crois, et tu as
V mangé. »
Avec pareille obstination, ils s'opposent an pape Gélase,
lequel, en son livre contre Eutycbes et contre Nestorius, parle ainsi de ce saint sacrement : «Certainement, lessa- » crements du corps et du sang du Seigneur que nous prey* nous sont une chose divine , dont aussi par iceuz noos 9 sommes faits participants de la nature divine. Et toute- 9 fois la substance ou nature du pain et du vin ne laisse
V point de demeurer. Et certes l'image et ressemblance du n corps et du sang de Christ est célébrée en ce mystère. »* Mais nos adversaires aiment mieux discorder avec leurs papes que s'accorder avec nous. Ou si ce livre n'est pas du
1 De spiritual! comestione Dominus ait : Ydà manducaveritis cartiem Filii hominis etbiberitis ejus sangninem, non faabebiUs vitam in vobis. Hoc modo corpus Christ! soli boni comedunt, etc.
* Certè Sacramcnta quae sumimus corporis et saoguioia Christi divioa res est, propter quod et pcr eadem divinse efficimur consortes naturse : et tamen esse noa desinit substantia vel natura panis et vini. Et certè imago et similitude corporis et saaguinig Christi in actioue mysteriorum ceVe^^x^nUix*
pape Gélase, comme porte le titre, mais de Gélasius, évéque de^Gésarée en Palestine, comme Bellarmin soupçonne , le livre sera encore plus ancien , et de plus grande autorité. Tooterois Photius , parlant des écrits de ce Gélase , parle bien d'un livre de Gélase a contre les dissemblables , )> qui sont la secte d'Arius , mais de ce livre contre Eutyches et Mestorius, il n'en parle point.
Le décret de TEglise romaine, en la deuxième distinction de la consécration, est plein de sentences fort expresses làdessus. Au canon Prima quidem : «Entendez spirituelley> ment ce que je vous ai dit. Vous ne mangerez point ce » corps que vous voyez, et ne boirez point le sang que ré- » pandront ceux qui me crucifieront. Je vous ai recom* D ttian'dé un signe sacré, lequel, entendu spirituellement , » vous vivifiera. »*
Et au caoon Utquid : «Pourquoi prépares-tu les dents et » le ventre? Grois, et tu as mangé; car croire en lui c'est » manger le pain et le vin. Qui croit en lui le mange. »*
Ge qui ne contrarie point à ceux qui par manger entendent quelque chose de plus que croire , et y comprennent auçsi reflTet de la foi, qui est d'être nourri et vivifié. Gela revient A un, car l'un suit Tautre par nécessité.
Nous concluons donc que Jésus-Ghrist en ce chapitre ne parle, point de manger son corps par la bouche , et n'entend point qu'il doive passer par nos estomacs ; car la nourriture de rame ne se reçoit point par la bouche du corps. Nourrir le corps par l'ouïe, et nourrir l'âme par la bouche sont pareilles absurdités. Repaître restomac de chansons n'est pas chose plus absurde que faire passer par les dents et par le gosier la nourriture de l'âme. Jésus-Ghrist ne peut 'être mangé par ses ennemis, moins encore par les bêtes. 11 est le
< Spiritualiter intelligite quod locutus sum, non hoc corpus quod videtis mànducaturi estis et bibituri illum sanguinem quem eH^suri sunt qui me crucifigent. Sacramentum aliquod vobis coramendavi, spiritualiter intellectum vivificabit vos..
'Uf quid paras dentem et ventrem? crede et manducasU. Gredcre enim in eum, hoc est panem et viuurn manducare. Qui crédit in eum manducai eum.
paiD des enfants, et non des étrangers ; ce pain est doniè aux vivants et non aux morts, pour demeurer en nous, et non pour y passer; c'est une viande nécessaire à salut, it non comme sacrement de son corps, sans lequel plusieun sont tauvés , et qui tourne à plusieurs à condamnation; c'est un remède contre tous nos péchés, et non point seulement contre les péchés véniels , et contre ceux dont on a déjà la conscience déchargée, comme enseigne TEglise romaine,* faisant Teucharistie être un emplâtre pour les plaies guéries, et un moyen de décharger les consciences des péchés dont on est déjà déchargé. En quoi ces messieurs font Teucbaristie de mille fois moindre efîicace que le baptême, auquel il ne se fait nulle transsubstantiation ; car ils tiennent que le baptême est simplement nécessaire à salut, et que par le baptême sont effacés tous les péchés précédents, tant mortels que véniels; tant pour la coulpe que pour la peine.
Est bon là-dessus de lire le cardinal Cajétan, sur la troisième partie de la Somme, Quest. 80» art. 12 , où il dispute bien au long et pertinemment qu'en ce chapitre il n'est point parlé delà manducation du sacrement, mais delà manducatiou spirituelle, sans laquelle nul ne peut avoir la vie.
^{tt6 la messe et les décrets et gloses de IHEglIse romaine oombatteiit la transsubstantiation.
Sect. CLXXV. Combien que la marque de la religion papale soit d'aller à la messe, si est-ce que la messe est fort contraire à la papauté ; car le canon de la messe est composé de pièces rappoxtées, dont la plupart sont oraisons anciennes qui combattent les mérites, et le purgatoire, et la transsubstantiation, laquelle surtout y est clairement combattue.
Il iaut donc savoir qu'en l'Eglise ancienne, au milieu du temple était la table sacrée, sur laquelle le peuple venait faire des dons et des présents de pain, de vin et de fruits,
^ Bell.t lib, 4, cto Euchar.^ cap. 17 et IS.
efquels présents étaient appelés oblations et sacrifices. De ie pain et de ce vin apportés en grande quantité sur la able, le pasteur en prenait une partie pour la célébration lu saint sacrement, autant qu'il en fallait pour communier x>us les fidèles sous les deux espèces ; le reste était pour les [Muvres. Avant qu'administrer le sacrement au peuple, on (aisait sortir les catéchumènes, et les pénitents, et les possédés, et tous ceux qui ne voulaient ou ne pouvaient recevoir la communion.
Sur ces présents et dons du peuple, destinés à la célébration de la sainte Cène, se disaient diverses oraisons, desquelles la plupart se disent encore en la messe, mais tournées en jun autre sens. Car comme, au lieu d'une quantité de pain pour communier toute, l'assemblée, on n'a maintenant qu'une petite oublie ronde, qu'on appelle Dieu; aussi au lieu que ces prières se disaient sur le pain et sur le vin, maintenant ces mêmes prières se disent sur l'hostie consacrée, qu'on dit être Jésus-Christ. Dont est advenu qu'en ces prières le prêtre parle contre son intention, et contredit évidemment à la créance de son église , et prononce paroles dans lesquelles Jésus-Christ est injurié.
Car après les paroles de consécration, ^ offrant Jésus- Christ à Dieu, il parle ainsi à Dieu : ce Sur lesquelles choses 9 daigne regarder d'un visage propice et serein, et les avoir y> agréables, comme tu as daigné avoir agréables les présents » d'Abel, ton juste enfant. y> Cette prière pouvait être dite sur les offrandes et aumônes du peuple, mais nullement sur Jésus-Christ ; car y a-t-il apparence d'appeler Jésus-Christ CES CHOSES, comme s'il parlait de plusieurs Jésus-Christ et de choses inanimée^? Et après, peut-on sans impiété demander à Dieu qu'il ait Jésus-Christ aussi agréable qu'il a eu agréable la béte sacrifiée par Abel? L'échappatoire ordinaire est que le prêtre n'entend pas demander que Dieu ait Jésus-Christ aussi agréable que l'agneau offert par Abel ; mais que Dieu ait notre dévotion aussi agréable que celle
^ Pancm sauctuil^ \lUe seternse, et callcem salutis perpetuse. Supra quae propitio ac sereno vultu respicere digneris et accepta habere, ut accepta habere dignatus es munera puer! tui justi Abel.
d'AM. Mais les paroles de la messe ne souffrent point cette exposition, lesquelles ne comparent point la déyotion d'Abel avec la nôtre , mais les présents que le prêtre offre à Dteu avec ceux qu'Abel a offerts, disant : Aie ces sacrifices et ces présents aussi agréables que tu as eu agréables les pré- \ sents d'Abel. L'hostie et le présent n'est pas la déyotion. = Il y a bien de la différence entre un présent et entre Isto- r lonté, laquelle est souvent acceptée sans présent. \
Le prêtre ajoute : « Nous te supplions , I>ieu tout-puis- » sant, commande que ces choses soient portées par les » mains de ton saint ange en ton autel céleste, en présence D de ta divine majesté.»^ Y a-t-ilrien là qui puisse convenir à Jésus-Christ? car Jésus-Christ est-il présenté par les an- i ges à son Père? a-t-il besoin de Tintervention des anges pour être présenté à Dieu ?
Il ajoute une prière pour les morts : « Souyiens-toi, Sd- V gneur, de tes serviteurs et servantes qui nous ont pré- » cédés avec le signe de la foi. et qui dorment au sommeil D de paix ; »' car alors on ne croyait pas que les âmes des trépassés fussent brûlées en un feu.
Ensuite il fait un long dénombrement 8e saints , puis fait à Dieu cette demande : « En la compagnie desquels reçois- » nous, n'ayant point d'égard à notre mérite , mais nous oc- )> troyant le pardon. » * Cela est contre les mérites.
Mais les mots qui suivent immédiatement après sont surtout considérables. 11 dit donc : a Par Christ notre Seigneur, B par lequel, ÔSeigneur ! tu nous crées toujours tous ces biens, » tu les sanctifies, tu les vivifies, tu les bénis.D ^ T a-t-ll rien en tout cela qui puisse convenir à Jésus-Christ ? Car peut-on appeler le pain consacré, qu'on appelle l'hostie, tous ces BIENS, si cette hostie est Jésus-*Christ? Dieu crée-t-il toujours
1 Supplices te rogamus, omnipotens Deus, jubé luec perferrî per manus sancU angeli tni in sublime allare tuum.
* Mcmeuto etiani, Domine, fàmulomm famularûmqnetuarnm qui nos priedecesserunt cum signo fidei, et donniunt in somno pacis.
' Intra quorum nos consortium, non iestimaturmeriti, sed venix largitor, admittas, per Dominum nostrum. ^
^ Per quem, Domine, hsec omnia semi)er bona créas, sanctificas, vivlflcas, beneûicis.
Jé9a9-Chri8t?Dîeu yivif)e-t-i1 toujours Jésus-Christ? Yoire, Bieu crée-t-il et vivifie-t-il Jésus-Christ par Jésus-Christ ? Ces fmroles sont bonnes dites sur le pain et sur le vin, mais non sur Jésus-Christ. Que si par ces mots le prêtre entend parler du pain et du vin, le considérant comme la consécration ii*étant encore fait , il tombe en ce faisant en trois absurdités inévitables : Tune est qu'il rend grâces à Dieu do ce qu'il crée le pain et le vin de Teucharistie, lorsque ce pain et ce Yiti n'est pins; la deuxième, qui démontre le pain et le vin comme présents, en disant : kœe amnia b<ma , a tous » ces biens , » lorsque ces biens ne sont plus, usant d'un pronom démonstratif d'une chose présente pour ne rien démontrer; la troisième absurdité est que ces paroles se disent alors que le prêtre veut lever l'hostie pour la faire adorer. Or, n'est-ce pas chose contre toute raison et apparence que, lorsqu'on adore l'hostie et qu'on prétend sacrifier A Dieu le Fils éternel de Dieu, les prêtres ne rendent grâces à Dieu d'autre chose que de ce qu'il fait croître le pain et le vin ? et ne s'avisent point de lui rendre grâces de ce qu'il leur a mis Jésus-Christ entre les mains pour le sacrifier et le manger? comme si, lorsqu'il est question de rendre son âme à Dieu, on rendait grâces à Dieu de ce qu'il fait pleuvoir sur les vignes, sans le remercier de ce qu'il a racheté nos âmes des enfers par la mort de Jésus-Christ.
Les fréquents signes de croix ^ que fait le prêtre sur l'hoslie et sur le calice témoignent que la créance de l'Eglise romaine a reçue du changement; car le pape Innocent Ilf, au deuxième livre des Mystères de la messe, chap. LYUI, dit que le prêtre fait des signes de croix sur ces choses pour chasser le diable, de peur qu'il ne prévale sur le prêtre et sur le sacrifice , c'est-à-dire sur Jésus-Christ. Or, n'estât
pas croyable que ceux qui ont introduit cette coutume aient été si ridiculement officieux, que de vouloir, par des signes de croix en l'air, secourir Jésus-Christ contre le diable. La glose du Décret romain sur le canon Hoc est, en la deu-
< Efficit super ea crucis signaculum, ut per cruels virtutem omnes conatns diabolicse malignilatis effugiant, ne contra sacerdotem vel sacrificium allquo modo prœvalcat.
xième dislioctioo de la Consécration , n'est pas moins expresse sur ce sujet que si elle avait été faite à Genève : «Le » céleste sacrement qui représente vériAblement la chair » de Christ est appelé le corps de Christ , mais improprc- » ment; dont aussi il est ainsi dit en sa façon , mais nooes n la vérité de la chose , mais par un mystère signifiant ; tei- » leracntque c'est ici le sons : 11 est appelé le corps de Christ, » c'est-à-dire qu'il y est signifié, v ^ Ces paroles sont fort considérables.
En la même distinction : a Celui qui discorde d'avec » Christ ne mange point sa chair et no boit point sod » sang , combien qu'il prenne tous les jours le sacrement » d'une si grande chose à sa condamnation. » *
Là même, au canon De fuie : «c II est permis de manger de » cette hostie, qui se fait admirablement en la commémo- » ration de Christ; mais il n'est permis à aucun de manger » en elle-même de celle que Christ a offerte en l'autel de la » croix. » '
Et au canon Quia morUf pris aussi de saint Augustin : a Parce que nous sommes délivrés par la mort du Seigneur, » nous ressouvenant de cela, en mangeant et buvant nous » signifions sa chair et son sang, qui ont été offerts pour » nous. » ^
La messe, comme nous avons vu, a plusieurs prières formelles contre la transsubstantiation. Ce néanmoins il y a une fraude évidente et une tronquation de l'ancienne litur*
'Cœleste sacramentum, quod verè repraesentat Christi carnem, dicitur corpus Christi, sed impropriè : unde dicltur suo modo, sed non rei veritate, sed significante mysterio, ut sit sensus : Vocatur corpus Christi, id est signiGcatur.
> Can. Qui discordât à Cbristo nec manducat carnem ejus , nec hibit sanguinem, etsi tantae rei sacramentum ad judicium suae perditiouis quotidie accipit.
^ De bac quidem hostia quse in Cbristi commemoratione mirabîliter fit edere licet. De illa verô quam Cbristus in ara crucis obtulit, sccundùm se nulli edere licet.
^ Quia morte Domini liberati sumus, bujus rei memores in edendo et potando, carnem et sanguinem quse pro nobis oblata sunt signifia camus.
ie. Le prêtre dit: a Laquelle oblation, toi, ôDieuI daigne foire qu'elle soit en toutes bénite, mise en compte, chose ratifiée, raisonnable, acceptable, afin qu'elle nous soit faite le corps et le sang de ton très-cher Fils. » * Mais nous avons cette même prière au chap. Y du quarième livre des Sacrements, qui est entre les œuvres de lint Ambroise, en ces nfK)ts : a Fais que cette oblation nous soit mise en compte, raisonnable, acceptable, qui esl la viGUBE du corps et du sang de notre Seigneur Jésus- Christ. » *
Horrible dépravation l au lieu de ce que les anciens di« aient, «que cette oblation est la Ogure du corps de Christ,» .voir mis, «que cette oblation nous soit faite le corps de ) Christ!» Cela mérite d'être soigneusement remarqué.
Quelcfuef passage! des anciens sur ce siget.
Sect. CLXXYL Tertullien, au troisième livre contre Miair-* ;ion, chap. XIX : a Dieu Ta ainsi révélé en votre Evangile, » appelant le pain son corps, afin que par là tu entendes I qu'il a donné au pain d'être la figure de son corps. » '
Lui-même, au quatrième livre contre Marcion, ch.XL, iisputant contre les marcionites qui niaient que Jésus- Christ eût un corps véritable : «Jésus-Christ ayant pris du » pain et distribué, à ses disciples, le fit être son corps, di- 0 sant : Ceci est mon corps, c'est-à-dire la figure de mon p corps. Or, ce ne serait point une ligure s'il n'avait un » corps véritable. )) ^ Sa raison est qu'on ne peut pas figu-
^ Quam oblaUonem, tu Deus,-iD omnibus quaesumus, l)enedictam, ascriptam, ratam, raUoDabilem, acceptabilemque facere digneris, ut nobis corpus et sanguis fiât dilectissiini filii tui Domini nostri Jesu Christi, qui pridie, etc.
> Fac nobis banc oblationem ascriptam, rationabilem, acceptabilem, quod est figura corporis et sanguinis Domini nostri Jesu Christi, qui pridie, etc.
3 Panem suum corpus appellans, ut et bine jam eum inteiligas corporis sui figuram pani dédisse.
* Acceptum panem et distributum discipulis cornus suum C^e^dt ^ djcendo, hoc est corpus meuiu, id est, figura corv^m w\.
rer véritablernent les choses qui De sont point. B< min, au troisième livre deTEucharistie, chap. XX, tro méchamment ce passage, et en allègue seulement cesi Acceplum panem corpus suum facit dicendo. Hoc eU e meum. Le cardinal du Perron verse force encre si beau passage, et change le mot id est en tcilieel^ et « c'est-à-dire» en fait un « c'est à savoir. » Et foit d Tertiillien une chose fausse, à savoir que le pain, qui loi était flgure du corps du Seigneur, est en i'Evaai corps du Seigneur. Et donne à ce passage cette exposi « Ceci, à savoir, la figure de mon corps est mon corps, position autant hardie que ridicule ; aussi est-il le pn qui s*en est avisé.
Le même Tertullien, au chap. XXXYII du livre de 1 surrection de la chajr : « Parce qu'ils estimaient son [ D dur et intolérable, comme si véritablement il eût i » de leur bailler sa chair à manger , afin qu'il lit » sister l'état de notre salut en l'esprit, il leur a » C'est l'esprit qui vivifie; puis a ajouté : La chair n( » fitede rien, à savoir pour nous vivifier. »^ Et peu il ajoute que a Jésus-Christ a pressé ce propos par a » rie, »' et dit que ce pain « se dévore par l'ouïe, et i 9 mine par l'entendement, et se digère par la foi. »
Cyprien^ en la troisième épttre du deuxième livre : < ~ )) trouvons que le calice que 1q Seigneur offrait était » et que ce qu'il a appelé son sang était du vin. » *
Origène, sur le quinzième livre de saint Matthieu : t x> viande, qui est sanctifiée par la Parole de Dieu et B prière, quant à sa matière, descend au ventre et ei » voyée au retrait^ et ne sanctifie point de sa natiu Là même il appelle ce qu'on reçoit eo l'eucharistie » corps symbolique ou figuratif. » Le cardinal du P
^ Dunim et intolcrabilem existimavenmt sermonem cjas, verè carnem suam illis edendam determinasset, etc.
• Urgens usquequaqiie per allegoriam Decessariorum.
B Vinum fuit quod sanguinem suum dixit.
^ Ille cibus qui sanctiûcatur pcr verbum Del pel^e obsec nem, juxta id quod babet materialc in ventrem abît et in see emittitur.
ijpond qu'Origène était hérétique. Mais quand je recher-
le en Epiphanius et en saint Augustin, à Quod vult Detts,
(en Philastrius, qui ont fait un catalogue exact des er-
Mirs d'Origène; et en Jérôme, écrivant contre Jean de Jé-
iisalem, origéniste, je ne trouve point qu'Origène ait ja-
Itis été repris de n'avoir point cru la présence réelle au
pcrement, ni la transsubstantiation.
Eusèbe, au huitième livre de la Démonstration évangéli«
nie, chap. I : « Nous avons reçu de célébrer la mémoire de
ce sacrifice sur la table, par les signes de son corps et d0
> son^ang salutaire, selon les lois delà Nouvelle-Alliance.»^
, Saint Augustin, contre Adimautns, tbap. XII : «Le Sei-
I gneur n'a point fait de difficulté de dire : Ceci est mon
f corps, qnand il donnait le signe de son corps.» ' Là non-
leulement il dit que le Seigneur donnait le signe de son
eorpa, mais expose ces mots :' « Ceci est mon corps, » par
« signe de mon corps. y>
Sur le Psaume III, louant la bonté de Jésus-Christ et sa j^lience envers Judas : m Jésus-Christ a reçu Judas au fes- » tin lujquel il a recommandé et donné à ses disciples la fi- » gure de son corps et de son sang.» ' Combien plus eût été admirable la patience du Seigneur envers Judas, et sa bonté, s*il se fût donné soi-même à Judas, et eût donné son corps à son ennemi ? Mais saint Augustin n'était point instruit en cette doctrine.
Et au vingt-sixième traité sur la première Epttre de saint Jean : a Celui qui ne demeure point en Christ , et auquel » Christ pe demeure point, sans doute ne mange point spi- » rituellement sa chair et ne boit point son sang, encore que V charnellement et visiblement il presse des dents le signe » du eorps et du sang de Christ. »
s Non dubitavit dicere, hoc est corpus meom, cùm daret signum corperîs soi. '
s Judam adhibuit ad convivium in qao oorporis et sanguinis soi igiuam disdpQfis eommendavit et tradidit.
Lui-même, au livre des Sentences recueillies ] per: «Quiconque discorde d'avec Christ, ne manf » chair de Jésus-Christ et ne boit point son san » qu'il prenne le sacrement d'une si grande chos( D dition. »
Au 45« Traité sur saint Jean : Cette pierre éta ft Regardez donc que la foi demeurant, les signe x> vers. Alors la pierre était Christ , et maintena » est mis sur l'autel est Christ. » * Voulez-yous i de saint Augustin comment ce qui est mis sur I Christ ? C'est tout ainsi que jadis la pierre était d
Sur le psaume XCVIII: «Entendez spirituelleoM » je vous ai dit. Vous ne mangerez point ce ( » vous voyez, et ne boirez point le sang que répand » qui me crucifieront ; je vous ai recommandé » sacré, lequel étant entendu spirituellement v » fiera. » '
Et au cinquantième traité sur saint Jean : aPr » Jésus-Christ qui est absent? Comment étendrai-; D au ciel où il est assis pour l'empoigner ? y» Â eel personnage répond : «Envoies-y ta foi et tu l'as ei » tes ancêtres ( les Juifs ) l'ont tenu en corps, I » le de cœur.»" Et au premier traité sur la premié de saint Jean : Ipsum jam in cœlo sedentem manu e non postumus, sed fide contingere, « Etant assis au p ne pouvons plus le manier de la main, mais bien l ï> par la foi. »
En la vingt-troisième Epître à Boniface : ^ « Le s
^ Videte fide manente signa variata. Ibi petra Chris Ghristus quod in altari ponitur.
> Spiritaliter intelligite quod locutus sum. Non hoc co videtis manducaturi estis , et bibituri illum sanguinem qi sunt qui me crucifigent. Sacramentum aliquod Yobis ooi spiritaliter intellectum vivificabit vos.
^ Quomodo tenebo ^abseotem. Quomodo in cœlum ma tam ut ibi sedentem teneam ? Fidem mitte et tenuisti : pa tenucrunt carne, tu tene corde.
* Sicut ergo secundum qiiendam modum sacramentun
du corps de Gbrist est en quelque façon le corps de Christ,
et le sacrement du sang de Christ est le sang de Christ. »
r, pour montrer comment le sacrement du corps de Christ
it le corps de Christ, il amène pour exemple que c'est
>inme le baptême, qui est le sacrement de la foi, est la foi,
i comme nous sommes ensevelis par le baptême.
.Lui-même, au troisième livre de la Doctrine chrétienne,
jiap. XYI : « Si vous ne mangez » (dit Jésus-Christ) « la chair
..du Fils de Tllomme, et ne buvez son sang, vous n'aurez
Jpoint la vie en vous-mêmes. Il semble qu'il commande
une méchanceté. C'est donc une figure qui commande de
^^communiquer à la passion du Seigneur, et de mettre
^ doucement et utilement en sa mémoire que sa chair a été
y crucifiée et navrée pour nous. » ^ Notez qu'il ne dit pas
j^lement qu*il y a une figure en ces mots : « Si vous ne
\ mangez la chair du Fils do l'Homme, » mais aussi qu'il
kpose cette figure, à savoir qu'au sixième chapitre de saint
ipan, manger la chair du Seigneur c'est mettre sa mort et
isssion en sa mémoire, qui est une exposition que FEglise
ipinairie ne reçoit pas.
Ephrem, patriarche d'4ntioche, allégué par Photius en A Bibliothèque : « Le corps de Christ que les fidèles reçoivent » ne perd point sa substance sensible et n'est point séparé » de la grâce intelligible; aussi le baptême étant entièreit ment spirituel et unique garde la propriété de sa substance » sensible» à savoir de l'eau, et ne perd pas ce qu'il a été. » * le passage est exi^ellent, car il montre en quel sens les an- »ens appelaient ce sacrement le corps de Christ, puisqu'il lit qu'il garde sa première substance sensible, à savoir la
ilhristi corpus Christ} est, sacramentum sanguinis Christi sanguinis Ihristi est. Ita sacramentum lidei fides est.
1 Nisi manducaveritis camem Filii honiinis et biberitis ejus tanguineiD, non habebitis vitam in vobis. Facinus vel flagitium videur jubere. Figura est ergo praecipiens passioni dominicae esse com- Qunioandum, et suaviter atque utiliter recondendum in memoria |uod pro nobis caro ejus crucifixa et vulnerata sit.
* P<ig. 415, editionis August.
Bubstafiçe du pain, tout ainsi qae la substance de l'eto kmeure au baptême. I
Ytgile, au quatrième livre contre Eutyche : «SileTote n et la chair n'ont qu'une nature, coaiment se fait qoelc , y> yerbe étant partout la chair ne se trouve point aosi » partout? car quand elle était en terre, elle n*étaitpoiotaa » ciel ; et maintenant qu'elle est au ciel, elle n'est pointei ( i p la terre. » ^ Nos adversaires tâchent de se parer cooire I ce passage, disant que la chair de Jésus-Christ n'est ptoin à terre visiblement ; mais cette échappatoire pouvait a» H bien servir aux Eutjchîens, lesquels disaient aussi que fa , ^ chair du Seigneur n'est plus présente visiblement ; ils dlipo* la tent donc contre Vigile et se joignent aux anciens hérétiqw. ^ Joint que Vigile entend que la chair de Jésus-Christ élut i en terre n'était nullement au ciel, ni visUilement ni iinii- S blement ; dont s'ensuit qu'il entend aussi que la chairda c Seigneur étant au ciel n*est nullement en terre ni vi5ili^ s ment ni invisiblement, autrement il n'y aurait nul rapfort ( entre ces deux parties, ni aucune suite en son disconn. ; <
Contre les mêmes hérétiques Théodoret dispute au prenier ' dialogue intitulé l'Immuable : ce Le Seigneur » (dit-il) n » donné au signe le nom de son corps, v ' Il ne se peut lin direnie plus exprès.
Là même : « Il a appelé le signe son sang, v Peu après : « Jésus-Christ a honoré les signes visiUeide » Tappellation de son corps et de son sang, n'ayant point » changé leur nature, mais ayant ajouté la grâce â la ni- » ture. » Il n'y a là mot qui ne porte coup.
Au second dialogue, l'hérétique eutyehien soutient le changement de la substance du pain en chair après la consécration, pour de là inférer que semblablement après ^incl^ nation du Verbe la chair se change en la substance divine;
^ Si verbi et camis nna natnra est , quomodo cùm verbam ulii^N , sit, non ubique invenitur et caro? ntm quando in terra (îiil, M j erat utique in cœlo , et nunc quia in coelo est , non est ntiqiieii terra.
^ T&> fJLiy 9&|M(I. Xh TO^ Q»)>&«V!b\» •cV^VCft.Vè Vk^k^XIL^ TOI xotk CVfltÔh f^
ÙE LA FOI. 563
liM contre cela voici ce que dit Théodoret : « Les Bîgaes
mystiques ne changent point de nature après la consé-
f qration, car ils demeurent en leur première substance et
r figure et forme, et sont visibles et maniables comme
k «uparavant, mais ils sont entendus être les choses les-
1^ quelles ils ont été faits, et sont crus et vénérés comme
I Guts ce qu'ils sont crus être. » ^ Ainsi traduisent Gentiane
lervet et Bellarmin, et le grec est clair et facile, et le but
|0 '^héodoret ne souffre point autre exposition, car il dis-
^te contre un hérétique qui voulait que la substance du
lÀtu et du vin fût changée au sacrement. Théodoret donc,
hli contredisant, soutient nécessairement que la substance
ia pain et du vin demeure. Joint que là étant question de
inontrer qu'après l'incarnation la substance de la chair du
Beigoeuf demeure, Théodoret parlerait mal à propos et
iKHiire soi-inôme, si pour montrer cela il alléguait que la
substance du pain étant changée, les accidents et l'apparence
lilemeure ; cela serait justement plaider la cause des Euty-
.chiens qui veulent que la substance de la chair de Christ
•étant changée l'apparence demeure. Bref, la chose est si
^claire que la préface de ces dialogues de Théodoret en rim-
firession de Rome dit que Théodoret a erré en cette matière.
Ainsi Gelase au livre des deux Natures : « La substance et
» nature du pain et du vin'ne cesse pas de demeurer^ et
-* certes Timage et la semblance du sang de Christ sont cé-
tB lébrées en l'action des mystères, d *
Chrysostôme en l'homélie 82 sur saint Matthieu : « Quand » Jésus-Christ a donné les mystères, il a donné du vin. b '
Chrysostôme, ou quiconque qui est l'auteur de l'œuvre imparfait sur saint Matthieu, en l'homélie il : « Si c'est un
* OvSt '/èftp fjLstK TÔv onyicfLvfihv roc fivvnxk tv/â^ûXùl r^ç oImIolç 4|iffT«reu f Û78Ci)$, /AivEi ykp Itti rfis Trporip»ç owIolç xat roO x-i^/aocto;, xal toC ttSovç,
* Et tamen esse non desinit substantia vol natura panis et vini. Et eertè imago et similitudo corporis et sanguinis Christi in actione mysteriorum celebrantur.
* Page 760, édit, Comeh Evîxx toc jutuvr^ipioc iw^Uoiiv»^ tiiviV) «av^^-
Jûfxoy,
D péché et une chose dangereuse de transporter à un^ » privés les vaisseaux* sanctifiés, comme Balthazar noos D l'enseigne, lequel buvant dans les calices sacrés perditle « royaume et la vie ; si, dis-je, c'est chose tant dangereusede D transporter à usages privés ces vaisseaux sacrés, dabâks- » quels le vrai corps de Christ n'est point , mais le mystère » de son corps y est contenu, combien plus les vaisseaux de » notre co^ps ? » * Ne sert de dire que les ariens ont corronpu ce livre, car les ariens n'ont point eu autre sentimeit sur ce point que les orthodoxes.
Saint Macaire, Egyptien, en rhomélie 27 : a En l'égliieà » pain et du vin est offert, étant la figure de sa chair etè p son sang, et ceux qui participent à ce pain qui se rà » mangent spirituellement la chair du Seigneur. • *
Maximus, qui a annoté le Denis pseudoareopagite :xù/iCik raura xai oûx àHQnv. , « ces choses sont signes, et non li » vérité. »
Pour n'être plus long, car on pourrait entasser mille \é .passages, je me contenterai de produire quelques conciles. Au code des canons des conciles d'Afrique, le treote-septièiie canon est tel : « Afin que, selon que le Seigneur même Fi » enseigné au service sacré, on n'offre rien que le corps et » le sang du Seigneur, c'est-à-dire rien que du.paio etda » vin mêlé d'eau. » " Voilà donc par ordonnance d'un coociie l'exposition de ces mots « mon corps et mon sang, » c'estèdire du pain et du vin môle d'eau ; et est ce môme canoo répété au concile de Trulle, canon 32.
Ainsi le deuxième canon du concile d'Ancyre défeodaux diacres qui ont sacrifié aux idoles de plus « présenter le pain y> et le calice ; p et l'antépénultième canon du concile de
^ Sic ergo haec vasa saDctificata ad privatos usus transferre ait periculosum, est in quibus non est verum corpus Christi, sed mysav rium corporis ejus continctur, quanlo magis yasa corporis bo^ tri, etc.
' Éy Tv! Ixx>v]9ta Tcpoflpircu iproç xal olvoç àvrironov r^ç wsxn auTOu xal rouat/iiaroç x«l toO /uieroda/ACccvovrcfi Ix rou ^ocyo/Uyav ocpr* Trveu/AocTtxâ; vàpxa rou xuptou iOfouffiy.
' Iva Iv ToZ$ àyioii /av]^s ttAsov toO cttifiaroç xal roC euftetrûi ir^M*vcX^cCy), tout ivTi dcpTOU xal otyou &^«ti fitfiiy/AtifOV,
t)i: LA ï'ot. 565
Réocésarée défend aux prêtres du plat pays « de donner m le pain et le calice en présence d'un évêque ou d'un prêtre » de la ville. » *
Le concile de Gonstantinople tenu l'an 756, composé de 4138 évêques, condamnant les images, parle incidemment 4Êe ce sacrement : « Voici »* (disent ces Pères] «l'image de ce « corps viviGant, etc; » et peu après : « Jésus-Christ a ;» commandé qu'on mît sur la table une image totalement » choisie, à savoir la substance du pain, de peur que si ti elle était figurée par forme humaine l'idolâtrie ne se m glissât; )» passage que le second concile de Nicée autorise «D le condamnant, car rien ne plait à cet abominable concile que ce qui déplait à Dieu.
C'est se moquer de dire que les Pères ont ainsi parlé de peur d'être entendus des catéchumènes, vu que leurs ser- 9D0DS et leurs livres et les conciles ne sont pas faits exprès pour les catéchumènes, mais pour tous les fidèles. Et n'est -n'est croyable que les Pères parlant aux fidèles aient voulu mentir de peur d'offenser les catéchumènes, lesquels se tfossent beaucoup plus offensés s'ils eussent entendu qu'aux -fidèles on dit d'un et à eux d'autre. Moins est-il croyable que si l'hostie consacrée est Jésus-Christ même, les pasteurs -ée r£glise aient voulu persuader aux catéchumènes que ce -fie Test pas, vu qu'aujourd'hui on le fait accroire aux petits -mtents. Je sais que les Pères parlaient plus sobrement des -mystères de la foi devant les catéchumènes-, mais autre chose est parler aux catéchumènes, autre chose est écrire -et prédieraux fidèles, comme font les Pères en ces passages. ffit qui nous empêchera, quand nos adversaires allèguent •quelque passage des Pères qu'ils pensent fait pour eux, de dire quils ont ainsi parlé à cause des catéchumènes, et ont {Mirlé grossièrement pour s'accommoder au peuple grossier ?
Ajoutez à cela les coutumes anciennes. Les chrétiens mêmes du. temps de saint Paul faisaient en l'église un fes-
* 06t« àpTOv SiSoveu Iv Tîj lux? ^ wonftpwv. « Hier, in 1, ad Cor. cap. 11. EvagritiSf lib. 4, histor., c.35. Ni-cephorui^ lib. 17, e 25. Besychius in LeviU Hb. 2, c. 8. Eweb., m, 7, c. 8.
566 ftODCLlER
tin auquel ils mangeaient les restes du sacrement. * En pbsieurs lieux ils en donnaient les restes aux petits enfinU.Q en d'autres endroits ils brûlaient le résidu du pain sacré. Saint Âmbroise, an livre des Veuves, nous enseigne ' quede son temps on se servait de femmes pour administrer le corps du Seigneur. Chose qui aujourd'hui serait estimée profane. Et qui de vrai serait mal convenable, si ce qu'on leur doinait à porter et administrer était le vrai et naturel corpsdD Fils de Dieu. Alors aussi on donnait le sacrement en kmaia du peuple, et quelquefois on permettait de remporter an logis. Cyprien, au traité des Tombés , parle d'une femn qui avait serré en son coffre le pain sacré. Satynis, frèn d'Ambroise, se le pendit au col et se mit â nage. > CboM qui n'eussent jamais été souffertes, si on eût cru que ee pain eût été le vrai corps de Christ. Aussi ne parlaion point alors de concomitance , ni de mettre le corps entier en chaque goutte du calice, ni d'accidents sans sujet, ni d'un corps sans lieu. On ne faisait aucune élévition d'hostie , et le peuple vénérait les symboles et signrs, mais n'adorait point le sacrement comme Dieu. On adontt Jésus-Christ en l'action de l'eucharistie, non pas comme eiclos au pain, mais comme étant au ciel à la droite de Dm» Et la consécration du pain ne se faisait point par ces paroles : a Ceci est mon corps , u mais par la prière. Justin Uiftyr, sur la tin de la deuxième Apologie, appelle ce qu'on re çoit en la sainte Gène « une viande consacrée par la priëi« 1» du Verbe procédant de Dieu. »* Saint Augustin, au cbap. iV du troisième livre de la Trinité : « Ce qui est pris des » fruits de la terre , et consacré par la prière mystique.» Théodoret, sus-allégué^ introduit l'hérétique parlant ainsi : a Les signes du corps et du sang sont autres devant l'iovo- » cation du prêtre; mais après l'invocation ils sont changés D et faits autres. »* Origène, au huitième livre contre Gel-
^ Augustinus contra litterat Petiliani, lih. % c. 23. ' Oportet eam carere variarum iilecebris voluptatum, ut corpu et sanguinem Ghristi ministret.
* Ambrosius orat, de olntu fratris Satyri,
Ù8 : «Nous mangeons des pains qui par la prière sont faits
' un corps, lequel est quelque cbo3e de saint. » ^ Irénée,
(0 quatrième livre, cbap. XXXIY : «Le pain recevant Tin-
* vocation de Dieu n'est plus pain commun, mais eu«
É charistie. » Basile, au livre du Saint-Esprit, si ce livre est
la lui, cbap. XXVII, appelle rà t^^ èKixU^Mç çàimto. H\ tij
bdb^c£Çc( roO dcprou, « Ics paroIes de l'invocation quand on
» montre le pain. » Laquelle démonstration du pain se fai-
nit.non en élevant une oublie ronde par-dessus la tête,
nais en tirant des rideaux qui étaient entre.la table et le
leyple, comme enseigne Chrysostôme en la troisième ho-
nélie sur TEpître aux Ephésiens. La consécration donc était
kite avant que de dire : a Ceci est mon corps;» ce que le
pepe Innocent IH reconnaît comme nous avons montré. '
Ce qui en trompe plusieurs sont quelques livres supposés husscment attribués aux anciens, comme le livre de la Cène lu Seigneur, attribué à saint Cyprien. Les Oraisons caté- Aétiques de Grégoire deNysse, les Catéchèses mystagogi^ ques, mises à la 6n des Catéchèses de Cyrille, et plusieurs iemblables fausses pièces qui ne sont venues au monde que plusieurs siècles après les auteurs dentelles portent le nom, et dont le style et la doctrine répugnent aux auteurs auxquels on les attribue.
Avec pareil abus on produit les amplifications oratoires de quelques Pères en leurs homélies , où ils parlent de mâelier et pétrir la chair du Seigneur entre ses dents , de ficher se» doigts en ses plaies, d'embrasser sa croix, de rougir Tautel du sang du Seigneur, de charbons rouges apportés par des séraphins avec des pincettes, etc. Paroles d'ex« ces pour ravir les esprits de l'auditeur, et lesquelles qui voudrait presser en tirerait mille absurdités.
Mais ce à quoi on s'achoppe le plus, est que fort souvent dans les anciens ce qu'on reçoit en Teucharistie est appelé le corps de Christ, et qu'ils disent que les prêtres, avec leur bouche sacrée, fbnl le corps de Christ. Mais quiconque est
^ Aprou{ Ido/Acv orû/M, ysyo/Aivou$ Aa r^v s^x^v d^yiov ri. * Otkv l^tii aycAxi/av« ra «/A^irupoc, tovto vi/Ai90v JtaTTfAAcordeu rèv oùpoiy^y.
568 fiOUCLlER
versé en Tantiquité sait que les Pères font deux sortes ée
corps de Christ : Tuo qui a été crucifié pour nous, Tauln
qui se prend en Feucharistie, dont celui-ci est pris parlei
fidèles, mais l'autre ne peut être mangé par la bouche. Cié-
ment Alexandrin, au deuxième livre du Pédagogue, eh. il:
« 11 y a deux sortes de sang de Christ : l'un est son sang
» charnel par lequel nous sommes rachetés de corruptioi;
» l'autre est spiritueli à savoir celui duquel nous sommes
v> oints: et cela est boire le sang de Jésus, que participer
» à Tincorruption du Seigneur, o * Saint Jérôme, sur l'Epl-
» tre aux Ëphésiens : «c La chair et le saog de Christ s*ei-
n tend en deux £açons : ou cette chair spirituelle et dîTioCi
» de laquelle il dit lui-même : Ma chair est vraimeik
p viande : ou bien cette chair qui a été crucifiée, et ce saig
y> qui a été répandu par la lance du soldat. » * Et le mène
Père allégué en la deuxième distinction de laConsécratioi:
tt II est voirement permis de manger de cette hostie qui se
y» fait admirablement en la commémoration de Christ; mils
y> il n'est loisible à personne de manger en elle-même cette
» hostie que Christ a offerte en l'arbre de la croix, b '
Saint Augustin parlesouvent de manger le corps de Christ: mais afin qu'on sache que c'est un autre corps que celui qui a été crucifié, sur le Psaume XCVIII il introduit Jésus-Chriit parlant ainsi : « Vous ne mangerez point ce corps que vous » voyez, et ne boirez point le sang que répandront ceuxqoi D me crucifieront. » Quel est doniî ce corps qui se maoi;e par les fidèles? il l'expose lui-même ; car il ajoute : «Jevoos D ai recommandé un. sacreilaent , lequel, pris spirituelle » ment, vous vivifiera. » £t c'est cela même que dit le ca-
^ Airr^y rb ac/xoc tou xvpiov , rb fik» Ivrt ocùrou vecpxurtu f fit f9op^i XtXriTpùifitBiKf rbSi Ttvtufiuruov tout* imv^ (f xt^^/HcSob, itm TOVTO icn TtUiv rb cd/icc toù Iv}9oO, t^$ xvpuKX^i /tCTodoc^cîy èfBàptmi
< 2 de Consecr, Can, Dupliciter intelligitur caro Ghristi : vei sft ritualis illa atque divina, de qua ipse ait, caro uea est verè dbic; vel caro ea quse cruciûxa est et sanguis qui militis efliisus est btcea.
B Can. De hac quidem hostia quae in Ghristi commemoratioie mirabiiiter fit, edere licet; De illa Ter6 quam Christus in an cnx obtulit, secundùm se nulli edere licet.
DE liA FOI. 569
foc est, tiré de saint Augustin, en la deuxiètne distinction e la Consécration, « que le pain céleste, qui est la chair de Christ, est, selon sa façon appelé le corps de Christ, combien qu'à la vérité il soit le signe du corps de Christ, à savoir de celui qui est visible , palpable, mortel, mis en • croix » : voilà donc deux sortes de corps de Christ.
Ainsi nous avons ouï ci-dessus Origène appelant le pain le Teucharistie a le corps de Christ symbolique , » et un X)rps qui est fait quelque chose de saint pour le discerner Tavec le corps naturel. Et saint Cyprien, en la troisième £p!tre du deuxième livre , dit que Corpus Domini non poiest use farina sola, nec aqua sola, ^ a le corps du Seigneur ne » peut être de la farine seule ni de l'eau seule, » à cause qu'il faut que la farine soit pétrie avec de l'eau. Là même il veut que Teau soit mêlée avec le vin , parce que le vin iest le sang de Christ, et Teau est le peuple, et qu'il ne faut pas que le sang de Christ soit sans le peuple. Et en la soixante-seizième Epitre : « Le Seigneur appelle son corps ce qui x) est fait et composé de plusieurs grains. » ^
Ephrem, que nous avons ci-dessus allégué , dit que le corps de Christ, que les fîdèles reçoivent ne perd point sa substance sensible, tout ainsi que l'eau du baptême demeure toujours eau. Là il est plus clair que le jour que par le corps de Christ il n'entend pas le corps naturel du Seigneur, puisqu'il ^ait ce corps être en Teucharistie ce qu'est l'eau au baptême, c'est-à-dire le signe extérieur. Et en vain Ephrem dirait que le corps de Jésus-Christ naturel ne perd pas sa substance en Teucharislie ; car qui a jamais imaginé que le corps naturel du Seigneur en la sainte Cène j^rdtt sa substance, ou cessât d'être homme?
Et n'y a rien plus fréquent dans les anciens que de dire que « le pain est le corps, » ce qui serait faux si le pain n'étant plus, le corps du Seigneur succédait en sa place. aQu'est- » ce que le pain, » dit Chrysostôme en l'homélie 24 sur la
* Si vinum tantum quis offerat , sanguis Cbristi incipit esse sine nobis : s\ veVù aqua sola sit , plebs incipit esse sine Christo.
^ Dominus corpus suum vocat de multorum granorum adunatione coDgestum.
570 BOUGLIEB
première EpHre aui Gorînthiei». Et il répond : « Le eorfi » de Christ. » Et Justio, en sa deuxième Apologie, ditqw le pain duquel notre corps est nourri cât le corps de ÇhrisL Et en la deuxième distinction* de la consécration, ctaoA Qui manduciU : «Le pain est le corps de Christ ; » et au canon Carpui : «Noos appelons corps de Christ ce qui, étint 9 pris des fruits de la terre, est consacré par la {viére. •
Cela même parait parce que les Pères parlent souvent des pièces ou parties du corps <le Christ qui se donnent au peuple en l'eucharistie, ce qui ne peut être dit du corps cruciflé.
Ainsi au canon Comperimus, en la deuxième distinction ds la consécration, le pape Gélase se plaint de « quelques-uoi » qui, ayant pris une partie du corps de Christ, s'absUien- » nent du calice, d ^
Grégoire de Nysso, au livre du Baptême, dit que le pain consacré n'est plus plain commun, mais est appelé et est le corps de Christ; mais il déclare comment il est pain , et néanmoins est le corps de Christ par la similitude de Tesu du baptême, et des pierres d'un autel , lesquelles sont de même nature que les autres, mais deviennent saintes et immaculées par la bénédiction. Par ces exemples il exclut manifestement la transsubstantiation. Le passage est loag et digne d'être vu sur le lieu.
Cela compris, il ne sera pas malaisé de comprendre comment saint Âmbroise veut que le pain, demeurant pain, devienne néanmoins le corps de Christ par la vertu divine; c'est à quoi est employé le chap. IV du quatrième livre des Sacrements , où il propose cette question : « Hoc igiiur afp iruamus , quomodo poleU qui patds est eue corpm Ci^rM, B Etablissons donc ceci, à savoir comment ce qui est pain » peut être le corps de Christ. » Tellement qu'il veut qu'en même temps il soit pain , et soit le corps de Chriat Et lidessus il amène des œuvres de Dieu, par lesquelles Dieu a fait être ce qui n'était point. Dont il infère qu'à plus forte raison Dieu peut faire que les choses qui étaient soient en-
^ Ck)mperiinus quod quidam sumpta tantummodo corporis sacri portione à calice sacrati criteris absiineant.
re, et soient changées en d'mitres. Ses mots sont : a Si $rffO lania vis eU in sermwie Damini Je^u, ni incifterent esse qu9 non erant , quanlo magis operatoriuê eH ul tint quœ era$U, et in aliwi commulenlur? Si donc il y a une telle Yertu en la Parole du Seigneur, de taire que les choses qui n'étaient point coonmencent à être, combien plus fera-t-ii que les choses qui étaient soient, et soient communes en d'autres? » 11 veut que le pain, demeurant paio, devienne Minaioins le corps de Christ.
Cependant telles façons de parler ont été des achoppeeots contre lesquels les siècles suivants ont trébuché, rincipalement depuis que TEcriture sainte a été cachée au duple, et que les hommes, pour s'élever par-dessus les igea, se sont vantés de faire Dieu avec des paroles et de réer leur Créateur.
Hëponie à la prosopopée du tieur Amoux.
Sb€t. GLXXYII. Maintenant je crois qu'il n*est pas malaisé e répondre à cette prosopopée, ou fiction de personne, par iquelle le sieur Amoux prescrit à Dieu sa leçon, et veut ueDieu nous demande au dernier jour pourquoi nous avons 3ntredit à ses quatre évangélistes; pourquoi querellé son
glise ; pourquoi mis des figures pour la vérité.
Gap il devait plutôt s'interroger soi-même , et penser omment W répondra à Dieu ; quelle raison il lui rendra de
être rendu avocat d'une doctrine formellement contraire
TEvangiie; pourquoi il a chanté la messe au lieu d'admiîstrer la sainte Cène du Seigneur ; pourquoi 11 s'est ingéré e sacrifier le corps du Seigneur sans commandement ; •ourquoi usurpé une sacrificature non instituée par Jésusihrist; pourquoi il a élevé une hostie en la messe pour la lire adorer comme Dieu, vu que Jésus-Christ n'a fait auuoe élévation, ni les Apôtres aucune adoration ; pourquoi I a chanté des -messes particulières sans communiants, voiro ans assistants, vu que la Cène est appelée par l'Apôtre une lommunion, et que le Seigneur a communié^ tous les assisants, et que le mot de Cène signifie un souper commun : K>urquoi il n'a point administré le calice au peuple, vu que
Jésus-Christ a dit : Buvec-en tous ; pourquoi , an Jésus-Christ présente le sacrement à ses disciples, disant « Prenez, mangez, » le sieur Arnoux le présentée Diea, et lui en fait une oflTk'ande; pourquoi il parie en la messe ei langue non-entendue, contre Texemple de Jésus-Cbrist; pourquoi il tourne le dos au peuple, vu que Jésus-Christ, en l'eucharislie, lui tournait le visage ; pourquoi il demande en la messe le salut par le mérite des saints , dont les os sont cachés sous l'autel , vu que Jésus-Cbrist n'avait polDt fait mettre sous la table des ossements d'aucun trépassé, et que le salut ne s'acquiert point par les mérites des hommes; pourquoi les évângélistes ayant dit que Jésus-Christ rompit et donna du pain , ledit sieur jésuite enseigne que le prétie ne rompt et ne donne point de pain en la messe ; pourquoi Jésus-Christ ayant dit de ce pain qu'il donnait que c'était son corps, le sieur Ârnoux enseigne que ce pain n'est plus pain, mais devient le corps de Christ ; pourquoi il ose démentir l'apôtre saint Paul, qui par quatre fois dit que nous mangeons et rompons du pain ; pourquoi le saint sacrement étant institué pour la rémission des péchés, 41 codnive à la profanation usitée en l'Eglise romaine , de dire messes pour chevaux et pourceaux malades, et chanter messes particulières pour tirer des âmes du purgatoire, si ce sont âmes de personnes riches, et qui aient donné à l'Eglise? Là-dessus que pourront répondre ces vénérables docteurs? Diront-ils : Seigneur, l'Eglise en a jugé autrement, et a trouvé bon de changer l'institution de ce sacrement, et le pape, son vicaire^ peut dispenser contre l'Apôtre et contre l'Evangile, en lui donnant interprétation. Croyons-nous que telles excuses doivent être admissibles en cet horrible jugement ; ou que par là ils se puissent garantir de cette ardeur de feu qui consumera les adversaires ?
Or ces répugnances sur ce qui est du fond et de Fessence de ce saint sacrement, et qui fait partie do l'action, sont bien autres que celles qu'on nous objecte , quand on nous demande pourquoi nous célébrons la sainte Cène après souper ; pourquoi non en une chambre haute; et pourquoi nous y admettons les femmes. Us devaient ajouter : et pourquoi non velus à la judaïque» et seulement un jeudi, et après
oir mangé un agneau; qui sont demandes ridicules, faites »ur s'exempter de répondre sur les corruptions par leslelles toute la nature des sacrements est abolie; entre leslelles le retranchement de la coupe mérite bien quelques aits de plume, et d'y insister un petit.
Ihi retranchement de la coupe en la sainte Cène, de la oommaniom sons une seule espèce.
SfCT. GLXXYIII. 1. Notre Seigneur donnant la coupe à 98 disciples, leur dit : « Buvez-en tous, y» L'Eglise romain^ orrige cela, et dit : « Vous n'en boirez pas tous ; » car boire n la messe est le privilège des prêtres et des rois et prin-
S. On répond que Jésus-Cbrist ne parle qu'aux seuls préres;car tous ceux qui lors étaient présents étaient paseurs de l'Eglise. Mais l'Eglise romaine, en donnant la coupe lui rois et aux princes, montre qu'elle n'estime pas que ce commandement soit fait aux seuls pasteurs de l'Eglise.
3. Joint que tes disciples de Jésus-Cbrist, étant avec Jésuaubrisl, ne tenaient point rang de pasteurs, mais de brebiset de disciples, dont aussi ils sont en cette action môme appelés disciples.
4. C'est chose évidente qu'en l'institution de la Cène le commandement de manger et de boire est fait à mêmes personnes. Que si le peuple n'est point obligé à prendre la coupe, parce que ceux auxquels Jésus-Christ donna la coupe étaient pasteurs ; par même raison le peuple se pourra dispenser do participer au pain, sous ombre que ceux-là étaient pasteurs, auxquels Jésus-Christ a dit : cMani- )» gez. » Et n'y aura rien en toute l'institution du sacrement qui oblige le peuple i recevoir aucune des deux espèces, ni à participer à ce sacrement en aucune façon. Qui est-ce qui pourra discerner que ces deux mots du Seigneur : «Pre- » Bea, mangez, » s'adressent aux pasteurs et au peuple; mais que ces mots a Buvez-en tous, » ne s'adressent qu'aux pasteurs? U n'y a donc en l'institution de la Cène rien qui règle les fidèles, et toutefois l'institution d'un sacrement est la règle même. Et quand même on cherchera ailleurs le
574 BOUCIJRR 1
coromanderoent de manger fait au peuple, on IroaTera toujours qu'il est parlé de boire.
5. Nos adversaires mêmes recounalsseut que Jésus-Christ, par ces mots : a Faites ceci en mémoire de moi, o commandait à ses disciples de faire aux fldèles ce que Jésus-Chrlsl leur faisait ; il commandait donc de donner la coupe aui fldèles.
6. Joint que notre Seigneur, administrant le calice , dit que c'est le Nouveau-Testament en son sang, qui est répandu pour la rémission des péchés. Dont appert que priver le peuple du calice, c'est vouloir le priver de l'effusioD da sang en rémission des péchés ; car nos adversaires ne tiennent pas que l'effusion du sang se fasse en l'hostie.
7. Et quand Jésus-Christ dit : a Ceci est mon corps, qui » est livré et rompu pour vous, p entend-il qu'il soit seulement livré pour les pasteurs, ou rompu pour leur salut, et non pour celui du peuple ; et si cela est impie à dire touchant le corps, pourquoi sera- t-il moins impie touchant la coupe?
8. Saint Paul, en la première Epître aux Corinth. , chap. XI, bouche toutes écbapatoires ; car il écrit au peuple de Corinthe, et comme il dit lui-même au chap. I, vers. 2: « i » tous ceux qui invoquent le nom de. Jésus;» il leur dit donc : « Que l'homme s'éprouve soi-même, et ainsi mange » de ce pain et boive de cette coupe.» Tout ainsi que le commandement de s'éprouver soi-même est fait à tous fidèles, aussi le commandement de manger de ce pain et boire de cette coupe est fait à tous fidèles. 11 ne dit pas ( comme veulent quelques-uns) : «Eprouvez-vous avant que de » boire. » Il y a au grec hBdrt « qu'il mange, » qui est un impératif et une parole de commandement, et non une parole conditionnelle , os'il veut manger, ou quand il voudra » manger, qu'il s'éprouve. » Si le roi ordonne que le soldat soit armé et qu'il combatte courageusement , il commande et de s'armer et de combattre; ainsi quand l'Apôtre dit aux fidèles qu'ils s'éprouvent eux-mêmes, et qu'ils mangent et boivent, il commande de s'éprouver et de manger et boire. Et quand même l'Apôtre n'aurait voulu dire autre chose, sinon qu'il faut quQ les fidèles s'éprouvent avant que de
DK LA FOI. 575
)ire, ils [Présupposerait par là que les fidèles buvaient, et i'à Gorinthe le peuple participait au calice.
9. Vrai est qu'il suffit de prendre indignement une des jpèces pour se rendre coupable, dont aussi TApôtre dit ue « quiconque mangora de ce pain, ou boira de la coupe
du Seigneur indignement, sera coupable du corps et du
sang du Seigneur ; )> mais cela n'empôche point que les
dèles ne doivent participer à Tune et à l'autre. Même je ne
ense pas qu'aucun qui prend une espèce indignement
uisse prendre l'autre dignement.
10. Surtout la nature du mensonge parait en ce qu il conredit à soi-même ; car quand Jésus-Christ, au chap. VI, de aint Jean, dit : « Si vous no mangez la chair du Fils de
rhomme et ne buvez son sang, vous n'aurez point vie en vous-mêmes; » ces messieurs veulent à toute force que ùsus-Christ ait parlé de l'eucharistie et de la manducation »ar la bouche , foulant aux pieds l'autofité du pape Jnnoent ni, qui a déterminé le contraire, comme nous avons II. Cependant par là ils se font à eux-mêmes le procès i et émoignent qu'en tant qu'en eux est ils privent le peuple de a vie éternelle ; car il est dit: «Si vous ne buvez, vous n'au- » rez point la vie. »
Leur réponse est, que le sang est aussi bien sous l'hostie, 5t qu'on prenant le corps on prend aussi le sang Cette 11- ^nce est horrible; car prendre le sang sous l'hostie n'est )as boire; or, Jésus-Christ commande de boire, disant: K Si vous ne buvez, » etc.
. Que si prendre une hostie sèche, c'est boire, il faut, dire que le prêtre boit deux fois en la messe : l'une quand il prend Thostie, l'autre quand il prend le calice. Ce qui évente la subtilité puérile de ceux qui disent que Jésush- Christ n'explique point en ce lieu de saint Jean la façon de communier , mais déclare la substance de la chose ; car il parle de «boire; » or, a boire » est la façon de communier. Faut-il espérer de jamais pouvoic ranger ces gens à la raison, vu qu'ils se jouent de la Parole de Dieu, et, se sentant acculés, se réduisent à des défenses si ridicules que de soutenir que manger l'hostie est boire. A prendre voirement manger et boire pour croire (comme Jésus-Christ s'expose
on ce chapitre), il est certain que manger et boire sont une même chose. Mais entre manger le sacrement par la bouche et boire il y a grande différence.
11. Ajoutez à cela que celui qui prend le sang sons l'hostie, ne le prend pas comme épandu pour nous^ et avec le sacrement de l'efirnsion de son sang, qui est la façon en laquelle Jésus-Christ veut que chacun y participe. Le fidèle peut voirement en mangeant le pain se souvenir de son sang répandu ; mais Dieu veut que la mémoire et le signe eitèrieur aillent ensemble. Et ne faut pas se servir de la mémoire pour abolir une partie du sacrement, vu même qu'elle est instituée pour célébrer la mémoire de TeffùsioD du sang. Que si la mémoire de relfusion du sang suffisait sans participer au sacrement de Teffusiondu sang, on pourrait aussi se dispenser de participer au sacrement du corps, puisque la prédication nous peut en rafratchir la nAémoire.
12. L'ambition flu clergé a enfanté ce monstre ; car en ne donnant le calice qu'aux clercs et aux rois, les clercs se sont rendus compagnons des rois. * En même façon que le pape s'est élevé par-dessus le clergé en ne daignant boire au calice, mais en suçant quelques gorgées avec un chalumeau, et donnant le reste au diacre, coutume qui, ayant été dans les derniers siècles pratiquée par quelques prélats ambitieux, est maintenant réservée au pape seul pour marque de sa grandeur* Gerson, ' au deuxième traité de la Communion sous les deux espèces, met ceci entre les causes de la défense du calice au peuple, à isavoir que la dignité des laïcs eût été égale à celle des prêtres. On a donc eu en ceci pour but rhonneur et exaltation du clergé.
Le concile de Constance, tenu l'an 1416, qui est le premier concile qui ait défendu le calice au peuple sous peine d'hérésie et de punition par le bras séculier, confesse que Jésus- Christ a institué la sainte Gène sous les deux espèces, et que l'ancienne Eglise le pratiquait ainsi. Ce néanmoins dit que
^ Lib. a, Sacr, cerem^ cap, 14. Episcopus cardinalis porrigit cabmum, quem Papa ponit in calice in manibus Diaconi existenteet sanguinis partemsugit.
s Tanta esset dignitas laïcorum drca sumptionem corporis CJùaM, slcot et sacerdotom.
coutume au contraire doit être tenue pour la loi, et dé^ are hérétiques et punissables tous ceux qui y contredimt. Ne restait plus que de déclarer Jésus-Christ hérétiiie. Voici le canon tout entier, lequel, selon que l'erreur me les ténèbres, ces Pèires ont obscurci exprès , y mêlant 1 qiiestion touchant Teucbaristie après souper. « .Vu qu'en quelques parties du monde quelques-uns osent affirmer téhebàirement que le peuple chrétien doit prendre le sacrement de l'eucharistie sous les. deux espèces du pain et du vin, et donnent la communion ordinairement au peuple laïc , non-seulement sous l'espèce du pain, mais aussi sous l'espèce du vin, même après souper, ou autrement n'étant pas à jeun ; et affirment obstinément qu'il faut ainsi communier, contre la coutume louable de l'Eglise raisonnablement approuvée, laquelle ils tâchent damnablement de réprouver comme sacrilège. Pour cette cause, ce présent sacré concile général de Constance, légitimement assemblé par le Saint-Esprit, tâchant contre cette erreur à pourvoir au salut des fidèles
• après mûre délibération de plusieurs docteurs tant de
• droit divin qu'humain, déclare, décerne et définit que > combien que Jésus-Christ ait, après souper , institué et I administré à ses disciples sous les espèces de pain et de ^ vin ce vénérable sacrement ; ce nonobstant l'autorité I des sacrés canons, et la coutume de l'Eglise louable et I approuvée, a pratiqué et pratique que ce sacrement ne » doit point être fait après souper , mais reçu par les fidèles I à jeun, sinon en cas d'infirmité ou d'autre nécessité per- » mise par le droit ou par l'Eglise. Et semblablement que
• combien qu'en la primitive Eglise ce sacrement fût reçu » par les fidèles sous les deux espèces, toutefois cette coo- » tume a été introduite avec raison qu'il soit pris par ceux p qui consacrent sous les deux espèces, et par les laïcs sous, p l'espèce du pain seulement ; vu qu'il faut croire très-fer- » moment et sans douter aucunement que le corps et le » sang de Christ entier est véritablement contenu tant sous » l'espèce du pain que sous l'espèce du vin. Pourtant, vu » que cette coutume a été raisonnablement introduite et » fort longtemps pratiquée par l'Eglise et par les saiota Pè-
1» res, il la faut tenir pour loi, laquelle il n'est loisible deié- » prouver, ou changer à sa fantaisie sans l'autorité deH- 1» gli§e. Pourtant, dire qu'observer cette coutume ou cette » loi est un sacrilège ou chose illicite , doit être tenu une » opinion erronée ; et ceux qui affirment obstinément le )> contraire de ce qui a été dit ci-dessus» doivent ^tre D chassés comme hérétiques, et grièvement punis par les y> diocésains des lieux, ou leurs officiaux, ou par les inqui- » siteurs de la perversité hérétique, » etc. Parler ainsi, qu'est-ce autre chose que cracher en la face du Fils de Dieu et fouler aux pieds l'Evangile?
Lie cardinal Gajétan y va plus doucement; car, sur la troisiëme partie de la Somme de Thomas, question 80, article 12, question 3, il reconnaît qu'en la primitive Eglise le peuple communiait sous les deux espèces; que du temps de Cyprien il y avait des calices appelés miuistériaux, laits exprès pour administrer au peuple ; et qu'encore de son temps il y avait des couvents de l'ordre de Gtteaux, ^ où la communion s'administrait sous les deux espèces ; dont il recueille que telle était la coutume quand Tordre a été institué. Or, il a été institué l'an 1098.
Environ l'an du Seigneur 1489, Innocent VIII permit aax Norvégiens de célébrer la messe sous une seule espèce, selon que récite Volaterran * au chap. VU de sa Géographie, et le jésuite Gotton le reconnaît au chap. XIU du deuxième livre de son Institution. Par ce moyen le prêtre non plus que le peuple ne participait point au calice. Avec laquelle ordonnance d'Innocent je ne vois point comment se peut accorder celle de Gélase, son prédécesseur, qui appelle cette permission un sacrilège, comme nous verrons en la section suivante.
Kxamen des raisons des adversalrec.
Pour appuyer cet abus contre la parole de Dieu, on allègue quelques menues, raisons de la prudence humaine:
t Antonint Ht, 13, eapé la. Polidor. lib* 7, eap. i. * VoUUêr. t. il.
ôrome s'il pouvait y avoir de la raison à contrarier à TE- 'angile ; ou comme si nos adversaires étaient plus clairvoyants que Jésus-Christ : ou comme si on pouvait proposer quelque inconvénient que Jésus-Christ n'ait prévu. Serson, qui était au concile de Constance, propose les "aisons qui ont mû le concile à défendre le calice au peuple.
1. II dit qu'il y aurait danger que quelque goutte du caieè ne tombât à terre. Mais il fallait plutôt se donner garde ie tomber en désobéissance, ou que laisser tomber l'autorité de la Parole de Dieu.
2. Il dit aussi que cela se fait de peur que le peuple trempe sa barbe au calice ; mais il vaudrait mieux que le peuple fût sans barbe que sans le sacrement du corps de Je* Bus-Christ, et au moins les femmes et les jeunes gens pourraient communier sans danger.
3. Item de peur que le calice gardé ne s'évente ou ne s'enaigrisse. Mais cela est être en peine pour Jésus-Christ; car s'il est présent et tout entier en chaque goutte du calice, sa présence doit être suffisante pour empêcher l'aigreur ou l'évent, vu que (si on croit ces messieurs) du lait de la Vierge Marie et des os des saints se i;ardent entiers par tant de siècles, sans toucher à cette philosophie qui nous baille des lignes aigres, de la longueur et largeur éventée.
4. On allègue aussi que par ce moyen l'Eglise romaine a voulu étouffer une autre hérésie. Mais il ne faut pas remédier à un mal par un autre, ni à une erreur par un autre abus. Qui plus est, ne se trouvera point que la défense du calice ait remédié à aucune erreur ; seulement il sert à fortifier l'erreur de la transsubstantiation.
5. On dit aussi qu'il y a des nations où il n'y a point de vin. Je réponds qu'il y a aussi des nations où il n'y a point de pain; et si on peut y porter l'un, on y peut aussi porter l'autre. Ou si cela est impossible, il vaut mieux se servir de ce qui sert au pays au lieu de pain et de vin , que d'être privé du sacrement entier ou d'une partie. Que s'il y a quelque pays où on ne puisse porter du vin, la même incommodité est aussi bien pour les prêtre» que pour le peuplé. Joint que si quelques pays ne çesa^eciX %x^ykl ^^\^ v^
sacrement, il ne s'ensuit pas quil ne 8*en fiiille senrir ea une infinité d'autres provinces où on peut avoir du m Cette considération est aussi mal fondée que si je disais qu'il ne faut point écouter la Parole de Dieu, parce que les sourdi ne peuvent l'écouter, afln qu'en matière de l'instruction i saiut il n'y ait point de dissimilitude entre les hommes.
6. Finalement, nos adversaires trouvent (ce leursemUe) des exemples au Nouveau-Testament de ^eucharistie, célébrée sans le calice. Posé le cas que tels exemples se troovassenty que ferait cela pour eux ? car la queslioa entre nous n*est pas si la sainte Cène peut être administrée sans calice, mais si, ayant un calice, le prêtre en doit boire, et le peuple non. En vain donc ils allèguent le deuxième des Actes, où il est dit que clés croyants étaient persévérants en la doc- » trine des Apôtres et en la communion et fraction do » pain. 0 Et le chap. XX des Actes, où il est dit que «les » disciples étaient assemblés pour rompre le pain. » En ces passages il n'est point dit qu'il y ait eu un calice dont le pasteur en ait bu, mais que le peuple n'en ait point bu. Que si sous ombre qu'en ces passages il n*est point parlé de boire, il s'ensuit que le peuple ne doit point boire, il s'ensuivn aussi que les pasteurs n'en doivent non plot boire, car il n'en est non plus parlé.
Ce serait une conséquence ridicule si je disais qu'au chapitre XXXI de la Genèse il est dit que Jacob invita ses frères pour manger du pain , donc ils ne burent point. C'est l'ordinaire de l'Ecriture par le manger entendre tout le repas (Genèse XXXYIl , S5. Luc Yil, 36 , et souvent ailleurs ). £t n'y a nulle raison pourquoi cette façon de parler ne soit recevable en un repas sacré aussi bien qu'en un repas. commun. Ainsi nulle béte n'était sacrifiée sous la loi sans quelque aspersion de vin, et toutefois en toute l'histoire sacrée où est récité que tel et td roi ou sacrificateur a offert sacrifice, il n'est point parlé d'aspersion de vin ; car comme pour savoir comment se devaient célébrer les sacrifices il ne fallait pas rechercher des histoires ou des exemples , mais fallait venir aux règles contenues dans les livres de Moise, ainsi pour savoir coounent se doivent cél^rer les sacre-
lents il ne faut pas yenir à des exemples sommairement toités, mais aux règles et à la première institution. Dès le temps du pape Gélase, qui vivait en l'an 495 du eigneur, cet abus commençait à sourdre, contre lequel le Dtsdit pape prononce cette condamnation :^ «Nous avons appris que quelques-uns ayant seulement pris une pièce du corps sacré s'abstiennent du calice du sang sacré, lesquels sans doute (parce qu'on dit qu'ils sont retenus de je ne sais quelle superstition) doivent ou recevoir les sacrements entiers, ou être chassés et exclus des sacrements • entiers ; parce que la division d'un même sacrement ne » peut se faire sans un grand sacrilège. » Notez cee mois c soient déchassez, » afin qu'on ne pense point qu'il parle leulement dés pasteurs.
Moyen d'aooord.
Sbct. GLXXIX. Quelqu'un désireux de k paix , et se remémorant tant de sang épandu, et les désolations advenues dotre les chrétiens , dont les plaies saignent encore , et sur lesquelles on verse aujourd'hui non de l'huile, mais du vinaigre , dira en soi-même : N'y a-t-il nul moyen d'accord? le mal est-il désespéré? Certainement l'accord est fort aisé, et par des moyens si justes et si faciles que nul n'y peut contredire sans faire ouvertement la guerre à Dieu, et se déclarer altéré du sang de ses frères , que Jésus-Christ a rachetés par le sien ; car tous confessent que Jésu^-Christ a institué le saint sacrement comuM il faut, et qu'en son institution il n'y a riep i redire. Que le pape donc remette là sainte Gène en la forme que Jésus-Christ Ta instituée ; qu'on
1 Dise. 2, de consecr, Can, Gomperimus qu6d quidam sumpta tantummodo corporis sacri portione à calice sacrati cnioris abstineant. Qui procul dubio (quoniam nescio qua superstitione dicuntar astringi) ant Integra sacramenta fiercipiunt, aut ab integris arceantnr, quia divisio unius ejusdemque mysterii sine grandi sacrilegio non potest provenire. — Là-dessus la Glose dit : Hoc intellii^o de coniîcieiite, nâm infirmus vel sauos m iieœ&£â\a\& ^ai<&^<>s^^ «^ks^pus sumere potest.
parle en celte action comme Jésus-Christ ^ parlé ; qa'oi fasse comme il fait, sans disputer davantage; et lors nooi nous trouverons yolootiers dans les saintes assemblées, aûn de glorifier Dieu unanimement. Si cela se faisait, il n'y aurait point do messes sans communiants. Le service se k' rait en langue entendue. Tous communieraient sous les deui espèces. 11 ne se ferait aucune adoration ni élévatioi d'hostie , et le prêtre, courbé sur l'autel , ne demanderait point à Dieu la rémission des péchés par les mérites des saints dont les os sont cachés sous l'autel. Mais quoi! les avocats de la messe, sont parvenus à une telle outrecuidance et mépris du Fils de Dieu, que de présumer que l'Eglise romaine fait mieux que Jésus-Christ, et que plusieurs choses défaillent à son institution, alléguant pour cet effet le dire de l'apôtre saint Paul, 1 Corinth. , chap. XI , vers. 14 : tTou- » chant les autres points, j'en ordonnerai quand je .serai » venu. D Mais l'Apôtre ne dit pas qu'il changerait quelque chose en l'institution du Seigneur, ou qu'il établirait le contraire de ce que le Fils de Dieu avait commandé. Il ne parie point des choses essentielles, ni de ce que Dieu a commandé ou défendu, comme est Tadoration, le service en langue non entendue, le sacrifice propitiatoire, la communion des fidèles, et la participation au calice, qui sont points essentiels en la religion, et sur lesquels, si on voulait se conformer à l'eiemple de Jésus-Christ, nous serions d'accord. L'Apôtre donc parle des circonstances et de l'ordre extérieur, qui est de la bienséance, et non' de la nécessité, comme reconnaît le concile de Trente ^ Sur lesquelles choses nous ne voudrions contester, pourvu que la substance demeurât , et que telles constitutions humaines ne fussent égalées à Tinstitution de Dieu.