‹ Bouclier de la foiChapitre 47 sur 68 · BOUCHER · texte numérisé non relu

BOUCHER

Vautre do la sainte Cène, et témoigno aussi que Jésus-Christ a appelé fruit de vigne la coupe de la Pâque ; mais saint Matthieu et saint Marc ne parlent que de la coupe de Feocharistie, laquelle ils appellent fruit de vigne. Certes, od se peut dire qu'ils appellent fruit de vigne le vin d'une coupe dont ils ne parlent point. Pour donc accorder les Evangélistes, il faut nécessairement dire que Jésus-Christ a |)arlè deux fois de fruit de vigne, et qu'administrant la coupe de Teucharistie il a répété les mêmes ternies ; car c'est une udacé intolérable de vouloir corriger saint Matthieu et saint Marc par saint Luc, leur impropérant d'avoir troublé rordre des paroles de Jésus -Christ en une action si importante, el où saint Matthieu était présent. De fait, Innocent IIl, pape, au quatrième livre des Mystères de la messe, chap. XXYU, reconnaît que Jésus-Christ a appelé fruit de vigne le via qu'il avait consacré au calice. Déboutés de là, ils fuient par ailleurs, et disent que le vin est appelé fruit de vigne, ea égard à ce qu'il était auparavant;^ comme qui appellerait un homme de cinquante ans enfant , pàrco qu'il a été enfant; des grappes mûres verjus, parce qu'elles Toot été: cela est dire que les choses sont ce qu'elles ne sont plu Les exemples de la verge de Moïse, appelée verge après éin convertie en serpent , et l'exemple de l'eau, appelée en après la conversion en vin (Jean II) ne sont à propos; carce serpent avait été verge, et ce vin avait été eau ; mais le saig de Christ n'a jamais été vin. Item, cette verge a été convtf* tie en un serpent qui n'était point auparavant; mais ici« veut que le vin soit converti en un sang qui était déjà avait cette conversion. Joint qu'une telle figure répugne à la n* ture du sacrement, laquelle requiert que le nom de la cboa signifiée soit donnée au signe, et non que le noai dusigtf soit donnée à la chose signifiée. Appeler le vin sang, €d : parler selon la coutume et nature des sacrements ; mais ap> i peler le sang du Seigneur vin ou fruit de vigne, c'est reiverser la nature du sacrement , et avilir la chose signilM et pour éviter une figure naturelle, et usitée en ces moti:

^ Quod autem vinum in sanguine consecraverit, patet ex eo qal ipse subjunxit : Non bibam à mode de germine, etc.

ce Ceci est mon corps, » en introduire une contre nature et inusitée , eu ces mots : « Je ne boirai plus de ce fruit de » vigne, n

9tmiwB de eela même par les oîroonstanoes de l'aetiOB.

Sbgt. CLXIX. Toutes les circonstances de Taction parlent et combattent avec nous la transsubtantiation. 1. Car comme Jésus-Cbrist n'a fait aucune élévation d'bostie, aussi n'a-t-il point commandé aux Apôtres d'adorer ce qu'il tenait eA ses mains, et de fait ils sont demeurés assis à table ; qui est un geste mal propre à Tadoration. Que si aujourd'hui quelqu'un faisait comme les Apôtres, il serait estimé profane et contempteur de Dieu. Ne sert de dire que les Apôtres avaient Jésus-Christ tous les jours avec eux, car ils ne Tavaient jamais mangé, ni reçu en leurs estomacs, et n'avaient jamais assisté à un tel sacrifice. Surtout cette adoration eût été nécessaire en la première institution de ce sacrement, et en Faction qui devait servir de patron à l'avenir.

2. Le temps aussi auquel le Seigneur célébrait cette ac« tion est fort considérable ; car alors son corps était inflrme et passible ; mais le corps qu'on veut que Jésus-Christ ait donné à ses disciples était impassible, et ne pouvait être rompu comme étant tout entier en chaque miette, et étant spirituel et indivisible : et ne se trouvera aucun exemple où un corps-soit inûrme et passible en un lieu, mais ailleurs soit passible et sans infirmité ; choses contraires peuvent convenir en un même sujet en divers temps ou en diverses parties du sujet, ou en divers respects , c'est-à-dire étant comparé à choses diverses. Pour exemple, un même homme peut être blanc aujourd'hui et demain noir; être blanc en un endroit de son corps et noir en l'autre, être plus riche en comparaison d'un plus pauvre, et pauvre en comparaison d'un pfus riche. Mais qu'un homme en même temps et - tout entier, et sans le comparer à aucun autre, puisse être blanc et noir, pauvre et riche, est chose impossible ; or, c'est ce qu'on fait au corps de Christ, lequel on fait tout entier, en même temps et sans comparer à aucun autre, mor-

tel et immortel, passible et impassible, infirme et sansiofirmité, visible et invisible^ parlant et se mouvant à tabl6 et ne parlant point et ne se pouvant mouvoir sous les espèces du pain. Ainsi voilà deux Jésus>Ghrist contraires, et un Jésus-Cbrist plus parfait que soi-même': car é(re impassible est une perfection, et«étre passible est une imperfection.

3. D'abondant, on est d'accord que Jésus-Christ enl'eQcbaristie a mangé et bu avec ses disciples ; dont s'ensoit, selon la doctrine de l'Eglise romaine, que Jésus-Christ s'est mangé soi -ipême, et qu'il avait tout son corps dans son estomac; et vu que naturellement Jésus-Christ avait sa bouche bn sa tête, par cette doctrine il faudra dire qa'il avait en même temps sa bouche en sa tête, et sa tète dans sa bouche ; encore ne se mangeait-il pas lui-même tel qu'il était, car Jésus-Cbrist mangeant était inûrme, et Jésus- Christ mangé par Jésus-Christ était sans infirmité; ceb étant un miracle plus grand que la conception et que la résurrection de Jésus-Christ, néanmoins on n*en saurai produire aucun fruit, ni montrer que sert cela à notre rédemption. Que si Jésus-Christ a fait cela afin de servir d'exemple aux prêtres, il s'ensuit que les prêtres se ùxAnà manger eux-mêmes en la messe. Et serait mal aisé de dire que faisait le corps de Jésus-Christ dans le corps de Jés» Christ, et quelle efficace il avait là-dedans. Et puis qa^oo tient que l'âme est dans l'hostie, à quelle fin ràroeée Jésus-Cbrist entrait-elle en Jésus-Christ« puisqu'elle y éîiit déjà? En tout cela ces messieurs espèrent-ils être croin'est-ce pas là vouloir peindre la maison de Dieu de^ mères et exposer la religionen opprobre?

4. Notez aussi que nos adversaires tiennent avec saiit Augustin et saint Jérôme, que Judas a pris TeuchariflliB avec les autres Apôtres ; et de fait, saint Luc, après l'administration du sacrement, témoigne que Jésus-Christ a dit : « Voici, la main de celui qui me trahit est à table avec )) moi. » Or, est-il clair que le corps de Jésus-Christ D'flil point entré en Judas, puisque l'Evangile témoigne que la* das étant à table le diable entra en lui. Jésus-Christ eito diable eussent été mal logés ensemble , vu même qa» b

diable a prévalu en Judas, et ainsi il eût fallu que le diable eût emporté le dessus sur Jésus-Christ. Jésus Christ n'habite en personne sans y produire des effets salutaires : « Quiconque mange la chair du Seigneur a vie éternelle » (Jean VJ, 54).

5. C'est aussi une circonstance notable, que Jésus-Christ célébrant Teucharistie était angoissé comme étant aux accessoires de sa passion ; et de fait étant sorti de table il dit que son âme était saisie de tristesse jusqu'à la mort, et suait des grumeaux de sang par la force de l'angoisse. Cependant Toilà en même temps un Jésus-Christ dans les bouches et estomacs des Apôtres qui, étant impassible, ne souffrait douleur ni angoisse , et ne suait point des grumeaux do Bang, ce qui non-seulement fait deux Jésus-Christ contraires en même temps, mais aussi un Jésus-Christ qui n'est point notre Sauveur, puisqu'il est exempt de souffrances.

6. Finalement, il est malaisé que d un pain rompu en tant de pièces entre les Apôtres, quelques miettes ne soient tombées, et que quelque résidu ne soit demeuré ; et toutefois Jésus-Christ ne leur commande point de recueillir ce reste, ce qu'il eût fait si chaque miette eût été Jésus-Christ tout entier.

7. Même, posez le cas qu'il n'en soit Tien resté, si est-ce que les Apôtres pouvaient, pendant que Jésus-Christ était en croix ou au sépulcre, célébrer entre eux le sacrement ; par ce moyen voilà un Jésiis-Christ en croix, percé de clous et tourmenté ; et l'autre hors la croix, sans perçure et sans souffrance. Ou si dans cette hostie Jésus-Christ est aussi crucifié et fouetté, il faudra aussi mettre la croix sous l'hostie, et les bourreaux et les fouets ; ou bien dire que sous l'hostie il était crucifié sans croix et fouetté sans fouets, qui sont choses contradictoires.

Antres passages de rScriture sur cette .même matière.

I Sect. CLXX. La seule institution de ce saint sacrement Cuvait suffire pour renverser le mensonge et établir la Irérité; néanmoins, voici encore un renfort de passages de '.^Ecriture sur cette matière.

I. L'apôtre saint Paul (1 Cor. chap. II, vers. 26), apite •. avoir récité Tinstitution de la sainte Gène, ajoute : « Tout«i | » ot quantes fois que vous mangerez de ce pain et boira » de cette coupe, vous annoncerez la mort du Seigoeur* D jusqu'à ce qu'il vienne. Par quoi quiconque mangende » ce pain ou boira de cette coupe indignement, sera ooa- » pable du corps et du sang du Seigneur. Que chacun dooe y> s'éprouve soi-même, et ainsi mange de ce pain et boive » de cette coupe. » Cet excellent Apôtre dît par trois foii que nous mangeons du pain; or, on ne mange point quV près la consécration, c'est donc du pain après la oonsécittion. Il montre donc que ce que Jésus-Christ a dit être son corps, ne laisse d'être pain, au sens et pour les raisons cidessus déduites.

Je demande donc si quand l'Apôtre dit par trois fois que nous mangeons du pain, ce mot de paiic se doit prendre proprement et sans figure, ou s'il se doit prendre figurément pour le corps de Jésus-Christ. S'il le prend proprement, nous avons ce que nous demandons , et ce sera encore an vrai pain après la consécration ; mais s'ils veulent que saint Paul ait parlé figurément par trois fois, et qu*il faille expoier les paroles figurées de saint Paul par celles de Jésus-Chriit: « Ceci est mon corps ; » alors ils découvrent manifestemeat leur mauvaise foi ; car ils savent que Jé>us-Christ n'est pas l'expositeur des paroles de l'Âpôtrc, mais que les Apôtrei sont expositeurs des paroles de Jésus-Christ. Or, quieil celui qui doit parler plus clairerpent, ou celui qui est exposé, ou celui qui expose : celui qui a parlé le premier et pitf brièvement , ou celui qui parle après , et plus au longT Yi principalement que nous avons vu que Jésus-Christ ayait dit : a Ceci est mon corps, » s'est exposé assez clairemeit; mais saint Paul , ayant dit par trois fois que nous mangeotf du pain, n'ajoute aucune exposition. Que si par ce mot de pain^ tant de fois répété par l'Apôtre, il faut entendre dkfir, ne serait-il pas coupable d'entretenir le peuple en erreur, d lui caver une fosse pour tomber? vu qu'il savait que le mm et la raison témoignent que c'est du paini au rapport àtêr quels l'homme croit naturellement. .

3Jais encore puisque ces messieurs tournent tout en fl-

{ure, voyons comment ils exposent ces figures. Ils veulent |ue le corps du Seigneur soit appelé pain, parce qu'il Ta été avant la consécration. Ce qui est faux; car le corps du Seig;Deur n'a jamais été pain. Joint qu'il est bien plus convenable d'appeler les choses ce qu'elles sont que ce qu'elles ne sont plus. Que s'il se trouve en l'Écriture un passage ou deux où cela se trouve, il s'en trouve cent mille qui disent les choses être ce qu'elles sont, et non ce qu'elles ont été. Item on dit que saint Paul dit que « nous mangeons du » pain, » au lieu de dire que nous mangeons le corps de Christ, parce qu'il semble être pain. £t cela encore faux, car le corps du Seigneur ne sembla jamais être pain. Bien est vrai que nos adversaires disent que le corps du Seigneur est couvert des espèces du pain; mais jamais on ne donne aux choses couvertes le nom de la couverture ', on n'appelle ^ point un fourreau une épée : on ne dira jamais qu'un homme soit un coffre, encore qu'il soit caché en un coffre.

Cependant le mépris de ce pain sacré redonde sur Jésus- Christ ; et comme fouler aux pieds les sceaux du roi est outrager le roi, et non la cire ; ainsi profaner ce pain est pro- IknerleFils de Dieu. Pourtant celui qui le prend indignement prend sa condamnation, ne discernant pas le corps du Seigneur. On veut faire dire à l'Apôtre qu'un tel ne discerne pas que c'est le corps du Seigneur qu'il a mangé. Au lieu que le sens de l'Apôtre est, qu'un tel ne discerne pas que c'est le corps du Seigneur qu'il a outragé et déshonoré. Ainsi celui qui profanerait le baptême serait coupable du sang de Jésus-Christ, encore qu'au baptême l'eau ne soit point transsubstantiée en sang.

il. Au chap. II des Actes, vers. 46, il est dit que les disciples <( rompaient le pain de maison en maison.» Et au chap. XX, vers. 7 : « Les disciples sont assemblés pour rompre le x> pain. )> Auquel passage nos adversaires confessent qu'il est parlé du sacrement de l'eucharistie. Ceux donc qui nient qu'on y rompe du pain veulent être plus sages que les Apô- ' très, et condamnent le langage de l'Esprit de Dieu, lequel serait ridicule en ce temps ; car qui pourrait souffrir un prêtre qui, au lieu de dire «je m'en vais chanter \% messe,» dirait a je m'en vais rompre le pain?» Ici doncnos adver-

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saires trouvent encore une figure, el veulent que par le . mot pain il faille entendre a de la chair. » i

III. L* Apôtre, en la première Epttre aux CorîDtfi., cli.1, \ vers. 16 : « Le pain que nous rompons n'est-il pas la oeo- » munion du corps de Christ ? » Là encore il dit que now rompons du pain. Appert que par le pain il entend du Tfii pain, et non le corps du Seigneur, parce, qu'il ditqœce pain se rompt. Or, le corps du Seigneur ne se peut rompre; il ne se rompt point sous les espèces s'il demeure entier sous les espèces. Item parce qu'il dit que ce pain est la conmunion du corps de Christ ; or, le corps de Christ n'est pis la communion du corps de Christ : il faut donc que ce smt du pain, et qu'en rompant ce pain nous participions au corps de Christ, et ne donner point trois démentis à une seule ligne des paroles de TApôtre , en disant que ce n'est pas du pain , mais de la chair , que cette chair ne se rompt pas, et que ce n'est pas la communion du corps de Christ, maie le corps de Christ même. La communion voirement du oorpi n'est pas sans le corps; mais pour cela il ne s'ensuit pas que la communion du corps soit le corps. En la flamme la olvié n'est pas sans la chaleur; mais pour cela la clarté n'est pu la chaleur.

lY. Saint Pierre, au chap. III des Actes, vers, fil, dit: « qu'il faut que le ciel le contienne jusqu'au temps de h » restauration.)» Le mot grec signifie quelquefois «contenir,! et quelquefois o recevoir ; » mais ici il ne peut être pris pow recevoir, car il est faux que le ciel reçoive «Jésus-Chriil jusqu'au jour du jugement. Il y a été reçu une fois et y eil contenu à toujours, et s'il' y est contenu, il n'est plus a terre.

y. Jésus-Christ, au chap. XVII de saint Jean, Ters. 11, étant près de quitter le monde pour aller à son Père, parie comme étant déjà parti, disant : «Je ne suis plus au monde;i et au chap. XVI, vers. 18 : « Je délaisse le monde et m'ei » vais à mon Père ; » et au chap. XII, vers. S : « Vous aorei X» toujours les pauvres, mais vous ne m'aurez pas toujours;! et au chap. XUI, vers. 1, saint Jean dit que « son beure éÛ

^ ÀfXcOou, comme aussi cap$r$ en latin.

» venue pour passer de. ce monde à son Père. » Voilà donc Jésus-Christ qui déclare qu'il n'est plus au monde, et qu'il laisse le monde, et que nous ne Taurons pas toujours; ces aeotences déplaisent à TEglise romaine, car elle veut que nous ayons toujours Jésus-Christ, voire qu'il soit beaucoup plus en terre qu'il n'y était durant son infirmité, car il n'y était qu'en un lieu, mais maintenant on veut qu'il y soit en cent mille millions de lieux en même temps, et que nonseulement son corps soit entre les hommes, mais aussi en la puissance des hommes qui le tiennent sous la clef de peur des souris, ou de peur qu'il ne soit dérobé.

Ôb répond qu'en ces passages Jésus-Christ entend qu'il ; n'est pas au monde visiblement, et qu'il laisse le monde, et que nous ne l'aurons pas toujours quant à sa présence visible. Cela est se moquer; car avoir Jésus-Christ invisiblement est toujours avoir Jésus-Christ, principalement quand on Ta en ta puissance, et être toujours présent invisiblement n'est pas clélaisser le monde. Celui serait menteur qui dirait n'avoir point d'argent parce que son argent est caché, ou qui dirait qu'il n'a point d'âme parce que son ftme est Iih visible ; celui qui étant à Paris s'est caché en un lieu où nul ne le voit, n'a pas laissé Paris pour cela.

Mais il n'y a rien qui réfbte plus. clairement cette échap-patoire que la promesse que Jésus^hrist fait à ses Apôtres aux chap. XIY et XY de saint Jean, par laquelle il leur promet que, s'en allant, il leur enverrait en récompense et pour les consoler le Saint-Esprit qu'il appelle le oonsolateur. Certes si Jésus-Christ est réellement présent sous les espèces en la sainte Cène, notre Seigneur pouvait et devait les consoler autrement de son absence, et leur dire : Vous ne m'aures plus présent par ma présence visible, mais je serai réellement présent sous le pain dans vos bouches et dans vos estomacs, tellement que je vous serai beaucoup plus présent et plus proche que durant ma conversation visible eo terre.

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