CHAPITRE VL
Troînème évasion.
La troisième évasion dont le- sieur Arnoux dit que nous usons, est que noua nous servons du cercle , en ce que nous prouvons que celles-là sont les Ecritures par notre esprit parliculier, et prouvons cet esprit particulier par l'Ecriture. Tout cela est faux et calomnieux. Nous laissons cet esprit particulier aux frénétiques ; nul de nous ne se rend juge de l'Ecriture : cela est propre du pape et de ses prélats, qui, assemblés , se vantent de prononcer jugement touchant les points de la foi sa^ns pouvoir errer. Et même ces messieurs veulent que chaque particulier de l'Eglise romaine discerne
^ * Diog, Laertius in Zenone Eleate. «uvl Si ApiTroriX^^ tvptH^
avec certitade la vraie Eglise, lequel esprit ou jugement particulier est un pur aveuglement, puisque le pauvre peuple n'a autre preuve pour connaître que l'Eglise romaine est la vraie Eglise, que le témoignage que cette même Eglise se rend à soi-même.
Quant à ce cercle, si quelques-uns s'en servent , ce sont nos adversaires; car ils fondent l'autorité de l'Ecriture sur le témoignage de TEglise ; et néanmoins fondent l'autorité de l'Eglise sur des témoignages de l'Ecriture : comme qui ayant fondé les murailles sur le fondement, puis après fonderait le fondement sur les murailles. Nous leur demandons : comment sa vez-vous qu'il faut croire aux livres du Nouveau- Testament? Us répondent : parce que l'Eglise le dit et ordonne. Mais comment savez-vous qu'il faut croire à l'Eglise ? Parce que (disent-ils) les livres du Nouveau-Testament le disent et ordonnent; car là il est écrit : a Dis-le à TEv> glise, » etc. Certes, toutes et quantes fois qu'ils allèguent l'Ecriture pour fonder et autoriser leur Eglise, ils renversent ce qu'ils veulent qu'on croie, à savoir que l'autorité de FEcriture est fondée sur l'autorité de TEglise. Lesvoilàdonc attachés à rouler ce cercle, comme Diogène son tonneau, et eux-mêmes se bouleversent le cerveau par cette circulation. Mais quand on demande à un de leur peuple : comment savez-vous que votre Eglise enseigne la vraie doctrine, ou «comment savez-vous qu'elle est conforme à l'ancienne Eglise, là ils s'arrêtent, et le cercle ne roule plus, et demeurent muets par nécessité ; car comment connaîtraient- ' ils la vraie doctrine, puisque la règle de la vraie doctrine , qui est l'Ecriture-Sainte, leur est cachée? et comment sauraient-ils si leur Eglise est conforme à l'ancienhe^ puisque cela ne s'apprend que par infinis livres grecs et latins , où le peuple n'entend rien? Reste donc seulement que le peuple croit que l'Eglise romaine tient la vraie doctrine, parce que ceux qui l'enseignent le disent : qui est croire à tout hasard et avoir une religion humaine, et fondée sur conjectures sans Parole de Dieu, çt recevoir pour témoin et pour juge un homme en sa propre cause.
Pourtant le sieur Arnoux (page 119) baille des marques pour connaître la vraie Eglise sans çatlet d& V^^v^vc^^:^
Sainte, et qui toutes sont justes ; à savoir « le consentement » dcA peuples. » Mais il y a bien p^is de peuples qui discordent d'avec l'Eglise romaine, que de peuples qui s'y accordent ; et Jésus-Christ dit que la multitude va en perdition (\lalth. VII), et que peu de gens trouvent le chemin qui m^ne à la vie. Il ajoute « le témoignage des martyrs. > Marque fausse , car il ne se trouvera aucun martyr qui soit mort pour Tinvocation des saints, ni pour la transsubstantiation, ni pour le purgatoire. Ils ont souffert la mort pour la doctrine de l'Evangile, pour laquelle nos pauvres Eglises ont tant souffert de martyres par l'Eglise romaine, laquelle ne souffre plus « mais fait soutfrir les martyres. Pour troisième marque, il met «l'autorité des Pères. » Mais les Pères sont contraires à la doctrine de l'Eglise romaine; et le peuple n'y peut rien voir; et le sieur Arnoux en parle par ouï-dire; car en son livre il n'a allégué que quatre ou cinq passages des Pères, qui se sont trouvés faux et corrompus, il met pour quatrième marque a l'éminence de la doctrine.» J'estime que par Téminence il entend l'excellence, laquelle consiste en la pureté et conformité à la Parole de Dieu. Dire sans preuve que TEglise romaine ait la pqreté de doctrine, c'est présupposer sans preuve ce qui est en question. Au contraire, nous avons prouvé contre le sieur Arnoux que le papisme est un amas d'erreurs et une corruption du christianisme. Et comment le peuple reconnaîtra- t-il cette pureté de doctrine, puisqu'on lui cache la règle do pureté, qui est TEcriture-Sainte ?
Pour dernière marque il met « la succession non jamais » interrompue. » S'il entend une succession de doctrine, c'est ce que nous nions. S'il entend une succession de chaires sans succession de doctrine, cette succession est nulle. Plusieurs autres Eglises qui condamnent l'Eglise romaine ont aussi leur succession, voire plus ancienne que la romaine. Et les schismes ont souvent rompu la succession de l'épiscopat romain. Et au bout, comment lé peuple connattra-t-il quelque chose à cette succession, laquelle ne peut s'apprendre que par la lecture d'infinies histoires et auteurs grecs et latins qui ont écrit par l'espace de seize cents ans?
DU SIEUB ARNOUX. 633