‹ Bouclier de la foiChapitre 58 sur 68 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

l>eiunèine évasion.

La deuxième échappatoire, dont le sieur Arnoux dit que nous nous servons, est que nous avons recours aux conséquences : ce que (dit-il) nous ne ferions pas si nous avions un texte formel , et que, pour tirer nos conséquences, nous faisons des syllogismes dont la forme est sortie de la boutique d'Aristote : ce qui ne peut lier les consciences, ni appuyer la foi. Tout cela est de l'escrime du jésuite Gontier, qui a toujours retenu de son premier métier.Ge personnage n'a pas su qu'un passage dont on déduit une conséquence ne laisse d'être formel quand la conséquence est claire et nécessaire. Si l'Ecriture dit qu'il « n'y a homme qui » ne pèche» (t Ghron. VI, 36), n'est-ce pas un passage formel pour prouver que les Apôtres ont péché, puisqu'ils étaient hommes? Quand la loi de Dieu dit : « Tu ne paillar- » deras point,'» n'est-ce pas un passageformel pour montrer que le pape fait mal de permettre la paillardise? et toutefois cela se déduit par conséquence. Et quand l'Evangile commande à tout homme de croire en Jésus-Christ, n'est-ce pas un passage formel pour prouver que Philippe et Antoine doivent croire en Jésus-Christ, et toutefois cela se déduit par conséquence. Ainsi, quand saint Paul aux Rom., chap. IX, vers. 19, dit : «Qui est celui qui peut résister à la volonté de Dieu? » et que David, au Psaume CXV, dit : a Dieu est » dans les deux, il fait tout ce qu'il lui platt, x> ne sont-ce pas passages formels pour prouver que Dieu conduit tout par sa providence? Ce néanmoins voici les jésuites qui ne reçoivent pas telles preuves, et qui, quand je dis que Dieu conduit tout par sa providence, me disent : Prouvez-moi cela par rEcriUite -, el, %\\k-^^«iNA *^^^>\^ ^«^ ««OLtfiaees

aintPaul et du Psaume (Act. XVIÏ, 3, 18-28), ils re- ;nt cela bien loin, parce que ce ne sont pas les ménoes s et les mêmes syllables, mais conséquences tirées par aison. Parce moyen ils condamnent saint Paul et Apolqui prouvaient aux Juifs par les Ecritures que Jésus t le Christ, combien qu'en ces Ecritures qu'ils alléient aux Juifs ces mêmes mots ne se trouvent point , s s'en déduisent par conséquence nécessaire. Ainsi saint rre, au chap. X des Actes, dit qu'à « Jésus Natarien les rophètes rendent témoignage, que quiconque croira en li recevra rémission de ses péchés par son nom. y> Ce qui nmoins ne se trouve dans les prophètes en autant de ts, mais se tire par conséquence. Ainsi les Pères du concile Nicée prouvent, par les Ecritures, que le Fils est consubntiel au Père; et le premier concile d'Ephèse, que la rge Marie est eiorôxoç, deipara , non que ces mots s'y uvent, mais ils s'en déduisent par conséquence. Grégoire de Naziance, en l'oraison 5 de la Théologie : « Il a (dit-il) des choses lesquelles encore qu'elles ne soient lommément et en mots exprès, on recueille des choses [ui font et prouvent cela par nécessité. » lean de Turre Gremata, cardinal : « Une chose est contenue en l'Ecriture par ces deux moyens : ou en mots exprès , comme cette sentence. Christ a été homme ; ou implicitement, à savoir ce qui s'ensuit par bonne et nécessaire conséquence des choses mises formelleipent en la thèse ; comme de cette proposition , Christ a été homme, il s'ensuit qu'il a eu une âme raisonnable. » ^' Pierre de Alliaco, cardinal de Cambrai : « Je dis qu'à proprement parler un discours théologique est celui qui est composé de propositions contenues en l'Ecriture, ou de celles qu'on en déduit, » etc. * Le cardinal Bellarmin, au troisième livre de la Justifica- ^n. chap. VUI : « Rien ne peut être certain de certitude de foi s'il n'est contenu immédiatement en la Parole de Dieu, ou ne s'en tire par conséquence évidente ; car ce

1 Summa de Eccîet, lih, 4, cap. 8.

' /n Sentent! 1, quœst, I, art, 3.

» n'est ppint foi si elle n'est appuyée sur Tautorité delaPa* » rôle de Dieu ; et de cela ni les catholiques, ni leshéréti- » ques ne doutent point, » Le sieur Arnoux donc qui doute de cela, par le jugement d'un cardinal et jésuite, n'est point catholique.

Quant à ce qu'il est d'avis qu'on ne reçoive aucun syllogisme, il y a moyen de le contenter en parlant avec lui comme on parle avec des enfants, puisqu'il rejette les règles naturelles de raison, lesquelles ne sont point de l'invention d'Aristote, comme il pense. Auparavant lui , ZénoEléates et plusieurs autres avaient écrit de cette matière.^ Les paysans mêmes se servent de ces règles sans y penser, y étant poussés insensiblement par la force de la raison. Quiconque ne veut pas qu'on déduise aucune conséqUeuce, abolit tout le sens commun et tout usage de raison, laquelle ne, consiste qu'en cela. Les règles de logique ne sont pas articles de foi, mais outils pour manier toute connaissance avec ordre et certitude, et par conséquent aussi les matières de théologie.

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