XV. Cas choisis des deux formulai res
rendit au couvent des nonnes. — Du plus loin qu’elles le virent venir, cellesci accoururent à sa rencontre, pleines de prévenances. Tandis que les unes l’époussetaient, d’autres le débarrassaient de son écueile, d'autres apportaient le bassin pour se laver les pieds, etc. Enfin elles le firent asseoir. Puis toutes prosternées, se relevèrent et s'assirent de côté. — Vénérable, dit Prajâpati, nous voici prêtes à vous entendre. — Alors Pan-t’ouo récita lentement sa strophe: «Dans la retraite réside la joie... dans l’observance se trouve la paix... Ne haïr personne, ne nuire à aucun être... n'avoir plus de désirs, avoir renoncé à toute attache... s’être soumis et réglé ainsi, voilà le bonheur. ».. Quand il eut achevé sa récitation, le vénérable Pan-t’ouo se plongea dans le quatrième degré de contemplation (celui où l’on perd conscience de l’entourage). — Ça y est, se dirent les Six; c’est tout ce qu'il sait; il n’en dira pas davantage. — Les arhanes, au contraire, furent satisfaites des paroles courtes mais substantielles de Pan-t’ouo. — Cependant Prajâpati, tirant Pan-t’ouo de sa contemplation, lui demanda un supplément. Pan-t’ouo répéta sa strophe mol à mot, puis se replongea dans le quatrième degré. — Prajâpati s’étant encore efforcée d’en obtenir davantage, il répéta sa strophe une troisième fois; puis, trouvant que cela suffisait, il s’éleva dans les airs par son pouvoir transcendant, et retourna à son couvent. — Or, de leur propre chef, les six moines donnèrent avis aux six nonnes, qu’ils iraient leur faire la conférence. Les six nonnes communiquèrent la nouvelle à leur Communauté. — Le lendemain, les Six ayant quêté leur nourriture de grand matin, prirent leur repas, firent leur toilette, se donnèrent l’air le plus modeste qu'il leur fut possible, se rendirent au couvent des nonnes, et s’assirent sur les sièges préparés. Les nonnes se prosternèrent devant eux, puis se rangèrent de côté, s’assirent, et la conférence commença. — Elle ne ressembla pas du tout à celle du vénérable Pan-t’ouo. Pas trace de règle, de détachement, de progrès spirituel, des douze causes de la douleur. Par contre, des choses fort intéressantes, sur le gouvernement, la politique, la guerre, les officiers et le harem, le vin, le plaisir, la bonne chère, les bains, les voyages, et le reste. Le tout accompagné de rires, de pantomimes, d’imitation du son des tambours et des conques, cris de paon et de héron, évolutions, escrime, courses à cloche-pied, rien n’v manquait. — Transportées d’enthousiasme, les six nonnes dirent: voilà une conférence instructive! — Les arhanes ne dirent rien, par respect pour le caractère des moines. — Prajâpati alla trouver le Bouddha, et lui fit son rapport en ces termes: Les Six nous ont donné la conférence. Ils n’ont pas dit un mot de la règle, du détachement, des douze causes, et autres sujets ordinaires. Ils n’ont parlé que de choses profanes, avec accompagnement de pantomimes, d’escrime, et de sauts sur un pied... Cela dit, sans en dire davantage, Prajâpati salua le Bouddha et se relira. — Le Bouddha convoqua les moines en chapitre, déversa sur les Six un déluge d’invectives, puis statua ce qui suit: Désormais, n’iront donner la conférence aux nonnes, que ceux des moines qui, ayant été jugés capables, seront députés par le chapitre, avec le rituel de la double monition. — Alors les Six se dirent: dans ces conditions, on ne nous députera plus... et ils imaginèrent l’expédient suivant, pour y aller quand même. Etant sortis des limites de la juridiction du chapitre de leur couvent, et s’étant constitués en groupe, ils donnèrent avis aux six nonnes, que le chapitre des six moines leur députerait successivement l’un d’entre eux. — Les six nonnes firent la commission. Mais la tante Prajâpati ne se laissa pas prendre. Elle alla trouver le Bouddha,
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