‹ Bouddhisme chinoisChapitre 184 sur 185 · POSTFACE · texte numérisé non relu

POSTFACE

Les textes hinayana traduits dans ce Tome I, expriment l’idée que les Chinois se sont faite, sur documents indiens anciens, du Bouddha historique; et de la physionomie primitive de son Ordre. L'Ascète des Sctkya nous est dépeint comme un bonhomme, sans plan bien défini, mû par les hommes et les événements, procédant par boutades et improvisations. Les Fils du Bouddha entrent dans son Ordre, pour divers motifs peu relevés; intérêt de clan, lassitude des devoirs familiaux ou sociaux, penchant à la fainéantise et au vagabondage. Il s’égara sans doute, dans ce milieu, quelques belles âmes; il y eut des moines morigénés , les textes nous l’assurent; mais l’ensemble parait avoir été un ramassis d’assez vilaines gens, sujets à tous les vices qu’en-1 gendrent l'oisiveté et la flânerie. — La grande affaire de ces détachés, fut la quête de leur pitance et de leur vêLement. Avec quelle industrieuse insis* tance ils s’en préoccupaient, nombre de passages, dans ce tome, l’ont montré surabondamment. — Quant à leurs mœurs, si je les avais racontées, on m’aurait accusé de charge. J’ai donc laissé parler les textes, ceux du moins que j’ai pu traduire. C’est presque trop, d’avoir dit ces choses une fois; je ne les répéterai pas. — Que leur méditation, faite après leur repas, et qu’on a qualifiée de rumination, n’ait guère amendé ces moines, cela n’étonnera pas quiconque possède l’abc de l’ascétisme. Le pouvoir coercitif de l’Ordre, singulièrement faible, ne put aussi que peu de chose, contre leurs grossiers déporlements.

A ceux qui ont voulu comparer ce monachisme bouddhique au monachisme chrétien, manquait évidemment l'intelligence de l’un des deux termes mis en comparaison, ou peut-être celle de tous les deux. Lien de plus précis, de plus pratique, que les Régies chrétiennes, toutes tirées de l’Evangile. Chacune d’elles impose, à qui l’embrasse, la chasteté, la pauvreté, l’obéissance, la prière, et une occupation professionnelle spéciale nettement définie. Elle avertit de plus le moine, qu’un jour Dieu comptera avec lui plus sévèrement que ses Supérieurs, et le jugera selon sa conscience. Pour ce qui est des désordres, s’il venait à s'en produire, l’autorité, vigilante et forte, aurait tût fait d’y remédier. — Impossible de mettre en parallèle, avec ces choses positives et fermes, les Sommes bouddhiques, amas de propos incohérents, dont quelques vérités de sens commun, des apologues parfois charmants, et un vernis de sentimentalisme vague, n’arrivent pas à dissimuler le manque de fond, la faiblesse morale, le vide triste et désolé. Spleen des vies passées, spleen de la vie présente, spleen des vies futures, aspiration à je ne sais quelle apathie comateuse, qui ne sera ni l’êtrp ni le non-être* voilà, en définitive, le bliikshu bouddhiste et sa prédication. Tandis que le inoine chrétien, non seulement vit sa propre vie, mais s’efforce encore de faire vivre la leur aux autres; dans l’espoir, pour tous, d’une vie à venir surélevée, d’ün exercice perpétuel plus intense des facultés perfectionnées, mises en possession de toute vérité et de tout bien, dans le royaume de Dieu.

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