‹ BouddhismeChapitre 126 sur 192 · LE BOUDDHA DU LOTUS · texte numérisé non relu

LE BOUDDHA DU LOTUS

Mais, à de rares exceptions près, les saints déjà béatifiés sont seuls admis à la contemplation du vrai corps. Aux hommes se manifestent, que le Bouddha soit encore vivant ou qu'il ait atteint le nir\>cuia^ des corps appelés « artificiels » ou « créés par magie» [nirmânakâya)^ des avatars, réductions du corps dejouissance et dont toute la gloire est amortie. Tel fut, parmi beaucoup d'autres Bouddhas de forme humaine, le Çàkyamuni historique, qui se plia aux conditions du monde, feignit d'atteindre la qualité de Bouddha, d'entrer dans le nirvâiia, de laisser des reliques. Cependant le vrai corps règne dans un ciel sublime, jusqu'au jour du vrai nirvana : alors, conformément au vœu formulé par le Bouddha, le corps fera place à un stùpa, à l'imitation des reliquaires d'ici-bas \ et le Bienheureux goûtera le repos après avoir savouré les joies de l'enseignement; quelquefois il surgira à l'évocation d'un de ses collègues.

Cette bouddhologie peut aboutir à une sorte de monothéisme, et de fait, d'assez bonne heure, sans doute avant le v® ou vi^ siècle de notre ère, certains bouddhistes reconnaissaient un « Bouddha primordial » ou « du commencement » {âdibuddha) qui est un « Bouddha sans commen-

1. Sur les stupas célestes, voir Kern, Lotus, p. 227; Senarl, Légende, p. 43(5. — Voir ci-dessus, p. 254, n. 2.

cernent* » et duquel pourront émaner les autres Bouddhas. Mais cette conception et plusieurs autres analogues sont inorthodoxes-. D'après l'ensemble de nos textes, les Saints, d'ailleurs égaux en nature sinon en gloice, sont en nombre infini; tous possèdent la science intégrale, tous l'ont acquise à grand peine : « Ils ont été des insectes, des moustiques, des mouches ou des vers, ces Bouddhas souverains, Çakyamuni, Ratnaçikhin, Dlpamkara et les autres. En s'efTorçant, ils ont obtenu la suprême illumination, si difficile à obtenir 3.»

La multiplication des Bouddhas a eu lieu par étapes. L'ancienne croyance n'a pas supposé que deux Bouddhas pouvaient coexister^ et ne s'est enquis que des Saints du passé. « Les plus anciens documents [pâlis] ne parlent

1. Asaraga (Sùtrâlainkâra, ix.77) condamne en effet la doctrine d'un Bouddha primordial : « Personne n'est Bouddha d'origine, car la qualité de Bouddha suppose raccumulation (du mérite et du savoir] et Tintervention d'un autre Bouddha pour inaugurer [la carrière de futur Bouddha]. Donc, comme il n'y a pas de commencement [à l'existence des êtres], il est impossible qu'il n'y ait qu'un seul Bouddha. Mais, [dans un autre sens], il n'existe pas plusieurs Bouddhas, puisque la nature suprême d un Bouddha est indivisible. »

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