‹ BouddhismeChapitre 128 sur 192 · Barth, /. des Savants (août 1899), pp. 17 et · texte numérisé non relu

Barth, /. des Savants (août 1899), pp. 17 et

AMITABHA 267

Dès le début de notre ère, Amitâbha, « Lumière infinie », d'un autre nom, Amitâyus, «Vie infinie », efFace singulièrement Çâkyamuni, du moins dans certains milieux. Celui-ci, même dans le Lotus, reste tant soit peu anthropomorphe; il réside sur le double céleste du Pic des vautours, montagne voisine de Bénarès ; il parle ou feint de parler. D'autre part, son univers, — le nôtre, — est mêlé de bien et de mal : en dessous du paradis où s'édifie la mère de Çâkyamuni en écoutant Maitreya, le prochain Bouddha, s'agitent les générations des dieux sensuels, des hommes, des animaux et des damnés. N'existet-il pas un Bouddha plus glorieux ou plus bienveillant que le nôtre, qui règne sur un univers parfait et bienheureux? N'existe-t-il pas une « terre bienheureuse », une Siikhâvatï ^ peuplée d'élus et de saints? Sans doute, et ce sera, analogue à r « Heureuse » du régent de l'ouest, à la « Cité du couchant » de la littérature brahmanique, la terre occidentale et solaire où trône Amitâbha.

« Tous les êtres, sauf les aveugles, possèdent la vue, et tous voient le soleil couchant. Assieds-toi, regarde à l'ouest, prépare ta pensée à une profonde méditation sur le soleil. » C'est dans ces termes que Çâkyamuni expliquait à Ananda les méditations qui révèlent aux voyants, aux voyants de la foi, le royaume

a68 MYTHOLOGIE ET DEVOTION

d'Amitàbha. — Nous ne décrirons pas, malgré l'importance de cette imagerie dans les cultes de l'Extrême-Orient, les merveilles de cette cité^ ; la lumière qui réjouit la peau et l'esprit; la fantasmagorie dont le dieu, grand de milliers de lieues, remplit son auréole de figures saintes et magiques; ni comment tous les habitants de ce paradis, miraculeusement conçus dans le cœur des lotus parfumés, y grandissent nourris de l'écho du divin enseignement, en sortent radieux, fils du Bouddha, en présence du Bouddha, quand les doigts ou les rayons du Bouddha ont enfin mûri la fleur.

Tout Bouddha a le domaine ou « champ » qu'il mérite. Si Amitâbha, dont l'éclat rayonne à travers les cosmos de ses confrères, a obtenu ce privilège de posséder la « Terre bienheureuse » et d'y appeler, de partout, les êtres destinés à l'éternel salut, c'est par la vertu du vœu sublime qu'il a jadis prononcé.

Au temps jadis, il y a très longtemps, certain moine qui s'appelait Dharmàkara, « Mine de la Loi », s'adressa au Bouddha alors régnant, Lokeçvararâja, « Roi souverain du monde » : « Je fais vœu », dit-il, « de devenir un jour Bouddha et de gouverner un univers exempt de souffrances et peuplé de saints. Si mon « champ » ne doit

1. Comme l'a observé M. RJiys Davids, elle rappelle la ville du roi « Beau à voir » (ci-dessus, p. 244;.

AMITABHA 269

pas être uneTerrebienheureuse, plutôt ne jamais devenir Bouddha ! » De cette résolution, dite « originelle », qui se divise en 46 ou en 48 articles, tous plus « prometteurs » et sublimes les uns que les autres, sont issues, après de longs siècles de charité et de méditation, et la gloire d'Amitàbha, transformation dernière de Dharmakara, et la Terre bienheureuse, et l'efficace qui y fait renaître les élus. — D'après quelques écoles, la grâce du dieu est non seulement prévenante, mais suffisante. Quiconque prononce le nom d'Amita, fut-ce par distraction, fût-ce dans un blasphème, est assuré du paradis ; les plus grands pécheurs, ceux qui ont commis un des péchés dits « immédiats », punis, dans l'ancien Bouddhisme, par une chute immédiate dansles enfers, ne sont pas exclus des lotus-matrices, purgatoires parfumés, où mûrissentles élusembryons. Seulement ils y resteront enfermés plus longtemps, privés du spectacle sublime auquel ils aspirent, purifiés par l'enseignement qui perce les pétales opaques. — D'autres théologiens, et plus orthodoxes, sont moins accommodants : soit qu'ils écartent les grands pécheurs; soit qu'ils exigent la piété et les bonnes œuvres; soit que, plus subtils et voisins, si je ne m'abuse, des théories luthériennes, ils demandent à défaut des œuvres que le fidèle « s'approprie par la foi » le vœii originel de Dharmâkara-

2^0 MYTHOLOGIE ET DÉVOTJON

Amitàbha. Il faut, à tout le moins, se reposer dans la vertu salvatrice du dieu*.

Cependant Amitàbha, — plus exactement les anciens mérites d'Amitabha et l'eflicace de son vœu ne sont pas les seules ressources du fidèle. Innombrables sont les « futurs Bouddhas » qui accumulent les bonnes actions et nous en appliquent le mérite. Maitreya, le premier en date, n'est ni le meilleur ni le plus puissant-. Plus proche et plus actif est Avalôkiteçvara, le « Compatissant » par excellence, le « Seigneur qui regarde d'en haut », ou bien « le Seigneur qu'on regarde », ou encore « le Seigneur des défunts ». Premier ministre d'Amitabha, ce futur Bouddha a résolu de ne pas devenir Bouddha avant d'avoir introduit toutes les créatures dans le nirvana : « Puisse, a-t-il dit, ma tète se briser en dix morceaux si j'éprouve une pensée de découragement. » — 11 y a aussi des divinités féminines, d'une tendresse maternelle, qui portent le nom de Taras, « Sauveuses » ou « Etoiles^ ». — En principe, tout Bouddha a pour associés, en qualité de « dau-

1. Sur la religion d'Ainitublia, voir les Sukhâvatis et le Sûtra d'Amitâyus (traduits dans SacredBooks, vol. xlix) ; De Groot, Code du Ma/tûyîina et surtout Relioious persécution in China: Fujishima, Bouddhisme japonais ; Fouclier, Iconographie bouddhique, I ; Hastiiigs, Encycl. of Religions ^- Ethics, article Ai'alohiteçvara.

Page 1