‹ BouddhismeChapitre 130 sur 192 · Çiksâsamuccaya, p. 175, Lotus, xxiv · texte numérisé non relu

Çiksâsamuccaya, p. 175, Lotus, xxiv

2. Kvanyin est un Avalokita femme, création de la piété chinoise semble-t-il. — En bonne orthodoxie, tant pâlie que sanscrite, jamais un futur Bouddha ne revêt le sexe féminin, voir notamment Lotus, traduction de Kern, p. 253, et Foiicher, Représentations de Jâtakas sur les bas-reliefs du Barhut.

Bouddha est entré dans le nirvana : la vraie nature d'un Bouddha est par conséquent impensable et invisible; tel est le « corps de la Loi », identique au «grand vide ». Le dieu qui trône dans les paradis pour l'édification et la félicité des saints, n'est pas plus réel que l'image humaine et éphémère dont les hommes ont cru entendre la parole, et qu'ils ont nommée Çâkyamuni. Mais, avant d'entrer dans le nirvana^ dans ce grand vide qui est à la fois la matrice et le tombeau des Bouddhas, tout futur Bouddha a entassé une masse inappréciable de mérites : ces mérites s'épanchent sur la multitude des êtres, conformément au vœu du futur Bouddha; et chacun y participant suivant sa capacité, les hommes ordinaires obtiennent de voir et d'entendre ce fantôme que fut, ici-bas, Çâkyamuni ; d'autres, moins fortunés, ont du moins la grâce de vivre à une époque où survit sa communauté; tandis que les saints jouissent pendant des milliards de siècles de l'enseignement et de la lumière du corps céleste. Lorsque le stock des mérites est épuisé, comme c'est le cas, par exemple, pour « Puissant Joyau », la brillante fantasmagorie disparaît et fait place à des reliquaires encore très efficaces en fruits d'édification.

Cette spéculation n'est pas, tant s'en faut, à Fabri de toute critique : elle repose sur la thèse,

Avalokiteçvara.

( Voir page 2'j</.)

IDÉALISME 2'j3

presque inorthodoxe, de l'application du mérite' ; mais nous pouvons l'entendre du point de vue d'un idéalisme rigoureux, et voici comment. La créature misérable, troublée par le désir, se crée des images qui correspondent à sa dépravation : c'est ainsi qu'elle croit souffrir les mille tortures des enfers; qu'elle est, plus qu'à demi, privée de raison dans le corps des bêtes; que, parvenue à la dignité d'homme, elle s'attarde aux viles superstitions des payens. De même, purifiée, elle obtient d'apercevoir un Bouddha de forme humaine, — qui n'est que sa représentation; — plus pure, elle s'imaginera contempler, dans un merveilleux paradis, Çâkyamuni ou Amitâbha ; elle aspirera à une perfection plus haute, aura conscience d'être un « futur Bouddha », accumulera les actes de compassion, parviendra enfin au complet repos en conquérant la science suprême ou illumination des Bouddhas.

Telle est, en raccourci, « la carrière des futurs Bouddhas », ou Grand Véhicule, que nous allons étudier avec quelque détail.

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