‹ BouddhismeChapitre 146 sur 192 · Bodhicaryâvatâra, chap. viii · texte numérisé non relu

Bodhicaryâvatâra, chap. viii

3o6 CARIllkuE DU UODUISATTVA

Cependant le sentiment de son indignité et le souvenir de ses anciennes injustices imposent au fidèle une vertu plus haute : « se traiter soi-même comme les hommes du monde traitent le prochain », adopter en qualité de « moi » les créatures : « Nous arriverons, par la force de l'habitude, avoir dans le prochain notre vrai moi; alors nous ne tirerons plus gloire, orgueil, espoir de récompense, du bien que nous aurons fait au prochain : voilà un grand mérite que de subvenir à ses besoins personnels! » Le bouddhiste accepte et recherche les emplois les plus humbles; il cache ses bonnes œuvres; il les compte pour rien ; il loue la vertu partout où elle se trouve; il poursuit l'amour-propre dans ses secrètes démarches et le sacrifie sans pitié au bien d'autrui,jaloux, envieux, méprisant à l'égard du moi comme, hélas ! il l'a été si longtemps à l'égard des autres. — Telle est la vraie méthode de purification, la meilleure et l'unique stratégie contre l'illusion du moi : « Je renonce à mon moi; je le vends aux créatures; je fais tomber sur sa tête les fautes mêmes d'autrui ; je confesse au Bouddha jusqu'à ses moindres défaillances.. . » « De même que les éléments, terre, eau, feu et vent, sont, de toutes manières et sans égoïsme, au service des innombrables créatures dans l'immensité du monde, ainsi puissé-je contribuer à la vie de toute créature aussi longtemps

LE VRAI BODHISATTVA 30'J

que toute créature n'est pas délivrée de la douleur dans le nirvana^. »

Après de longs efforts, l'égoïsme est enfin déraciné. La période préliminaire ^ est close : le fidèle devient un « véritable futur Bouddha » {pàramàrthika bodhisattva) en répétant, non plus, comme jadis, par un effort de volonté et avec une demi-bonne foi, mais de tout son cœur, en parfaite spontanéité et sincérité, le vœu de bodhi. 11 prend alors possession de la première « terre des Bodhisattvas », appelée «la Joyeuse», en raison de la félicité dont elle déborde. Désormais le saint « ne peut plus revenir en arrière » ; son progrès est certain {niyatd) : le vœu, porté dans une âme vierge d'égoïsme, est d'une souveraine efficace. Non seulement les mauvaises destinées sont fermées pour le futur Bouddha en possession d'une « terre », mais toutes ses passions se consument au feu de sa charité et, dans ses naissances de plus en plus nobles, roi à la

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