Bodhicaryâvatâra, chap. viii
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Cependant le sentiment de son indignité et le souvenir de ses anciennes injustices imposent au fidèle une vertu plus haute : « se traiter soi-même comme les hommes du monde traitent le prochain », adopter en qualité de « moi » les créatures : « Nous arriverons, par la force de l'habitude, avoir dans le prochain notre vrai moi; alors nous ne tirerons plus gloire, orgueil, espoir de récompense, du bien que nous aurons fait au prochain : voilà un grand mérite que de subvenir à ses besoins personnels! » Le bouddhiste accepte et recherche les emplois les plus humbles; il cache ses bonnes œuvres; il les compte pour rien ; il loue la vertu partout où elle se trouve; il poursuit l'amour-propre dans ses secrètes démarches et le sacrifie sans pitié au bien d'autrui,jaloux, envieux, méprisant à l'égard du moi comme, hélas ! il l'a été si longtemps à l'égard des autres. — Telle est la vraie méthode de purification, la meilleure et l'unique stratégie contre l'illusion du moi : « Je renonce à mon moi; je le vends aux créatures; je fais tomber sur sa tête les fautes mêmes d'autrui ; je confesse au Bouddha jusqu'à ses moindres défaillances.. . » « De même que les éléments, terre, eau, feu et vent, sont, de toutes manières et sans égoïsme, au service des innombrables créatures dans l'immensité du monde, ainsi puissé-je contribuer à la vie de toute créature aussi longtemps
LE VRAI BODHISATTVA 30'J
que toute créature n'est pas délivrée de la douleur dans le nirvana^. »
Après de longs efforts, l'égoïsme est enfin déraciné. La période préliminaire ^ est close : le fidèle devient un « véritable futur Bouddha » {pàramàrthika bodhisattva) en répétant, non plus, comme jadis, par un effort de volonté et avec une demi-bonne foi, mais de tout son cœur, en parfaite spontanéité et sincérité, le vœu de bodhi. 11 prend alors possession de la première « terre des Bodhisattvas », appelée «la Joyeuse», en raison de la félicité dont elle déborde. Désormais le saint « ne peut plus revenir en arrière » ; son progrès est certain {niyatd) : le vœu, porté dans une âme vierge d'égoïsme, est d'une souveraine efficace. Non seulement les mauvaises destinées sont fermées pour le futur Bouddha en possession d'une « terre », mais toutes ses passions se consument au feu de sa charité et, dans ses naissances de plus en plus nobles, roi à la