Ibid., iii
2. Elle se subdivise en deux « étages » ou « terres » : gotrabhiimi, période pendant laquelle le futur saint se dispose, ou est dispose par « naissance » (i^otra = race, famille) à prononcer le vœu de devenir Bouddha; adhimuhticaryîxbkûmi, période qui suit le vœu, pratique imparfaite des résolutions, qui aboutit à la pureté d'intention (çuddhîxdhyîiçayabhûinij et au vœu définitif, lequel inaugure les « terres » proprement dites.
3o8 CARRIERE DU BODHISATTVA
roue, dieu Brahmâ, roi de cieux supérieurs, il participe à l'œuvre de salut en faisant régner la justice. A partir de la septième terre, son savoir et sa force de méditation correspondent à ses mérites ; plus haut, il trône dans le paradis de quelque Bouddha en qualité de prince du sang ou de dauphin, tandis qu'il « descend » sous diverses formes magiques, ici-bas ou dans les enfers, pour convertir les créatures; il reçoit enfin, dans la terre « Nuage de la Loi », la suprême consécration comme « roi de la Loi » : il devient Bouddha. Il lui reste à s'incarner, à émettre pour la dernière fois un corps magique, un corps orné des signes du « grand mâle », qui répète les gestes stéréotypés de Çâkyamuni et des autres Bouddhas de forme humaine. C'est le terme de son ascension tri-millénaire depuis le jour où chétif, à peine échappé de l'enfer et des matrices animales, il découvrait miraculeusement la « bonne pensée », il sentait en lui le germe de « bonne pensée » déposé par les Bouddhas, et surpris de cet espoir invraisemblable s'écriait en présence de tous les Saints : (( Puissé-je, pour le salut des créatures, fût-ce au prix de toutes les souffrances, devenir un parfait Bouddha M »
1. Sur les dix u terres » ou « étages », le texte classique, tant pour les Mâdhyainikas que pour les Vijnânavâdins, est le Daçabhûinaka (dont une recension porte le nom de Daçabhûmîçvara), traduit
SAVOIK ET COMPASSION Sog
L'école, avons-nous dit, enseigne que la pensée de bodhi^ la mentalité qui aboutit à la possession de la qualité de Bouddha, est formée de deux éléments, le savoir {jùàna) ou connaissance du vide [çûnyatà)^ le mérite [punya) ou compassion [karunà). — Nous pouvons maintenant apprécier l'action et les rapports de ces deux facteurs dans la discipline de la « bouddhifîcation ». La qualité de Bouddha consiste dans la délivrance de l'existence, c'est-à-dire dans la suppression de la pensée; en termes techniques, dans l'élimination de ce voile ou réseau qu'on nomme le « connaissable ». La connaissance d'un Bouddha est une non-connaissance. De toute évidence, il appartient au seul « savoir », à la notion du néant de tout « connaissable », de détruire ce voile et de transformer un futur Bouddha en Bouddha.
Mais le savoir ne peut prendre racine et se développer que dans une âme vierge de désir : il faut être « détaché » pour « supporter » la notion du vide, combien plus pour y adhérer. Or la pensée est enveloppée, non seulement dans le réseau du « connaissable », mais encore dans le réseau du désir ou de la passion [kleça) ; et le
en chinois en 265-316. — Je no connais pas le Daçabhùmikleçacchedikâsûlra (?) traduit en 70. — Les bhûmis du Mahâvastu, livre du Petit Véhicule, établissent l'orthodoxie de cette théorie, d'après la source de Wassilieff, p. 26'i. — Voir Yarûcle Bodhisattfa in Sanskrit Literature dans l'Encyclopédie de Hastings.
3 10 CARRIÈRE DU BODHISATTVA
savoir, ici, est inefficace : connaître le néant ou l'impureté de l'objet aimable ne prévient pas la naissance de l'amour. N'arrive-t-il qu'un magicien s'éprenne de la femme magique créée par ses propres formules ? Pour détruire le désir, le savoir réclame un auxiliaire, un « moyen » {upâya)^ qui est la compassion ou désir du bien d'autrui. De même qu'il faut deux ailes à l'oiseau pour voler, de même, pour obtenir le nirvana, il faut le mérite et le savoir, la compassion et le sentiment du néajit.
Les adeptes du vieux véhicule, gens pressés, s'efforcent de conquérir de haute lutte la vérité et le nirvana immédiat qui est son fruit; le Grand Véhicule réserve à ses saints de la huitième « terre », la possession virtuelle du vrai savoir, la science de la « non-production de quoi que ce soit » . Deux « périodes incalculables » sont requises pour en arriver là! Le concept, un peu simpliste, du «j/v<7;2«-sur-terre est décidément abandonné. La délivrance ne peut être obtenue que par étapes [kramamukti)^ .
Aussi, sans négliger le recueillement qui double les ressources de l'esprit, qui est aussi nécessaire à la pratique de la charité qu'à l'acquisition de la science, possédant la science à l'état de graine et gardant cette graine à l'abri de tout accident, le futur Bouddha choie déli-
î. Cette expression est brahmanique.