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faut tuer », aurait dit le Bouddha. Aussi ne néglige-t-il aucun des cinq makàras^ les cinq choses dont le nom commence par m«, l'alcool {madya)^ la viande {piâmsa)^ le poisson [inatsya), les gestes magiques [mudrâ)^ et l'amour [maiihuna). De bons juges ont assuré que les réunions des gens de la main gauche, bouddhistes ou çivaïtes, sont surtout consacrées à la boisson : « Qu'il boive, qu'il boive encore, qu'il boive jusqu'à tomber par terre ; qu'il se relève et boive encore : il obtiendra le salut éternel^. » Mais, théoriquement, le Tantrisme repose sur ce principe que a de toutes les illusions » — et tout n'est qu'illusion — « l'illusion qui s'appelle femme est la plus sublime », la plus nécessaire au salut. La divinité des Bouddhas est modelée sur celle de Çiva, dieu de l'amour éternellement uni à son épouse qui est son énergie créatrice {çakti) ; de même les Bienheureux Bouddhas jouissent du nirvana dans les bras des Bienheureuses Taras. Tel est leur quatrième corps, « le corps du grand bonheur » {inahùsuhhakàya) ou « de foudre » {yajrakâya) dont les écoles du Grand Véhicule n'ont pas eu connaissance et

1. Le terme viitdrîx n, du moins dans les Tantras, une double signification, 1» geste, disposition des mains et des doigts [Voir, par exemple, « Si-do-indzofi, Gestes de l'officiant >>, Bibl. d'études du Musée Guimet, vol. VIII); 2° la femme ou jeune fille, associée aux rits, et préalablement initiée et consacrée.

2. Wilson, Select Works, I, pp. 260, 261. Il s'agît du tantrisme <;ivaïte, mais l'observation vaut probablement pour le bouddhique.

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auquel les sorciers érotomanes des Tantras prétendent s'identifier par l'amour des sorcières adorées comme des Bouddhas féminins.

Tantôt l'ascète, qui est mort à l'existence humaine par les rites appropriés, s'imagine pénétrer comme embryon dans le sein de l'épouse du Bouddha et aussitôt, devenu Bouddha, il emploie des armes magiques pour écarter son père et prendre sa place'; tantôt le sorcier et sa compagne se transforment en Bouddha et en Tara, plus exactement en démon et en diablesse 2, par des hallucinations parallèles ; tantôt le sorcier s'identifie à la divinité féminine : « Qu'il contemple un couteau né de la syllabe « Hùm\ » et orné de cette syllabe, et qu'il se conçoive comme développé de ce couteau et identique à la Saiiveuse (Tàrinï) : elle est debout et fendue vers la droite, terrifiante, laissant pendre une guirlande de têtes coupées, naine et obèse, terrible, resplendissante (de la teinte) du lotus bleu;

1. Voir noire note « Une pratique des Tantras », Congrès des Orientalistes de Paris. I, et Bouddhisme, Etudes et matériaux, p. 153 et suiv.

2. On s'idenlifle surtout aux formes « terribles » des Bouddhas, les seules qui soient accouplées à des Taras. Comparer Wilson, 1, 255, note 1 : bhairavo 'ham iii jnâtfîx sari'ajrïo '/lam ounâncita/i iti samcinlya yog'indrah Au/apfij'îun samïicaret. (Extrait du Çyâmarahasya). — Chez les bouddhistes on distingue plusieurs A';t/as. — Sur les Bhairavas et les Bhairavis du Népal, S. Lévi, 1, p. 382. [La comparaison de ces dieux, — qui écrasent les démons sous leurs pieds, — avec les saint Georges et les saint Michel, est sans djute un peu forcée].

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elle a une face et trois yeux; suriialurelle, elle éclate en un gros rire terrifiact; toute frissonnante de joie, elle est montée sur un cadavre et parée de huit serpents; ses yeux sont rouges et ronds; elle est dans la fleur de la jeunesse ^ »

Les amours de ces Taras sont dignes de leurs charmes. — 11 n'est pas possible de rencontrer des femmes ornées de trois yeux rouges et ronds, mais les textes recommandent de choisir une compagne à qui il manque un membre, qui soit hideuse, méprisée, de caste abjecte. Aucune infamie, y compris l'inceste, n'est oubliée dans le culte de la femme [strîpùjâ), divinité suprême. Aussi cette littérature a-t-elle révolté tous les Européens qui s'y sont aventurés : dès qu'on en saisit le langage volontairement énigmatique, on admire que la recherche de l'horrible pour l'horrible et de l'absurde pour l'absurde ait pu être poussée aussi loin.

L'absurde éclate surtout dans la théosopliie qui assigne un caractère spécial au Tantrisme bouddhique parmi les multiples formes de mysticisme sensuel. Nous rencontrons d'abord, comme ailleurs, mais proclamé avec une particulière impudence, le principe que « tout est pur pour les purs » : le mal ne réside que dans l'intention, car, le Bouddha l'a dit, on ne commet pas un parricide quand on tue son père eu

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