AGNOSTICISME ET ANTINOMIES
une méthode « positiviste», étrangère au souci de la chose en soi, un « pragmatisme » qui subordonne toute idéologie aux exigences pratiques du renoncement, du « non-désir ».
Faut-il le remarquer, ce pragmatisme ne supporte pas l'examen. Je doute que le Bouddha ait lui-même comparé sa doctrine à un serpent : mais la métaphore est ancienne et elle est juste ^. Les théorèmes de la transmigration et de la nonsubstantialité du moi psychologique emportent contradiction. Mais, et cette remarque, qui est de M. Kern, domine le débat, la Bonne Loi ne se présente pas à titre de système spéculatif, mais à titre de révélation et de discipline^. Comme telle, régie de foi, doctrine de salut, elle peut contenir des principes antinomiques.
S'il est permis d'emprunter des formules et des exemples à notre Occident, on dira que « transmigration » et « impermanence » sont, pour les bouddhistes, des vérités une fois connues et qu'il faut tenir, quelle peine ou quelle impossibilité qu'on ait à les entendre ensemble. Cesvérités ont pour garantie la parole du Bouddha, et des raisonnements fort bien déduits établissent qu'elles sont à la fois vraies et utiles. — De même nous croyons à la liberté humaine et à la toutepuissance divine et nous tranchons le nœud
1. Sumangalavilâsinï, i, p. 21, Madhyamakavrlti, p. 249 et 497.