‹ BouddhismeChapitre 41 sur 192 · Voir J. As. 1902, ii, p · texte numérisé non relu

Voir J. As. 1902, ii, p

YAJNAVALlvYA QQ

problème : le Bouddha est un médecin, la Bonne Loi une thérapeutique.

Cependant, il faut le dire, on est frappé de l'analogie que l'enseignement de Çakyamuni présente ici avec un des aspects de la pensée des brahmanes. Le vieux Yâjiiavalkya disait : « Ceux qui s'attachent à l'erreur tombent dans des ténèbres épaisses; ceux qui s'attachent à la vérité tombent dans des ténèbres encore plus épaisses» : énigmatiques paroles qu'explique le contexte. A n'en pas douter, la vérité, pour Yâjnavalkya, c'est l'identité de l'être individuel avec le brahman. Quiconque ignore cette doctrine ne peut prétendre au salut : jamais il n'obtiendra le retour au brahman. Mais ceux qui s'y attachent imprudemment courent grand risque de se perdre, car elle ne convient qu'aux saints. — Si le Bouddha ne s'était solennellement enfermé dans l'agnosticisme, on se hasarderait à supposer que son attitude fut exactement l'inverse de celle de Yâjnavalkya. La vérité vraie, c'est qu'il n'existe pas de moi, que tout est vide; mais, pratiquement, nier le moi est une erreur plus nocive que de l'affirmer i : les partisans du moi n'arriveront pas au salut; mais les négateurs du moi coupent les « racines du mérite » et se damnent.

1. Voir Tàtparyatïkâ, p. 53 (et Col. Jacob, Second Handful, p. 42) « Par crainte d'un scorpion, tomber dans la gueule d'un serpent. »

L ENSEIGNEMENT DE (JAKYAMUNI

Si nous dégageons une vue générale des observations qui précèdent, nous admirerons une doctrine vraiment « moyenne », qui étaye la loi morale et condamne la concupiscence, qui ouvre de lointains horizons mystiques mais décourage la fantaisie et l'orgueil des philosophes. Etant donné ce que l'on sait ou croit savoir du milieu dans lequel estné le Bouddhisme, milieu où le problème de la fin dernière passionnait « les mendiants et les têtes couronnées », où, en même temps que les rits et les ascétismes les plus saugrenus, la possession de la vérité en soi apparaissait comme la condition nécessaire de la délivrance, — étant données la manie dialectique dont la Communauté fut atteinte dès l'origine et la persévérance avec laquelle, dans les parties techniques du canon, elle a combattu ou ignoré toute notion de personne et de substance au profit du devenir impersonnel, — la position que le fondateur de l'organisme bouddhique paraît avoir prise est aussi originale qu'ingénieuse. Il ne croit pas à la gnose de ses rivaux, mais, quoique omniscient, il ne juge pas bon de nous communiquer la vérité : sa loi n'est pas un darçana, une explication du monde, mais un « chemin », « un véhicule de salut »,

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