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CHAPITRE II

1. Foi, raison et intuition. — 2. Les Personnalistes (pudgalavâdins). — 3. Les Phénoménalistes (skandhavàdins). — Les Sautrântikas et l'àme-série. — 4. Les Nihilistes (mâdhyamikaset les Idéalistes (vijnânavâdins).

Dans la mesure où il nous a été donné de découvrir, sous les sables mouvants de l'idéologie scolastique, le « chemin du milieu « que le Bouddha se vante d'avoir battu, nous avons défini l'ancienne dogmatique comme une doctrine essentiellement « pragmatique » qui saisit d'une prise ferme la transmigration, l'imputabilité et la rétribution des actes conscients et volontaires, la cause de la transmigration et le moyen d'y mettre un terme, mais qui, uniquement préoccupée de la méthode de délivrance, prétend interdire la spéculation sur les questions réputées oiseuses ou dangereuses, « qu'est-ce que le nirvana? y) «la sensation estelle la même chose que l'être qui sent? » Le non-anéantissement à la mort, l'efficacité de

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l3o SYSTÈMES MÉTAPHYSIQUES

l'acte s'affîrmant dans la renaissance, la possibilité de se soustraire à la renaissance par la suppression du désir, l'impermanence ou caractère transitoire et douloureux de tout ce qui est objet de connaissance, tels sont les dogmes fondamentaux et, pensons-nous, les seuls dogmes de l'enseignement primitif; ils seront respectés par toutes les écoles bouddhiques^ ; mais celles-ci substitueront à l'agnosticisme du Maître des systèmes métaphysiques ou des combinaisons gnostiques.

Avant d'étudier ces systèmes, pour apprécier plus exactement les conditions dans lesquelles ils ont grandi et pour élucider aussi l'idée qu'il faut se faire de la révélation comme règle de croyance, nous examinerons brièvement à quel titre la loi du Bouddha s'impose au fidèle ; quelle attitude elle commande, acquiescement ou activité de l'esprit ; quelle importance elle accorde à la raison raisonnante et à l'intuition mystique.

La vieille doctrine bouddhique prétend, et à juste litre, être une foi, mais elle admet le principe du libre examen; bien plus, elle s'en ré-

1. L'école des Tântrikas occupe une place à part, voir cli. v.

FOI, RAISON, INTUITION l3l

clame, ce qui autorise tous les progrès dogmatiques dans la ligne orthodoxe, — démonstration et explication rationnelle de la vérité scripturaire, — et dans l'hétérodoxie. Elle croit à l'observation et à la déduction, mais elle affirme les droits supérieurs et la nécessité des intuitions mystiques, ce qui justifie l'abus des extases plus ou moins hypnotiques, et les révélations nouvelles. Elle se défend d'être une « gnose », une apocalypse; elle se définit comme la thérapeutique de la maladie du désir, de la douleur de l'existence : mais les recettes de toute thérapeutique sont subordonnées à l'état du client, et la porte s'ouvre à la dangereuse distinction des deux enseignements et des deux vérités. D'ailleurs, en fait, la vieille doctrine enfreint la règle d'agnosticisme qu'elle s'est imposée : d'une part, en définissant toute existence comme transitoire, d'où la négation du moi, et, bientôt, le nihilisme intégral; d'autre part, en affirmant que tout procède de l'acte et que l'acte n'est que pensée, d'où les systèmes idéalistes. — Nous aurons ailleurs l'occasion d'insister sur les insuffisances du vieux Bouddhisme au point de vue religieux ' ; nous montrerons comment il put se transformer en une latrie du Bouddha et verser dans le paganisme et

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